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Réfutation des idées reçues autour du tutoiement

Contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire, le tutoiement n'a aucune valeur particulière.

Assigner une valeur spéciale au tutoiement n'est qu'une ruse de plus pour l'obtenir, l'infliger et l'imposer à autrui.

D'une certaine manière, la plupart des gens dans la vie ordinaire ni ne se tutoient ni ne se vouvoient puisque la question ne se pose pas.

Si la question ne se pose ni pour le tutoiement ni pour le vouvoiement, c'est que ni le tutoiement ni le vouvoiement n'ont de valeur particulière.

Les enfants, les adolescents, les jeunes en général se tutoient sans que ce tutoiement ait une valeur particulière puisque la question ne se pose pas.

On tutoie également toutes les personnes de sa famille et les très proches sans que ce tutoiement ait une valeur particulière puisque la question ne se pose pas.

Les adultes qui communiquent entre eux sans trop se connaître ainsi que les internautes civilisés se vouvoient sans que ce vouvoiement ait une valeur particulière puisque encore une fois la question ne se pose pas.

Ils se vouvoient parce qu'en France le vouvoiement est le mode de communication par défaut entre personnes qui se connaissent peu ou pas, que ce soit dans la vie ordinaire ou sur Internet, comme expliqué dans un autre article à ce sujet.

Il existe donc des situations de tutoiement et des situations de vouvoiement sans que ces modes de communication aient de valeur particulière.

Ces situations peuvent d'ailleurs très bien ne pas être réciproques.

Un jeune enfant de dix ou douze ans qui prend des cours particuliers de musique sera tutoyé par son professeur, parce que c'est une situation de tutoiement dans ce sens-là du fait qu'on tutoie les enfants, tandis que l'élève vouvoiera bien évidemment le pédagogue parce que c'est une situation de vouvoiement dans ce sens-là du fait qu'un enfant est censé vouvoyer les adultes qui ne sont pas de sa famille.

Quelle que soit la durée de la relation, l'enfant vouvoiera toujours et le professeur tutoiera toujours.

D'où viennent alors ces conversations sur le tutoiement ?

Elles viennent de ce que le tutoyeur potentiel a du mal à vouvoyer, il est donc doté d'une tare, celle d'avoir du mal à vouvoyer.

Or, cette tare, il souhaite s'en débarrasser le plus vite possible en tentant d'instituer le tutoiement réciproque avec son interlocuteur.

En d'autres termes, le taré cherche à inoculer sa tare à autrui de manière à la dissimuler.

Cela signifie que pour se guérir de sa tare, il essaie de rendre l'autre malade d'une tare approchante, celle de tutoyer : elle est approchante parce que le locuteur qui accepte de tutoyer à l'invitation du tutoyeur potentiel, n'est pas forcément pourvu de la même tare et pourrait tout à fait vouvoyer son partenaire sans en être incommodé.

Les deux tarés se mettent ainsi à se tutoyer, et la tare du taré primitif devient alors invisible.

C'est donc bien pour dissimuler sa tare que le taré cherche par tous les moyens à instituer le tutoiement réciproque puisque si l'un tutoie l'autre et inversement, la tare du taré primitif n'est plus visible.

Voilà donc pourquoi le tutoyeur potentiel trouve mille ruses pour l'obtenir, comme celle de faire croire à une valeur particulière du tutoiement, celle aussi, quand il est plus vieux, d'invoquer le privilège de l'âge, argument particulièrement scandaleux pour faire passer la pilule puisqu'il n'y a pas de privilège de l'âge, chacun ayant par définition à tout moment de sa vie l'âge qu'il a, pas plus qu'il n'y a un privilège de la hauteur où celui qui mesurerait un mètre quatre-vingts se permettrait d'imposer pour cette raison le tutoiement à celui qui ne mesure qu'un mètre soixante.

Et quand un jeune militant associatif ou politique arrête un homme mûr dans la rue pour l'initier à sa cause, et qu'il le tutoie d'emblée dans son apostrophe, qu'est-ce ici ? le privilège de la jeunesse ?

Et quand un clochard dont un passant a croisé par hasard le regard, l'interpelle en lui hurlant dans son langage “kess-ta-ta”, qu'est-ce ici ? le privilège de la clochardisation ?

Et quand le chef de service d'une grande société tutoie d'emblée un nouveau collaborateur sans s'occuper de savoir si ça lui convient ou non, profitant de ce qu'il a le pouvoir politique sur celui qui n'a aucun recours contre cette agression verbale qui n'est autre qu'une forme de délinquance institutionnalisée, qu'est-ce ici ? le privilège du chefaillon ?

Ce même indélicat est souventes fois obligé de vouvoyer sa hiérarchie, et ce, parce qu'il n'a ici plus le pouvoir politique de lui imposer son tutoiement, et l'on ne sait que trop que certains échelons assez élevés ne se laissent pas tutoyer par le premier venu.

En matière de tutoiement, il n'y a ni privilège de la vieillesse, ni privilège de la jeunesse, ni privilège de la position sociale, haute ou basse, ni rien puisque ça n'existe pas, il y a simplement le privilège auto-octroyé des hors-la-loi qui veulent imposer à autrui l’inversion de la loi comme norme.

Le privilège de l'âge se conçoit spontanément avec les enfants, et cela devrait cesser assez vite dès l'adolescence, mais en aucun cas entre adultes dont l'un serait plus vieux, même dans le cas où le doyen afficherait au moins une génération de plus et pourrait facilement être le géniteur du tutoyé.

Écoutez cet interview du jeune acteur Freddie Highmore dont j'ai parlé puisqu'il jouait le rôle d'August Rush, il est bien évidemment vouvoyé dans ce dialogue, et s'il eût accepté de bonne grâce à cette occasion le tutoiement sans rien revendiquer, cela eût terriblement dévalorisé l'interviewer.

Il s'agit là d'un autre exemple de transfert de responsabilité qui s'énonce ainsi : j'ai un problème, à savoir que j'ai du mal à vouvoyer, et ce problème va devenir le vôtre, je vais vous inoculer le virus.

En réalité l'on ne devrait jamais parler de ces questions : si le tutoiement doit se faire jour entre deux personnes qui font connaissance, cela peut se faire petit à petit sans qu'il soit nécessaire de soulever la question pour aller plus vite que la musique, au même titre que la question n'est par définition jamais évoquée entre personnes qui se tutoient ou se vouvoient quand la question ne se pose pas, selon les cas de figure explicités plus haut.

Le problème devient visible quand le tutoyeur potentiel va se mettre à tutoyer en premier car il craint le vouvoiement en retour puisque alors sa tare serait publiquement visible.

Il craint aussi d'être secrètement jugé par le tutoyé qui, le plus souvent, répondra par un vouvoiement sans faire de remarque désobligeante.

Voilà pourquoi l'on se met à parlementer sur la possibilité du tutoiement réciproque.

Le problème n'est pas exactement la tare du taré, il est la non-assumation de la tare du taré : le taré ne veut pas assumer sa tare et veut la dissimuler en l'administrant à autrui.

Sinon il lui suffirait de tutoyer sans autre forme de procès en reconnaissant l'incivilité de ce tutoiement puisque le consentement d'un tutoyé adulte est un préalable obligatoire au tutoiement pour toute personne civilisée en France, que ce soit dans la vie ordinaire ou sur Internet, en espérant que la réciprocité du tutoiement soit possible un jour ou l'autre.

Mais encore une fois, le tutoyeur essaie d'éviter ce passage puisque alors sa tare devient publiquement visible.

D'un autre côté, si le tutoyé se défend contre cette violence langagière ou s'il résiste à la possibilité du tutoiement réciproque en utilisant les arguments ici développés, on considérera en général que c'est lui le fauteur de troubles, on dira qu'il n'est pas souple, pas sympa, que la relation n'est pas facile avec lui alors que c'est le taré lui-même qui amène le problème de toutes pièces.

On ne devrait jamais parler de cette question : si le tutoiement doit s’opérer un jour, on n'a pas besoin de le précipiter ni de l'organiser ni même de le souhaiter, il suffit d'attendre et de le laisser venir, si toutefois il doit venir un jour.

Mais le plus souvent cela ne se passe pas ainsi pour les raisons que je viens d'expliquer.




par durae.leges.sed.leges (son site) mercredi 10 octobre 2012 - 38 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par JL (---.---.---.29) 10 octobre 2012 10:16
    JL

    Bah, l’auteur ne s’est pas remis des rebuffades subies sur un précédent article consacré au même sujet.

    Pour ma part, ici je préfère le vouvoiement pour une simple raison : quand le ton monte, le vouvoiement est un garde fou qui permet de relativiser, pas toujours efficace, mais c’est mieux que rien.

    Je comprends qu’on puisse se tutoyer si on sent une réelle complicité. Mais dire tu aux uns, vous aux autres, c’est difficile à gérer ; je vouvoie tout le monde, comme ça c’est plus simple.

    Que ceux qui pensent différemment me pardonnent.

     smiley

  • Par JL (---.---.---.29) 10 octobre 2012 10:51
    JL

    Vous mélangez règles et lois.

    Être puni pour avoir transgressé une loi c’est la règle. On ne transgresse pas une règle, on la viole : cela s’appelle une exception. La règle supporte des exeptions, pas la loi.

    « Le contraire de la loi ce n’est pas l’absence de lois, c’est la règle ». (Baudrillard)

  • Par sirocco (---.---.---.73) 10 octobre 2012 11:21
    sirocco

    @ l’auteur

    "Un jeune enfant de dix ou douze ans qui prend des cours particuliers de musique sera tutoyé par son professeur, parce que c’est une situation de tutoiement dans ce sens-là du fait qu’on tutoie les enfants..."

    C’est peut-être ainsi de nos jours mais ça n’a pas toujours été le cas. Durant ma scolarité dans le secondaire, c’est-à-dire à partir de la 6ème (11 ans), j’ai toujours été vouvoyé par mes profs. Bon, ça ne date pas d’hier mais ça ne remonte pas non plus à l’antiquité.

    Je suis d’ailleurs estomaqué de voir, dans des reportages, que des profs de lycées aujourd’hui tutoient leurs élèves qui sont de jeunes adultes. Allez vous étonner, après ça, que le respect et la politesse tendent à se perdre...

  • Par sophie (---.---.---.4) 10 octobre 2012 17:21

    quel article inutile et déja publié plusieurs fois un disciple de abgeschiendenheit ? 

     

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