À son premier grand meeting de campagne, considéré par les médias comme son "Bourget" ou son "Villepinte", François Bayrou a démarré sans ambiguïté : « Je suis venu vous parler d’espoir. » et a promu son projet d’une France solidaire portée par un peuple uni.
C’est devant près de sept mille personnes venues de tous les horizons et très motivés à en découdre que le candidat centriste François Bayrou s’est exprimé au Zénith de Paris ce dimanche 25 mars 2012.
Contrairement à ce que disent les médias, les intentions de vote pour François Bayrou ne s’effritent pas mais sont sur un palier très stable depuis près de deux mois, autour de 13%. Contrairement à 2007, François Bayrou s’est ménagé pour aborder le sprint final du dernier mois. Pour lui, ce dimanche 25 mars 2012 a été le véritable départ de sa campagne, maintenant que tous les candidats sont connus et que la loi impose à la télévision et aux radios un égal temps d’antenne.
Il fera ensuite des meetings à un rythme très soutenu : Besançon le 27 mars 2012, Perpignan le 29 mars 2012, Dijon le 2 avril 2012, Rouen le 4 avril 2012, Poitiers le 5 avril 2012 et Caen le 6 avril 2012.
La mobilisation de sept mille participants est d’autant plus remarquable que le dimanche fut très chaud et ensoleillé, le premier dimanche très doux de l’année, propice aux promenades et non aux discours politiques, et qu’à quelques pas de la Villette, entre Nation et Bastille, une manifestation très digne a eu lieu pour rendre hommage aux victimes des horribles tueries de Toulouse et de Montauban.

Candidat de la vérité
Reprenant l’héritage de Pierre Mendès France, de Valéry Giscard d’Estaing, de Raymond Barre, de Michel Rocard et de Jacques Delors, François Bayrou veut parler le langage courageux de la vérité : « En tenant bon, au long de ces années, je me suis fait un serment. Ni aux miens, ni à notre époque, je ne mentirai, quelle que soit la démagogie ambiante. Car c’est la démagogie qui détruit la démocratie et la liberté. Partir de la vérité pour gouverner un peuple, cela a si rarement été fait ! ».
Il se considère effectivement comme le seul candidat à apporter dans cette campagne une vision originale, celle du courage de redresser d’abord la France pour en cueillir ensuite les fruits sur l’emploi et la prospérité : « Je propose à la France, à notre pays, à notre peuple, le seul chemin qui lui permette de se reconstruire. De se construire dans l’optimisme, dans l’envie de vivre, dans le sens du travail bien fait après des années de travail bâclé, de renoncements déguisés en fatalité, d’erreurs et de facilités. ».
Le candidat centriste n’hésite donc pas à citer De Gaulle : « Ce sont des choix clairs. Ce sont des choix cohérents. Ce sont des choix qui obéissent à l’intérêt national, et non à la dernière pression subie, à la dernière mode qui court dans les journaux. Ce n’est pas du sable entre les doigts. ».
Pour cela, il rejette catégoriquement ceux qui ne voient les problèmes que chez les autres : « Pour eux, [la crise] vient des banques, du capitalisme international, de la finance sans visage. Ou de l’Europe, ou de l’euro. Ou de l’immigration. Toutes ces explications, tous ces faux-semblants, je les récuse. Je viens devant vous avec un message franc, rude peut-être, mais le plus grand message d’optimisme que l’on puisse proposer au peuple française : la crise, pour l’essentiel, ne vient pas d’ailleurs ! ».
C’est en effet toujours facile de fustiger par électoralisme des facteurs extérieurs, car cela fait plaisir à court terme, mais cela ne sert à rien. Dans la réalité, cela réduit à l’impuissance, car il est impossible de changer autre chose que ce qu’il se passe en France. Et l’impuissance, c’est ne rien faire, c’est poursuivre la marche vers la ruine du pays : « Voilà ce que je vous propose dans ce choix d’espoir : ce qui dépend de notre volonté, nous allons le faire, seuls, sans attendre, parce que nous sommes un grand peuple ! ».
Un programme sérieux économiquement et socialement solidaire
Pendant plus d’une heure, François Bayrou a décliné son programme présidentiel qui insiste sur la nécessaire rigueur budgétaire mais dans un esprit de justice sociale et de solidarité entre tous les Français, d’aide aux plus défavorisés, ce que reprend son slogan "La France solidaire".

Parmi les mesures les plus importantes (j’y reviendrai ultérieurement), il y a une accentuation de l’impôt sur les revenus pour les plus aisés (une tranche marginale de 50%), la généralisation d’un contrat de travail à durée indéterminée (CDI) avec mise en place de droits (en cas de licenciement) dépendant de l’employé et pas de l’employeur, la mise en place d’un système de points pour la retraite par répartition qui donnera une plus grande liberté de choix de l’âge de la retraite (et en finir aux débats idéologiques sur l’âge de la retraite alors que ce qui compte c’est le nombre de trimestres et le niveau des pensions que cela entraîne), l’entrée de représentants du personnel au conseil d’administration et au comité de rémunération des grandes entreprises et la garantie d’un emploi sans aucune charge pour les entreprises de moins de cinquante salariés.
Sur l’imposition des plus riches, François Bayrou est partisan qu’ils participent à l’effort de désendettement de l’État mais pas au point de les étouffer : « Entendez-moi bien : je ne suis pas de ceux qui croient que la réussite est nécessairement matérielle. (…) Mais nous avons besoin dans notre pays de ceux qui le croient, qui ont en eux la volonté acharnée de réussir, des entrepreneurs, des chercheurs, des artistes, des sportifs, des créateurs de toute nature qui ont à l’esprit qu’au terme de leur travail, de leur audace, ils pourront entrer dans le club très fermé du succès. ».
En fustigeant la mesure électoraliste des socialistes, François Bayrou met en garde contre une société qui ne serait plus que celle des héritiers et pas des conquérants : « Avec les 85% de François Hollande, c’est simple : on sait qui seront les riches de demain, ce seront les fils de riches d’aujourd’hui. Et personne, c’est affiché, ne pourra entrer dans le club, aucun créateur de start-up, aucun découvreur de vaccin, aucun chanteur français. ».
Sur la production en France et sur l’emploi, François Bayrou répète sans relâche une chose peu entendue depuis plusieurs années : « Pour moi, la feuille de paie n’est pas l’ennemie de l’emploi ! ». En effet, il estime que la production ne souffre pas du niveau élevé des salaires, souhaite même l’augmenter encore, rappelant que l’Allemagne a un niveau de salaires supérieur à la France, même si l’écart s’est réduit en dix ans.
Au contraire, plus les salaires sont hauts, plus les familles ont des ressources mais aussi plus l’État a de quoi subvenir aux dépenses sociales, bref, avec de salaires élevés, le pays s’enrichit : « Je veux sauver le modèle social : je serai donc obsédé de production, toutes les productions, industrielle, agricole, artisanale, culturelle, artistique, numérique, touristique. Et je soutiendrai ceux qui seront obsédés de vendre, à l’intérieur et à l’extérieur, de comprendre le marché, d’innover pour le saisir, de soutenir l’image de marque de nos produits. ».
Renforcer l’école pour donner la même chance à tous les futurs citoyens
Parmi les mesures que François Bayrou entend mettre en œuvre sur l’éducation, l’obligation de l’acquisition de la lecture à l’entrée en sixième, le retour de la chronologie dans l’histoire, avec la remise de l’histoire dans le programme des terminales scientifiques, et aussi la défense du monde enseignant : « Pas un de ceux qui se livrent à ces perpétuelles insinuations sur le temps de travail des enseignants ne tiendrait quatre heures sans être exténué devant une classe de quatrième ! ».
Son objectif est d’ailleurs clairement défini : « que l’école française se retrouve en cinq ans dans les dix premières écoles du monde par ses résultats en compréhension de l’écrit, en calcul, en lutte contre les inégalités scolaires ».
Ne pas oublier l’environnement
Bizarrement, la campagne électorale a complètement oublié les préoccupations écologiques et le développement durable. Le niveau dans les sondages de la candidate Eva Joly et l’absence pour vingt-quatre parrainages manquants de Corinne Lepage semblent avoir relégué ce thème dans les confins des programmes présidentiels.




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