Un court article en réaction à la déferlante démentielle de cet après-midi contre Ségolène Royal à qui on reproche d’avoir répondu à une question en disant... la même chose que Claude Guéant.
La libération d’Ingrid Bétancourt aura été l’occasion d’une sorte d’hystérie collective brutale comme notre république en aura peu connu.
Les médias, comme d’habitude, se seront fait les complices panurgiques de la voix officielle.
En libérant Bétancourt on avait sauvé le monde, résolu tous les drames, éteint les horreurs de l’Afrique, effacé les crimes de Guantanomo. Bétancourt libre c’est la vierge marie qui nous revient, la météo s’arrange. Le déréglement climatique est presque résolu.
Aucune nouvelle ne mérite d’être envisagée. Libération, Le Figaro, Le Monde, dans une moindre mesure (assez rare pour être noté) et tous les autres s’interdisent docilement de parler de EDVIGE, des sans-abris du DAL, des remontrances faites à la France en matière de droits de l’Homme. Plus rien ne se mesure à ... Ingrid. Sainte Ingrid !
Alors oui, bien sur, nous sommes heureux, soulagé. Nous sommes émus même de voir cette famille à nouveau réunie. C’est un bonheur qui fait du bien.
Mais il ne justife en rien tout le reste.
Les journalistes peuvent bien nous faire des tartines, nous n’oublierons pas qu’ils n’avaient rien fait pour Aïda Duvaltier, coupable d’être une Franco-Colombienne sans relations, morte en détention dans l’indiference générale.
L’émotion journalistique est à dimension variable, leurs leçons ne nous touchent plus.
Et Royal dans tout ça ?
Pendant que Sarkozy se mettait en scène avec toute la famille, dans une interruption de prorammes très ORTF (après tout Frou Frou ne s’était pas interrompu pour le suicide de Pierre Bérégovoy), pendant que la pravda-figaro récupérait Bétancourt... Les officiels devaient admettre que Sarkozy avait été tenu à l’éccart, qu’il n’était pas pour grand chose dans le dénouement de cette sinistre histoire (dénouement sur lequel il faudra d’ailleurs bien faire la lumière).
Ainsi, Ségolène Royal, à qui un journaliste pose la question répond en substance que non M. Sarkozy n’y est pour rien et que sa stratégie n’a pas payé.
Grosso modo la même chose que Claude Guéant quelques heures auparavant.
Mais là ! avec la complicité absolument servile (il n’y a pas d’autres mots) de tous les médias, voilà Ségolène Royal qualifiée d’enfant, d’indigne, de fautive. Pour un peu on la brulerait.
(il faut noter que sur l’ensemble du cas Bétancourt seuls trois médias "journalistiques" ont su rester bons et critiques : rue89, arrêt sur image, et mediapart)
Raffarin y va de sa raffarinade estimant que dire que Sarkozy n’était pour rien dans la libération de Bétancourt équivaut au fait d’insulter le chef de l’état à l’étranger et que c’était une faute. Bon on évitera de lui rappeler les paroles américaines d’un certain ministre du nom de Sarkozy vis à vis de Chirac...
Yade hurle avec la meute, tout le monde s’y met. C’est évidemment complétement disproportionné et complétement stupide.
Il ne s’agit rien de moins que d’une instrumentalisation de Bétancourt par toute la classe politique pour tenter de sortir du cadre la maudite Ségolène.
Oh elle aurait voulu se faire mousser ! oh elle aurait voulu faire de l’opposition à tout prix ?
Eh bien en voilà une au moins qui ne se dégonfle pas. Une qui contrairement à Lang ou les autres piétres PS ne se sent pas obligé de baiser les pieds du monarque sous pretexte d’une bonne nouvelle consensuelle.
La politique de Sarkozy continue pendant qu’on nous distrait avec une brave femme courageuse comme il y en a mille autres partout dans le monde. Sa politique est nefaste et Royal avait raison de prévenir ce qui n’a pas manquer d’arriver : l’incroyable et indécente récupération pour le pouvoir UMP.
Ce qu’elle n’avait peut être pas prévu c’est que la récupération pouvait aussi prendre la forme d’une tentative d’assassinat politique contre elle. Ce qui démontre d’ailleurs une fois de plus qu’elle est celle que l’UMP craint plus qu’aucun autre sans quoi ils la laisseraient parler dans son coin. Elle n’avait peut être pas prévu non plus l’incroyable lacheté de ses "amis" politiques. Leur complicité.
Bel épisode dans la guerre des politiques. Pas très glorieux mais plein d’enseignement sur un univers décidemment bien sinistre.

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