L'Europe s'est d'abord construite en dehors des peuples de l'UE mais avec leur complicité tant qu'ils en sentaient les effets plutôt positifs.
Avec l'hégémonie ultralibérale des Thatcher et Reagan, renforcée par la chute de la menace soviétique, l'Europe est devenue, malgré les discours lénifiants, de plus en plus antisociale. Peu à peu, les peuples de l'Union ont pris conscience de cette tromperie. Mais le pouvoir de la finance, sûre d'elle même, n'a pas su faire un minimum de changements "pour que rien ne change". : tous les gouvernements ont chanté en choeur "Tina" (There is no alternative, il n'y a pas d'autre solution). Et quand les peuples du Danemark, de l'Irlande, de la France ou des Pays-Bas ont voté clairement "non" aux traités qui leur étaient soumis, ces gouvernements se sont ingéniés à faire revoter les peuples ou à les exclure de la décision.
Avec la "crise", les choses se sont subitement aggravées. Au point que, depuis octobre 2008, seuls 4 gouvernements conservateurs ont été reconduits (en Allemagne, Suède, Estonie et Lettonie et "16 pays sur les 27 de l'UE ont connu une alternance liée à la crise" (Le Monde 09/05/12). Qu'importe que leur gouvernement soit de gauche ou de droite, l'alternance n'a intéressé que les équipes, la politique est restée la même !
Rien d'étonnant que les électeurs se désintéressent des élections ou votent pour des politiques qui rejettent la politique européenne quand ce n'est pas l'Union européenne elle-même.
Devant les difficultés de certains gouvernements élus "démocratiquement" à appliquer une politique insupportable socialement et économiquement, les "grands pays européens (Allemagne, France) et les instances européennes ont mis en place des "proconsuls", technocrates "apolitiques" (Italie, Grèce) qui devaient faire accepter les mesures absolument nécessaires mais en réalité inefficaces et qui, aux yeux de plus en plus ouverts des peuples, ne constituent pas la solution mais ajoutent un problème au problème.
La démocratie, valeur fondamentale de l'UE, est mise en question par les technocrates d'abord, par la montée des forces dites populistes, en réalité de droite extrême, sinon franchement nostalgiques du nazisme comme en Grèce.
L'exclusion de la Grèce de l'euro et de l'UE est de plus en plus ouvertement envisagée, assortie de lourdes menaces pour les Grecs, perte de 20, 30 ou 50% du pouvoir d'achat, menaces aussi pour l'ensemble de l'UE avec le risque de voir basculer Portugal, Espagne, Italie...
Ce qui est fort peu probable car, même si les menaces persistent (il faut suivre les ordres de ceux qui donnent l'argent), après l'alarmisme absolu, les choses (les mots ?) changent doucement : tout le monde parle de relance même si tout le monde n'y met pas la même chose ; la Grèce (2% du PIB de l'UE) qui aurait pu être sauvée si l'Allemagne l'avait voulu en début de crise ; la Grèce dont la dette a été allégée mais dont les intérêts sont encore insupportables... Finalement, la politique suivie jusqu'ici, l'argent d'abord, quel qu'en soit le prix pour l'humain, apparaît comme dangereuse devant la révolte des peuples.
Il apparaît alors que l'impossible est à portée de main, le déficit primaire de la Grèce "c'est à dire hors paiement des intérêts de la dette , n'est plus que 1% du PIB. En 2013, le pays sera en excédent primaire" ((Stéphane Déo, économiste en chef d'UBS, cité par Jean Quatremer 10/05/12). ). C'est déjà le cas de l'Italie.
Dans ce changement qui avance lentement, l'élection de François Hollande et sa volonté affichée d'une relance des investissements déjà demandée par beaucoup d'économistes et même de gouvernements, sera-t-elle un facteur déterminant pour un changement réel de politique ou couvrira-t-elle seulement une adaptation déjà en cours ?
Il y a fort à parier que demain, la discussion sera de savoir la nature, l'importance du changement de politique européenne et dans quelle mesure l'élection de Hollande y aura contribué.

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