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Sale temps pour la Flibuste !

Tout pirate n'est pas Johnny Depp dans le rôle de Jack Sparrow. Un beau gosse turbulent mais pas vraiment méchant. Même si, parfois, parce que son métier l'y oblige il lui arrive de manquer de délicatesse.
Pas plus qu'un Jack Rackam dit Le Rouge. Le vrai, pas celui de "La Licorne".
Une terreur des Caraïbes, tellement entiché de la piratesse Ann Bonny qu'il se ruinera pour elle, lui abandonnera le commandement de son navire, et finira au bout d'une corde. Accusé de lâcheté par sa douce et tendre qui, elle, échappera à la potence parce qu'elle est en cloque.
Avant de mettre le grappin sur un gouverneur. Sacrée garce !

Toutes ces aventures, c'est très chouette. Au cinoche. Ou dans les livres.
Mais au XXI ème siècle, la piraterie n'est plus affaire de gentlemen de fortune, de chevaliers des mers, d'amazones flamboyantes ou de nobles justiciers masqués.
Elle n'est qu'une activité mafieuse, organisée, hiérarchisée et managée d'une main de fer par des "parrains".
Une activité sanglante, violente et criminelle où la vie humaine ne pèse pas lourd.
Et surtout une activité extrêmement lucrative. Même si, comme en Somalie, elle s'enrobe des oripeaux de la revanche afin de mieux envelopper de ses sornettes les naïfs occidentaux toujours en quête d'une repentance.

D'abord l'histoire

La piraterie autour de la corne de l'Afrique a toujours existé. Même au temps de l'empire britannique. La Royal Navy ne pouvait être partout. Mais il s'agissait de raids diurnes, contre des bateaux de pêche locaux, ou d'imprudents caboteurs passant trop près du rivage, parfois des expéditions punitives d'un village côtier contre un autre.

Les puissants moteurs hors bord, les GPS et téléphones satellite on changé leur façon de naviguer. Et les armes automatiques, parfois les lance-rockets, ont modifié leur manière de combattre.
Désormais, on s'aventure plus loin, de nuit, on frappe vite et fort façon commando, et l'impression d'impunité encourage toutes les audaces. La réussite attisant la cupidité.
"Pauvres pêcheurs ruinés par les navires usines, contraints de pirater pour nourrir leurs familles ?" Il y a 20 ans au moins que ce schéma est obsolète, s'il a jamais été pertinent !

Localement, on trouve des chefs de guerre d'une rare cruauté, pour qui la piraterie est un instrument de domination et un moyen de s'enrichir comme un autre.
Ces damnés de la terre dans l'iconographie bobo sont des capitalistes avides de gains rapides et faciles. Comme les traders. Simplement le champ de leurs méfaits n'est pas une salle des marchés mais le miroir scintillant de l'océan.
Ils envoient au casse-pipes leurs "frères" impécunieux, ne leur laissant que les miettes du butin lorsqu'ils rapportent quelques brimborions de leurs expéditions hasardeuses.

Au dessus de ces mafieux somaliens, il y a les organisateurs. Les vrais patrons qui mènent la danse.. Bien planqués à Aden ou à Port Soudan. Dans de confortables bureaux à air conditionné. Sous l'aspect respectable de conseillers commerciaux, de transitaires en douane, voire de petits armateurs.
Ces gens là ont accès aux informations cruciales concernant les trajets des navires, leur cargaison, leurs points faibles pour les prendre à l'abordage et savoir s'ils ne sont pas accompagnés. En flottille ou avec quelque destroyer.
La capture de gros navires genre super pétrolier à plusieurs centaines de milles au large, au beau milieu de l'océan Indien n'est pas le fait de "pauvres pêcheurs sans poissons" tombant dessus par hasard !

Ces données capitales sont communiquées aux chefs de guerre, moyennant la part du lion sur les prises à venir. Parfois, c'est moins brutal. On fait savoir aux assurances "qu'on pourrait le faire" mais que s'ils savent se montrer "compréhensifs", on laissera passer. Pour cette fois. En attendant la prochaine... Un climat diffus de crainte permanente favorable à tous les racketts.

Ensuite la géographie

Limiter la piraterie au Puntland et eaux limitrophes est très réducteur.
Au Sud, certains descendent jusqu'aux Seychelles, voire aux Comores. Comme au temps de Sinbad le marin. Régulièrement, ceux qui s'y font prendre y sont condamnés à de lourdes peines.
Au Nord et à l'Ouest, comme au bon vieux temps de Kessel et De Monfreid, ils écument le golfe d'Aden et remontent un peu le Sud de la mer rouge.

Aidés parfois par des descendants des pirates Zaranigs qui ont troqué leurs zarouks contre des Go Fast. Opérant depuis les îles Al Hanish, des volcans envahis par la mer, où Kessel a placé un des épisodes des aventures de Mordhom dans "Fortune carrée" et où j'ai jeté mon ancre dans le temps...

Sur ce trajet, passent 15 à 20.000 navires par an. Aux deux extrémités stratégiques, le Bab El Mandeb est un goulot d'étranglement idéal, et l'île de Socotra un poste d'observation parfait.
Un super tanker aux normes Suez vaut 150 millions de dollars, et sa cargaison de brut au moins 250. Total US $ 400 millions. Donner 1% pour passer n'écorne qu'à peine les bénéfices des armateurs. Même pas un péage autoroutier en comparaison.

Après, dans l'ordre décroissant du fric facile, il y a les porte-containers, puis les grands navires de pêche (les seuls qui devraient être "punis" dans la logique des "pauvres pêcheurs qui n'ont plus de poissons") et enfin les voiliers.

Contrairement à une légende tenace, les "yachties" ne sont pas tous millionnaires.

Au contraire, le plus souvent, ce sont des gitans de la mer. Leur bateau d'occase est le seul bien qu'ils possèdent. Ils sont plus pauvres que les chefs de guerre qui les prennent en otage et les rançonnent. Les chefs de guerre ont des dizaines de Land Rover neuves, des "cigarettes" ces bateaux ultra rapides à un million de dollars pièce qu'affectionnent aussi les narco-trafiquants colombiens, et des hélicos...

Le golfe d’Aden par où transite la moitié des hydrocarbures du monde est devenu plus dangereux que le détroit de Malacca, le golfe de Guinée, le golfe du Bengale et la mer des Caraïbes. Du fait de la hausse délirante des primes d'assurances, les armateurs ont commencé à redécouvrir l'ancienne route par Cape Town.
50 % de trajet en plus, mais au bout du compte c'est moins cher. Une option valable du moins tant que les navires n'avaient pas le droit de se défendre. Mais la situation est en train de changer. Enfin, la géopolitique Une mythologie s'est créée autour de ces pirates. Les Occidentaux croient avoir tant de choses à se faire pardonner qu'en plus des couleuvres, ils sont prêts à avaler le grand serpent de mer. La réalité est plus prosaïque. Et bien plus consternante.

L'état somalien n'existe plus. Il n'y a plus de gouvernement sinon sur le papier.
Il n'y a plus d'administrations ni de services publics. Pas davantage de police ou d'armée, qui sont autant de mercenaires se louant au plus offrant.
Les ports sont aux mains des pirates qui les gèrent comme la Jamaïque au XVII ème.
Ils ont également trouvé des complicités au Yémen, un pays en état de décomposition moins avancée, dans les ports de la "Tihama", la plaine littorale aride qui marque la péninsule arabique au Sud.

La Somalie s'est délitée en 2 états, puis 3, puis 4... Puis en de multiples chefferies indépendantes de tout pouvoir central et souvent antagonistes les unes envers les autres.
Et il n'existe entre ces principautés aucune solidarité réelle. Au mieux, la misère du voisin les indiffère. Au pire, il est une proie facile.
Ils sont parfois bien plus brutaux et sanguinaires envers leurs "frères" qu'envers les étrangers dont la valeur marchande leur parait, à juste titre, supérieure. Donc à préserver. Si possible.

Peut-on encore parler de pauvreté ?

En 2008, les rançons et les reventes de bateaux ont rapporté 30 millions de dollars au Puntland (qui n'est qu'un des acteurs mafieux) soit deux fois le budget de l’État autonome. C'est aussi, me croirez-vous, le montant de l’aide généreusement octroyée à cet état croupion par nos distingués eurocrates de Bruxelles ! Avec l'argent qu'ils prennent dans nos poches, les truands européistes financent ces bandits exotiques !

Et comme en bourse, il y a aussi des bonus ! En avril 2009, pour libérer le cargo ukrainien "Faina" qui transportait des chars, mouillé au vu et au su de tout le monde à Obbia, presque dans le Sud du pays, les pirates ont empoché 20 millions de dollars. Et 30 millions pour le pétrolier saoudien "Sirius" plein à ras bord !
A croire que la lâcheté de l'Occident terrifié par les bavures en cas d'intervention musclée a contaminé les Russes et les Arabes !

Mais le pire n'est jamais sûr. Le 12 décembre 2008, l’ONU avec l'aval du très théorique gouvernement somalien a permis aux marines de guerre d'exercer un droit de suite à l’intérieur des eaux somaliennes et d'y faire usage de leurs armes.
Les Chinois, les Russes, les Indiens mais aussi les Français s'y sont mis. Douze unités constituant une armada internationale associée à l’opération Atalante, dirigée depuis Djibouti par l’U.E et les USA. Mollement. Mais il faut bien un début.

Car ces interventions sont surtout préventives et dissuasives. Après une attaque, navires, avions et hélicoptères hésitent à tirer. Au large de peur de couler le bateau et les otages. Et au mouillage, par crainte de dommages collatéraux envers les populations. Même si, dit-on, la France et la Chine sont les pays les plus prompts à s'exonérer de ce genre de scrupules.

La suite prévisible ? Des armées privées au service des armateurs. Des commandos punitifs opèrent déjà depuis les Seychelles et le Kenya. Et des gardes armés montent à bord des cargos. Corsaires contre flibustiers. L'histoire repasse les plats en rotant. 

par Christian Navis (son site) vendredi 12 août 2011 - 18 réactions
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  • Par gaijin (xxx.xxx.xxx.33) 12 août 2011 09:05

    " L’histoire repasse les plats en rotant. "
    bien vu !
    l’histoire se répète ad nauseam
    les grandes compagnies vont s’armer pour se protéger
    les états nations géographiques ruinés par la mondialisation disparaissent ......
    l’histoire du futur pourrait bien être celles de pouvoirs armés basés non plus sur des territoires mais sur des monopoles économiques ......
    BEURK

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