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Robespierre, grand-père des 99% ?

Ah, que nous avons la mémoire courte ! Alors que les Indignés du monde entier se démènent pour alerter l’opinion sur les dérives de notre système, il suffit de se plonger dans notre passé pour voir que ce constat a été fait bien avant eux… 

N'ayons pas peur des mots, Maximilien de Robespierre est un des plus grands hommes de l’Histoire. Si son parcours fût ponctué d’erreurs, sa mémoire fût en partie salie par les contre-révolutionnaires qui l’ont chargé du fardeau de la Terreur. Un des rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, défendant son application avec conviction, il était aussi favorable au suffrage universel, à l’abolition de la peine de mort et à la liberté de la presse… Un visionnaire défendant des valeurs dont nos hommes politiques feraient bien de s’inspirer aujourd’hui. 

A ce titre, le dernier discours de celui que l’on surnommait « l’Incorruptible », prononcé à la Convention le 26 juillet 1794 (en intégralité ici, en version dub – avec des ajouts du discours du 11 août 1791) est troublant tant il entre en résonnance avec notre époque.

Morceaux choisis :

11 août 1791 :

“ Et si le but de la société est le bonheur de tous, la conservation des droits de l'homme, que faut-il penser de ceux qui veulent l'établir sur la puissance de quelques individus, et sur l'avilissement et la nullité du reste du genre humain ?

Quels sont donc ces sublimes politiques qui applaudissent eux-mêmes à leur propre génie, lorsque, à force de laborieuses subtilités, ils sont enfin parvenus à substituer leurs vaines fantaisies aux principes immuables que l'éternel législateur a lui-même gravés dans le coeur de tous les hommes ?

Ah ! si la balance cessait d'être égale, n'est-ce pas en faveur des citoyens les moins aisés qu'elle devrait pencher ? Les lois, l'autorité publique n'est-elle pas établie pour protéger la faiblesse contre l'injustice et l'oppression ?

Par un étrange abus des mots, (…) ils ont nommé leur intérêt particulier l'intérêt général, et, pour assurer le succès de cette prétention, ils se sont emparés de toute la puissance sociale.”

26 juillet 1794

« Le cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons, je crois à la nécessité d'appeler surtout la probité de tous les sentiments généreux au secours de la République.

Je sens que partout où on rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main, et le serrer contre son cœur.

Vous voulez détruire la représentation, vous qui la dégradez par votre conduite, ou qui la troublez par vos intrigues.

On a proposé dans ces derniers temps des projets de finance qui m'ont paru calculés pour désoler les citoyens peu fortunés et pour multiplier les mécontents. 

On vous a dit que tout est bien dans la République : je le nie.

On se cache, on dissimule, on trompe : donc on conspire. On était audacieux, on méditait un grand acte d'oppression ; on s'entourait de la force pour comprimer l'opinion politique après l'avoir irritée ; on cherche à séduire des fonctionnaires publics dont on redoute la fidélité ; on persécute les amis de la liberté.

La contre-révolution est dans l'administration des finances. Elle a pour but (…) d'ébranler le crédit public en déshonorant la loyauté française, de favoriser les riches créanciers, de ruiner et de désespérer les pauvres, de multiplier les mécontents, de dépouiller le peuple des biens nationaux, et d'amener insensiblement la ruine de la fortune publique.

Vous croirez être retournés sous le couteau des anciens conspirateurs  ; le peuple s'indignera ; on l'appellera une faction (…) enfin, à force d'attentats, on espère parvenir à des troubles dans lesquels les conjurés feront intervenir l'aristocratie et tous leurs complices, pour égorger les patriotes et établir la tyrannie.

Voilà une partie du plan de la conspiration. Et à qui faut-il imputer ces maux ? A nous-mêmes, à notre lâche faiblesse pour le crime, et à notre coupable abandon des principes proclamés par nous-mêmes.


Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom.

Le peuple a changé de chaînes et non de destinée.

Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. »

Deux jours plus tard, l’insurrection grandit dans Paris, mais Robespierre refuse de dicter des ordres illégaux à ses troupes, et la situation lui échappe.« Si vous m’abandonnez, vous verrez avec quel calme je saurai boire la ciguë…” avait-il prévenu ses fidèles. Il semble qu’il tenta d’échapper au déshonneur suprême de la guillotine à l’aide de son pistolet. Simplement blessé, c’est la mâchoire brisée qu’il montera sur l’échafaud. Sa tête sera exhibée comme le fût celle du roi en 1793…

On est bien loin du contexte des années 2011 (quoi qu'il y a de nombreuses similitudes : crise économique, guerres etc.), mais on peut tout de même en tirer quelques enseignements. 

Pour arriver à ses fins, le mouvement révolutionnaire en cours de constitution, en France et dans le monde, devrait se prendre plus au sérieux. L’Indignation Bisounours n’est pour le moment pas prête de fonctionner... Pour preuve ? L’échec de ces courants de pensée, même dans les pays où les militants sont légions. En Espagne, la droite vient d’emporter les élections ! La plateforme Democracia Real Ya !, avait appelé à favoriser les petits partis, choix discutable au vu du système bipartiste de l’Espagne… Si, semble-t-il, les votes blancs et l’abstention furent aussi importants que les votes pour le Parti Populaire, cela ne remettra pas en question la validité du scrutin.

Je fais preuve d’impatience, car il y a urgence. Bien sûr que tous les efforts effectués jusqu’ici ne sont pas vain, mais diantre, voilà des mois que le mouvement existe, et je n’entend presque jamais parler (sauf en petits cercles) de la façon dont nous pourrions renverser le pouvoir !

Alors que les esprits commencent à se mettre en branle, j’apporterai quelques propositions de réformes du mouvement :
- Arrêter de rêver éveillé. Les affaires dont il est question sont hautement sérieuses.
- Un système de leadership (modalités à définir) avec un véritable contre-pouvoir de l’Assemblée. Cela permettra de dynamiser la gestion des projets, de faciliter la communication avec le grand public, tout en se préservant de la corruption et des abus de pouvoir.
- Revenir sur la perpétuelle recherche du consensus, qui est une impasse stratégique (a-t-on déjà vu une Révolution qui faisait l’unanimité ?).
- Une forte décentralisation du mouvement, pour être plus réactif et autonome.
- Réussir à jeter des ponts avec la population, et faire en sorte qu’elle puisse s’engager, même de façon plus passive que les militants classiques, qui n’ont pas le monopole de l’indignation.
- Une orientation stratégique claire : la façon dont nous pourrons modifier les institutions. Les moyens les plus crédibles semblent être l’utilisation d’un Referendum d’initiative populaire / citoyenne, pour réclamer la tenue d’une assemblée constituante afin de réécrire les règles du jeu démocratique.
- Arrêter de se focaliser sur le caractère mondial du mouvement. Il n’y aura pas de révolution globale. Les peuples sont différents, et ils évoluent et pensent de manière différente. Croire qu’un beau jour, l’Europe se soulèvera est totalement utopique… Par contre, le scénario de l’effet domino me semble déjà plus crédible.

Les Indignés doivent comprendre qu’ils n’inventent rien, et doivent tirer des leçons du passé et des événements qui rythment l’actualité. Ils doivent faire preuve d’audace, de créativité, de réactivité, et surtout être prêt à revenir sur des principes qui freinent l’accession à son but, la mise en place d’une réelle Démocratie.

Si nous y parvenons, j'en connais un qui sera fier de nous...




par Jonathan Moadab (son site) mardi 22 novembre 2011 - 75 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par grellety (---.---.---.67) 22 novembre 2011 19:08
    grellety

    Il faut vous féliciter pour ce texte, qui rend hommage à Robespierre. Bien entendu, les assistés d’extrême-droite qui ne travaillent pas et passent leur temps sur Internet et sur Agoravox pour baver sur tout ce qui constitue une réflexion, intellectuelle, historique, sérieuse, vous sont tombés dessus, comme cela était prévisible. Ne soyez pas effrayé par leur petit nombre, certains ont des doubles comptes, et puis ils fonctionnent toujours en meutes. 

    Par exemple, vous avez un propagandiste des Vendéens martyrs. Heureusement, sur ces sujets, comme tant d’autres, il y a des gens sérieux : 


    Si Robespierre avait été le dictateur qu’il a été accusé d’être, il n’aurait pas été aussi aisément éliminé par ses adversaires puisqu’il les aurait lui éliminé ! Et c’est ce que nous pouvons lui reprocher de n’avoir pas fait. Car en laissant les « Thermidoriens » prendre le pouvoir, la révolution fut étouffée, et depuis, nous payons leur haine du peuple par une oligarchie constante. 
  • Par Brath-z (---.---.---.203) 22 novembre 2011 21:57
    Brath-z

    Alors déjà : Robespierre n’avait tellement rien à voir avec les « massacreurs » (on trouve aussi « cannibales » dans l’historiographie) Fouché (à Lyon), Carrier (à Nantes), Javogues (à Montbrissont), Fréron (à Toulon), Barras (à Marseille), Lebon (à Arras), Tallien (à Bordeaux), etc. que les historiens sérieux (c’est-à-dire ceux qui ont travaillé sur des sources, pas sur des rumeurs nées parfois des décennies après les événements) considèrent tous que l’une des raisons majeures de la chute de Robespierre fut, précisément, son opposition à ces « proconsuls » qui abusèrent de leur pouvoir.
    Son erreur ? Les faire rappeler de Paris (à l’exception de Carrier, dont les agissements ne seront connus à Paris qu’à partir de fin septembre 1794, soit plus de 3 mois après la mort de Robespierre) pour mettre fin à leurs activités coupables.
    Ces roués personnages complotèrent pour le faire chuter, ce qui leur prit presque vingt jours, et qu’ils ne réussirent que grâce au profond légalisme de Robespierre (même si l’historiographie communiste a cherché à présenter Robespierre comme partisan de l’action armée contre la Convention mais échouant à réunir et coordonner suffisamment de forces armées pour cela).

    Ensuite, le « génocide vendéen », c’est loin d’être 800 000 morts (en tout, en comptant la Terreur légale, les massacres illégaux et la répression en Vendée, en Bretagne et dans le sud, on atteint environ 200 000 morts, ce qui est certes déjà beaucoup trop), et l’emploi du terme « génocide » dénote d’une imbécilité crasse : ce fut certes un massacre de populations civiles orchestré par les « colonnes infernales » de Thuriot (« colonnes infernales » qui ne cessèrent pas leurs activités avec la chute de Robespierre, puisqu’il a fallu attendre septembre 1795, soit 14 mois après sa mort, pour qu’elles arrêtent la répression), mais en aucun cas un « génocide », car il n’y eût jamais de « peuple vendéen ». La Grande Armée Catholique et Royale a été décimée quelques semaines après sa création, et les combattants vendéens qui se sont soulevés après Cholet étaient des paysans, et leur soulèvement n’était pas dû à la mort du roi (exécuté le 21 janvier 1793, soit plus de six mois avant la révolte en Vendée) ni même aux atteintes à la religion (cela faisait depuis presque un an que les prêtres non jureurs étaient interdits et chassés). En fait, la raison ayant déclenché la guerre de Vendée, ce fut principalement la mobilisation forcée : on prenait aux paysans vendéens leurs fils, bras nécessaires pour les travaux, pour combattre de l’autre côté du pays. On peut comprendre leur ressentiment, du reste.
    Quant aux Chouans, ils sont apparus APRES la mort de Robespierre : c’étaient les restes des « troupes loyales » bretonnes montées par les rares aristocrates suffisamment courageux pour quitter leurs exils dorés en Autriche, en Bavière ou en Irlande qui s’étaient faite laminées par les « bleus » en 1793-1794 et qui ont profité de la fin de la répression entre 1795 et 1796 pour s’organiser en bandes armées réfugiées dans les forêts.

  • Par djanel Le viking- (---.---.---.172) 22 novembre 2011 20:59
    djanel Le viking-

    Tu déconnes Non666.



    Tu fais une fixation sur les franc-maçons.

    Sous l’ancien régime ils ne ressemblaient certainement pas à ceux d’aujourd’hui.

    Robespierre était cartésien.

    C’est une certitude.

    Le concept de l’être suprême pour désigner Dieu est avant tout cartésien.

    Le culte de l’être suprême créé par Robespierre pendant la révolution n’est donc pas un concept inventé par les franc-maçons mais par un authentique cartésien.

    Il fallait contrer les dogmes de l’Église dont l’un stipule que Dieu créa les hommes ainsi que les rois tels que nous les voyons dans l’ordre social.

    Un croyant ne pouvait pas désobéir à Dieu et devait par conséquence se soumettre au rois dépositaire de l’autorité divine. C’était l’enseignement de l’église et du discours politique des nobles qui s’en servaient pour justifier leurs positions sociales avec des concepts puisés dans la théologie chrétienne.

    C’est là qu’intervient Robespierre. Il est cartésien comme je l’ai déjà dit. Il introduit l’idée de la liberté de conscience pour libérer les athées de l’autorité de l’église. Cette liberté de conscience impliquera la liberté d’expression.... et cette liberté d’expression permettra le débat entre athée et croyant. L’un affirme que dieu n’existant pas l’ordre social peut être changé. Le croyant affirme le contraire et veut conserver l’ordre social qu’il considère immuable.

    C’est le dilemme qui secoue la société. Il ne faut pas que la révolution ne débouche sur une guerre de religion.

    Comment échappé au dilemme. Robespierre est avant tout cartésien avant d’être franc-maçon or le cartésianisme possède sa propre théologie. Il y puisera dedans pour en sortir le concept de l’être suprême qui est une autre définition de Dieu. Du coup la sainte Trinité qui est à l’image de ce que les catholiques se font de Dieu est oubliée. 

    L’un des dogmes de l’église vient d’être abattu et jeté aux oubliettes.

    Très fort ici Robespierre. Il invente le culte de l’être suprême. L’église est concurrencée et tombera sur des cartésiens qui ont une théologie qui tient la route. L’église n’a donc plus le monopole l’enseignement religieux. Un brèche est ouverte. Les révolutionnaires vont s’y engouffrer.

    Descartes enseigne que l’on peut chercher la vérité par soi-même sans avoir recours à des maitres en philosophie qui nous l’enseigneraient pour nous la donner toute prête à servir. Au 18ième siècle la philosophie dominante est le cartésianisme. On comprend donc bien ce que fait Robespierre. Et comme il faut abattre l’autorité de l’église, il faut introduire une nouvelle idée. La séparation du pouvoir de l’église avec celui de l’État. La loi de 1905 sur la séparation des pouvoirs de l’église et de l’état est déjà en germe pendant la révolution. Elle a mis plus de cent ans pour être promulguée.

    Contrairement à ce que tu crois ou veux nous faire croire NON666, ces idées ne sont pas franc-maçonnes mais absolument cartésiennes.

    Je reconnais que les franc-maçons vont s’en inspirer et même les plagier en faisant croire au public que ses idées sont de leurs créations ce qui est totalement faux.

    Elles sont purement Françaises et les franc-maçons de vulgaires plagiaires.

  • Par Mahler (---.---.---.226) 22 novembre 2011 14:20

     

    Merci pour cet article qui montre une autre facette de Robespierre que celle rabâchée des collèges aux universités sur « Robespierre méchant tyran sanguinaire » Surtout que je vois que l’on parle de la Vendée, je rappelle que l’une des personnes responsables d’abondantes et violentes repressions était Carrier que Robespierre a déchu de son poste et de ses fonctions,

    Robespierre n’était ni tout noir ni tout blanc, il était l’Homme d’une époque trouble qui certes lui a fait faire des choses condamnables qu’il n’aurait pas fait en temps normal, Et puis une révolution c’est violent, c’est pas quelque chose de romantique où tout le monde est beau tout le monde il est gentil, on fait la fête,

    Quand aux commentaire syle « Robespierre agent des Rothschild », « illuminatis et révolution française » « Rothschild déclencheur de la révolution » c’est un peu n’importe quoi, ils n’ont pas tout déclencher dans le monde(et dieu sait si cette famille et néfaste) et c’est surtout après que leur rôle va vraiment émerger, à l’époque ils étaient pas encore très puissant, Ils commenceront à prendre réellement le pouvoir en 1800 quand Napoléon créa la banque de France et surtout en 1815 avec la bataille de Waterloo où Nathan Rothschild prendra définitivement le contrôle de l’économie anglaise et donc bien sur de l’Angleterre

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