« Payer ses dettes en partant » c’est la moindre des choses, non ?
La dette publique
de la France se montait en 2006 à 1 150 milliards d’euros. Le service de
la dette, c’est-à-dire le paiement des intérêts, se montait à 47,4
milliards d’euros pour l’année 2005, soit 20 % du budget de l’Etat. Et
tout ça sans rembourser la dette : ces milliards ne sont que des
intérêts ! Il est donc aisé d’imaginer les possibilités fantastiques
qui s’ouvriraient à la solidarité et à l’efficacité nationale si ces
20 % des dépenses n’existaient plus. Si la dette était remboursée.
Il serait surtout indispensable, dans un objectif de développement
durable, que chaque génération ne dégrade pas les conditions
financières de la suivante (c’est même indispensable à la durabilité de
l’économie de marché !). Il faut donc distinguer la bonne dette, celle
qui est consacrée à des investissements dont bénéficieront nos enfants,
de la mauvaise qui n’est qu’une conséquence de la mauvaise gestion des
équilibres de fonctionnement. La fin des déficits, à l’origine de la
dette, est donc un objectif préalable. La référence au développement
durable n’est pas ici un artifice verbal, mais bien une évolution
majeure dans la façon d’aborder la dette. En effet, les économistes
keynesiens ont inventé la dette publique comme outil de financement en
faisant l’hypothèse que l’Etat est éternel et irresponsable : ses
emprunts sont garantis par lui-même quoi qu’il arrive. Nous pensons
aujourd’hui qu’une attitude bien plus responsable et solidaire
vis-à-vis des générations futures est nécessaire.
Dans un
tout autre domaine, l’impôt sur les successions apparaît comme un
élément essentiel de l’égalité républicaine en assurant une
redistribution entre familles riches et familles pauvres via l’Etat.
Les choses sont évidemment plus compliquées que cela, mais il reste que
je considère la diminution des droits de succession, comme le souhaite
le gouvernement, comme une grande avancée vers la société d’inégalité
croissante que nous rejetons. Il semblerait donc plus juste, et
faisable comme le confirme l’économiste Thomas Piketty, d’envisager une augmentation de cet impôt grandement égalitaire.
Le montant 2006 des droits de succession perçus par l’Etat était de 7
milliards d’euros, soit 0,4 % du PIB. Imaginons que cet impôt augmente
jusqu’à 1 % du PIB comme proposé par Piketty. Il rapporterait alors 18
milliards d’euros.
Imaginons alors que cette nouvelle version
de l’impôt sur les successions soit intégralement consacrée au
remboursement de la dette. Il faudrait alors 65 ans pour rembourser la
dette (tout en continuant à payer des intérêts et si nous ne créons pas
de nouvelles dettes). 65 ans, c’est quasiment l’espérance de vie
moyenne des personnes majeures en France. C’est-à-dire que nous tous,
électeurs et adultes, pourrions prendre l’engagement de rembourser
notre part de dette en partant. Nous ne laisserions donc pas de dettes
à nos enfants mineurs et à venir. Nous serions enfin responsables et
justes, chacun payant à sa mort sa part de la dette publique, selon son
patrimoine.
« Payer ses dettes en partant » c’est la moindre des choses, non ?

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