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Accueil du site > Tribune Libre > Salles de shoot : le vrai permis de tuer, c’est le statu (...)

Salles de shoot : le vrai permis de tuer, c’est le statu quo

À deux pas de la Gare du Nord, longeant l’hôpital Lariboisière, se trouve la rue Ambroise Paré. Flanquée d’immeubles sans charme, d’une épicerie et d’un café, elle renferme aussi une bouche de parking souterrain et une Sanisette, module gris où le piéton peut venir se soulager à sa guise. En théorie. Dans ce petit coin du Xe, ces toilettes publiques ont depuis longtemps été délaissées par les badauds pour faire place à une autre catégorie de population : les accros à l’héroïne. Des milliers de seringues y sont retrouvées chaque année.

À quelques encablures de là, boulevard de la Chapelle, une salle de consommation de drogue à moindre risque devait ouvrir dans les prochaines semaines. L’objectif de cette infrastructure, plus connue sous le nom vaguement péjoratif de "salle de shoot" — ce qui dit assez le poids de ses opposants dans le débat — est de réduire les risques d’infections ou d’overdoses liés à la consommation de drogues dans des conditions précaires, mais aussi de limiter les nuisances pour le voisinage.

Problème, le Conseil d’État vient de rendre sa décision, et elle n’est pas pour faciliter les choses. Ce dernier a en effet estimé qu’il convenait de modifier la loi de 1970 interdisant l’usage de stupéfiants, quand le gouvernement aurait préféré se contenter d’y greffer un décret. Modifier une loi, c’est long. Ou comment renvoyer aux calendes grecques l’ouverture des "fixpunkt", comme on les appelle en Allemagne.

En Allemagne, justement, on ne se pose pas toutes ces questions, et on a du mal à comprendre ce qui agite tant la France sur ce sujet. Les salles de shoot existent depuis 2000 outre-Rhin, on en recense aujourd’hui 26, sans qu’aucun incident ne soit jamais survenu. Pour nos voisins allemands, l’équation est simple. Elle se pose comme suit : vaut-il mieux concentrer les usagers en un seul et même endroit officiel et sécurisé, ou les laisser s’égailler aux quatre vents, avec le risque que ça représente pour le quidam ?

L’argument économique est lui aussi rapidement balayé. S’il est difficile d’évaluer les résultats obtenus par chaque salle, il suffit qu’une seule transmission de maladie(s) soit évitée par l’une d’elles pour en faire un endroit rentable, tant la prise en charge d’une personne atteinte du VIH ou de l’hépatite est lourde à porter pour la société.

Reste qu’en France, l’initiative est mal perçue par une large partie de l’opinion. Selon un sondage IFOP pour Valeurs actuelles, 55% des Français sont "très" ou "plutôt opposés" à l’ouverture de tels lieux. Au-delà de la crainte d’avoir à accueillir une salle de shoot dans son quartier, ce qu’on devine, en surimpression, c’est surtout la répulsion qu’il y a à financer des toxicomanes.

On peut le voir comme ça. Il y a incontestablement une façon d’appréhender les consommateurs de drogue comme les membres d’une engeance qui, après tout, n’a que ce qu’elle mérite, fut-ce de se planter une aiguille rouillée dans le bras. On peut aussi considérer qu’il s’agit quand même d’êtres humains. Leur aliénation ne fait pas d’eux des moins que rien, mais des gens malades, qu’il faut prendre en charge. En Allemagne, loin de n’être que des squats améliorés, les "fixpunkt" possèdent aussi une dimension sociale. Là, les "clients" peuvent utiliser le téléphone, recevoir du courrier, dormir, manger pour un euro, trouver un conseiller juridique, une écoute, être orientés vers un centre de désintoxication... premier pas sur le long chemin du sevrage.

Si en 1987 la France avait eu l’audace de prendre l’initiative de la sécurisation des seringues en autorisant leur vente, cela fait aujourd’hui 25 ans qu’aucune décision forte n’a été prise pour lutter contre l’enfer toxicomane.

Reste à savoir ce que l’on veut. Faire des rues de certains arrondissements parisiens d’immenses squats à ciel ouvert, ou circonscrire et tenter de juguler le phénomène. Une fois évacués tous les arguments pratiques (dangerosité, coût...), auxquels les salles de shoot s’attellent précisément à répondre, que reste-t-il ? La loi. L’insoutenable légèreté de la loi. La changer serait si simple. Cela prendra sûrement des années. Sauf à ce qu’une agence nationale dédiée soit créée et prenne le problème à bras le corps. Elle pourrait prendre la forme d’une Haute autorité de lutte, et permettre de survoler les écueils dans lesquels s’empêtre la multitude d’instances existantes, faute de gouvernance claire. Elle pourrait porter des initiatives et encourager les pouvoirs publics à les mettre en pratique, plutôt que de laisser pourrir les bonnes idées dans les arcanes d’une bureaucratie invraisemblable. Elle pourrait, oui. En attendant, on meurt toujours sur les trottoirs du boulevard la Chapelle. 


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23 réactions à cet article    


  • smilodon smilodon 25 octobre 2013 14:14

    Plutôt que des « salles de shoot » qui vont mettre dans la « peine » tous les « gens du coin », qui voudraient vivre en paix, légalisons l’euthanasie !... On sait tous qu’un « mec » de 40 balais encore « accro » à une drogue « dure », ne s’en sortira jamais !..... Comme un « mec » accro à la « marlboro », ne s’en sortira jamais non plus !..... Sont-ce les autres qui doivent payer ??!!.... Non !.... Ces gens, accros à n’importe quoi, désolé, mais ils sont « foutus » de toute façon !.... Ils sont seuls, ils sont malheureux, et ils font pitié !... Le pire, c’est que qu’ils n’y sont pour rien dans tout ça !..... Mais on ne les sauvera pas !... Pas même avec des « salles de shoot » !.... Si on voulait vraiment éviter tous ces « malheurs », le mec qui vend un « pétard » à un môme de 10 ans.......Si on le prend, on le fout en taule pour « 10 ans » !..... Si on veut « diriger » le cours d’une rivière, il faut agir sur sa source !..... Sans quoi, les salles de shoot, c’est un emplâtre sur une jambe de bois !...... On voudrait soigner les « poissons presque morts » dès qu’ils arrivent dans l’estuaire !.... C’est à la source que le problème se réglera !.... Pas en « aval » !... C’est trop tard !... Mais le veut-on réellement ??!!..... Le veut-on ???.... Adishatz.


    • Nicolas_M bibou1324 25 octobre 2013 14:26

       « un « mec » accro à la « marlboro », ne s’en sortira jamais non plus ! »


      Jeanne Calment s’est arrêté de fumer à l’âge de 117 ans. Elle a eu une vie très heureuse. D’autre part, « drogue dure » ne veut rien dire du tout.

      Ces gens ne sont pas « foutus », au contraire certains estiment avoir une vie plus heureuse en fumant un petit bédo de temps à autre ou en buvant un verre de rouge au comptoir. Et à mon avis, euthanasier les 98% de la population française qui a déjà touché à un joint, une clope ou à l’alcool, même si ça résoudrait effectivement pas mal de problèmes, ce n’est pas forcément la meilleure solution.

    • bourrico6 25 octobre 2013 14:30

      Et oui, chacun son pragmatisme.

      Pour certains, c’est la méthode des années 30.


    • La mouche du coche La mouche du coche 25 octobre 2013 17:28

      Article ultra-libéral manipulateur à souhait. On se souvient qu’une élue parisienne a été prise avec de la drogue dans son appart destinée à la revente. On comprend alors très vite l’energie que mettent les libertaires à promouvoir ces salles. il y a un maximum de pognon à se faire au dépend des paumés ramassés dans la rue. Suivez mon regard.


    • Rensk Rensk 25 octobre 2013 20:04

      @ La mouche du coche,

      On a contrôlé les chiottes des parlement d’Allemagne et plus tard les chiottes du parlement de l’UE, aucunes de ces toilettes n’étaient libre de cocaïne, des traces partout (homme/femme, rebord derrière porte où lavabos ouvert a tous) !!!

      PS : c’était la TV du gouvernement allemand qui a fait ces tests...


    • smilodon smilodon 25 octobre 2013 14:31

      A tous les gens qui ont des enfants, et qui pensent encore que vendre du « shitt » n’est pas « si grave », je souhaite de connaitre le bonheur de la « méthadone », petite boite rose et blanche de « comprimés », pour sortir son enfant d’une « 2ème marche » de cet « escalier » !.... Petit « joint » à 13 ou 14 ans, 1ère « marche » !... Mais il « monte » cet « escalier » !... Cocaïne, 2ème marche, héroïne, 3ème marche....Méthadone, 4ème marche......Et dernière, avec beaucoup de chance !... Peut-être !.....Je sais pas jusqu’où il monte cet « escalier ».... Mais je devine où il s’arrête !... Alors faites bien gaffe, amis parents !...... Faites bien gaffe à vos mômes !... Ceux qui les « pourrissent » ne risquent pas grand chose, au regard de ce que la vie de ce « petit être » vaut !.. Vaut pour vous, parents.. Et vaut simplement !..... Sachez qu’aucune loi ne protège vos enfants !... Les « lois » ne protègent que ceux qui empoisonnent !.... Les « victimes », sauf NOUS, parents, personne ne les protègent !..... Vous verrez !... Vous verrez bien, si vous avez un doute !.... Faites bien attention à vos mômes..... Personne ne les défendra, à part vous !... Alors défendez-les !... Après, c’est trop tard !...... Après c’est plus défendre.... C’est soigner qu’il faut !... Et c’est long !.... Si vous ne me croyez pas, vous verrez bien !..... Adishatz.


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 25 octobre 2013 14:47

        « Si en 1987 la France avait eu l’audace de prendre l’initiative de la sécurisation des seringues en autorisant leur vente ( libre ) » Donc, en somme, il y a 25 ans on a généré un problème à cause d’un outil qui n’aurait jamais du quitter la valise du médical, et aujourd’hui, dans l’impossibilité de juguler l’hémorragie, on cherche à en passer la vitesse supérieure. Souvent les deux produits, la seringue et la substance sont d’origine médicale... ??? Cherchez l’erreur !
        en Roumanie, une ong pour lutter contre le fléau de la drogue distribue 7OOO seringues par jour admirez le résultat : http://www.dailymotion.com/video/xuybpm_3-drogues-severes-sur-un-banc_news


        • Nicolas_M bibou1324 25 octobre 2013 15:19

          Perso, je préfère voir des shootés sur un banc que ces mêmes shootés, une seringue de sang contaminé à la main, braquant une pharmacie pour de la drogue. Votre vidéo présente une réussite de l’ONG que vous décriez. Personne ne force personne à se droguer. Autant que les drogués le soient dans des conditions d’hygiène acceptable.


          De toute façon, la prohibition, on sait ce que ça donne. Encore davantage de drogués.

        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 25 octobre 2013 18:05

          pas besoin de salles spéciales pour tuer : http://droguesdependances.wordpress.com/ " Les pires ravages attribués à la drogue ne passent pas l’action véreuse d’un dealer propriétaire d’un coin de rue, mais par celle d’un vénérable médecin lové dans son cabinet "


        • Xenozoid 25 octobre 2013 15:00

          drogue,moi je suis plutot contre,pourquoi ?et bien parceque cela abruti l ésprit,c’est clair,aussi moi je soutien toute introduction de drogue dans le system,cela s’apelle controle, ce que no sancetre faiseur de morale voyais n’etait que des vision(pas de preuves) avec la drogues nous controlerons les anges et les démons(mdr),la loi sera la seringue,la drogue le pouvoir,et le kick la flamboyance(les droitier et gauchers sont en guerre pour définire s’il faut pomper avant ou apres,tous irons légalement boire un coup au siecle, je suis contre les drogues pour une totale delegalisation et ne jamais en parlé, parole de friqué,quel drogues ?


          • Xenozoid 25 octobre 2013 15:22

            vous allez tous a la banques,espece de drogués


            • Xenozoid 25 octobre 2013 15:27

              une autre idee, imagine la bourse cést la salle de shoot, les acrros sont les cons du pouvoir,et toi tu ralle,la drogue


              • Xenozoid 25 octobre 2013 15:36

                je me rapelle,argument equivaux a trahison


                • Xenozoid 25 octobre 2013 15:45

                  C’est un choix de civilisation. 


                  Soit on est une société civilisée,

                  tttt tu es dans la salle de shoot


                  • Xenozoid 25 octobre 2013 15:46

                    i mean actias


                    • Xenozoid 25 octobre 2013 15:48

                      eh puis ce n’est pas un choix sit tou se résume a soit ou soit, cela ne laisse de place qu’a soit,ton choix


                      • Robert GIL ROBERT GIL 25 octobre 2013 17:39

                        Concernant la drogue, un des vrais problemes et non des moindres est que ce trafic fait également vivre de nombreuses personnes dans les quartiers populaires. L’argent de la drogue occulte l’absence de volonté politique pour résoudre les difficultés rencontrées dans les cités. Ce renoncement de l’Etat vis à vis de ces populations est éclipsé par l’apport de l’argent généré par le trafic de drogue ; si cet argent n’existait pas, de nombreux quartiers risqueraient de passer de l’explosion potentielle à une explosion réelle. La vérité est que l’Etat et les différents gouvernements n’ont aucun projet économique pour pallier à ce trafic. Sans l’argent de la drogue l’Etat devrait faire face à ses responsabilités. Mais il est plus facile de fermer les yeux, et faire du buzz, en organisant de temps à autre quelques interventions policières largement médiatisées. Malheureusement, ces opérations restent sans véritable suite et ne touchent pas au cœur du problème...

                        voir : SALLES DE SHOOT ET HYPOCRISIE


                        • La mouche du coche La mouche du coche 25 octobre 2013 19:54

                          "ce trafic fait également vivre de nombreuses personnes dans les quartiers populaires."

                          Et aussi et surtout de nombreuses personnes dans les quartiers aisés. Votre naiveté me fait rire. smiley


                        • Robert GIL ROBERT GIL 25 octobre 2013 20:11

                          ou je me suis mal exprimé, ou vous n’avez pas voulu comprendre ce que vous avez lu...c’est pas grave !


                        • La mouche du coche La mouche du coche 25 octobre 2013 20:43

                          On vous a très bien compris, ne craignez rien. smiley


                        • Robert GIL ROBERT GIL 26 octobre 2013 16:21

                          donc, votre premier commentaire ne servait a rien, juste a mettre votre lien.


                        • Rensk Rensk 25 octobre 2013 19:57

                          Assez rigolo de voir que vous prenez l’Allemagne comme exemple...

                          La Suisse est pionnière en Europe et elle a dû se battre a l’ONU contre la France qui est le pourvoyeur de l’héroïne pure pour nos salles de shoot...

                          Depuis, l’ONU (donc la France aussi vu que membre avec droit de véto) a revu l’affaire « Suisse » et ils conviennent que cela a non seulement aidé a éviter la propagation de maladies mais aussi permis a bien des gens de se réintégrer dans la société. La majorité (pas tous Ok) des « clients » (on aime le fric en Suisse et donc les clients...) ont déserté la seringue avant les 5 ans.

                          Me souvient aussi de la « m..de » qu’avait foutu la France quand on parlais méthadone a l’ONU... Cela allait contre ces bénéfices de dealeurs officiel (de l’ONU) face a la Suisse...

                          La France pour des merdouilles dites « politique »... y a pas mieux qu’eux de par le monde !


                          • eric 26 octobre 2013 10:55

                            C’est une opération de com mairie de Paris.

                            Les drogues dures sont étroitement corelees aux misères sociales et sociétales. C’est bien pourquoi il y a peu de drogues a Paris intra muros, et en fait pas tant que cela en banlieue.
                            Vu ce que rapporte le trafic, il n’est pas impossible que certains dealer aient accès a des logements parisiens. Vu ce que cela coute, le consommateur doit rarement pouvoir s’acheter un appart gare de l’Est. Tous cela aurait alors des aspects, on rapproche le consommateur du distributeur.

                            La première région de France pour les morts par overdose est la Lorraine. De mémoire, 4 fois plus qu’en région parisienne.
                            Quand il y a une demande forte, les gens se déplacent. On a pas besoin de mettre une salle de shoot en centre ville, prêt des habitants et des écoles, loin en général des domiciles des utilisateurs quand on vise l’efficacité plus que la visibilité.

                            Le jour ou on nous parlera d’ouvrir une salle de shoot en Lorraine, dans un coin abrite pour éviter les nuisances possibles au riverains, et ne pas donner aux gosses l’impression qu’après tout, tous cela est parfaitement normal puisque c’est organise par l’État la ou c’est le plus visible possible, on pourra reparler des avantages et inconvénients.

                            D’ici la, et tant qu’on ne donnera pas un Navigo gratuit Thionville Gare de l"est, on pourra s’interroger sur les motivations des promoteurs de ce projet.

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Diliri


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