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Referendum islandais : qui prête du vent…

 Autour de 580 av JC, Clisthène, qui avait entre temps cassé le monopole politique de l’aristocratie athénienne promulgua une loi qui fera, dans les années à venir, la grandeur de la cité et sera à la base du « miracle grec ». Il supprime la dette de milliers de paysans, mettant ainsi fin à la pratique qui consistait à emprunter en mettant soi-même en gage, c’est-à-dire, à transformer pratiquement les paysans pauvres et endettés en esclaves. La fin du « gage sur le corps » mit fin surtout à une série de révoltes et d’instabilité sur le territoire athénien. Allant de pair avec les réformes politiques qui permirent à l’ensemble de la population de l’Attique à participer à la chose publique, cette réforme consacra la naissance de la démocratie.

S’appuyant sur les révoltes de Virginie - menées par des paysans surendettés qui perdaient leurs terres au profit d’une oligarchie terrienne - et qui avaient comme but, en s’attaquant aux tribunaux et aux cadastres, d’effacer toute trace écrite de ces dettes en les brulant, le gouvernement américain décida en 1787 qu’il effaçait unilatéralement les dettes vis-à-vis de ces créditeurs, France incluse. Démarrant la nouvelle démocratie à zéro, faisant fi de la communauté internationale, le président Jefferson lançait les bases d’une indépendance financière qui allait de pair avec celle conquise par les armes, de son territoire. Quelques années plus tard, cela permit aux Etats Confédérés de s’agrandir, en achetant à la France et au Mexique quasiment un tiers de leur espace, et de devenir une puissance mondiale.

Deux exemples dans l’histoire qui pourraient éclairer différemment, non seulement la désespérance des pays du sud, mais aussi le referendum en Islande. Deux exemples prouvant qu’indépendance politique et libération économique sont à la base de tout processus d’émancipation. Et cela, en dépit des règles et des obligations internationales. Par ailleurs, les USA ont actuellement une dette de plus de huit mille milliards, ce qui rend ses créditeurs plus dépendants à son égard (Chine, Japon, etc.) que le contraire. Ce qui revient, en fin de compte, à ne plus avoir de dettes.

L’attitude des citoyens Islandais, qui à plus de 93% ont voté contre la volonté de leur gouvernement d’honorer une dette contractée aux banques britanniques et néerlandaises issue de la faillite d’une autre banque en ligne (Icesave), indique que ces citoyens prennent autant de libertés que les banques elles mêmes. Ils déclarent qu’ils ne sont pas disposés à payer les malversations et autres combines de la finance qui, par prêts interposés, cherche toujours à dissimuler sa propre faute originelle.

Mais en Islande l’enjeu est plus global. Il porte sur la notion même de la dette. Sur le fait que le processus de financiarisation qui, faisant fi des théoriciens et de pères fondateurs du capitalisme prévoyant une saine concurrence se basant sur une fourchette salariale allant de un à 40 au maximum (Taylor, Ford, Morgan, etc.) l’a élargie à un à 1000. Pour faire cela, il a engendré une économie virtuelle utilisant 60 fois plus de liquidités que celles produites par l ‘économie réelle. A force de prêter du vent, on finit par recevoir du vent. A force de vouloir concentrer les richesses désormais sans répondant réel, on finit par les rendre fictives. Il suffit que « les paysans effacent les traces d’un crédit qu’il n’ont jamais réellement perçu » sauf dans les cadastres et la volonté oligarchique… Le jour où les règles seront les même pour tous, que l’argent sera réel et non fictif, alors on pourra (et devra) le rendre. Jusque là, Islandais et Grecs, chômeurs espagnols et spoliés américains désormais sans toit, prendront autant de libertés que leurs financiers…

 

par Michel Koutouzis (son site) jeudi 11 mars 2010 - 27 réactions
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  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.198) 11 mars 2010 12:21
    wesson

    Bonjour l’auteur, et merci d’évoquer le cas de l’Islande, dont le traitement fait l’objet d’une pudeur de violette de la part de nos médias et gouvernants.

    Car en effet le résultat est révolutionnaire car il introduit la notion de "dette odieuse", qu’il est légitime de ne pas rembourser.

    De n’importe quelle manière que on le tourne, ce score de 93%+ légitime parfaitement cette approche qui est à l’exact opposé de la doxa libérale pour qui la dette est élevée au dessus des droits de l’homme.

    En ces temps ou le libéralisme revient en force pour la plus formidable entreprise de casse sociale qui n’ai jamais été (qui consiste à faire adopter la rigueur partout pour rembourser les excès de la finance), le cas Islandais montre bien ce vers quoi on peut aller : Des peuples qui refusent de casquer l’addition, et qui envoient les créanciers se faire foutre.

    Prenons le cas Français, dont on commencera à parler de rigueur au lendemain du 2ème tour des régionales : Est-ce que la France n’aurait pas énormément à gagner à se barrer de l’Euro, dévaluer un bon coup histoire de rincer la dette, instaurer des taxes à l’importation basée sur les conditions sociales et faire casquer à leur juste valeur les millions de camions qui la parcourent pour transporter tout et n’importe quoi à vendre en Europe.

    En France le bilan du passage à l’Euro se traduit par des millions d’emplois supprimés, et d’une dette odieuse. Cette immense casse sociale justifie à elle seule que l’on se tire de ce guêpier, et fissa encore !.

  • Par HELIOS (xxx.xxx.xxx.187) 11 mars 2010 10:52
    HELIOS

    Bonjour...

    Bien beau votre raisonnement, mais il y a derriere ces dettes, des deux cotés, des hommes et des femmes et on agit pas avec ces personnes comme si elles etaient aussi virtuelles que le fric sur les lignes de credit.

    Aussi bien les grecs que les islandais, les uns et les autres ont profité, ils doivent payer. mais le "ils doivent payer" ne s’adresse pas a une personne, mais a un pays.

    Et le pays doit, selon les responsabilités utiliser la justice pour designer sinon les coupables, du moins les responsables. Ces responsables eux aussi doivent payer, en monnaie sonnante et trébuchante, vraie ce qui est un minimum, mais aussi en terme de responsabilité.

    La justice doit faire son travail. Le "responsable mais pas coupable" me semble bien malvenu en ce moment.

    Les autorités grecques devraient toutes se retrouver devant un tribunal, de même que les banquiers islandais avec les autorités locales chargées de la régulation qu’il n’ont pas fagit comme il se devait..

    Helas, mille fois helas, c’est le retraité grec qui va se voir ponctionner une partie de sa retraite, pendant que le politicien promenera a travers l’Europe pour expliquer sa strategie et, pourra rentrer chez lui tranquilement jouir de tous les avantages qu’il aura retiré de son passage aux affaires du pays.

    Sans être anarchiste, je me sens parfois monter une bouffée de haine... pour vous faire savoir que je comprends le point de vue du peuple Allemand qui ne veut pas passer a la caisse...

    Quand est-ce que les prisons vont se remplir des mafias qui nous gouvernent ??? JAMAIS, regardez la reforme Alliot-Marie/Sarkozy sur le juge d’instruction....

  • Par le naif (xxx.xxx.xxx.156) 11 mars 2010 13:17
    le naif

    100% d’accord avec toi Wesson

    A bien y réfléchir, le problème de la dette est plus celui du préteur que celui du créancier.

    Une petite histoire pour illustrer le propos :

    Un homme n’arrive pas à dormir, sa femme lui demande ce qui le tracasse. Il lui répond je ne pourrais pas rembourser notre voisin Martin. La femme lui dit, attend, elle ouvre la fenêtre et hurle : MARTIN, ON NE TE REMBOURSERA JAMAIS. Elle ferme la fenêtre, se recouche et dit à son mari : Voila maintenant c’est Martin qui va avoir du mal à dormir......

    Je crois que noue en sommes là..... Qui ouvrira la fenêtre pour hurler WALL STREET ET LA CITY ALLEZ VOUS FAIRE M..... BIEN PROFOND ???.

    La terre ne s’arrêtera pas de tourner pour autant....

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.145) 11 mars 2010 13:06
    Alpo47

    J’ai bien peur que l’exemple Islandais montre surtout... le total décalage entre les choix du peuple et les actes des "élites" ???
    Alors que le peuple Islandais dit non à 93%, leurs dirigeants continuent de négocier la meilleure manière de rembourser les dettes de cette banque.

    D’autre part, il n’y a aucune chance que notre gouvernement, ou les autres en europe, instruits par l’expérience Islandais ou Grec nous demandent notre avis.
    Consommateurs et/ou contribuables seront mis à contribution, et de la pire des manières puisque cela va surtout toucher les salariés et les acquis sociaux, pour rembourser les dettes crées par le renflouement du système financier, lui même prédateur de nos sociétés.

    Vous avez dit Révolution ?.

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