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Quand le tabac n’est plus un atout de séduction mais un handicap

Alcooliers et producteurs de tabac jouissent d’un grand avantage sur les défenseurs de la santé publique : la syntaxe de l’image favorise leur publicité. L’image ne connaît pas la négation : on peut montrer en image quelqu’un qui boit ou qui fume pour vanter un alcool ou un cigare, comme on l’a étudié dans une publicité récemment (1). Mais il ne suffit pas d’exhiber quelqu’un qui ne boit pas ou ne fume pas pour faire comprendre les dangers de l’alcool ou du tabac.

C’est pourquoi la campagne anti-tabac que le Service Hygiène-Santé de la Ville de Besançon  avait organisée en octobre 1995 relevait du coup de génie pour contourner la difficulté. Elle garde encore aujourd’hui toute sa force et mérite de ne pas être oubliée. Elle avait même réussi à s’emparer à son tour du leurre d’appel sexuel si souvent confisqué par l’alcool et le tabac, du moins en France avant la loi de 1991.
 
La stimulation du voyeurisme
 
L’affiche de cette campagne anti-tabac vise, en effet, à capter l’attention en stimulant, elle aussi, le réflexe de voyeurisme par l’exhibition du plaisir d’autrui ou de son simulacre. Un jeune couple est offert à proximité, de profil en plan moyen ; un fond de ciel bleu et de toits d’une ville surplombés créent une mise hors-contexte qui concentre le regard sur lui seul. Les contrastes sont fortement accentués : le survêtement de l’amant en blanc et vert tranche sur la robe noire de l’amante comme leur chevelure blonde et châtain, l’une sur l’autre. Tous deux ressortent magnifiés sur fond de ciel bleu clair et d’espaces verts urbains en dessous d’eux.
 
La stylisation de la scène invite au symbole. Blanc, vert et bleu ciel libèrent leur charge culturelle : ce sont les couleurs de la pureté de l’air et de la nature. Le noir de la robe est celle de l’érotisme. Associés, toutes ces couleurs emportent le couple qui s’embrasse, vers des paliers célestes qui peuvent les conduire bien au-delà de six.
 
L’infirmité de l’image corrigée par les mots du slogan
 
Seulement, la métonymie que représente ce baiser de deux amants, resterait incompréhensible si des mots ne venaient pas l’éclairer. On mesure ici comme l’image serait ambiguë sans le slogan « NON FUMEUR… C’EST MEILLEUR !  ». Il livre, en effet, la cause de l’effet qui est montré, un baiser exhibé comme savoureux en l’absence de la puanteur et des méfaits du tabac. On l’a dit plus haut : il serait impossible de dire ici « Nous ne fumons pas et jouissons plus » : ni le survêtement, comme symbole d’une hygiène de vie, ni la robe noire, comme celui de l’érotisme, ne suffiraient. 
 
De plus, en éliminant tout mot inutile à la compréhension, l’ellipse donne à ce slogan un maximum de frappe ; le rythme ternaire de ses deux vers et leur rime en «  eur  » l’accroissent en la calibrant : ils établissent une équation de sens par celle des syllabes et des sons et facilitent la mémorisation.
 
Des métonymies dans la métonymie
 
En fait, la métonymie générale du baiser est constituée de plusieurs métonymies imbriquées comme des poupées gigognes. C’est l’amante qui est à la manoeuvre 1- On la voit d’abord prendre son amant par le cou pour le presser contre elle : elle ne saurait mieux exprimer la fringale qu’il éveille en elle ; 2- Ensuite, la bouche a beau être grande ouverte, un interstice n’en demeure pas moins entre les visages réunis : il indique une approche délicate et non goulue qui est celle de la dégustation. 3- Toute à son plaisir, cependant, l’amante ne s’en adresse pas moins au spectateur en dressant dans le dos de son amant un pouce levé sur poing fermé. Ce symbole gestuel est connu de tous les habitués des stades : c’est le signe par lequel un joueur de football salue l’exploit d’un de ses partenaires.
 
Si déplacé soit-il en un moment si intime, ce geste est cependant nécessaire. Selon le leurre de l’image en abyme, il simule une relation interpersonnelle avec le lecteur pour lui faire comprendre, puisque l’amante a la bouche pleine et n’entend surtout pas s’interrompre, les effets érotiques bénéfiques qu’on retire d’une abstinence tabagique. Seul l’humour, qui permet de parler légèrement de ce qui est grave, excuse pareil exhibitionnisme en mettant les rieurs de son côté.
 
Un échange mental pour adopter une stratégie de séduction 
 
Comme tout leurre d’appel sexuel, celui-ci recours, cependant, au double jeu de l’exhibition et de la dissimulation pour ne pas distraire le lecteur de l’objet de l’affiche qui est de stimuler une pulsion d’adhésion.
 
Si proche , en effet, que soit le couple en activité, le lecteur en demeure éloigné : il ne perçoit du baiser que quelques indices extérieurs insuffisants pour assouvir la faim dévorante du voyeurisme : l’interstice entre les visages qui se dégustent reste un symbole. Le plaisir manifesté par les deux amants n’est qu’une métonymie. L’usage du pronom « C’ » dans le jugement « C’est meilleur » relève de l’ambiguïté volontaire en ne nommant pas clairement l’acte amoureux désigné.
 
 C’est que le lecteur ne doit pas s’abîmer dans la contemplation de l’image : il est invité à un échange mental entre cet « objet du désir  » suscité qui est sous ses yeux mais inaccessible - le baiser succulent d’une jeune femme à l’appétit sexuel dévorant - et « le désir de l’objet  » associé qui, lui, est à portée - l’abstinence tabagique avivant cet appétit.
 
Au-delà de cette abstinence avec haleine fraîche et non fétide, c’est, en fait, toute une stratégie de séduction sexuelle qui l’accompagne. Elle doit être déduite par métonymie du ravissement de la jeune femme : c’est une blonde incendiaire brûlante de désir qui est promise au non-fumeur. Dans ce contexte, le pouce dressé de la jeune femme, passé préalablement par le gros bracelet qu’elle porte au poignet, tend, par intericonicité, à renvoyer au symbole d’une relation sexuelle effective. Du moins l’ambiguïté volontaire demeure-t-elle.
 
En somme, en déclenchant un conflit de réflexes entre le réflexe inné d’attirance sexuelle et le réflexe socioculturel tabagique, cette affiche mise sur l’énergie de la pulsion vitale et le plaisir de son accomplissement pour repousser une conduite culturelle qui à terme la détruit par l’usage de substances nocives. Cette stratégie inverse celle des producteurs de tabac, qui avaient réussi, dans une alliance contre-nature, à associer la séduction sexuelle et la consommation de tabac, comme l’ont montré longtemps les publicités du cow-boy de Marlboro, de la gitane de la Seita ou de la femme de trente ans de Winston qui savait « ce que le plaisir (voulait) dire ». Avoir repris à l’œuvre de mort l’érotisme qu’elle avait confisqué pour le rendre à sa destination première, le service de la vie, n’est pas un mince service que lui a rendu le Service Hygiène-Santé la Ville de Besançon. Paul Villach
 
(1) Paul Villach, « Un leurre d’appel sexuel un peu fumeux : le cigare  », AgoraVox, 4 décembre 2009.
 
 



par Paul Villach jeudi 17 décembre 2009 - 88 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Jojo (---.---.---.51) 17 décembre 2009 12:47

    « une jeune femme à l’appétit sexuel dévorant »
     « c’est une blonde incendiaire brûlante de désir  » smiley

    Bijouur m’ssiou Vilach, J’vous d’mande pardon dm’en exquiser mais le phantasme de la nymphomane, c’est y pas plutôt vers 15 ans que vous êtes censé l’avoir eu ?

    C’la djit cé tré bô hein, ça ne vaut pas Orly mais bon, vous êtes loin de valoir Brel non plus, …, ça équilibre n’est-ce pas…

    Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu’eux deux…
    La pluie les à soudés semble t-il l’un à l’autre…  

  • Par Jojo (---.---.---.59) 17 décembre 2009 18:57

    Soir M’ssiou Villach,

    Moi y’en a avoir deux trois questions sioupli :

    1. Vous avez dit avoir enseigné dans le lycée Descartes à Alger du temps où il était encore pleinement français. Reprenez moi si je me trompe mais outre les français et d’autres expatriés en Algérie, Descartes recevait aussi les rejetons de l’élite de la crème du gratin du dessus de panier local. Est-ce à dire que vous ne supportiez pas que vos élèves aient des chauffeurs et des gardes du corps ou alors que vous auriez préféré enseigner dans le 93, vu que là au moins votre génie aurait été reconnu ?

    2. Comment se fait-il que le leurre d’appel sexuel pourtant très largement décrié dans vos articles comme étant une sorte d’arme aussi déloyale que non-conventionnelle, ait soudaincoup retrouvé à vos yeux des lettres de noblesse ? Est-ce à dire que vous n’avez rien contre la manipulation pour peu que le produit vendu vous convienne ?

    3. Si votre réponse au 2° est oui, cela veut-il dire que vous avez déjà manipulé (enfin essayé de évidemment), parce que vous étiez convaincu que la cause le valait ? 

    4. Dernièrement vous avez été jusqu’à traiter Gazi Borat d’Islamiste, pensez-vous avec le recul que c’était une erreur ? Et dans l’affirmative, avez-vous l’intention de lui présenter vos excuses ?

    A Furtif,
    Je n’ai relevé ni le Constant dans l’horreur ni un tas d’autres amabilités que vous m’avez servies surtout dans le dos et je savais ce que je faisais en ne pas relevant.

    Si vous voulez tout savoir et à Gül près, je n’ai vraiment aucune raison de vous en vouloir particulièrement, alors si vous pouviez m’oublier un peu ce serait bien merci.

  • Par light (---.---.---.126) 17 décembre 2009 13:35

    Ah parce que vous êtiez prof !
    Les pauvres gamins !

  • Par light (---.---.---.126) 17 décembre 2009 13:36

    à l’auteur, il ne faut pas s’étonner de l’état de l’Education nationale

    Léon, Renève, furtif, sont des profsà la retraite !

    les pauvres gamins qui ont subi de tels profs !

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