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Sarkozy le paysan

Alors que le Salon de l’Agriculture vient de fermer ses portes, il est temps de rétablir une vérité mise à mal durant cette fête : contrairement à ce qui a été affirmé ici et là de manière erronée, Sarkozy est un vrai paysan, injustement brocardé pour des origines neuilléennes présumées bourgeoises. Démonstration...

 Il suffit de porter un regard objectif sur le sarkozysme pour constater qu’il porte une philosophie agricole née sans aucun doute de l’expérience de vendeur de fleurs du matamore élyséen évoquée en 2011 par la Première Nunuche de France dans un entretien à BBC World. Une expérience utile qui a permis à Nicolas de séduire Carla en l’éblouissant par l’étendue de ses connaissances latines :

— Est-ce que tu sais, Carla, comment on dit rose en latin ?... Rosa.

— Formidable, Chouchou !

— Et tulipe, hein ? Pas facile, ça, tulipe... Eh bien, c’est Tulipa. Et azalée... Azalea.

— Tu es absolument merveilleux, Chouchou ! Heureusement que tu as six cerveaux pour retenir tout ça.

 Mais revenons à nos veaux, vaches, cochons, couvées... Et si Sarkozy n’était pas né dans une maternité cossue de Neuilly-sur-Seine comme les socialistes ont tenté de le faire croire pour brouiller son image dans les petites boules de caviar Petrossian et les bulles de champagne Dom Pérignon, mais au milieu des vaches charollaises de Neuilly-en-Donjon (Nièvre) ou dans les grasses terres picardes de Neuilly-sous-Clermont (Oise) ? On comprendrait mieux sa passion pour les activités rurales et sa volonté de faire de notre pays une vaste exploitation agricole.

 Car Sarkozy est foncièrement un paysan, un bouseux convaincu, un cul-terreux dans l’âme. C’est la raison pour laquelle il a, ces dernières années, labouré avec un acharnement pagnolesque les terroirs français du nord au sud et d’ouest en est. De Taisnières-en-Thiérache à Mallefougasse, et de Ruscumunoc-en-Plouarzel à Niedermorschwir, on l’a vu, de l’automne 2006 au printemps 2007, multiplier les semis de promesses, et exhiber les plus beaux plants de sécurité, de pouvoir d’achat ou de pérennité de l’emploi qu’il s’engageait à mettre en terre et à faire prospérer durant son plan quinquennal.

 Dans le même temps, Sarkozy s’est attaché à élargir son cheptel. Pas toujours avec discernement. C’est ainsi qu’il a tenu à acquérir des chevaux dont le rendement s’est avéré peu satisfaisant, entre sa rétive jument Rachida, sa fantasque pouliche Rama et ses bourrins Brice et Frédo. Même le choix de sa chienne de garde Nadine, une femelle pitbull particulièrement agressive, s’est révélé peu judicieux tant elle a mordu à tort et à travers.

Curieusement, notre exploitant au discours si résolument moderniste a tenu à creuser ses sillons à l’ancienne. Pour cela, il s’est appuyé sur une paire de gros bœufs, Henri et Claude, qui n’ont cessé de tirer, l’un à hue et l’autre à dia. Pas vraiment la meilleure façon d’aller de l’avant. Les labours en ont d’ailleurs été fortement affectés.

 Naturellement affilié à la très productiviste FNSEA, Sarkozy se méfie comme de la peste d’une Confédération paysanne dont les dirigeants prétendent faire perdre à la France sa place de 3e pollueur du monde par les pesticides. Qu’à cela ne tienne, avec Sarkozy notre pays tient son rang. Il peut même s’enorgueillir d’avoir augmenté les surfaces d’épandage du lisier. Et pour peu que le mandat du chef de l’exploitation France soit renouvelé, les terres inondables pourraient, conformément à son souhait, devenir habitables et permettre à des agriculteurs suicidaires d’aller y bâtir leur maison et y installer leur bétail.

 Toujours par monts et par vaux pour superviser les cultures, Sarkozy a mis en place de nombreux changements sous la pression de ses amis de l’industrie et de la finance. Des changements le plus souvent malheureux en termes d’efficacité, et parfois carrément désastreux. Résultat : ses boulettes ne sont pas d’Avesnes, pas plus que ses bêtises de Cambrai, et leur goût est particulièrement amer. La conséquence : après cinq années de gestion sarkozyste, les vaches à lait se rebiffent, les cochons de payants renâclent, et les brebis refusent de se laisser tondre la laine sur le dos. Même les poulets, soumis à d’aberrants objectifs de productivité, se dressent sur leurs ergots.

Bref, tout va mal dans la grande ferme hexagonale. Et le chef d’exploitation, dont le contrat arrive à expiration dans deux mois, pourrait être définitivement remercié et envoyé à la casse avec son vieux tracteur rouillé. D’ores et déjà, et sans même qu’il lui soit besoin d’aller à Poil dans la Nièvre, le roi Sarkozy est nu, hormis ses gros sabots de 2007 qu’il a ressorti pour sauver sa place. En mai, au joli mois de mai, c’est bel et bien lui qui pourrait être le dindon de la farce.




par Fergus lundi 5 mars 2012 - 55 réactions
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