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Professeurs des écoles stagiaires : une situation inacceptable ! L’exemple de la Côte d’Or

94 professeurs des écoles stagiaires (PES), ayant passé le concours en mai-juin dernier, ont fait leur rentrée en septembre en Côte d’Or. 48 d’entre eux seulement sont suivis par des Professeurs des écoles maîtres formateurs (PEMF en école d’application). 8 autres auront comme tuteurs des titulaires du Certificat d’aptitude aux fonctions d’instituteurs ou de professeurs des écoles maîtres formateurs (CAFIPEMF) qui ne sont pas maîtres formateurs. Les 38 restants seront suivis par des maîtres d’accueil temporaires (MAT), c’est à dire des enseignants non titulaires du CAFIPEMF choisis sans appel à candidature par les Inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) pour remplir cette fonction et qui n’ont jamais été « formés à former ».
 
Ce qui est étonnant, c’est que certains titulaires du CAFIPEMF n’ont jamais été contactés pour assurer le suivi de ces stagiaires. Une question se pose alors : sur quels critères s’est donc faite la sélection des tuteurs (hors PEMF) ?
 
Nous savons depuis la rentrée que ces maîtres d’accueil temporaire qui reçoivent des stagiaires bénéficient d’une journée de décharge par semaine et de l’indemnité comme les PEMF ! Sans remettre en cause les besoins de temps et la nécessaire rémunération des missions accomplies par ces collègues, quelle reconnaissance du CAFIPEFM et des exigences requises pour son obtention ?
 
Les professeurs des écoles stagiaires ont passé leur première période de classe en doublette (ou seuls pour certains) dans la classe de leur tuteur. Ils étaient, pendant ces deux semaines avant les congés d’Automne en circonscription et à l’IUFM pour une formation « théorique ».
 
Ceux qui avaient déjà connaissance de leur future affectation (seul en responsabilité dans une classe) ont eu la chance de pouvoir prendre contact pendant deux jours avec l’enseignant ayant assuré le début de l’année. A noter que certains personnels remplaçants qui ont fait la rentrée dans ces classes et qui projetaient leur remplacement sur un long terme ont appris par le stagiaire lui-même, peu de temps avant son arrivée, qu’ils seraient dessaisis de leur classe après les vacances. Quel mépris de la part des IEN pour les personnels qui s’impliquent dans leurs missions de remplacement et pour les élèves de ces classes !
 
Les professeurs des écoles stagiaires recevront 8 visites lorsqu’ils seront en pleine responsabilité de classe, 4 de leur tuteur - PEMF ou MAT - et 4 d’un Conseiller pédagogique de circonscription. Pour la validation de l’année de stage et la titularisation, il est indiqué que l’IEN, pour donner son avis, doit se baser sur 1 rapport du tuteur qui fera une synthèse.
 
En Côte d’Or, c’est l’équipe de suivi du stagiaire qui établit un rapport transmis à l’IEN de la circonscription d’affectation du stagiaire, lequel émet un avis sur la base de ce rapport.
 
Puis, un jury académique de 5 ou 6 IEN prendra la décision finale.. Quoi qu’il en soit, il est à noter que le pouvoir de titularisation est de plus en plus entre les mains des IEN.
 
Pour l’instant, des interrogations subsistent quant aux remboursements des frais de déplacement de l’équipe de suivi. De même des précisions seront demandées à l’administration par le SNUipp-FSU concernant l’affectation des PES et leurs modalités de remboursement (formation, remplacement dans les classes…).
 
Un autre constat s’impose : la formation à l’intérieur du département est très inégale entre les stagiaires formés en école d’application et les autres. En effet, d’une part dans les écoles d’application, les stagiaires ont pu « tourner » dans les classes des maîtres formateurs et ainsi voir plusieurs niveaux, ce qui est impossible pour les autres stagiaires car les collègues tuteurs ne bénéficient pas d’un réseau de formateurs autour d’eux.
D’autre part, certains professeurs des écoles en formation ont été affectés dès novembre dans une classe du même niveau que celui qu’ils ont pu observer et pratiquer dans la classe du tuteur ou, pour d’autres, dans un niveau complètement différent. Comment un fonctionnaire stagiaire pourra-t-il enseigner correctement la lecture à des CP ou des CE1 s’il n’a pu voir qu’une classe de CM2 ?
 
Cette nouvelle situation risque, très rapidement, d’engendrer pour nos jeunes collègues une souffrance au travail qui peut avoir des conséquences lourdes. Cette souffrance pourra avoir plusieurs causes :
- incapacité à gérer des élèves au comportement difficile car les stagiaires n’auront pas reçu de formation pour cela. Le DVD intitulé « Tenue de classe, la classe côté professeur », que nous vante fièrement notre ministre de l’Education nationale, n’est pas une solution satisfaisante. Une distribution de DVD ne peut se substituer à une véritable formation !
- difficulté à gérer les relations avec les parents. Une relation mal gérée peut être source de tension et de stress.
- sentiment d’inefficacité du stagiaire qui est « lâché » dans une classe en novembre sans avoir reçu de véritable formation.
- surcharge de travail : préparer sa classe, lorsqu’on débute, ça prend du temps ! Les stagiaires, en deux mois d’observation et de pratique, n’ont pas encore développé toutes les stratégies et compétences pour préparer efficacement leur semaine de classe sur un temps limité. D’autant plus que le temps qu’ils pourront consacrer aux préparations sera très restreint étant donné que certains mercredis seront consacrés à de la formation au sein de l’IUFM, seules heures de formation pour l’année.
 
Tout cela ne sera pas sans conséquence sur la qualité de l’enseignement dispensé aux élèves ! Fatigue des professeurs, stress, risques de dépression, manque de formation initiale et continue… Tout cela aura un coût sans doute bien supérieur à l’argent que le gouvernement souhaite économiser en détruisant le service public d’éducation ! Nous payerons tous la facture dans les années à venir.
 
Stéphane Guinot
 
Retrouvez toute l’actualité de l’école primaire sur http://ecole-education.over-blog.com
par Stéphane GUINOT (son site) jeudi 2 décembre 2010 - 30 réactions
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  • Par ASFolken (xxx.xxx.xxx.202) 2 décembre 2010 13:11
    ASFolken

    Ouai il faut bien commencer à travailler un jour. Et il faut aussi bien se rendre compte lorsqu’on a fait une erreur un jour. Personnellement j’ai tenu un an comme professeur stagiaire et j’ai démissionné avant même de savoir si j’allais être titulariser.

    Je veux pas décourager les petits nouveau mais c’est plus un métier c’est une vocation sacerdotale. A mon avis cette année les dépressions et les démissions seront nombreuses chez nos jeunes oilles. Tant mieux se sera une raison supplémentaire pour privatiser l’enseignement. De toute façon ca fait longtemps qu’on en a plus rien à foutre de l’éducation, sinon ont formeraient nos profs.

    Pour ceux qui ont une licence (peut être un master maintenant) et qui veulent devenir prof même s’ils n’ont aucune expérience et même si ce sont de dangereux pédophile, postulez à la DIEC ou au RECTORAT pour devenir prof vacataire, ils prennent n’importe qui, déjà ça coute moins cher et y a plein de mi temps thérapeutique à remplacer.

  • Par jca (xxx.xxx.xxx.105) 2 décembre 2010 19:38
    jca

    Cette situation de l’EN, déjà pas brillante, est grave et je plains très sincèrement ces nouveaux enseignants parachutés dans des classes plus ou moins difficiles sans aucune aide et sans avoir eu le temps de préparer des cours. Tout le système est gravement malade, et ce n’est pas nouveau ; malheureusement, c’est les enfants qui en font les frais !

  • Par Stéphane GUINOT (xxx.xxx.xxx.67) 2 décembre 2010 22:46

    Bien sûr qu’il faut bien commencer à travailler un jour. Mais enseigner est un métier qui s’apprend. Ca ne s’improvise pas.

    Bien entendu, la formation qui était proposée avant la "réforme" au sein des IUFM était perfectible. Quant à dire qu’elle était "ridiculement inutile", je ne le crois pas. L’enseignant y apprenait à organiser son travail sur l’année, sur chaque période, sur la semaine, sur la journée. Il apprenait à construire des séances, à gérer la relation avec les parents, à réguler les conflits au sein d’un groupe. Il recevait des informations sur les stratégies que les élèves utilisent dans l’pprentissage de la lecture, etc... Beaucoup de personnes pense que l’IUFM ne formait pas car il ne fournissait pas de "recettes" directement applicables par les enseignants. Mais il ne faut pas oublier qu’un enseignant n’est pas un "exécutant" de bonnes pratiques. C’est un concepteur. L’enseignant doit sans cesse se remettre en cause, remettre en cause son travail, explorer de nouvelles pistes pour faire progresser ses élèves. Pour cela, il n’existe pas de recette. Chaque enseignant doit trouver sa façon d’enseigner qui lui convient le mieux et adapter sa pratique aux élèves qu’il a en face de lui.

    Je dirait donc qu’avant, la formation était bonne mais perfectible alors que maintenant, elle est inexistante. De plus, la réformer de la formation initiale des enseignants a des conséquences graves sur la formation continue qui est elle aussi réduite à peau de chagrin.

    Vous dites que la qualité de l’enseignement dépend de l’enseignant. J’ajouterais que la qualité de l’enseignant dépend en grande partie de la formation qu’il a reçue. Les enseignants sont aujourd’hui complètement démunis face aux difficultés qu’ils rencontrent.

    Vous dites également qu’apprendre sur le tas est moins pire qu’avant. Je ne le pense pas. D’abord il convient de préciser que la formation "ancienne version" était loin d’être complètement déconnectée des réalités du terrain puisque les enseignants stagiaires passaient un tiers de leurs temps en responsabilité d’une classe : stage filé d’une journée par semaine dans une classe durant toute l’année + 2 stages en responsabilité de 3 semaines chacun. Le reste du temps, passé à l’IUFM, parmettait à l’enseignant de réfléchir à sa pratique, de la confronter à celle des autres collègues, d’analyser ses réussites et ses échecs, de préparer des séances qu’il allait tester devant ses élèves pour ensuite partager ses expériences avec ces collègues stagiaires. Il passait également une partie de ce temps à aller observer, préparer et conduire des séances dans les classes de maîtres formateurs.

    Quant à la phrase : "tout le reste n’est que gesticulation corporatistes syndicalistes", je ne la comprends pas.

    Stéphane Guinot

  • Par antonio (xxx.xxx.xxx.21) 3 décembre 2010 06:34

    Enseignants non formés, dé-formés, sous-formés, précarisés, dévalorisés, qu’importe ? Puisqu’il s’agit d’enseigner moins pour dépenser moins ! Le " massacre " de l’école continue sans qu’aucun de nos "représentants " politiques n’en fasse jamais état.

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