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Quelque chose de pourri dans les cités difficiles

Quel sentiment étrange que de vivre en banlieue, de quitter l’univers onirique des quartiers cousus du centre-ville où l’existence prend tout son sens, pour finalement se crasher sur les rivages austères et salissant de la « cité »..

Il y a quelque chose de pourri dans les cités difficiles.. L’uniformité de la même désespérance plantée dans les rues dévastées, délaissées aux hordes de barbares que l’abandon des pouvoirs publics n’a fait qu’attiser le sentiment de victimisation.. La racaille, terme générique dans lequel l’on empile trop souvent à tort l’ensemble de cette population misérable, est le fruit d’une politique volontairement irresponsable qui achève dans l’envers des grands discours les valeurs d’égalité et de fraternité.. La périphérie appartient à la peuplade dont l’attitude médiatiquement hostile, primaire, empreinte de violence et d’ignorance contribue à alimenter les commérages faciles dans les chaumières des beaux quartiers.. Elle reste une zone hors de la société, en dehors de tout progrès social, économique, humain.. Un vaste cimetière de jeunes talents prodigieux à qui l’on refuse la chance de leur vie et qui sont obligés de se contenter des miettes distribuées par le Léviathan étatique..

Il y a réellement quelque chose de pourri dans les faubourgs obscurs.. La colère du désespoir qui embrase et réduit en cendres le minimum de modernité survivant péniblement aux assauts répétés du temps, et narguant doucement les passants dans leurs véhicules superbes.. Une modernité en trompe l’œil, derrière laquelle repose la vétusté agressive des infrastructures étalées à perte de vue dans un épais brouillard grisâtre.. Ce désespoir là légitimise toute la violence des émeutes urbaines, car au fond le plus révoltant n’est-il pas de laisser croupir dans des oubliettes ouvertes des masses entières d’hommes, de feindre d’agir tout en maintenant coûte-que-coûte le statu quo désolant... La véritable insécurité est celle qui vient du sentiment d’injustice, de l’avenir branlant, inexistant et angoissant.. L’on peut bien vouloir pacifier ces zones de détresses humaines en multipliant sur le terrain les forces de l’ordre qui paradoxalement exciteront la meute, mais en fin de compte l’on ne parviendra qu’à renforcer cette frustration déjà profonde que ces grabataires planqués en dehors du « vrai » monde ne valent définitivement pas grand-chose..

 Quelle émotion que cette peur de s’avancer découvert dans ce monde bâti sur le bas-côté de la civilisation, de trembler à l’idée de croiser sous des réverbères mal éclairés les roitelets à moitié cagoulés de cet empire torturé par ses propres démons, instable, toujours au bord du chaos.. La vie de quartier est rythmée par un ennui permanent, la désertion de la plupart des services publics et privés laisse un peu plus chaque jour champs libre à toutes les perverses imaginations, les jeunes s’inventent des jeux dangereux, des loisirs dont le gros lot est la réclusion pénale à perpétuité.. Il y a aussi les sempiternelles disputes de voisinage, sordides et lassantes, qui sont comme les épices nécessaires pour agrémenter la fadeur du quotidien..

Lorsque certains dans une arrogante ignorance qualifient le rap de sous-culture d’analphabètes, d’autres s’activent à le faire sortir de cette condamnation péremptoire en essayant difficilement de produire ces symphonies underground qui n’ont pas à rougir de nullité.. Le rap dans la cité est un moyen d’expier le trop plein de colère, de parler au monde autiste avec des mots en souffrance, de brandir un nouvel étendard au-dessus des immondices héritées de la « générosité » de ceux qui gouvernent, là-bas de l’autre coté du miroir.. Comme les romantiques de la littérature, de Lamartine à Hugo, qui laissaient éclater leur déception sentimentale ou leur jouissance de l’existence, ces artistes du ghetto font une poésie de la rue émancipée de l’élégance du style et de l’exigence de la forme, une écriture sans compromis à des années lumières de la lexique académique mais si riche en émotion, intense et authentique... Dans ces quartiers à l’abandon, ce rap tant décrié, reste pour de nombreux jeunes le meilleur moyen d’entrer en sympathie avec la langue, de se l’approprier et d’établir enfin une connexion réelle avec la société.. Bien évidemment comme dans tout art, il y a des impostures inévitables, celles qui concentrent l’attention de la bien-pensance, médiatique et politique, toujours tapis dans l’ombre.. Des abus de langage malheureux, une violence excessive, un sexisme navrant, le rap s’encombre souvent des égarements tapageurs d’un certain nombre minoritaire qui lui font tellement de tort, mais où n’y a-t-il pas de dérives ? Le problème du rap est qu’il est porté par la populace des bas-fonds, qu’aux yeux de l’aristocratie intellectuelle et culturelle il n’a pas suffisamment de noblesse pour entrer dans le panthéon des arts majeurs, MC Solaar n’est pas Alfred de Musset, qu’importe la force du vers et la puissance de la rime, une poésie urbaine ne sera jamais de la poésie.. C’est bien là toute la perversité du système, une ségrégation sociale transformée en apartheid culturel et ne laissant aucune chance à ceux qui ont le malheur d’y naître..

En même temps, il est aisé de rejeter tous les malheurs de la cité sur les autres alors que la réflexion principale devrait se faire sur le comportement général des populations locales caractérisé par un manque patent de civisme... Bâtiments vandalisés, voitures caillassées, la liste est longue et donne le vertige... Ce n’est pas au gouvernement de dire aux résidents qu’il n’est pas dans leur intérêt de détruire les infrastructures publiques, d’éviter de dégrader les structures sociales, de ne pas uriner dans les ascenseurs ou de ne pas couvrir de tags les rues de la cité, de ne pas respecter les règles fondamentales de salubrité... Le gouvernement ne peut pas refaire l’éducation des personnes, il est de la responsabilité de chacun de faire un effort pour préserver les acquis et améliorer la vie en communauté.. L’éducation ne se résume pas à la simple instruction, le rôle de la famille est crucial dans l’imprégnation des principes du vivre-ensemble, par extension du savoir-vivre, aux enfants afin qu’ils ne soient pas d’absolus errants.. Avec l’éclatement de la cellule familiale, la sacralisation de l’enfant-roi, la faiblesse de l’encadrement scolaire qui se traduit par la fragilisation de l’enseignant, ce sont les fondations de la société que l’on sacrifie un peu plus tous les jours, et on semble étonné de voir jaillir de l’ombre d’une certaine irresponsabilité, des monstres abominables...

Il faut sillonner les quartiers abandonnés, s’attarder dans les cités pour s’éloigner des clichés et plonger dans la complexité des problèmes que vivent les communautés de ces zones dites « à risque »... Le fort des hommes politiques est de laisser croire que les solutions sont simples : soit une doctrine sécuritaire maximale, soit une approche compassionnelle inappropriée.. Dans les faits, ce manichéisme est obsolète... Il serait sans doute préférable d’associer le besoin de sécurité à une démarche pédagogique, d’offrir une éducation de qualité, d’encourager la mixité sociale et culturelle, bref de valoriser l’humain afin qu’il puisse s’épanouir sereinement.. On a beaucoup parlé de relancer l’économie par l’investissement industriel, financier mais l’on a fait semblant d’ignorer que seul l’investissement dans l’homme est susceptible de pérenniser l’évolution, le changement, c’est aussi là une manière de contribuer au développement durable de la société... Les résidents de ces lieux ont juste envie de vivre dans un environnement sain où ils n’auront pas le sentiment d’être des marginaux, c’est-à-dire de survivre à la périphérie de la civilisation.. 

par Ludewic Mac Kwin De Davy (son site) vendredi 24 juillet 2009 - 79 réactions
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  • Par ASINUS (xxx.xxx.xxx.228) 24 juillet 2009 11:13

    yep ben moi j y vis et j attend de voir par ma fenetre la colonne blindée qui viendras
    dans une reconquista d une ferocité exemplaire remettre de l ordre republicain et
    français dans ce cloaque .

    bon ben je sais je reve
    les mercantis qui nous gouvernent ont pas de sous a mettre la dedans
    puis les belles ames s effaroucheraient de voir quelques cadavres de cailleras accrochées à des lampadaires pourtant je gage que l effet et l exemple serait salutaire
    a des pseudos victimes de la société à qui l etat français impose rmi rsa allocations diverses ecoles gratuites soins gratuit lors meme sous les cieux d origines de nombre d entre eux tout n est que calme luxe et volupté

  • Par jymb (xxx.xxx.xxx.34) 24 juillet 2009 13:25

    N’accusons pas les villes !

    Enfant, j’ai vécu à Clichy sous Bois. Années 70 , premier choc pétrolier etc. souvenirs d’enfance, les jouets de Noël au Prisunic du Chêne pointu, promenades le dimanche dans la forêt, Pizza au Bowling ...
    Personne n’était fortuné, très loin de là, chaque mois un préposé venait distribuer manuellement les allocations familiales. le futur était tout aussi incertain, mon père se levait tôt le matin pour récupérer un train de banlieue au Raincy ; mon loisir préféré était de glisser sur un carton le long d’une pente en herbe. Il n’y avait pas de portable, de console, d’internet, de nikes, de MP3, de scooter.... Nous avons attendu l’installation du téléphone pendant un an, et la télé n’a été achetée que bien plus tard. Pour voir Zorro, c’était chez des voisins.
    Bref, à 40 ans j’ai l’impression d’être un dinosaure.
    mais Clichy sous Bois c’est pour moi une nostalgie agréable.
    D’autres, après, on tout pourri.
    En déplacement dans la région parisienne, j’y suis passé peu avant l’épisode du "transformateur". Choc de voir mon univers d’enfant taggué, sali, détruit, le petit îlot commercial ou j’allais chercher le pain au trois quarts muré.
    Même univers, même situation sociale, comportements trés différents. C’est tout.

  • Par ASINUS (xxx.xxx.xxx.228) 24 juillet 2009 14:09

    ça change tout ? non mais surement suffisement vous voulez une liste detaillée ?

    la ou je vis cela s appelle une ZUS vous voulez des détails ? le calme n y regne que parce que la mairie achete une assoc composée de deux freres et deux cousins
    recevant la manne subventionnelle , le calme n y regne que parce que la police n y penetre pas, la derniere fois qu elle est venue c est en compagnie du consul d algerie pour recuperer un gosse tombé d un balcon "il y a 4 ans" edf ne rentre pas la moitié des compteurs sont deplombés la poste ne rentre pas , l ecole est une veritable zone de non droit , pour l instant les barbus s occuppe des " deviants" de leur foi mais prelevent la dime au passage aux proprietaires rmistes des 3 4x4 rutilants neufs sous mes fenetres .
    yep je delire .....

  • Par Hieronymus (xxx.xxx.xxx.76) 24 juillet 2009 14:37
    Hieronymus

    Bonjour
    "les mercantis qui nous gouvernent ont pas de sous a mettre la dedans"
    c’est pas qu’ils n’ont pas de sous (tous ces systemes sociaux coutent tres cher a la collectivite) c’est qu’ils n’ont pas les couilles ..
    les forces de l’ordre continuent a se comporter (ordre venant d’en haut) envers les voyous parfaitement associaux des cites comme envers les gentils etudiants manifestant de Mai 68 donc surtout pas de violence, la hantise de la bavure, paralysie de toute violence, resultat : le bordel continue de plus belle ..
    si les jeunes "issus de la diversite" se permettaient dans leur pays "d’origine" le 1/10 des exactions qu’ils commettent dans les banlieues francaises, ils seraient passes a tabac par les forces locales de facon memorable et laisses pour morts sur la voie publique, et les troubles cesseraient ..
    mais la Republique est bonne fille, elle se laisse cracher a la figure par ceux qu’elle a accueillis, peut etre plus pour longtemps ..

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