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RMI, RSA, l’embrouille

Martin Hirsch, fort honorable au demeurant, crée le RSA pour venir en aide aux plus démunis. Ce n’est pas idiot a priori, tant il est urgent dans ce pays de redonner de l’espoir. Mais, hélas, les technocrates étant passés par là, ce dispositif risque fort de se transformer en fiasco social. Je vais tâcher de m’en expliquer, à travers un cas très concret et très proche de moi-même.

Tout d’abord, la population concernée est très importante puisqu’elle compte 1 300 000 personnes assujetties au RMI. Je dis bien assujetties et non « bénéficiaires », comme le dit le gouvernement. Certains profitent sans doute de ce système pour ne rien faire, et les politiques ont une fâcheuse tendance à l’heure actuelle de fustiger l’ensemble des RMIstes, en dressant la population laborieuse contre eux. Le mot « assistanat » est employé trop souvent pour être tout à fait innocent. Et diviser pour régner est souvent une excellente manière de se faire bien voir quand on dirige un pays aussi disparate et égoïste que la France. Mais la réalité est tout autre. La très grande majorité des RMIstes n’ont pas choisi leur situation.

Depuis de nombreuses années, les entreprises privées, surtaxées, surchargées, ont été contraintes de délocaliser leur main-d’œuvre pour garder une compétitivité vitale à leur survie. Le résultat des politiques menées depuis vingt ans en France est aujourd’hui un chômage de masse qui est plus proche de 20 % de la population active que des 7 ou 8 % de la classe 1 (sur 8) de l’ANPE, annoncés hypocritement par le gouvernement. On conviendra que la plupart des chômeurs n’ont aucune responsabilité dans leur situation. Des pans entiers de l’économie française ont purement et simplement disparu. Textiles (Vosges et Nord), électroménager (Moulinex), automobiles (Peugeot, Renault), aéronautique (EADS, Latécoère), agriculture (Pac européenne, politique de la jachère, grande distribution), sidérurgie (Nord-Est, Usinor), mines, verreries (Baccarat, Duralex, BSN) et tant d’autres.

Certaines activités ont été transférées dans des pays à moindre coût salarial, ce sont les délocalisations. D’autres ont été purement et simplement abandonnées, détruites sur l’autel de la modernisation. Parallèlement, nous n’avons pas adapté nos dépenses publiques à la nouvelle donne et la démographie a fait le reste. De plus en plus de monde pour de moins en moins de travail. Et, bien sûr, toujours aucune esquisse de meilleure répartition des richesses obtenues grâce à la productivité.

D’où une baisse continue des salaires, une dévalorisation constante des qualifications (le Smic est le salaire commun maintenant alors qu’il avait été créé pour les moins qualifiés au départ). Voilà le constat nécessairement succinct de la situation.
Une frange de plus en plus importante de la population active se retrouve marginalisée, exclue du monde du travail. Et, contrairement à une idée reçue (voire répandue), il n’y a pas que des analphabètes et des gens peu qualifiés (diplômés) parmi les RMIstes.
Posons-nous la question : comment devient-on RMIste ? Rien de plus facile !
L’entreprise délocalise ou dépose son bilan et vous voilà chômeur sans que vous ayez démérité en aucune façon. Le gouvernement vote la Loi « De Lalande » qui interdit de licencier après 50 ans et vous voilà chômeur à 49 ans (les DRH ne prennent pas de risque dans les multinationales).
Ensuite, les choses vont très vite. Vous perdez bien sûr tout contact avec vos « amis » dans l’entreprise, vous êtes « malade », atteint du virus de l’« infréquentabilité », exclus. Les Assedic vous versent 57 % de votre ancien salaire au mieux pendant douze mois. Douze mois pendant lesquels vous allez remuer ciel et terre pour retrouver un boulot qui n’existe pas ou plus. On va vous former à des trucs inutiles comme de savoir faire un CV, taper à la machine, faire du tricot. Douze mois ça passe vite, très vite. Et pendant ce temps-là, les factures s’amoncellent car le loyer, l’EDF, le téléphone, la bouffe n’ont pas diminué comme vos revenus, eux. Ils ont même augmenté.
Et, un beau matin, vous recevez une lettre des Assedic comme quoi vous n’avez plus aucun droit, plus d’argent et on vous informe que votre couverture sociale (la Sécu) ne vous garde encore qu’un an. On vous « aide » en vous joignant les papiers du RMI, de la CMU, de l’ASS, si vous y avez droit. Et voilà, fermez le rideau, la société vous remercie d’avoir cotisé trente ans ou plus et vous souhaite bonne chance.
Alors, on rame de plus en plus, on est prêt à accepter une diminution de salaire. Il faut bosser rien que pour vivre, s’en sortir. On va voir des psys car il paraît que c’est vous qui déconnez, pas le système. Pour un peu vous finiriez par le croire.

Et puis, on ne retrouve toujours pas de boulot, trop qualifié, trop vieux, trop cher (on ne vous demande même pas combien vous voulez, mais vous êtes trop cher de toute façon).
Bien sûr, l’ANPE vous voit encore un peu de temps en temps (normal, vous êtes encore inscrit, mais plus dans la liste 1 donc plus comptabilisé dans les « vrais » chômeurs), et puis de moins en moins sans jamais rien vous proposer (vous savez, trop qualifié, trop vieux, etc.) Et, un beau jour, vous recevez un courrier de radiation pur et simple. Fermez le ban, vous n’avez plus aucune existence sociale. Vos diplômes, votre expérience, votre culture, on s’en fout, vous n’existez plus. Le cas dont je parle était cadre supérieur et gagnait, il y a dix ans, plus de 15 000 euros par mois. Il a aussi cotisé trente-cinq ans, mais pas dans un régime spécial ni dans la fonction publique.
 
Le RMI institué par le gouvernement Rocard est aujourd’hui de 440 € par mois. Si vous êtes à la rue. Mais si vous avez la chance d’être logé gratuitement, il est amputé de 12,5 % soit un RMI net de 396 €. C’est une assistante sociale qui vous l’accorde. Normal, vous êtes un cas social.
Des années plus tard, on vous annonce que le RSA est LA solution. Depuis des années, vous entendez parler de plan sénior et autres foutaises qui n’ont jamais marché, alors vous êtes un peu sceptique quand même. Mais vous regardez, par curiosité.
Le RSA, annoncé comme une grande réforme par notre (très) cher président, va permettre aux RMIstes de reprendre un travail à moitié du Smic (mi-temps) sans perdre les « avantages » du RMI. Concrètement, au lieu de 396 € de RMI, vous percevrez 160 € supplémentaires si vous « acceptez » un emploi à mi-temps au Smic (soit 500 €). Sachant que l’Etat bon prince ne vous enlèvera que 68 % de ce magnifique salaire pour vous conserver le RMI. Les 32 % restants font bien les 160 € de plus. Donc vous allez bosser, souvent prendre votre voiture, manger hors de chez vous pour 160 €. Magnifique non ? À peine moins qu’un Chinois moyen. Et encore il va falloir le trouver ce merveilleux boulot. Car, même avec une loi aussi généreuse, il n’y a toujours pas de travail. Surtout de travail qualifié.
Pour financer ce merveilleux outil à vaincre la pauvreté (selon Hirsch) et à éradiquer la fainéantise (selon Sarkozy), on crée une taxe supplémentaire sur les revenus du capital d’1,5 milliard d’euros. Pas sur tout le capital, bien sûr, seulement sur les petits épargnants, l’assurance-vie, les petits revenus fonciers, les maigres dividendes. Les grands fonds de pension, hedges funds s’en foutent complètement, ils sont étrangers et donc pas assujettis aux taxes françaises. D’ailleurs la bourse a monté de 2 % le jour de l’annonce par Sarko (28 août).
Petit calcul bien innocent : 1,5 milliard de taxes, c’est grosso modo 800 000 RMIstes à 160 € (1 920 € par an). Donc les 2/3 des RMIstes retrouvant un boulot ! Bravo à nos technocrates pour cette embrouille, ce magnifique tour de passe-passe ! Gageons qu’au mieux 100 000 RMIstes retrouveront un job, et difficilement car pendant ce temps-là on n’a pas créé un seul emploi, on en a même détruit, grâce au RSA. Mais que le 1,5 milliard sera lui ponctionné chaque année sur la petite épargne et reversé comme d’habitude au budget général qui alimente la gabegie des fonds publics.

Moralité, une fois encore, on va dresser les Français les uns contre les autres, faire croire à ceux qui travaillent et gagnent péniblement juste de quoi survivre qu’ils financent les fainéants. Alors qu’en fait on utilise un procédé odieux, puisque s’appuyant sur la misère, pour inventer une nouvelle taxe !
Curieusement aucun journaliste, aucun syndicaliste, aucun économiste n’a fait ce calcul…
Circulez braves gens, on réfléchit à la prochaine taxe (ça n’en fera que douze en un an et les caisses sont toujours vides, et la dette augmente, augmente, augmente…).
 
Merci d’avoir pris le temps de me lire.
par Candide vendredi 29 août 2008 - 143 réactions
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  • Par Le Sudiste (xxx.xxx.xxx.133) 29 août 2008 13:21
    Le Sudiste

    15 000 euros par mois… Puis le RMI ou RSA.

    C’est bien étrange. Un salaire mensuel qui avoisine le salaire annuel moyen en France.

    15 000 euros par mois, on doit être dans la catégorie "moins de 1% de la population gagne plus de…"

    J’ai du mal à plaindre votre ami (s’il existe). Parce que 15 000 ça signifie quelques années à 10 000, quelques années à 5 000… Il a tout cramé ? C’est étonnant. Mais soit. Dommage. Je ne le plaindrai pas.

    Les minima sociaux sont pour la survie, comme le smic est le minimum "jugé" acceptable pour éviter la révolte. La question est aujourd’hui : jusqu’où, jusqu’à quel niveau de soumission peut-on aller sans révolte ? Seul ce paramètre compte pour les politiques. 

    Des millions de gens vivent aujourd’hui en France sous le "seuil de pauvreté". Des millions. La gestion d’un peuple conduit à considérer la capacité de réaction, la capacité de révolte. Si 50% de cette population est officiellement sous le seuil de pauvreté, elle travaille au black et n’est donc pas dans l’optique de se révolter, il en reste 50% qui peuvent poser problème. Sur cette portion, comptons 70 ou 80% qui sont résignés et qui acceptent leur sort. C’est comme ça l’écrasement d’un peuple. Reste donc quelques centaines de milliers qui souhaiteraient non pas travailler plus pour gagner plus mais déjà travailler. Une minorité. Peu ou pas organisée. Donc soumise. Contrôlable.

    A l’échelle de la gestion d’un peuple, c’est un détail. Cruel diront certain. Certes. Mais accepté tacitement par tous. On accepte tous tacitement que des gosses n’aient pas à bouffer dans notre pays. On accepte tacitement que des gens vivent et crèvent dans la rue. Oui, on l’accepte. Parce que si vous, moi, nous, le peuple on ne l’acceptait pas, on s’organiserait pour que cela n’existe pas. Donc on l’accepte. Faut regarder les choses en face. 

    Ca changera quand les "gens", vous, moi, nous, changeront. Alors, RMI, RSA… tout ce que vous voulez…

    La question pour ceux qui sont dirigés : "jusqu’où acceptera-t-on d’aller ?"

    La question pour ceux qui dirigent : "jusqu’où peut-on aller ?"

    La solution est peut-être dans ces questions : Qui dirige, aujourd’hui ? Qui devrait diriger ?

    That is the question… 

    Le Sudiste.

  • Par Candide (xxx.xxx.xxx.39) 29 août 2008 15:07
    Candide

    Oui, bien sûr. C’était un salaire courant pour un cadre supérieur de multinationale, dans les années 90. Avant la mondialisation...
    Aujourd’hui c’est presqu’indécent de citer de telles sommes. Nous sommes conditionnés vers le bas, alors que nous aurions dû continuer à progresser si l’on en croit la manière dont ils nous ont vendu leur Europe et leur mondialisation. Mais les rapaces nous bouffent le foie.
    Depuis ce matin, taxe sur les nouvelles cartes grises imposées au 1er janvier 2009(3€ de plus pour toutes les voitures, occases, neuves, nouvelles, anciennes, toutes !) Taxe dite énergétique sur les ordis, dvd, tv écran plat (en plus de la taxe existante dite écologique). Plus étude de péage à l’entrée de Lyon, quasiment faite (ça va suivre ailleurs soyez en sûre). Depuis ce matin !
    Bref les caisses sont archi vides et l’on ne veut pas diminuer le train de vie des princes qui nous gouvernent, donc on taxe la plèbe. Au moyen âge les roitelets festoyaient pendant que leurs sbires assassinaient et volaient les paysans affamés....

  • Par Zalka (xxx.xxx.xxx.7) 29 août 2008 11:55
    Zalka
    Oh mais ta gueule Lerma !

    A chaque fois que tu proposes un articles tu chouines tous les jours jusqu’à ce qu’on accepte ton article.

    A chaque fois, tu cries à la censure, mais à chaque fois on publie tes articles de merde, et ce sans jamais que tu reconnaisses que la censure est fausse puisque tu finis par être publié.

    Alors, pour une fois, tiens t’en à ta parole, et fais ce que tu as promis hier : à savoir te barrer si tes articles ne sont pas publié.

    Sarkosy le dit mieux que moi : "Casse toi pauvre con !"
  • Par Emile Red (xxx.xxx.xxx.226) 29 août 2008 13:05
    Emile Red

    Voir ma réponsze sur l’article de Lerma (qui a été publié, on s’en serait passé....

    Le financement du RSA est de la poudre aux yeux et ça marche.

    Tout est constitué pour qu’en fin de chaîne ce soient les faibles et moyens revenus qui paient.

    Sarko a encore réussi son coup en enfumant quasi tout le monde.

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