Malgré mon teint éclatant et mon port de tête altier bien qu'ayant dépassé la quarantaine déjà depuis deux ans, je ne me sens plus si jeune. Je suis un peu plus essoufflé qu'avant en montant les escaliers de Montmartre, enfin, dés que je suis un peu fatigué, ma tension se rappelle à moi par un sifflement continu tant que je ne me suis pas reposé. Si je suis beaucoup plus sage en ce qui concerne la nourriture et la bonne table, j'ai tendance à ne pas l'être encore assez concernant l'heure à laquelle je rejoins les bras de Morphée.
C'est encore sur la docilité qu'il me semble avoir le plus de travail « sur moi » à faire comme disent les psychologues, ces nouveaux ecclésiastiques du monde moderne, ces nouveaux clercs qui en ont tout vu, tout entendu, et qui savent que « la chair est faible » car ils prétendent avoir lu tous les livres. J'ai malheureusement en cette époque de standardisation et de normes l'indocilité chevillée au corps.
On ne peut pas tout avoir.
Cela ne me dérange pas de vieillir, de mûrir, d'avoir les cheveux qui grisonnent progressivement aux tempes. Cela ne me gêne pas d'apprendre enfin à surmonter quelques unes des erreurs que tout le monde appelle son expérience. Il en est qui ne se poseront même pas la question, toute leur vie ils ne dépasseront jamais le stade de la révolte adolescente post-pubertaire.
Quand on a quinze ans ce n'est pas très grave, on porte tous les habits que détestent PapaMaman, on écoute la musique qui emmerde le plus les adultes, on s'enferme dans sa chambre pour téléphoner des heures aux copains ou aux copines en se plaignant d'avoir une vie tellement dramatique.
Et après, passé vingt-cinq ans, a priori, on grandit, on entre dans l'âge adulte. Ce n'est pas si grave. Et hélas c'est le lot commun.
La société telle qu'elle est actuellement nous encourage cependant à continuer à se conduire en « homards », en boutonneux narcissiques ou en midinettes un peu trop romantiques. Certains trentenaires se réunissent pour regarder en compagnie d'autres de leurs congénères l'intégrale de « Capitaine Flam », ou « Candy ».
Dans les soirées mondaines, on aime bien offrir aux invités des sucreries gélatineuses et colorées en laboratoires.
Bien sûr, comme on se passe à présent de la permission de PapaMaman pour la permission de minuit, on couche à droite à gauche sans trop se soucier des interdits. Mais par contre les jeux amoureux se limitent à des minauderies de petites filles ou petits garçons, des minauderies comme celles que les adolescentes aiment bien écrire dans les marges de leur agenda, ce genre de formules que l'on croit définitives quand on a quatorze ans et qui deviennent grotesques assez rapidement par la suite : « Pardonner, jamais, oublier peut-être »...etc...
On prend soin de son corps, on le dorlote, on contemple avec ravissement son nombril en plein centre de son ventre, on se trouve tellement performante de crever de faim toute la journée pour conserver presque indéfiniment, grâce aux progrès de la science, le corps d'une gamine à peine pubère.
Les « quadras » adorent sortir en boîte avec des gamins ou des gamines qui pourraient être leur progéniture et se pintent au « Malibu ananas » jusque cinquante-cinq ans passés. On ne boit pas de vin, c'est une boisson de vieux et puis comme on veut prendre soin de son corps on consomme, la plupart du temps, l'alcool avec modération. Comme ils disent à la « télé ». Et bien évidemment on n'oublie pas de manger cinq fruits et légumes dans la journée et de boire beaucoup d'eau minérale pour éliminer les mauvaises toxines.
On en reste pour la gastronomie à des plats de cantine qui font presque couler la larme à l'œil car ça rappelle la maternelle
On retarde le plus possible l'entrée dans l'âge adulte.
Du moins le croit-on.
Car un jour, le quinqua qui se saoule un peu trop, la dame d'âge mûr qui se voit engoncée dans sa minijupe trop petite pour elle tel un jambon d'Arles finissent par se regarder un peu plus longuement dans le miroir, y trouver la fatigue et avoir enfin envie d'un peu de sérénité et de douceur de vivre.
Quand ils sont sages et point trop marqués par le matraquage quotidien de la pub.
Bien sûr, s'il est trop tard pour les sauver de l'influence de celle-ci, monsieur se mettra en tête de faire son jogging tous les jours, quitte à s'offrir avant l'âge une belle crise cardiaque due à l'effort soudain qu'il s'infligera, pendant que madame ira consulter chez un chirurgien esthétique, un gourou quelconque ou un psy (barrer la mention inutile) pour oublier les ridules qui parsèment maintenant son front.
Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes consuméristes qui continuera donc de tourner...
Ci-dessous, lui aussi aime bien les produits naturels et n'a pas beaucoup vieilli dans sa tête.

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Presque ? alors vous êtes encore très jeune, comme moi.
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