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Royaume-Uni : Elections générales, UKIP et murmure persistant des cornemuses

Article publié initialement le 16 février 2015 sur mon blog, qui reste d'actualité en vue des élection générales au Royaume-Uni qui vont se dérouler ce jeudi 7 mai 2015 :

Comme en France, le jeu électoral du Royaume-Uni est bousculé depuis quelque temps par un parti populiste d’extrême-droite arrivé en tête aux dernières élections européennes de mai 2014. Mais contrairement à la situation française, de plus en plus bloquée dans un tripartisme ravageur, s’y ajoute la nouvelle donne obtenue à l’issue du referendum (raté) sur l’indépendance de l’Ecosse, avec la consolidation du parti indépendantiste écossais qui pourrait détenir les clefs du scrutin britannique. 

Les élections présidentielles françaises de 2002 ont vu s’affronter au second tour le candidat de la droite Jacques Chirac au candidat du Front National Jean-Marie Le Pen, après élimination du candidat socialiste Lionel Jospin, Premier Ministre sortant, arrivé en troisième position. Depuis lors, pas une élection ne se profile à l’horizon sans que l’on s’interroge avec autant de gourmandise que d’effroi sur les possibilités du FN de réaliser tel ou tel score, de décrocher telle ou telle mairie, d’obtenir tant de députés à Paris comme à Strasbourg et, en 2017, pourquoi pas, la magistrature suprême. L’élection législative partielle qui s’est tenue dans le Doubs au début du mois et qui s’est soldée par la victoire laborieuse du candidat PS face au FN, est une bonne illustration des capacités du FN à bousculer les rapports politiques traditionnels. Son arrivée en tête lors des dernières élections européennes de mai 2014, malgré une abstention élevée de 58 %, illustre quant à elle son attractivité réelle sur des électeurs déçus autant par le parti au pouvoir que par son opposition classique. 

Cette situation de tripartisme par entrée d’un parti populiste dans la cour des grands n’est pas cantonnée à la France. De nombreux pays d’Europe sont concernés (Podemos en Espagne, le M5S de Beppe Grillo en Italie, le Vlaams Belang en Belgique, et enfin l’UKIP de Nigel Farage au Royaume-Uni (*), pour citer les plus connus). C’est même complètement concrétisé en Grèce depuis janvier avec l’élection de Syriza (extrême-gauche) à la tête du pays avec le renfort d’un parti d’extrême-droite. Au risque de perdre quelques nuances, on peut dire que tous ces partis se caractérisent par leurs positions anti-establishment, anti-Europe, anti-libérales et par des programmes fortement démagogiques. La différence entre le populisme d’extrême-gauche et le populisme d’extrême-droite se manifeste à travers les discours sur la nation et sur l’immigration, mais l’exemple grec montre que ce n’est pas suffisant pour empêcher des alliances. On observe de plus que les partis d’extrême-droite cherchent activement des voix du côté de la gauche extrême (cas du FN vis-à-vis de la CGT, parexemple).

Il sera donc très intéressant d’observer le résultat des prochaines élections d’ampleur nationale qui vont se dérouler au Royaume-Uni en mai prochain, afin de voir si l’UKIP, version anglaise de notre FN, est susceptible de changer la donne, ou si une petite musique écossaise peut prendre sa revanche après l’échec du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Comme prévu par la loi électorale britannique, l’actuel Parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande sera dissout le 30 mars 2015 et des élections générales se tiendront le 7 mai 2015 afin d’élire les 650 membres du 56ème Parlement depuis 1801. Le mode de scrutin est uninominal majoritaire à un tour, c’est à dire que dans chaque circonscription est élu le candidat qui arrive en tête.

Lors des dernières élections générales de 2010, le Parti Conservateur (Tories) de David Cameron avait obtenu le plus de sièges sans atteindre la majorité absolue (Parlement minoritaire ou Hung Parliament) ce qui l’avait contraint à former une alliance avec le parti centriste des Liberal Democrats (Lib Dem) de Nick Clegg. Tous les sondages récents indiquent qu’on s’achemine à nouveau aujourd’hui vers la nécessité de former une coalition de gouvernement autour de l’un ou l’autre des deux grands partis traditionnels : les Conservateurs avec David Cameron, ou les Travaillistes avec Ed Miliband.

Selon le dernier sondage Opinion/Observer, les travaillistes sont actuellement en tête avec 35 % des voix, suivis de près par les Conservateurs avec 33 %. L’UKIP recueille 14 % des voix tandis que les Lib Dem et les Verts sont au coude à coude avec 8 et 6 % respectivement. Le parti nationaliste écossais, qui ne présente des candidats qu’en Ecosse, obtient 4 %. Toutefois, lorsqu’on teste la popularité des chefs de partis, David Cameron domine (41 % de bonnes opinions) et la seconde place revient à Nigel Farage de l’UKIP (27 %) qui a même eu la première place pendant plusieurs semaines. Ed Miliband arrive troisième avec 23 % de bonnes opinions. De ce fait, les commentateurs s’accordent à dire que l’issue de ces élections générales est plus ouverte que jamais.

Depuis les élections générales de 2010, la situation politique a évolué selon deux axes : celui du populisme d’extrême-droite de l’UKIP et celui du nationalisme écossais du Scottish National Party (SNP) :

– Comme le FN, l’UKIP (United Kingdom Independence Party) jouit depuis plusieurs élections d’une percée dans les sondages comme dans les votes et a réalisé le meilleur score britannique lors des européennes de mai 2014 (27 % des voix). Comme on l’a vu plus haut, la popularité de son chef Nigel Farage est la deuxième meilleure après David Cameron, et plus de 90 % de ses électeurs aux Européennes de mai 2014 se disent prêts à revoter pour lui. Cependant, en dépit de ses 14 % d’intentions de vote (17 % selon certains instituts de sondages), l’UKIP pourrait avoir du mal à transformer ses voix en sièges en raison de l’éparpillement de ses électeurs dans tout le Royaume-Uni. Il lui sera difficile d’arriver en tête dans de nombreuses circonscriptions. Les projections en sièges lui attribuent environ 6 sièges au total.

– L’indépendance de l’Ecosse a été rejetée par referendum en septembre 2014, mais le SNP qui soutenait ce projet continue de bénéficier d’une plus grande visibilité en Ecosse. Idéologiquement proche des travaillistes (Labour Party) et plutôt pro-européen, le SNP est pourtant en train de siphonner de nombreux votes travaillistes car les électeurs ont du mal à pardonner le front formé par les Tories, le Labour, et les Lib Dem contre l’indépendance. Du fait de la concentration de ses candidats en Ecosse, chacune de ses voix obtenues se transformera d’autant plus facilement en sièges. On parle de plus de 30 sièges qui passeraient ainsi du Labour au SNP. Aussi, malgré un modeste résultat en voix au niveau du Royaume (environ 4 %) qui le placerait derrière l’UKIP, les Lib Dem et les Verts, certains commentateurs pensent que le SNP pourrait les devancer largement en terme de sièges, et en obtenir une bonne cinquantaine.

En conséquence, une configuration très plausible de ces élections générales serait de voir les Conservateurs arriver en tête du scrutin et former une coalition (probablement complexe à gérer à terme) avec le SNP, ne laissant à l’UKIP qu’une faible part en nombre de sièges au Parlement.

On voit que le mode de scrutin majoritaire en vigueur (ainsi que la répartition des votes sur le territoire du Royaume-Uni) crée une nette distorsion entre les voix obtenues et les sièges finalement acquis. Comme en France, il est régulièrement mis en cause comme étant anti-démocratique. De plus en plus de commentateurs se demandent si le système électoral britannique pourra survivre aux résultats de mai 2015, et de nombreux partis, notamment les Lib Dem, les Verts et l’UKIP, militent en faveur de l’introduction d’une dose plus ou moins importante de proportionnelle. Indépendamment des sympathies ou antipathies que l’on peut ressentir vis-à-vis de tel ou tel parti, on observe toutefois que si la proportionnelle permet d’assurer une meilleure représentativité du corps électoral, elle a aussi de nombreux inconvénients. En particulier, elle tend à favoriser mécaniquement la multiplication des partis politiques, ce qui rend difficile, voire impossible, la formation d’une majorité stable dans les Parlements et la constitution d’équipes gouvernementales cohérentes.

(*) Il existe un autre parti populiste nationaliste au Royaume-Uni, le British National Party (BNP). Il se situe encore plus à droite que l’UKIP mais son impact électoral est très faible.


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5 réactions à cet article    


  • Cyrus (TRoll de DRame) cyrus 5 mai 2015 15:08

    @nathalie MP ,

    bien documentée , clair et précis , mais tout cela pour en venir au déséquilibre proportionnelle/scrutin majoritaire ? soit j’ ai loupé un truc soit ta conclusion est plutôt succinte.
    les petit parti une « peste » empechant des gouvernement de gouverner ? mais n’ est ce pas justement le signe d’ une réelle oppposition cherchant des solution nouvelles pour sortir des dificulté la ou les plus gros parti se retrouve « noyauté » par des faction(de toute tendance) cherchant a préserver leur intérêts ? ces faction s’ oppose a la république ( rex publica) meme si le procesus est « democratique » ne serais pas justement la disproportion entre financement des parti qu’ il faudrait revoir ? beaucoup de citoyen cherche des idée nouvelles de gestion de la société , mais la pluspart faute « d’ alliance » financière ne peuvent même pas se présenter au premier tour , cei explique peut etre la monter du parti fn (mlp) ainsi que la scission actuel avec le fn canal historique.


    • Nathalie MP Nathalie MP 6 mai 2015 07:44

      @cyrus
      Je parle du mode de scrutin car il fait partie des thèmes de débat de ces élections au UK. En effet on y voit 2 « petits » partis qui vont avoir des résultats bien différents :

      - l’UKIP, premier lors des Européennes avec 27 % des voix (à la proportionnelle) se retrouvera ici avec peu de sièges en dépit d’intention de vote importantes (mais en baisse au fil du temps : 17 % en février et 13 % maintenant) du fait du mode de scrutin majoritaire à 1 tour renforcé par l’éparpillement des électeurs dans tout le royaume,
      -Tandis que le SNP, crédité de 4 % des voix, va rafler la mise du fait du scrutin majoritaire à 1 tour et la concentration de ses électeurs dans un nombre limité de circonscriptions.

      La proportionnelle permet à des petits porteurs de nouvelles idées partis d’exister : oui et non, car ça finit toujours en une pléthore de partis qui brouillent complètement l’offre et de toute façon, pour former ensuite un gouvernement, il faut faire des alliances, et là, l’électeur n’est plus du tout dans la boucle. Je préfère notre mode à 2 tours. 

      Les dernières infos des élections au UK : incertitude :

    • La Dame du Lac La Dame du Lac 5 mai 2015 18:08

      Farage ne gagnera malheureusement pas, il n’est crédité par les sondeurs que de 17% d’intentions de vote pour les élections générales qui auront lieu dans 2 jours. C’est pourtant lui qui gagne de loin tous les débats télévisés face à Cameron et Miliband. UKIP gagné ses premiers députés à la Chambre des Communes lors des élections partielles en novembre dernier, et surtout, Nigel Farage commenci à marquer des points dans tous les relais d’opinion. C’est ça le plus important, ce mouvement n’en finit pas d’agrandir ses rangs.
      .
      Bien que doté d’un nombre modeste d’adhérents (39.000 contre 190.000 pour le Labour et 134.000 pour le parti conservateur), le parti populiste et anti-UE de Nigel Farage a le vent en poupe sur tous les réseaux sociaux. UKIP est deuxième sur Facebook, avec 276.000 likes, soit presque autant que le parti conservateur qui est numéro 1. Sur Twitter, UKIP dispose de 69.000 followers
      .
       Moi je dis « Vive Farage » !Il est le seul qui comprenne les véritables problèmes du petit peuple Anglais en basant sa campagne sur l’immigration massivement rejetée.


      • Nathalie MP Nathalie MP 6 mai 2015 07:50

        @La Dame du Lac
        l’UKIP, c’est essentiellement Farage, mais j’imagine que vous n’êtes quand même pas dupe des nombres de followers etc... qui ne représentent absolument pas le corps électoral britannique.




      • Nathalie MP Nathalie MP 9 mai 2015 11:52

        Mise à jour du 8 mai 2015 : CHIFFRES DEFINITIFS Les élections ont eu lieu et les résultats sont très clairs. Y aurait-il eu un « shy tory vote » comme en 1992 pour John Major ? Faisant mentir les sondages, les électeurs ont validé les bons résultats économiques du gouvernement sortant : les conservateurs de David Cameron remportent la majorité absolue avec 331 sièges sur 650 tandis que les travaillistes sont les grands perdants avec seulement 232 sièges. Le SNP réalise sa grande percée en Ecosse avec 56 sièges, les Lib Dem deviennent anecdotiques (8 sièges) et l’UKIP est dans l’épaisseur du trait (1 siège). A noter : Miliband, Clegg et Farage, leaders battus, ont tous démissionné de la présidence de leur parti. 

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