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Procès Colonna : avant le verdict

A quelques dizaines d’heures du verdict, on peut se demander ce qui s’est passé au procès d’Yvan Colonna depuis que ce dernier a quitté l’audience, suivi de ses avocats.

Pas grand-chose est-on en droit de se dire. Effectivement, entre les témoins qui ont refusé de s’exprimer et se sont contentés d’un "je n’ai rien à déclarer", et le refus de la famille de se rendre à un tribunal qu’ils ne veulent plus cautionner, il semblerait qu’il n’y ait plus rien à dire.

Mais il y a quand même quelques petites choses qui ont retenu mon attention. Il y a cette énième incohérence dans la thèse de l’accusation, qui fait apparaître Yvan Colonna à deux endroits à la fois, le lendemain de l’assassinat du Préfet Erignac. Et si cela peut paraître sans importance, cela ne l’est pas, puisque l’accusation s’est bâtie sur les aveux de la femme de l’un des membres du commando, et que ceux-ci sont contredits depuis le départ par l’épouse d’un autre membre. Je vous conseille de lire ce passage dans la chronique de Stéphane Durand Souffland, ici sur le Figaro, il est très clair.

Et puis il y a les témoins qui ont pour la deuxième fois confirmé qu’Yvan Colonna était à Cargèse le soir de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Si la presse se fait écho de ces témoignages, ils semblent n’avoir aucune incidence sur le procès lui-même.

Pourtant certains éléments doivent interpeller. Paul Donzella, restaurateur à Cargèse, confirme ce qu’il a dit en 2003 devant les juges d’instruction, et en 2007 en première instance, à savoir qu’Yvan Colonna avait dîné dans son restaurant avec son fils le soir de l’attaque. Sylvie Cortesi, elle, se souvient aussi qu’il était au village ce soir là, les enfants de l’un et de l’autre jouant ensemble un peu plus tôt. Ni l’un ni l’autre ne sont de la famille. Ni l’un ni l’autre ne sont connus pour être des activistes nationalistes. Ni l’un ni l’autre n’ont refusé de témoigner à cet appel, comme l’ont fait les autres témoins qui connaissaient Yvan. Ils ont témoigné devant les juges d’instruction, puis sous serment devant deux cours de justice. Prendraient-ils le risque de se voir accusés de faux-témoignages, voire de complicité d’assassinat ? Franchement, je ne crois pas. D’ailleurs, si les policiers ont de telles certitudes, pourquoi personne ne les poursuit-il pour l’une de ces charges ? Leur témoignage est crucial (comme celui d’autres personnes avant eux), parfaitement recevable, et jamais remis réellement en question. Ils confirment avoir vu Yvan ce soir-là, et si c’était faux, ils auraient pris le risque qu’une preuve vienne transformer leur vie en cauchemar. Ils n’ont aucune raison de prendre ce risque.

Si l’on ajoute leur témoignage à celui des deux véritables témoins oculaires qui affirment qu’Yvan n’était pas le tireur (et eux non plus n’avaient rien à gagner, l’un, Joseph Colombani, était un ami du Préfet, et l’autre, Marie-Ange Contart, n’a aucun lien avec la famille et était croupière au casino d’Ajaccio), ainsi qu’au témoignage de la Juge Levert qui à la grande surprise du journaliste Philippe Madelin, a déclaré que pour elle il n’y avait que deux personnes sur le lieu du crime (comme l’ensemble des témoins sauf un), alors que toute la thèse de l’accusation repose sur la présence de trois personnes, il y a peu de chances qu’Yvan Colonna ait été là ou personne ne l’a vu.

On pourrait revenir en arrière et ajouter à cela les nombreuses incohérences de l’accusation révélées tout au long du procès, mais pour ceux qui débarquent, je vous encourage à lire les diverses chroniques relatant le procès qui ont été publiées.

En attendant, l’iniquité de la conduite du débat a poussé de nombreuses personnes à s’exprimer publiquement. Bâtonniers, Magistrats (la Vice-présidente du Tribunal de Grande Instance de Paris a elle-même dit qu’il aurait fallu accéder à la demande de reconstitution), avocats, artistes, élus (de plus en plus nombreux et de tous bords en Corse, les conseils municipaux ont publié des communiqués) ont fait part de leurs inquiétudes face au déroulement des audiences.

Il n’y a plus de défense au procès, il n’y a plus d’accusé, et pourtant les éléments à décharge ont continué de se succéder les uns aux autres.

Je pense qu’on en a plus appris avec cette seconde instance. Là où la cour ne voit pas d’éléments nouveaux se présenter, non seulement j’en vois, mais je trouve en outre que la répétition des éléments de la première instance permet d’y voir plus clair. Je pense que les déclarations de Pierre Alessandri cette fois-ci ont laissé entrevoir une vérité qui avait manqué en première instance. Mises en relation avec les dérives policières dont la preuve a été apportée, on comprend mieux pourquoi le nom de Colonna n’a pas été rejeté par le commando au départ. On regrette que le président de la cour n’ait pas tiré les ficelles, comme s’il n’était pas intéressé par ce qui allait permettre d’y voir mieux. Comme avec les déclarations de Vinolas.

Il y a plein de choses qu’on pourrait regretter dans ce procès.

Il y a une chose sur laquelle je suppose que la famille Erignac a raison. Elle a droit à la vérité. Comme nous tous. Et la mémoire du préfet ne sera pas honorée par l’emprisonnement à vie d’un innocent, voire d’un homme dont on n’a pu apporter la preuve de la culpabilité (ce qui est, d’un point de vue de justice, la définition d’un innocent). L’acquittement d’Yvan Colonna donnerait-il lieu à une réouverture du dossier ? Ce serait tant mieux, nous ne sommes plus à deux ans près. Et la vérité mérite bien cela.
 




par Roseau (son site) mercredi 25 mars 2009 - 46 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par vivi (---.---.---.65) 25 mars 2009 12:23
    vivi

    A la lecture de votre article, Roseau, j’ai encore envie d’y croire. Je me dis en effet que même si les juges essaient d’occulter tous les éléments à décharges, à un moment donné, ça tombe sous le sens et que ça serait aussi pour eux une lourde responsabilité que de s’obstiner à faire d’Yvan Colonna le coupable et de ce fait le condamner quand même. Je me dis qu’il va être décider quelque chose, dans cette situation "spéciale", et qu’ils vont reconnaître l’injustice avec laquelle s’est déroulé le procès. Je me dis qu’il n’est pas trop tard pour bien faire...

    Par contre je voulais également profiter de votre article pour y adjoindre une reflexion, quelque chose que j’ai envie de dire (je n’ai pas réussi à publier un article, ça fait une ssemaine qu’il est en attente)
    Si vous permettez que j’en parle ici je vais faire un "copié collé")

     

    Au procès Colonna, il y a une femme.

    Elle regarde, elle écoute.
    Elle écoute le Juge Wacogne qui n’écoute pas Yvan Colonna. Elle écoute Vinolas… et Wacogne qui ne l’écoute pas.
    Elle écoute le médecin légiste et l’expert en balistique qui excluent la possibilité qu’Yvan Colonna soit le tireur… et Wacogne qui ne les écoute pas.
    Elle écoute les membres du commando qui innocentent tous Yvan Colonna… mais Wacogne ne les écoute pas…
    Elle écoute les témoins oculaires qui eux aussi innocentent Yvan Colonna….mais Wacogne n’ écoute toujours pas… Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre…
     
    Au procès Colonna, il y a une femme.
    Elle est discrète, mais elle est présente.
    Elle est présente lorsque le Juge annonce qu’il y aura des absents…
    Elle est présente alors que le dossier des écoutes téléphoniques … a disparu.
    Elle est présente lorsque excédé, Yvan Colonna quitte son propre procès, et récuse ses avocats…
     
    Elle a toujours été là ; inlassablement. Elle fait front.
    Discrète, mais présente. Douce, mais forte. Triste, mais Digne.
     
    Et elle se bat, avec un réalisme déconcertant, consciente que le combat est inégal, 
    Elle ne baisse pourtant pas les bras.
    Le combat, elle, elle le livre avec le cœur et la raison. Pour la vérité. Depuis 10 ans.
    Elle est digne, elle est vraie . Spontanée aussi. Aucun avocat pour lui dicter ses mots.
    Elle parle avec ses tripes, et ses mots sont des hurlements contenus.
    De douleur, d’impuissance face à « la machine qui veut broyer Yvan Colonna ».
    Dans ses yeux, brillants d’émotion et de sincérité, on y lit la tristesse, le désespoir, mais aussi la détermination et l’espoir.
    Et elle dénonce, d’une voix posée, les dérives de ce procès.
    Elle énumère les contradictions de l’accusation, les injustices de la justice, les traitements infligés à l’égard d’Yvan Colonna durant ce procès.
     
    Et Il y a tant à dénoncer…
     
    Peut-être devrions-nous faire de même. Pour qu’un procès soit toujours équitable, pour que les notions de la justice soient toujours respectées. Pour que l’issue d’un procès ne soit jamais décidée d’avance, pour qu’un homme ne soit jamais condamné à tort.
    Parce que l’erreur judiciaire est dejà intolérable, le complot judiciaire ne doit jamais être accepté.
     
    Il y avait une femme au procès Colonna.. Elle a quitté ce procès.
    En même temps que son frère, Yvan.
     L’entendre s’exprimer, et voir dans ses yeux tout cet d’amour, cette émotion, cette sincérité…. et réclamer la vérité, m’ont donné envie de lui rendre hommage car son combat mérite tous les honneurs.

    Courage, Christine, les masques sont tombés. Le peuple va demander des comptes. 
     

     

     

  • Par andré (---.---.---.40) 25 mars 2009 15:05

    Merci Vivi. Vous avez l’audace d’être généreuse. Vous lire m’a fait du bien.

  • Par fonzibrain (---.---.---.26) 25 mars 2009 16:48
    fonzibrain

     julien coupat et yvan colona sont les deux premiers prisonniers politique de l’ère sarkozy

    et c’est que le début ,avec la fin des juges d’instruction,l’extention du secret defense,cela nous montre la très dangeureuse transformation de l’état français,la 5 ieme république étant déja fortement présidentielle,toutes ces dernières réformes nous mènent à une système pré fasciste.


  • Par Philippe Antonetti (---.---.---.133) 25 mars 2009 17:47

    fonzibrain, plus grave encore que les dernières réformes, le silence complice des "intellectuels", la passivité de l’opposition, la servilité des médias,etc...

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