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Procès Yvan Colonna : le dénouement

A l’heure où j’écris ces lignes, la Corse est sous la neige qui tombe à gros flocons. Un temps qui favorise la mélancolie, le repli sur soi. Bien au chaud sous la couette, monsieur tout le monde a des soucis en ce début d ’année. La crise, le chômage, les prix qui continuent de grimper, le froid qui ne fait pas oublier qu’il faut acheter du fuel ou de gaz, toujours très cher ici.  

Pendant ce temps, un homme est loin de chez lui depuis cinq ans et demi, à quoi s’ajoutent quatre ans de cavale, terrible épreuve physique et morale. Du fond de sa prison, et sur le banc des accusés, il clame son innocence. Pendant ce temps , une famille éprouvée pleure une vie dérobée, et subit une quatrième et pénible épreuve, à la recherche de la vérité.

 

Le drame qui se déroule paraît dérisoire, dans cette tourmente existentielle où la gravité et la cadence des événements mondiaux absorbent l’attention des gens. Et pourtant, ce qui se joue met en cause non seulement l’avenir d’un homme, mais surtout deux principes majeurs de notre société : l’indépendance de la justice et la présomption d’innocence.

Un homme de bien un préfet (que j’avais approché et apprécié professionnellement) a perdu la vie uniquement du fait de ses fonctions. le cas n’est pas unique. On a tué en France des président, des ministres aussi parait-il. Chaque fois, pour quel bénéfice ?

Le procès en appel a débuté et Yvan Colonna se trouve à nouveau face à neuf magistrats de la cour d’appel spéciale, spécialement désignés (par qui ?) présidée par Mr Didier Wacogne. Pourquoi une cour spéciale ? La France n’aurait-elle pas confiance dans sa « justice ordinaire » ?

Un article sur ce sujet pourrait se résumer à une simple interrogation :

  • Yvan Colonna est-il l’assassin du Préfet Erignac ?
    qui peut prétendre, avec absolue certitude, avoir la réponse ?

Malgré la certitude exprimée par l’ex-ministre de l’intérieur devenu Président de la république, des avocats de la partie civile, notamment Maître Philippe Lemaire, ainsi que celle de Madame Erignac, qui demande aujourd’hui que le prévenu avoue « son crime », nombre de spécialistes, et une majeure partie de l’opinion, avaient déjà exprimé de sérieux doutes quant à la culpabilité de cet homme.

Puis reste l’homme de la rue : Les « contre » avancent l’argument suprême :

- Il a fui !
Dans le contexte de l’époque, et compte tenu de ses idées politiques, peut-être aussi des raisons qu’il est seul à connaître, l’homme a peut-être pensé que même innocent, il avait de fortes chance de passer de nombreuses années en prison. En tous cas une fuite ne peut être considérée comme un aveu de culpabilité, suffisante pour justifier une condamnation à perpétuité, le spectre de l’erreur judiciaire doit obligatoirement se présenter à l’esprit.

-Ses « complices » ne l’ont pas dédouané par une prise de position franche !

Là encore, le doute reste permis, et condamner sur ces seules deux bases est périlleux.

-Son père s’est excusé auprès de la veuve :

Son père est un ex-député, homme de bien et d’honneur. Il n’a pas encore communiqué avec son fils, la presse, la rumeur, le ministre lui même dit que c’est l’assassin, il doit donc en être ainsi, voyons ! Il le croit, et en homme d’honneur, il demande pardon à la veuve. C’est une preuve ? Irréfutable ?

Les « pour » ont quantité d’arguments à avancer :


- La désignation officielle du coupable,ce qui met à mal la présomption d’innocence. Si cela était venu de l’homme de la rue, encore, mais d’un avocat de métier, ministre de l’intérieur de surcroit, difficile d’invoquer le « lapsus »....

-Une enquête sans reconstitution, ou des témoins oculaires n’auraient pas été entendus ? ou écoutés suffisament ?

- Des « complices » qui ont pu subir des pressions,

- Des policiers et des juges qui , aux dires d’un avocat de la défense, ont accumulé des dysfonctionnements, que Colonna était désigné coupable avant même qu’il soit mis en cause pendant les gardes à vue.........la liste peut être longue.

Alors coupable ou pas ? Personnellement je ne saurais le dire dans l’état actuel de ce je connais de cette affaire.

En toute objectivité, je souhaite que le coupable paie sa faute.  le coupable ! et personne d’autre.

Quel qu’il soit, car si on a le moindre doute , alors qu’un homme innocent fini sa vie sous les verrous, pendant que l’ assassin court les rue en se tordant de rire, cela ne peut pas être pour la société un motif de satisfaction, et pour la famille du préfet assassiné et sa veuve, un véritable motif d’apaisement.

Quand à « l’intime et absolue conviction « des avocats, n’oublions pas que quand leur client a perdu son proçès, leurs certitudes étaient érronées, et quand leur client a gagné, elles étaient fondées ! Pourtant ils étaient en possession exactement des mêmes éléments que les juges qui ont tranché !

Pourvu donc que ce procès fasse enfin la lumière, mais gardons présent à l’esprit, comme l’a souligné un des avocats, que se serait une faute d’attendre de la défense qu’elle fasse la preuve de l’innocence de l’accusé, alors que c’est l’accusation qui doit faire la preuve de sa culpabilité.

Quelle que que soit l’issue, l’opinion et les parties en cause ne pourront donc se déclarer satisfaites que si cette condition est réunie.

Si elle ne l’est pas, on peut se poser la question :

Yvan colonna peut-il aujourd’hui, s’il s’avère être innocent, être acquitté ? Si oui, qui va payer les conséquences d’une vie volée : les enquêteurs, les juges, les accusateurs, ou le contribuable ? et de quelle façon ?

De toute façon, outre la terrible occurrence qu’un homme de bien a été définitivement privé de sa vie, celle de l’accusé, encore présumé coupable, condamné ou pas, peut être d’ores et déjà considérée comme étant irrémédiablement gâchée.

 




par sampiero jeudi 12 février 2009 - 39 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par civis1 (---.---.---.179) 12 février 2009 12:21
    civis1

    Ce qui interroge dans cette affaire, c’est qu’elle ne situe plus uniquement sur le terrain proprement judiciaire et que c’est le problème de l’indépendance de la justice qui  se trouve posé.

    Quid d’une décision de justice après que le verdict ait déjà  été prononcé à grand renfort médiatique par un représentant du  pouvoir exécutif ?

    L’enjeu du procès ce n’est plus l’innocence ou la culpabilité d’Yvan Colonna et c’est ce qui dans cette affaire est assez tragique,  tant du côté  de la partie civile que pour celui du prévenu et sa famille.  

    Finalement il reste à la justice, pour retrouver sa crédibilité, à être particulièrement  attentive à  la présomption d’innocence dans le souci de ne pas commettre une erreur judiciaire qui consisterait à  condamner un innocent.

    Elle doit faire la  preuve indubitable de la  culpabilité du prévenu.

    Elle ne doit pas perdre de vue que le doute doit toujours bénéficier à l’accusé.

    L’enjeu du procès est bien la qualité des  preuves qui ont inspiré le ministre de l’intérieur de l’époque.

    L’enjeu du procès c’est celui de l’indépendance de la justice celui de la  séparation des pouvoirs et celui de la démocratie républicaine à la française.

  • Par civis1 (---.---.---.179) 12 février 2009 14:54
    civis1

    Au niveau des preuves :
    Il me semble que quand on prend la fuite c’est parce qu’avant tout on a peur ... Mais de quoi ? c’est ce qui reste à déterminer.
    Celà ne veut pas dire qu’on est nécessairement coupable de quoi que ce soit mais celà n’exclut pas qu’ être coupable peut-être une des raisons de la fuite .
    Ce n’est en aucun cas une preuve en soi. 

  • Par Philippe Antonetti (---.---.---.67) 12 février 2009 12:59

    Yvan colonna peut-il aujourd’hui, s’il s’avère être innocent, être acquitté ? Quelle terrible interrogation !
    Le simple fait d’avoir à se la poser démontre l’état de déliquescence du régime prétendument démocratique de la France. Rappelons que la séparation des pouvoirs est la condition sine qua non de l’exercice démocratique.
    Si oui, qui va payer les conséquences d’une vie volée : les enquêteurs, les juges, les accusateurs, ou le contribuable ? et de quelle façon ? La réponse désespérée et désespérante est dans cette chanson des Pogues interdite à la BBC thatcherienne à propos des 6 de Birmingham :
    "A curse on the judges, the coppers and screws
    Who tortured the innocent, wrongly accused
    For the price of promotion
    And justice to sell
    May the judged by their judges when they rot down in hell"

  • Par sampiero (---.---.---.238) 12 février 2009 13:38
    sampiero

    oncle archibal
    lje completerai mon propos avec ceci :
    "
    vous dites :Pensez vous que l’insuffisance de preuves fasse obligatoirement d’Yvan Colonna un innocent " ?

    Je vous retourne la question :
    "Pensez vous que l’insuffisance de preuves fasse obligatoirement d’Yvan Colonna un coupable " ? si votre réponse est oui, quel est votre verdict ? perpetuité ? à vous de voir.

    Salut Yohan
     ma réponse à l’argument de la fuite est dans le corps de l’article.
    Aujourdh’ui, dans Paris, un assasin jette a vos pieds son pistolet, vous laissant bras ballants devant un cadavre, taillez vous, car si vous êtes pris immédiatement, vos trois ans de préventive sont garantis et rien ne dit que vous allez vous en sortir. Pourtant vous êtes innocent !

    La fuite une preuve ?

    Entendons nous bien ! Si il faut absolument un coupable, que la messe soit dite. de toute façon, même si des preuves irréfutables de l’nnoscence se faisaient jour, il restera toujours dans l’esprit de la foule qui a toujours besoin d’exutoires un doute.Ce n’est pas ma conception de la justice, moi qui suis un parfait honnête homme. 

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