• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Quand la Chine dit « Non » : les jeux Olympiques (et « l’Occident ») (...)
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(36 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Quand la Chine dit « Non » : les jeux Olympiques (et « l’Occident ») à reculons...

«  La Chine peut dire Non  »... Qui ne le savait pas  ? Nous étions prévenus depuis 1995, date de publication d’un essai de Song Qiang, qui portait ce titre et qui, diffusé à des millions d’exemplaires et célébré par les autorités chinoise, a été comme un livre annonciateur d’une nouvelle ère. Une ère qui est couronnée par les JO de cette année 2008. Parce que le CIO a dit Oui.

Parce que les Chinois savent que la «  grande puissance émergente  » qu’elle est sait utiliser au maximum ce qui a fait la force, mais fait la faiblesse actuelle de l’«  Occident  »  : le décalage entre les principes et les valeurs proclamées et les actes, ce «  cynisme voyou  » habillé de vertus qui se retourne contre lui.

La Chine peut dire NON aux injonctions des «  Occidentaux  » en matière monétaire et commerciale. Elle peut dire NON à l’« Empire américain  » qu’elle soutient financièrement. Elle peut dire NON aux suppliques «  européennes  » en matière de droits de l’homme. Elle peut dire NON à la suppression de la peine de mort (10 000 exécutions par an  !) Elle peut dire NON aux normes environnementales exigées par la seule santé publique et le simple bon sens. Elle peut même dire NON à ce que les responsables chinois avaient  eux-mêmes promis. Ou décidés.

«  La Chine m’inquiète  », pour reprendre le titre d’un livre récent[1]... «  La Chine à reculons  », dénonce Le Monde dans son éditorial du jour. «  A reculons  », par rapport à quoi, à qui, à quels critères  ?

Evidemment, les mille et une protestations des ONG et des autorités qui militent pour les droits de l’homme et pour le respect de valeurs proclamées (et reconnues par tous les pays membres de l’ONU) sont légitimes. Elles n’ont pas attendu quelques nouveaux cas de censure sur le net, quelques nouvelles arrestations et quelques nouveaux pics de pollution pour affirmer haut et fort ce qui aurait dû être déterminant au moment du choix du CIO  : Des Jeux à Pékin, pourquoi faire  ? Tout s’est passé comme si c’est le CIO qui voulait Pékin et non Pékin qui était candidate devant le CIO...

Heureusement d’ailleurs qu’elles se font entendre, ces voix de l’exigence éthique et morale, de l’humanité respectée, de l’humain  ! Et tant pis (tant mieux même) si elles gênent bien des milieux d’affaires, boulimiques de profits et de performances dans les jeux de l’économie-casino planétaire  ou des chevaliers de la Réalpolitik qui ne voient dans la Chine «  éveillée  » qu’un grand marché à exploiter, une terre d’investissements à ensemencer, et un partenaire à ménager. Pour l’exploiter.

Combien de sinophiles n’aiment la Chine que par intérêts égoïstes  ? Les Chinois le savent  : c’est ce qui les fait sourire quand «  on  » les accuse de «  cynisme  »... Comme ils savent que les promesses, dans les grandes puissances d’hier, n’engagent souvent que ceux qui les écoutent. Comme ils ont pleinement conscience que personne ne viendra gérer à leur place leurs contradictions internes, leurs évolutions intérieures chargées de périls, les retombées socialement négatives de leur croissance qui fait rêver les hyper-capitalistes en crise de foi en eux-mêmes.

Il n’y a pas Une, mais des Chines. Avec 56 ethnies différentes. Des privilégiés et des laissés-pour-compte. Des ruraux et des urbains. Des rivalités multiples qui s’affirment, s’additionnent, se heurtent de front. Et une société de plus en plus complexe. Et explosive, en dépit de l’image «  disciplinée  » qu’elle veut donner d’elle-même.

Depuis que Deng Xiao Ping, voilà trente ans, avait chanté les vertus de l’enrichissement (plus personnel que  collectif), on savait que le capitalisme sauvage pouvait se développer dans des structures «  communistes sans communisme  ».

Depuis la répression symbolisée par les événements de la place Tien An Men, en 1989, on savait que les maîtres du système ne laisserait pas le régime totalitaire se dissoudre dans une démocratisation même fantasmée et que la violence d’Etat (ce «  totalitarisme conscient  », cet «  autoritarisme d’un nouveau genre  ») saurait tenir en joue les porteurs d’espérances libertaires. S’imposer grâce à un «  national populisme  » et à des exhortations qui endorment les masses. Et faire oublier les référence confucéennes au «  gouvernement par la vertu  »... ou la sagesse héritée de Meng Tzeu, dit Mencius qui bien avant notre ère (372-289 av J.-C.) témoignait de l’universalité des concepts fondateurs de nos «  droits de l’homme  ».

Les Chinois, comme d’autres «  peuples émergents  », disent Non aux opinions dites internationales parce qu’ils ne veulent plus recevoir de leçons venues d’un Occident (à redéfinir d’ailleurs) qui n’est plus le «  Centre  » du monde et qui est piégé par ses propres incohérences.

En l’occurrence, ce sont les JO qui vont «  à reculons  ». Non parce que l’on peut faire des parallèles entre Berlin 36 et Pékin 2008 (avec tout ce que les comparaisons  peuvent avoir de faux), mais parce que les «  Jeux  » ne sont plus des Jeux. Mais des affaires et du spectacle. Cela n’a vraiment rien d’une information...

Reste l’espérance d’un mieux. Demain ou après... Jean-Claude Guillebaud le relève dans l’excellent chapitre qu’il consacre à la Chine dans son dernier essais [2] :  les censures d’internet (effectuées avec des complicités très «  occidentales  » ) n’empêchent pas quelque 210 millions d’internautes et 550 000 journalistes de faire circuler l’information et les idées en Chine.

N’ayons pas une image trop granitique, monolithique de la Chine plongée dans une mutation authentiquement révolutionnaire. «  Ce n’est pas silence dans les rangs  »  ! Et les JO (c’est l’espoir ou l’illusion ou la bonne conscience des «  patrons  » du CIO) peuvent indirectement faire pousser quelques fleurs dans cette puissance où tant ont été coupées.

Les Chinois eux-mêmes peuvent un jour se rendre compte qu’il est dans leur intérêt de savoir aussi dire Oui. Sur des choses essentielles qui touchent à la conception même de la nature humaine. Ils savent, selon la formule de Deng Xiao Ping, «  traverser la rivière en tâtant les pierres  ». Il est des circonstances où le pragmatisme et le réalisme dictent de tenir compte aussi de certains idéaux. C’est aussi un constat à faire dans ce que l’on appelle encore l’Occident...

Daniel Riot

 

 

[1] Par Jean-Marie Domenach, Editions Perrin, 2008

 

[2] Le Commencement d’un monde, par Jean-Claude Guillebaud, Seuil. La plupart des citations et références de cet éditorial sont extraites du chapitre 9  : «  la Chine peut-elle dire non  ?  »

par Daniel RIOT (son site) jeudi 31 juillet 2008 - 15 réactions
yahoo
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(36 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Candide (xxx.xxx.xxx.145) 31 juillet 2008 16:54
    Candide

    "Les occidentaux sont si bêtes qu’ils nous vendront à crédit la corde pour les pendre !" LENINE

    A méditer messieurs les vendeurs d’airbus et de centrales nucléaires.....

  • Par Lisa SION (xxx.xxx.xxx.2) 31 juillet 2008 16:26
    Lisa SION 2

     

    "...Tout s’est passé comme si c’est le CIO qui voulait Pékin et non Pékin qui était candidate devant le CIO..." avez vous écrit, Daniel,
     

    La Ching aurait pu dire NON au CIO qui la voulait comme aurait dit une vraie femme, mais la Ching n’est pas une femme, car quand la femme dit non, ça veut dire peut-être, si elle dit peut-être, ça veut dire oui, mais quand elle dit OUI...c’est un pute. Mais, Pékin n’est pas la Ching. Et c’est Pékin qui a dit oui.

    Comme la femme vénale qui a le porte feuille et qui vous entraine sur son terrain, vous allez regretter de vous y être fourvoyé. Cette grosse mascarade macro publicitaire qui bafoue les valeurs humanistes de paix et d’unité des peuples pour doper des marionnettes et leur coller une étiquette à l’enseigne des gros pontes du commerce sportif mondial, celui-çi fanatisant des milliards d’adeptes, clients des accessoires du sportif commun et de la bière télévisée, a gagné encore un milliard de clients réguliers et le marché revient...à la Ching !
     

    Le CIO est devenu une entreprise commerciale et la Ching est son plus gros client. Ce n’est pas les jeux qu’il faut boycotter, mais les produits ds plus grandes marques et importés de là-bas !
     

  • Par claude (xxx.xxx.xxx.24) 31 juillet 2008 17:50
    claude

    merci pour cet article fort explicite.

    les chinois, fins stratèges ont avancé leurs pions avec patience, jusqu’à l’encerclement final : comme au jeu de go.

    maintenant, il est trop tard pour claquer la porte.




Réactions à cet article

Ajouter une réaction


Faites un don

:-) :-)) ;-) :-| :-/ :/-) :-( :-(( :-p :-O :->

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Attention : ce forum est un espace de débat civique et civilisé qui a pour but d'enrichir cet article. N'hésitez pas à signaler tout abus en cliquant sur le lien présent en bas de chaque commentaire pour nous indiquer tout contenu diffamatoire, injurieux, commercial, raciste... et qui sera supprimé dans les plus brefs délais.

Sachez également que des informations sur votre connexion (telle que votre adresse IP) seront mémorisées et partiellement affichées avec chaque commentaire posté

Chaque commentaire peut être voté positivement. Les 5 commentaires qui recoivent le plus de vote apparaissent directement en dessous de l'article, dans l'espace "les commentaires les plus appréciés"

Un code couleur permet de repérer rapidement:

  • Les nouveaux inscrits
  • Les rédacteurs qui ont déjà publié un article
  • L'auteur de l'article

Si vous constatez un bug, contactez-nous.

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox