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Quand la Droite réinvente la lutte des classes

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy comme président de la République française avec 53% des voix, l’Hexagone vit un bouleversement économique, politique et social. Sous couvert de "réformes", le gouvernement emmené par François Fillon met en place des mesures dictées par le Traité de Maastricht. Si ces transformations s’avèrent sans doute inéluctables après l’adoption par la France du Traité européen (avec à peine plus de 50% des voix), et si Ségolène Royal aurait certainement dû en faire de même, la méthode employée par le gouvernement actuel laisse augurer des succès politiques pour les adeptes du "Grand soir", seuls opposants à la "dictature du Grand Capital"...

Officiellement, le Parti Communiste Français a abandonné la "Dictature du prolétariat" en 1976. En 2003, la Ligue Communiste Révolutionnaire l’a imité. La "lutte des classes", autre pilier inébranlable du marxisme, n’a jamais été réellement remise en cause et semble même devenue un objectif majeur du gouvernement de François Fillon. Un sacré paradoxe...Si les gouvernements de droite précédents (de Gaulle, Giscard, Chirac) ont aussi orienté la société française vers plus de Capital et moins de Social, la méthode employée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy semble vouloir provoquer cet affrontement sociétal entre ceux qui produisent et ceux qui possèdent.

Habituellement, les évolutions faisaient la part belle à la négociation, le "rapport de forces" se résumant à une lutte des classes molles. Les manifestants finissaient toujours par faire entendre leur voix et chaque partie syndicale parvenait à un accord satisfaisant tout le monde. L’Etat corrigeait le tir par un remaniement ministériel, des aménagements de çi de là mais tout rentrait dans l’ordre, chaque partie ayant le sentiment d’avoir "gagné quelque chose". Une vision très asiatique des rapports humains où il ne faut jamais humilier l’adversaire, toujours lui laisser la possibilité de se retirer dignement, sans perdre la face. Sinon on s’expose à une vengeance proportionnée à l’humiliation ressentie (voir les Accords de Munich et leurs conséquences...).

La confrontation se fait dans la violence

Avec Nicolas Sarkozy, la confrontation se fait dans la violence. Comme ministre déjà, puis président, il se dégage de cette personnalité sans doute brillante ce sentiment gênant de traîner un manque de confiance en soi maladif. Son épouse précédente, par sa force de caractère, parvenait justement à juguler et contre-balancer cette indisposition ce qui explique ses succès alors. Un psychologue recèlerait certainement chez M. Sarkozy cette confrontation "phallique" propre aux hommes et qui les voit toujours se mesurer les uns les autres.

Les dernières dispositions du gouvernement concernant le temps de travail sont inquiétantes par le manque de négociation, d’ouverture à l’autre, d’écoute et donc de compréhension qu’elles sous-entendent. Que s’est-il passé ? L’Etat a demandé aux syndicats de salariés et de dirigeants de se mettre d’accord et aboutir, de manière adulte et responsable, à un texte et des mesures satisfaisant tout le monde. Ils ont discuté, ont approuvé et amendé mais au final l’Etat ne retiendra pas le fruit de leur travail ; il impose le sien.

Lors des discussion de 1936, puis des vrais accords de Grenelle en 1968, c’est cette communication entre les trois parties : Etat, patronat, travailleurs, qui a abouti à des avantages acquis permettant d’améliorer les conditions des uns et des autres et de mettre fin à des pratiques peu reluisantes dans le monde du travail. C’est même l’Etat qui, en 1936, a avancé l’idée des congés payés alors que ni la CGT et les autres centrales, ni le patronat n’étaient demandeurs...il y avait du gagnant-gagnant où on ne sent aujourd’hui que du gagnant-perdant.

Des propositions de lois prêtes avant son élection

Préparant depuis plusieurs mois son élection, Nicolas Sarkozy avait déjà fait préparer les propositions de lois qui tombent sur l’Assemblée comme des pluies diluviennes. Un cabinet restreint de proches aujourd’hui dans les ors du pouvoir avaient ainsi tout prévu pour "réformer" la France. Il n’est donc pas étonnant que M. Sarkozy et son aéropage refusent de prendre en compte ceux auxquels ces projets de lois s’adressent.

La danger est important de voir alors les positions se radicaliser. Même des tenants du capitalisme et de la Droite estiment que "ça va mal finir". On est en droit de se demander si Nicolas Sarkozy n’est pas en train de réveiller le marxisme le plus radical en utilisant un tel procédé. La côte de popularité de la LCR n’a jamais été aussi élevée. Les dernières décisions de son congrès lui permettent d’ouvrir son audience en rompant avec l’image -et le fonctionnement- sectaires qui étaient siens. D’autant que le Parti Communiste Français ne rencontre plus aucun écho dans la population.

Nicolas Sarkozy comme Lord Farquaad

En refusant d’entendre les voix discordantes, d’accepter d’écouter l’Autre, de revenir sur certaines de ces certitudes, Nicolas Sarkozy ne réforme pas, il impose. Tel Lord Farquaad de Shrek dont il partage certains attributs, Nicolas Sarkozy est engoncé dans une stature de "dur". Sans doute une jeunesse privée de l’image d’un père qui a fui la libération de la Hongrie fasciste par l’Armée Rouge ; d’un père volage et peu chaleureux a-t-elle eut une incidence importante sur ce "trois fois marié". Quoiqu’il en soit, les arrogances et les intransigeances de son comportement, même si elles doivent sauver la France, exposent celle-ci à la rupture sociale. Car la violence engendre la violence, et l’absence de communication créé les incompréhensions, donc les malaises, donc les comportements suicidaires, donc la mort.

Qu’est-ce que la "Lutte des classes" selon son inventeur Karl Marx, qui rappelons-le n’a jamais travaillé de sa vie ? C’est la possibilité pour les exploités -les travailleurs- de renverser les exploiteurs -les patrons- pour mettre fin aux classes sociales. Voici dans l’absolu ce à quoi doit aboutir la lutte des classes. En opposant ainsi des intérêts qui pourraient être convergents et aboutir sur des mesures intelligibles par le plus grand nombre, Nicolas Sarkozy s’expose à de graves conflits.

La bonne tenue d’une société est due à sa bourgeoisie qui sert de tampon entre les plus riches et les plus pauvres. Les premiers ne veulent pas le devenir, les autres rêvent de l’être et ce rêve est accessible. Au Bresil, le président Lula s’échine à créer cette bourgeoisie, ces classes intermédiaires pour justement permettre d’implanter la stabilité. Les nations sans bourgeoisie n’ont pas d’avenir... or, le coût de la vie et les mesures envisagées par le gouvernement vont déliter cette bourgeoisie dont les membres les moins proches des "riches" voient leur pouvoir d’achat flirter avec les catégories les plus pauvres. Les nouveaux consommateurs des supermarchés discounts -on notera au passage que le Carrefour du XVIe arrondissement se targue d’être le moins cher de France dans un quartier huppé de Paris- ou qui achètent la Logan sont justement cette petite bourgeoisie dont le porte-monnaie se vide. En liquidant ces classes sociales, l’Etat va accentuer le fossé entre plus riches et plus pauvres et créer des conflits, des luttes de classes dont les conséquences peuvent être tragiques.

Même le patronat a compris le danger de réveiller une Lutte des classes que l’on pensait révolue, terminée, reléguée dans les poubelles de l’histoire. Le gouvernement semble vouloir en soulever le couvercle et accepter que s’en dégage des odeurs nauséabondes. L’espérance, plus lente à réagir, risque de ne jamais en sortir et Nicolas Sarkozy prend le risque de s’acoquiner avec une autre muse que celle qui le détend à l’Elysée avec sa guitare...

par moi4 samedi 31 mai 2008 - 108 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Kassandra (xxx.xxx.xxx.237) 31 mai 2008 17:18
    Kassandra

    Très juste c’est la lutte des classes à l’envers, c’est à dire que c’est la classe dirigeante,possédante ou bourgeoise comme vous le voulez, qui a pour but de continuer à s’enrichir encore plus et pour cela n’hésitera pas à tout détruire, sécu, avantages sociaux, et tout les services public en les (bradant) privatisant.

    Ils n’hésitent pas pour celà à piocher dans la poche des pauvres, tout en les criminalisant c’est à dire à les rendre coupables de tout les maux, escroqueries à la sécu, à la CAF. Avec l’aide de Tf1et de JP Pernaud (qui lui est un scandale à lui tout seul).

    Sarkozy a été mis ou il est pour servir ce but. C’est ce qu’il appelle les réformes et aussi la droite décomplexée, pourquoi s’en cacher, de toute façon il y a tellement de benêts naïfs qui n’y voient que du feu. Il y a aussi la stigmatisation des étrangers bien sûr, car les français adopte facilement l’idée que tout est de la faute des étrangers si tout va de mal en pis.

  • Par sisyphe (xxx.xxx.xxx.215) 31 mai 2008 15:23
    sisyphe

    Bonne analyse.

    Effectivement, la "droite décomplexée" de, non seulement Sarkozy, mais également de sa garde rapprochée (Hortefeux, Fillon, Bertrand, Dati, etc...) cherche manifestement à profiter de sa toute-puissance (présidence de la république, assemblée, sénat), pour imposer à la hussarde toutes les mesures les plus anti-sociales, de façon à rendre le cours des choses irréversibles. Ils vont même plus loin que les desiderata du Medef, en provoquant un affrontement dont ils pensent sortir largement vainqueurs ; l’opposition étant divisée plus que jamais.

    A rapprocher de l’analyse de Naomi Klein, sur les préceptes appliqués de Milton Friedman, profitant d’un "choc", pour imposer tout un ensemble de mesures ultra-libérales, et supprimer tous les acquis sociaux, sous couvert de la formule magique de "réformes"....

    Ca va marcher tant que les français, le moral plus dans les chaussettes que jamais, et plus que jamais pessimistes sur l’avenir, font profil bas, en pensant éviter le pire.

    Il suffit pourtant d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres : espérons qu’elle vienne d’une mobilisation générale, initiée par les syndicats, et les associations de citoyens.

    Plutôt un embrasement général que cette mise au pas concoctée par les pires forces de la réaction.

    Aux armes, citoyens !

     

  • Par moi4 (xxx.xxx.xxx.173) 31 mai 2008 18:25

    Bonsoir,

    Il est des violences qui ne se font pas dans l’affrontement physiques mais dans les comportements ou les propos...vos contributions en sont la preuve d’ailleurs. Il est un fait de constater que M. Sarkozy pratique cette violence en permanence. C’est d’ailleurs cette attitude péremptoire et hautaine qui choque les citoyens.

    Nul besoin de frapper pour être violent, c’est d’ailleurs plus sournoi et plus efficace.

    A bientôt.

  • Par moi4 (xxx.xxx.xxx.173) 31 mai 2008 18:22

    Bonsoir,

    Merci pour votre contribution...dans mon esprit, effectivement la "bourgeoisie" actuelle est la classe moyenne. Et les Lagardère and Co sont plutôt la "grande bourgeoisie". J’avoue que ce n’est peut-être pas marxismement ou sociologiquement exact...mais je voulais montrer que je pense que nous au bord d’un déchirement du tissu sociétal de la République. c’est d’ailleurs la prochaine étape dans la "réforme" : la fin de la République. Le désengagement de l’Etat dans certains domaines, la "décentralisation" et ce débat sur la fin des département me laisse penser qu’on va vers une fédéralisation de la France avec des région qui deviendrons autonomes...c’est d’ailleurs inscrit dans les traités européens...L’identité européenne va supplanter les identités nationales. D’un côté je trouve cela magnifique après tant de déchirements et de guerres, de l’autre je me dis que ça va déboucher sur des déchirures...le problème est qu’on a le sentiment que les concessions ne se fait que dans un sens, que vers un seul endroit : le haut de la pyramide...

    A bientôt.

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