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Sarkozy : nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas...

Nous savons ce qu’il a fait, nous avons lu et entendu ce qu’il veut faire. Le soutien, le vote, le devoir de citoyen, ce n’est pas anodin.

En février, Thierry Pech, le « patron » de la République des idées, écrivait sur son blog (1) ceci :

« Imaginons à présent qu’un candidat à l’élection présidentielle promette de confier au chef de l’Etat certaines des fonctions du chef du gouvernement. Imaginons qu’en outre, il laisse entendre qu’il resterait volontiers à la tête du parti majoritaire une fois élu : chef de l’Etat donc, mais aussi un peu chef du gouvernement et peut-être bien chef de la majorité aussi. Imaginons que, par le passé, ce même candidat n’ait guère fait preuve de respect à l’égard du pouvoir judiciaire, qu’il n’ait manqué aucune occasion de formuler des doutes sur la compétence des juges, de fustiger leur irresponsabilité, voire de mettre en cause leur neutralité idéologique. Imaginons que, dans l’exercice de ses responsabilités passées, il ne se soit pas montré très soucieux de prévenir l’arbitraire dans les pratiques de l’administration dont il avait la charge. Que, par exemple, il ait couvert de son autorité une forme de loterie préfectorale des expulsions et des régularisations concernant des enfants scolarisés de sans-papiers, c’est-à-dire qu’il ait laissé s’installer l’inégalité des personnes devant la règle de droit. Imaginons qu’il ait de surcroît proposé et fait voter des lois qui contournent les principes fondamentaux du droit commun, par exemple en associant à des qualifications aussi floues que le « crime organisé » des procédures d’exception peu soucieuses des libertés individuelles. Imaginons enfin qu’il n’ait pas une idée suffisamment élevée de la liberté et de l’indépendance de la presse pour retenir ses attaques quand celle-ci a le malheur de lui être contraire...
Les intellectuels partisans d’une politique des droits ne pourraient probablement pas accorder leur onction à ce personnage sans craindre pour les principes au nom desquels ils se sont si souvent et si durement battus. Non, un tel ralliement serait tout simplement inimaginable. »

Et pourtant certains se sont ralliés. Depuis cela, ils ont dû accepter l’association de ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Depuis cela ils ont dû accepter la scandaleuse réécriture de l’Histoire de France et la franchement dégueulasse (je ne vois pas d’autre mot) et indigne attaque contre l’Allemagne, dont le seul but aura été de flatté la France profonde rance.
Depuis cela, on aura ils auront dû accepter l’idée selon laquelle il faudrait « liquider » 1968 !
Et Mme Simone Veil, par exemple, qui doit tant à 1968 et aux députés de gauche, après avoir dû accepter tout cela pour satisfaire son désir absolu de vengeance contre M. Bayrou, a accepté de monter à la tribune la plus démagogique de France pour faire huer les RMIstes. Quelle élégance ! et pas un, pas un de ces intellectuels n’a bougé son petit doigt. Pas un n’a dit « c’est peut-être un peu excessif comme stigmatisation ». Pas un.

M. Sarkozy a déclaré qu’un délinquant à 16 ans était définitivement foutu pour justifier le besoin de faire du « depistage de délinquance » dès 3 ans. Pas un n’a dit mot ! Pas un !

M. Sarkozy se pose en victime médiatique, tous le soutiennent.

Alors cela ce sont les intellectuels. Tout cela c’est leur engagement, leur peur, leur lâcheté, leur compromission.

Mais tout cela c’est aussi votre responsabilité, notre responsabilité de citoyen. Nous avons laissé dire de l’un ce que nous aurions refusé de tous les autres. Et nous savons. Nous savons qu’il a obtenu le limogeage d’un journaliste, nous savons qu’il a institué l’arbitraire face à la loi, nous savons qu’il a manqué à son devoir de loyauté vis-à-vis de son pays lors de son voyage aux Etats-Unis ; nous connaissons son communautarisme et son goût pour la religion, toutes les religions, même les plus sectaires. Nous avons lu le Canard enchaîné, nous le savons probablement coupable au moins d’une prise illégale d’intérêt, nous savons que la justice et la police ont été noyautées de bas en haut. Nous avons vu les nominations au CSA, nous connaissons les rapports entre M. Sarkozy et la presse. Nous savons tout cela.

Nous savons que c’est l’UMP qui offre ses images aux chaînes de télévision qui les acceptent. Nous savons cela. Nous avons constaté à l’écoute de ses meetings qu’il ne voit le monde que dans une éternelle opposition. Les coupables et les gentils. Nous savons qu’ainsi il s’autorise des usages réthoriques inacceptables dans un débat républicain lorsqu’il dit par exemple « moi, je suis du côté des honnête gens. ». Cette phrase qui est non seulement stupide en tout point mais qui sous-entend en plus que Mme Royal serait du côté des fraudeurs. M. Sarkozy nie le débat. Ce genre de réthorique nie le débat. Il l’a d’ailleurs refusé jusqu’au bout. Et ce dernier débat, il ne le fait que pour apparaître calme. Le fond n’a jamais eu d’importance. Son programme on le connaît depuis cinq ans. Son programme c’est la France qui se lève tôt et la France dont on fiche l’ADN ; son programme c’est le pouvoir. Et voilà qu’il est à deux doigts de l’obtenir.

Il est à deux jours de l’avoir parce que certains de ceux qui savent choisissent de s’en satisfaire par misogynie ou irresponsabilité politique (« je ne voterai jamais à gauche »). Il est à deux jours de l’avoir parce que ce que nous savons, la plupart des gens ne le savent pas. Parce que les journalistes n’ont plus fait leur travail, parce que les citoyens ne font plus leur devoir de reflexion et d’information, parce qu’ils acceptent la démagogie sans plus se poser de questions. Il est sur le point de l’obtenir parce que les « intellectuels » d’aujourd’hui vont à la soupe. Rien de plus.

Nous livrons la République à quelqu’un qui assume de dire « vive la République et, par dessus tout, vive la France ». Par dessus la République, la France. Par dessus tout, la France. Nous laissons cela se faire. Nous laissons faire face à l’aveu même du peu de cas qu’est fait par cet homme de nos valeurs fondamentales.

Personnellement je voterai pour Mme Royal. Je n’aime pas cette France qui réécrit son histoire comme les pires régimes. Je n’aime pas cette France qui parle de « droits de l’hommiste », je n’aime pas cette France qui méprise son avenir par un goût rance pour un passé idéalisé. Je n’aime pas cette France qui se replie. Je n’aime pas cette France égoïste. Va-t-on me demander de la quitter ?




par machinchose samedi 5 mai 2007 - 154 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par morice (---.---.---.226) 5 mai 2007 13:14
    morice

    Donner envie de voter Royal ? Fastoche : il fallait regarder le débat, voir une atitude et une allure de présidentiable, un maintien, un prestance, un vocabulaire et des gestes d’une personne qui se situe à mille lieues d’un bonimenteur de foire, d’un vendeur au parapluie en train de parler comme on parle à des ouvriers en les méprisant : « pendant que les deux autres là, bavassent, moi j’agis » (A Valenciennes, « bavasser », faut oser !). La phrase type résumant le personnage c’est « qu’est ce que ça doit être quand vous vous mettez en colère ». Le ton et le contenu utilisés sont ceux du café du commerce, de la raillerie ordinaire d’un gars aux goûts ordinaires (Il aime VRAIMENT(Johnny Hallyday comme chanteur !) ?. Des deux, lors de ce débat, il y en avait un qui parlait comme parle un président. Une présidente, en fait ; Et un autre, qui parlait comme parle un représentant de commerce : 3000 mots de vocabulaire, contre 9000 à Juppé qui n’a jamais plu au « peuple ». Jamais Mr Sarkozy n’aura eu une allure de président : ses oieillades, sa démarche même de boxeur sont dignes d’un phénomène de foire mais pas d’un président. Sur un autre blog, j’ai pu lire « Sarkozy sera la revanche des médiocres ». A l’entendre parler, à le voir bouger, j’en suis aujourd’hui persuadé. Il n’ya aucune différence entre lui et Cauet, par exemple : même veulerie, même populisme et même envie de s’intéresser qu’à eux-mêmes. Le Peuple de France à tout à perdre à se choisir quelqu’un qui ne pense avant tout qu’à lui-même. On est le cadet de ses soucis, à Mr Sarkozy. Le « rêve » dont il parlait ce n’est que le SIEN. On n’y figure même pas.

  • Par Mathias (---.---.---.115) 5 mai 2007 12:33
    Mathias

    Le journalisme n’existe pas, la télévision est le journalisme.

    La politique n’existe pas, Sarkozy est la politique.

    La réalité n’existe pas pas, l’image est la réalité.

    Les français de masse deviennent un sous produit intellectuel de la télévision de masse.

    La culture n’existe pas pour cela il faut se cultiver.

    1984 n’existe pas... ce sera peut être 2007.

    Mathias

  • Par Elisabeth (---.---.---.204) 5 mai 2007 13:54

    J’ai été écoeurée de ce que j’ai entendu et vu se passer le long de cette campagne. Je me croyais dans un pays éclairé et humaniste (quelle blague), le berceau des droits de l’homme, mais j’ai l’impression d’assister, totalement impuissante, à la regression de l’humanité et de l’échec du monde occidental. La France est sur le point d’abolir, d’un coup de baguette pas si magique, tout le progrès humain obtenu au travers de ces derniers siècles au prix du sang et de la sueur de tous ceux qui nous ont précédés. Tout comme les allemands, consentants et aveuglés, ont porté au pouvoir ce petit homme névrosé qu’était Adolf Hitler (curieusement aussi un immigré) il n’y a pas si longtemps que ça.

    Quel honte.

    Avides d’orgasme et de sensation, les français se sont apparemment laissés séduire par un M. Sarkozy qui se fait surtout l’amour à lui-même. Si en ce 21ème siècle vous n’êtes toujours pas capables de prendre en main votre propre destinée et que vous avez besoin de vous soumettre à une autorité « forte » qui décidera de tout à votre place, c’est que....la France est tombée et vous aurez eu ce que vous méritez.

    Je suis apolitique, je n’ai jamais voté de ma vie, et je suis étrangère. Mais si j’avais eu le privilège du droit de vote, rien n’aurait pu m’empêcher d’aller voter ce dimanche !

    A vous de voir si vous voulez baisser les bras.

  • Par spartacus (---.---.---.75) 5 mai 2007 15:46
    spartacus1

    Nimbus, vous parlez de 2, 3, 4 ans.

    Pour moi, je pense plutôt que se sera bien plus tôt. S’il applique vraiment ce qu’il dit, un vrai programme de la droite, au profit exclusif des puissances financières qui le soutienne nous allons tout droit vers une confrontation de grande ampleur dans la rue.

    Lui qui dit vouloir anéantir mai 68 a de fortes chances (si j’ose dire) de se trouver face à un mai 2008.

    Malheureusement, en cas de troubles majeurs (très probables si NS est élu) c’est toute la France qui va être perdante, y compris les industriels et financiers qui payent un NS pour représenter leurs intérêts exclusifs à la tête de l’état. Ce sera une régression d’au moins une vingtaine d’années. Mais, une majorité de français l’auront décidé, alors, ensuite, que l’on ne vienne pas se plaindre.

    Je voudrais prendre en exemple l’Allemagne, je sais que NS ne l’aime pas trop, mais c’est un bon exemple. L’Allemagne a le même euro fort que nous ; annuellement, le salarié allemand travaille moins d’heures que le salarié français et pourtant l’Allemagne a un taux de croissance vigoureux et un (vrai) taux de chômage en décrue rapide.

    Quelle est la différence ?

    Relativement simple : l’Allemagne a, depuis longtemps, une pratique de dialogue et de concertation entre employeurs et salariés. Pour les salariés, il n’est pas systématiquement nécessaire de recourir à la grève pour se faire entendre, et si, parfois, comme récemment dans la métallurgie, il y a une grève, s’est toujours très court, et ça débouche rapidement sur des résultats.

    Bref, exactement le contraire de la logique de confrontation systématique du patronat français (et, il faut bien le dire, des syndicats, mais reconnaissons qu’ils n’ont souvent pas le choix). Logique de confrontation qui nous est promise, dans toute son absurdité et son non-sens par un NS aux ordres du MEDEF.

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