"Vous jurez et promettez d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre X..., de ne trahir ni les intérêts de l’accusé, ni ceux de la société qui l’accuse, ni ceux de la victime ; de ne communiquer avec personne jusqu’après votre déclaration ; de n’écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l’affection ; de vous rappeler que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter..."
Voici le message que l’article 304 du code pénal adresse aux jurés.
Alors, en le relisant, je me suis posé la question : parmi les jurés, au vu des éléments qui apparaissent dans le dossier, soit depuis le début, soit en cours de route, n’y en aura-t-il pas un pour douter ?
Parce que en ce qui concerne les prescriptions en matière pénale, un doute, un seul doute sur la culpabilité de la personne mise en cause doit conduire à l’acquittement (même s’il ne vient que d’un seul juré). Alors, si aucun de ces magistrats qui sont aussi jurés n’a de doute, moi j’en aurai sur l’intégrité de leur conscience.
Nous sommes dans un cas particulier. Nous avons l’habitude de voir les extrémistes de tout poil se jeter sur ce genre d’affaires pour nous rappeler combien le capital est pourri. Nous avons l’habitude des subversifs qui font feu de tout bois pour discréditer tout gouvernement et toute justice. Nous pourrions aussi comprendre quand certains nationalistes extrémistes défendent leurs camarades, coupables et innocents, de la même manière, au nom d’une lutte politique qui prétend toujours que les dérapages sont causés par l’ennemi.
Mais ici c’est autre chose. L’évidence des éléments à décharge, le grossièreté de l’iniquité dans le déroulement du procès, le refus flagrant de donner à l’accusé les moyens de sa défense, ont conduit de nombreuses prises de parole de la part de gens qui ne sont pas les habituels râleurs.
On a vu Eric Cantona apporter son soutien à l’accusé. Il fut suivi d’Yves Duteil, qui écrivit ces mots : "Le doute fait son chemin dans le prétoire, le malaise atteint l´opinion, les observateurs attentifs. Un verdict de culpabilité paraîtrait aussi peu étayé qu´un château de cartes. Une condamnation « à moitié » signerait l´embarras de la Cour devant cette gêne omniprésente. Le calvaire de la famille Érignac, si digne et douloureuse, pourrait-il être apaisé, dans ce contexte partial, par l’enfermement à perpétuité d´un innocent plausible, désigné depuis le début comme présumé coupable ?"
On a vu des journalistes sortir des sentiers battus pour s’indigner de cette mascarade. Je sais que certains journalistes sous parfois peu scrupuleux quant au devoir de vérité, dans les deux camps. Mais ici on les a vu donner des arguments qui sont difficilement réfutables. On les a vu douter et regarder à deux fois pour qu’ils en croient leurs propres yeux, ou leurs propres oreilles.
Jean-Michel Aphatie, qui écrit : "Cette reconstitution a été refusée par la cour pour une raison simple : elle aurait démontré qu’après des années d’enquête, la police est incapable de dire précisément comment le meurtre s’est produit. En clair, la reconstitution aurait fait exploser le dossier d’accusation car elle aurait pris en compte toutes les faiblesses de l’enquête manifestée durant l’audience. Donc, la cour ne prend pas de risques et semble manifester ainsi, hélas pour l’idée que l’on peut se faire de la justice en France, son désir de condamner malgré tout, en dépit de tout, fut ce sans preuves et sans certitudes, Yvan Colonna à la prison à perpétuité pour un crime dont elle est incapable, au vu de l’audience, répétons-le, d’affirmer qui l’a commis."
Il y a aussi Philippe Madelin, qui relate jour après jour l’insensée fuite en avant d’une cour de justice qui recule devant son devoir d’impartialité. Mais aussi le chroniqueur du Figaro, Stéphane Durand-Souffland, qu’on aura du mal à soupçonner d’être un gauchiste, qui termine son dernier article par ces mots : "Une lecture linéaire du dossier permet donc de démontrer que l’accusé - qui fut le premier à s’en étonner après son arrestation - jouissait d’un prodigieux don d’ubiquité, se trouvant simultanément en deux endroits distants d’une cinquantaine de kilomètres. Un procès sans défense, ce n’est rien d’autre que la validation faussement critique d’une thèse écrite à l’instruction, avec l’alibi tendancieux d’une oralité unijambiste. Il est plus que temps d’en finir avec cet appel mort-né."

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