La revendication indépendantiste de régions de l'Union européenne (UE) pose différentes questions aux États concernés mais aussi à l'Europe institutionnelle.
Les dernières élections municipales ébranlent l'unité et peut-être l'existence de la Belgique avec la victoire en Flandres du parti indépendantiste (N-VA, Nouvelle Alliance flamande, droite). La question risque d'être aussi grave, à terme, en Espagne avec la revendication indépendantiste de la Catalogne et du Pays-Basque. Elle semble moins dramatique au Royaume-Uni (RU) avec la revendication de l'Écosse (RU) et, pour le moment, en Italie avec la Padanie qui rencontre d'autres difficultés
L'aspiration des régions à l'indépendance
Au delà d'une revendication identitaire quelquefois très ancienne, la revendication nationaliste moderne s’appuie sur le refus d'une contribution, jugée excessive, au budget national dans le cadre d'une solidarité interrégionale. Elle est le fait de régions riches du nord (relativement) qui ne veulent pas payer pour les régions plus pauvres du sud.
Ces mouvements indépendantistes sont bien différents de ceux du XX ième siècle qui étaient, au contraire, le fait de pays pauvres du sud dominés par la puissance de la métropole dans le cadre colonial essentiellement. Ils les ont aussi remplacé dans l'actualité. La Padanie se fait plus entendre que la Sicile ou la Sardaigne.
Le contexte actuel de crise et des difficultés rencontrées, par les régions comme par les États, au niveau économique et budgétaire peut expliquer l'exacerbation fiscale de la nouvelle revendication d'indépendance. Elle risque, dans certains cas, d'accentuer les difficultés financières des États.
Au niveau européen, ces éventuelles indépendances, affaiblissant les États constitutifs de l'UE peuvent déboucher sur une articulations régions-États-Europe complètement différente et inattendue ou peut-être même sur des dissensions graves.


Lors des élections municipales en Belgique, dans son dernier discours de campagne, Bart De Wever a été clair : "Nous en avons assez ! Assez d'être pris pour des vaches à lait. Nous n'en pouvons plus de l'immobilisme fédéral. Nous n'acceptons plus la mauvaise gestion économique." (Le Point 14/10/12). Pour le moment, il semble que les Flamands pourraient se contenter de la mise en place d'une confédération. Sa mise en place sera cependant compliquée par les contentieux linguistiques et territoriaux qui perdurent depuis des années. La marche vers l'indépendance semble entamée, mettant en question la survie de la Belgique, au moins dans sa forme actuelle.



En septembre, une manifestation en faveur de l'indépendance de la Catalogne a rassemblé 1,5 million de Catalans dans les rues de Barcelone. Cette indépendance poserait de graves problème à l’Espagne car sa production constitue 20% du PIB espagnol. Mais la Catalogne est aussi la région la plus endettée de l'Espagne (42 milliards d'euros). Ici encore, les prélèvements de Madrid sont mis en cause : « Pour un euro expédié à Madrid, il en revient 43 centimes en Catalogne ». On croit entendre le célèbre « I want my money back » de Me Thatcher au niveau européen.
La Catalogne bénéficie déjà du statut de communauté autonome depuis des années et il n'est plus question de revendication linguistique. La Catalogne veut obtenir une diminution de sa contribution financière et le même régime que le Pays-Basque. Le gouvernement catalan entend gérer les prélèvements sur son territoire et verser ensuite une part à l'État pour les investissements dans les autres régions et les services de l'administration centrale.
Devant la réponse négative du gouvernement espagnol à cette revendication, l'exécutif catalan veut organiser un référendum sur l'accès à l'indépendance. Mais ce droit appartient au Parlement central qui refuse de le transférer au Parlement catalan. Ce qui pourrait inciter le Pays-Basque à une démarche similaire. Le référendum annoncé en Catalogne ne pourra donc être que consultatif.
Les Catalans pensent que, grâce à leur autonomie fiscale, les Basques transfèrent beaucoup moins aux finances nationales, ce qui leur a permis de relancer leur économie. Ils voudraient pouvoir en faire autant.
Un an après que l'ETA a mis fin à sa lutte armée, des élections ont eu lieu au Pays-Basque et, si les nationalistes conservateurs du PNV (nationalistes modérés) conservent leur première place au Parlement régional avec 27 députés sur 75, ils sont maintenant suivis par les indépendantistes (gauche) qui remportent 21 sièges, devant les socialistes 16 sièges et le Parti Populaire au pouvoir à Madrid, 10 sièges. Malgré le statut d'autonomie le plus favorable en Espagne, la pression indépendantiste va peser sur le gouvernement central. Le PNV a inscrit à son programme un nouveau statut d'autonomie pour 2015, avec des relations égalitaires avec Madrid, le transfert de nouvelles compétences et le droit à l'autodétermination (Le Monde 23/10/12).


Les séparatistes sont également au cœur de l’actualité en Écosse. Les indépendantistes pensent que l’Écosse possède une culture propre, des systèmes bancaire, juridique et éducatif distincts de ceux de l’Angleterre et devrait se séparer du Royaume-Uni et recouvrer le statut indépendant dont elle jouissait avant 1707. Ici encore, l’Écosse, avec un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale britannique, se sent riche des ressources pétrolières de la Mer du Nord. Selon certains, le pétrole appartient à l’Écosse et ses revenus profitent plus aux autres régions. Cette richesse pétrolière renforce la revendication et la crédibilité de l’Écosse comme État indépendant.
Cependant, en 2008, la Royal Bank of Scotland a été renflouée par le gouvernement britannique au coût de 45 milliards de livres que l’Écosse, avec un PIB de 115 milliards, aurait pu difficilement, supporter.
Bien que le peuple écossais ait obtenu la dévolution des pouvoirs et retrouvé sa souveraineté sur la plupart des affaires intérieures, les nationalistes continuent à réclamer l'indépendance totale. Les Premiers ministres, écossais et britannique, ont signé un accord, le 15 octobre, pour l’organisation d’un référendum sur l’indépendance en 2014.


En Italie, les circonstances ne sont pas très favorables à la revendication d'indépendance de la Padanie. Les déboires de la Ligue du Nord, affaiblie par des affaires de corruption qui touchent aussi d'autres régions, permettent à Mario Monti et à son gouvernement, au moins pour un temps, de tenter un renforcement de l’État central.
La solidarité est mal cotée en bourse.
L'UE peut être perçue comme un dépassement des États nations pour donner à l'ensemble des États européens un rôle et une influence qu'ils ne peuvent plus avoir séparément. En ce sens, elle prolonge ces États autant qu'elle les dépasse. D'autre part, elle entretient des relations particulières avec les régions qui voient là une façon de contourner ou de s'affranchir de la tutelle nationale.
Et du devoir de solidarité nationale en diminuant leur contribution. Mais la solidarité n'est pas dans l'air du temps. Elle est attaquée de toutes parts.
Pour le moment, la solidarité s'exerce essentiellement au niveau national. Il suffit de rappeler que, en moyenne, les finances publiques de chaque pays européen absorbent autour de 50 % du PIB national contre environ 1% du PIB européen pour le budget de l'UE. L'indépendance des régions les plus riches risque ne contribuer à un affaiblissement de cette solidarité nationale.
Ce refus de solidarité ne touche pas que des régions. La solidarité européenne est aussi à la peine. C'est très visible dans le comportement des pays riches et vertueux du nord avec l’Allemagne en tête, suivie de la Finlande, des Pays-Bas face aux pays en difficulté du sud comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce. De même que dans le refus d'augmenter le budget propre de l'UE. Ou dans la remise en question, par mesure d'économie, du Programme alimentaire d'aide aux démunis (PAED) qui profite à une vingtaine de pays et contribue, par exemple, au tiers de l'aide alimentaire fournie dans l'hexagone.
La solidarité au niveau mondial est tout aussi faible. Il fut un temps où le but à atteindre était de consacrer 1% du PIB à l'aide aux pays les moins développés, ce but affiché a été, ensuite, ramené à 0,7% et atteint dans la réalité, péniblement 0,4% (Libération 17/10/12).
La solidarité nationale elle-même est largement battue en brèche par la capitalisme libéral et l'entreprise de démantèlement de tous les acquis sociaux en Europe occidentale.
L'Union européenne face aux indépendances
Les nouveaux indépendantistes se trouvent dans des pays démocratiques d'une UE qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix pour la défense des valeurs démocratiques. L'UE se construit en voulant dépasser les États nations et les nationalismes pour avancer vers une Europe, unie dans la diversité, pour certains une Europe fédérale.
La question nationale se pose en termes nouveaux en Europe. Ce fut déjà le cas avec l'implosion de l'empire soviétique et l'UE a accepté des démembrements qui la touchaient peu et lui permettaient d'apparaître comme démocratique. Voila qu'apparaissent des nationalisme régionaux qui, pour certains au moins, veulent participer à cette Europe fédérale, pensant qu'une intégration, directe, à l'UE leur donnerait plus de poids qu'à travers le filtre national.
Cela risque d'être difficile car la revendication d'indépendance de ces régions va mettre en question des États membres quelquefois depuis l'origine (Belgique) de l'aventure européenne. Mais on voit mal au nom de quoi, l'UE pourrait s'opposer aux droits des peuples à disposer d'eux mêmes et de revendiquer un État. D'autant qu'elle favorise depuis longtemps, une Europe des régions, qui volens nolens, participe à l'affaiblissement des États constitutifs.
Reste que peuvent apparaître de nouveaux conflits entre nationalismes nationaux et régionaux dans une période où les peuples souffrent d'une austérité qui se répand et peut favoriser les replis identitaires..
Quelles solutions « européennes » ?
La question est d'abord nationale et fera l'objet de négociations d'abord nationales. Dés maintenant, on voit bien que les choses ne vont pas évoluer de la même façon en Espagne, au Royaume-Uni et en Belgique. Que cela dépend de l’histoire du pays, des institutions, du rapport des forces entre la région et l’État dont elle veut se séparer.
Le nouvel État qui fera sécession sera-t-il considéré comme déjà membre de l'UE ? Ou devra-t-il demander son adhésion à l'UE. Avec la nécessaire approbation de tous les États, dont l’État d'origine qui pourrait mettre son veto à cette « nouvelle » adhésion.
La règle semblait être jusqu'ici qu'une région décidant de devenir indépendante devrait formuler une demande d'adhésion, suivre le difficile parcours imposé à tous les candidats. Et obtenir un vote positif à l'unanimité, pour le moment difficile à envisager pour la Catalogne et le Pays-Basque.
Mais, il y a quelques jours, Viviane Reading, commissaire à la justice et vice-président de la CE a dit : « aucune loi ne dit que la Catalogne devrait sortir de l'Union si elle devenait indépendante » (Le Monde 17/10/12). Ce qui serait un appui important aux régions.
Il est paradoxal de voir que l’État nation s'est particulièrement développé à partir du XIXième siècle en Europe d'abord puis dans le monde : de 51 États membres de l'ONU en 1945, aujourd'hui 193, la plupart sous la forme État nation même si tous ne satisfont pas parfaitement à la définition. Les États nations connaissent aujourd'hui, en Europe, un phénomène de décomposition-recomposition, d'abord dans les pays de l'Europe centrale et peut être demain de l'Europe occidentale qui peut bousculer tout l'équilibre européen, augmentant le nombre de « petits » États, affaiblissant certains États et renforçant la suprématie de ceux qui ne seront pas touchés par des sécessions.
Les États nations existants sont mis en question, notamment, au nom de la mondialisation, du multiculturalisme, des migrations internationales..., au nom de l'Europe. Et aujourd'hui au nom d'autres peuples qui veulent obtenir ce même statut.
Les régions seront-elles plus fortes face aux forces mondialisées ; espèrent-elles plus de poids dans le cadre d'une Europe fédérale que dans celui de l’État auquel elles appartenaient ? Seront-elles un facteur de crispation des États nations bloquant toute évolution européenne ou le dégroupement favorisera-t-il un nouveau regroupement ?

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