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São Sebastião do Rio de Janeiro

Au début de cette année, une grande amie brésilienne, chercheuse et Lectrice de portugais à l’Université de Toulouse, m’a gentillement demandé de lui écrire une (brève) page sur la ville de Rio de Janeiro, ma ville natale. Une petite note introductoire pour son cours qui portait, visiblement, sur la ville carioca.

Je rends visite à moi-même dans la douce mémoire de mes textes, six mois plus tard.



" Ceci est une lettre d’amour. Une lettre à un grand amour.
 
Ce chant de sirène ou cette promenade idyllique dans mes sentiments les plus profonds est un voyage d’images, de personnes, de personnages, de races, de rythmes, de sons, de danses, de ciment, de lumière, de contraste. C’est un voyage à la façon d’une mosaïque, qui est quelque part un retour personnel à ma ville natale, à la ville de São Sebastião do Rio de Janeiro. Un retour nostalgique et pourtant conscient : un pas en arrière pour avancer toujours. C’est ainsi que l’on voyage, c’est aisni que l’on reste entre deux-lieux en grandissant. Un voyage dans la mémoire vivante de ma vie de transit. Un transit éternel, mais nécessaire : une route bouchée de souvenirs qui amène partout où l’on veut. Rio de Janeiro restera toujours dans mes mémoires les plus tendres et dans mes engagements les plus sérieux.
Berceau des grands artistes ou exile de grands génies, la ville de Rio de Janeiro est à la fois un grand retour à la scène de la vie coloniale portugaise dans les XVI, XVII et XVIIIè siècles, et la métonymie de ce que la culture brésilienne représente aujourd’hui avec la tradition noire des anciens esclaves venus de la côte ouest de l’Afrique, la tradition portugaise et les traces de la culture amériendienne des Tupinambás, Tupi-Guaranis et Tupiniquins.
Ce géant culturel qui constitue le brassage identitaire brésilien est non seulement dans la ville de Rio mais partout dans le territoire brésilien. De l’Oiapoque au Chuí, dans ces 8,6 millions de km2 de superficie et ces 180 millions d’habitants, le Brésil revendique ses racines, sa langue, son autonomie, mais il revendique surtout sa nature personnelle et inéluctable que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Dès les « autos » des jésuites de la Companhia de Jesus du XVIè jusqu’aux « rodas de sambas » du paysage culturel contemporain, ce que l’on constate dans le territoire du « bois de braise » est la complétude harmonieuse entre les divers contrastes qui vont du Nord au Sud et la patience (et le respect) d’écouter l’Autrui et de partager avec lui ce qu’il est essentiel chez soi. Les divers accents, le lexique, la musicalité des mots, les expressions culturelles régionales et les différentes visions religieuses retrouvent au sein de cette imense patrie une seule et unique expression identitaire : le fait d’être si différent et en même temps si pareil. Le fait d’être si catholique et en même temps si africain, le fait d’être si blanc et en même temps si indigène. Le fait, enfin, d’être si « brésilien ».
Rio de Janeiro résume en quelque sorte cette mentalité de la collectivité. Première « maison » de la samba, avec Bahia, cette ville représente la comunion entre deux contrastes musicaux brésiliens très prononcés : le samba du début du XXè siècle (et tout ce qui en résulte plus tard) avec Dongo, Pixinguinha et Cartola, et la bossa-nova dans les années 50 avec Tom Jobim, Vinícius de Moraes et João Gilberto. Ce brassage musical né à Rio de Janeiro contitue, entre autres, un des grands socles de la culture brésilienne actuelle. 
De plus, il ne faut pas oublier que cette ville fut la deuxième capitale du Brésil ( après Salvador da Bahia et avant Brasília) et le siège de la famille royale portugaise au XVIIIè et XIXè siècles. Avec Petrópolis, la ville de Rio de Janeiro reflète dans son architecture cette période coloniale qui fait partie de l’histoire de la formation du Brésil.
Du Jardin Botanique au Musée de la République, le Musée des Beaux Arts et le Théâtre Municipal au centre-ville, la ville carioca inspire la passion des différences. La passion naturelle, culturelle, historique, mais surtout la passion du genre humain. Rarement la tolérence, malgré la violence, le respect, malgré les differents idéaux et le sourire, malgré les injustices se font présents, ensemble, dans une circonférence géographique comme dans la ville de Rio de Janeiro. Cette démocratie existentielle malgré la misère économique, sociale et politique est à Rio l’exemple et la raison d’une certaine fierté et, par conséquent, d’une certaine nostalgie quelque part, au milieu du chemin... D’un chemin lointain.
Football, musique, favelas, Ecoles de Samba, Maracanã, Zeca Pagodinho, Fernanda Abreu, théâtres, cinémas, problèmes sociaux, trafic de drogues, 40° en été, les plages, la bourgeoisie, la pauvreté, les écoles publiques, la littérature ! , les « camélos », les cambriolages, les bus, le sable chaud, la bièrre fraîche, le barbecue, 18h à Ipanema, les « blocos » de carnaval de rue, la librairie Travessa, la librairie Argumento, les universités, les bistrôts, la Zona Sul, le subúrbio, le chien bourgeois, l’enfant de rue, le coucher du soleil, 6h à Ipanema, l’água de coco, le candomblé, le Mosteiro de São Bento, Cascadura, Méier, Tijuca, le train, la voiture sans clim’, l’hiver à 15°, le sourire du pauvre, le sourire du riche, la fenêtre de la voiture, la fenêtre du bus, le Réveillon à Copacabana, les feux d’artifice, le réveil matin, le café-au-lait, le pain au beurre, le quotidien, la fierté d’être Carioca, l’accent, le « s » chhhhh, les pleures, les rires, les fous rires, le soleil, la famille, Papa, Maman, les amis, mon chien, la banlieu, la vie... Ce Rio de contraste, ce Rio de paradoxes, ce Rio de poésie, ce Rio de pierre, d’histoire, de vie, de mer, des orixás, de Machado de Assis, de Vinícius de Moraes, de Chico Buarque, de Cartola, de Maria, de João... cette Merveille du Monde, cette chose, ce je ne sais quoi ! Cette ville de ma vie... Esta cidade que é minha, e que se chama Rio de Janeiro."

 
Par Márcia Marques-Rambourg
Université François-Rabelais, Tours
par //prodesse cum delectare // samedi 13 septembre 2008 - 9 réactions
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