Le problème, au cinéma, c'est que le seul film sur la vie d'Howard Hughes est un magistral navet. Mais comme il est signé Martin Scorcese, personne n'a osé le dire, sauf quelques téméraires, dont un, plutôt acerbe, que je vous ai retrouvé. Le film est en effet un festival d'occasions manquées : la prestation d'une actrice digne des starlettes des années cinquante, un Di Caprio devenu patriote bushien ou libertarian, un scénario digne d'une bluette faisant l'impasse complète sur l'aspect fondamentalement véreux du personnage, un délabrement physique expliqué seulement par la seule enfance ravagée par une mère trop possessive, un rapport à la drogue occulté et des maîtresses à répétition ou des prostituées invisibles. Le metteur en scène, les deux acteurs principaux et le scénariste sont à blâmer : ensemble, ils ont raté un sujet en or : celui capable d'expliquer à la fois le génie du personnage, sa folie évidente et le capitalisme forcené sur lequel il avait bâti toute sa vie. Hughes ne jurait que par l'argent et les profits, n'a jamais fait directement un chèque de sa vie mais payait par liasses de billets, et les hommes et les femmes lui importaient fort peu. Le film ne dénonce pas sa religion oppressante de la réussite matérielle, au contraire, il la glorifie : à la fin, le héros se retrouve enfermé dans sa folie, sans condamnation de ses actes. Faire de Hughes un simple irresponsable est une manière de le disculper. Paradoxe : ce film sorti d'Hollywood, qui n'avait pas accepté Howard Hughes, est un hommage direct au capitalisme effréné qui empit les salles avec des navets. Description du fiasco de 2004 ici-même....
En fait, la bonne analyse du phénomène Hughes et du mauvais film qu'on a fait Scorcese ce n'est pas moi qui vais la faire, car elle a été très bein faite (de façon radicale !) par Louis Proyect (de "marxmail.org" !) qui, parlant d'un Di Caprio, ayant toujours clamé son admiration pour Hughes, et Scorcese n'y va pas par quatre chemins (on a le droit à une analyse marxiste du sujet) : "non seulement ils tronquent la biographie de ce paradigme du capitalisme américain, laissant de côté les détails sordides de ses relations avec la CIA et de ses divers crimes d'entreprise tout au long des années 50, 60 et 70 ; ils ont également utilisé l'aérographe pour embellir sa vie antérieure au point de l'élèver à un mensonge complet". Il y a des vues politiques derrière, nous dit le critique en citant cette fois le scénariste : "par ailleurs, John Logan tourne Hughes en une sorte de héros libertaire selon la mode d'Ayn Rand".
Ce qui est en effet très bien vu et prémonitoire, car Ayn Rand ; était redevenue au même moment fortement à la mode, notamment chez un gars comme Andreas Breivilk, qui état aussi à se gaver de sites d'extrême droite. Caprio, qui s'est souvent affiché avec des libertaires, n'a absolument pas saisi cette dimension fascisante chez Hughes (on manque de culure politique est flagrant !). Pas plus d'ailleurs que Scorcese et son scénariste : "Malgré sa volonté d'exposer tous les tics personnels et les faiblesses de cette sous-espèce très étrange de la bourgeoisie américaine, il est évident que Logan et tous les autres associés à ce projet souhaitent que le public applaudisse Howard Hughes à la fin de ce film. Nous avons parcouru un très long chemin depuis l'époque de "Citizen Kane" écrit finement le critique. A signaler qu'au visionnage, un seul livre de référence vient à l'esprit : celui de Dullman, "Howard Hughes, histoire d'une fortune", sorti en France par Paul Louis Sulitzer. dans sa collection "Fortune" (le sixième du nom).
Dullman étant un pseudo de son équipe de nègres, sans doute, car inconnu aux USA, une équipe dénoncée en 1987 par Pierre Assouline, à l'évidence (le nom signifie "homme stupide" ou "crétin" !). De nombreuses scènes en sont des copies flagrantes (au millimètre !), dont le crash du X-11, ainsi que l'architecture du livre qui s'arrête... au décollage du Spruce Goose, lui aussi. Notre cher écrivaillon a-t-il négocié des droits pour le scénario ? À ma connaissance non. Mais à Hollywood, l'usage d'un ouvrage inconnu aux Etats-Unis à pu s'avérer intéressant, question des droits déposés dans le pays... Ce qu'il a surtout d'étonnant, c'est qu'en 2004 Sulitzer n'ait pas réagi... lui, habituellement si prompt à mener des procès.
Car c'est en effet indéniable : dans ce film, Hughes, qui se fichait de tous les autres que lui, est bien perçu comme sympathique, car perclus de problèmes de psychiques et non comme un patron tyrannique, une erreur qu'avaient fait d'autres avec un tout autre cas de chevalier d'industrie (qui n'était pas un tyran, lui !) : "Aprés tout, Scorsese semble déterminé à faire le même genre de film qu'une autre pointure italo-américaine de la direction de film a fait il y a un certain temps. Francis Ford Coppola 1998 avec "Tucker" un biopic de Preston Tucker, un constructeur automobile, dont les plans visionnaires pour une voiture avec des ceintures de sécurité et d'autres caractéristiques jamais vues à l'époque à Detroit, ont été attaqués par les ennemis réactionnaires scéclosés des affaires. À l'époque, le critique Roger Ebert avait écrit dit que vous n'obtenez rien dans ce film de ce que qui faisait réellement Tucker. Lui aussi, comme le Howard Hughes de Scorsese était vu de l'extérieur. Ebert a également déclaré qu'il était difficile d'éviter l'impression que Coppola se voyait dans Preston Tucker, qui a également été une sorte de génie contrarié par des mortels."
A voir le film on est fort tenté de dire la même chose : Scorcese est passé complètement à côté de qui était Hughes, comme Coppola à côté du phénomène Tucker. Hollywood et l'histoire, même récente, ça ne va pas bien ensemble (le cas du film d'Eastwwod sur Hoover étant un autre exemple patent). Il y avait beaucoup mieux à faire. Si vous aimez vraiment le cinéma, un livre hilarant tel que "Hollywood sur Nil" de Noël Howard (indispensable ouvrage !) a déjà dû vous l'apprendre, à conter la saga du tournage épique des films aux décors de carton-pâte dédiés aux Egyptiens de la grande époque, comme "La Terre des Pharaons" d'Howard Hawks (recruté on l'a vu par Hughes !). Hilarant, la face cachée du carton pâte de Hawks ou de Cecil B.DeMille l'empereur du genre. Un site l'a mleux résulmé que je ne pourrais le faire : "J’ai commencé ce livre il y a 5 jours, et l’ai terminé ce matin – Mais j’ai un souci. Une inquiétude. Réelle. Je ne sais pas du tout si ma critique sera à la hauteur de ces 259 pages de larmes… De rire. De folie. De surprises. D’envolées." J'ai fait exactement la même chose (en plus court !) lors de sa découverte ! La scène où l'assistant fait cier à 5000 figurants égysptiens (des soldats de Nasser) "j'encule la Warner" en anglais, pour les motiver, alors que la patron de cette même Warner vient juste de débarquer sans prévenir est un grand moment !
Scorcese s'est il pris lui aussi pour Hughes, comme Coppola pour Tucker, un Hughes qui lui aussi a subi à ses débuts les sarcasmes de ses confrères ? Caprio s'est-il pris lui aussi pour Hughes en croyant que ce dernier prônait la liberté (celle d'entreprendre, le credo du capitalisme US !) ? "Avec Howard Hughes, les parallèles sont encore plus évidents puisque sa carrière a commencé comme un cinéaste. Se référant à Hughes "Hell's Angels", un film sur la Première Guerre mondiale aviateurs, Scorsese a déclaré au Telegraph : "c'était un gars arrogant et il a résisté au système en termes de films indépendants." En d'autres termes, c'était un martyr et un prédécesseur." C'est clair : pour Scorcese, Hughes est donc bien un modèle à suivre ! ""The Aviator" commence avec la réalisation de ce film. C'est assez précis en termes d'ambitions démesurées montrant le jeune Howard Hughes pour faire le film ultime sur la guerre aérienne. Il est considéré comme l'ultime preneur de risques qui prouve le contraire à ses mauvais détracteurs, surtout Noah Dietrich (John C. Reilly), qu'il avait engagé pour diriger Hughes Tool.
Dietrich le prévient que les frais de montage pourrait causer la faillite de l'entreprise que son père avait fondée et qui était la source de sa richesse illimitée. Scorsese dépeint la première du film comme un triomphe du jeune courageux producteur / réalisateur. Ce que le film oublie réside dans le fait que « les Hells Angels" a en fait perdu 1,5 millions de dollars, une somme énorme en 1930." Un sérieux oubli, dans le film : même si on évoque l'argent dépensé durant la réalisation, rien sur le gouffre financier final ! "L'entrepreneur capitaliste"et sa réussite n'en étaient pas ! Il dilapidait à l'époque son héritage ! A à sortie de Hell's Angels, la société de Hughes est effectivement au bord de la faillite.
Cette façon de s'identifier de Caprio est symptomatique chez lui de son manque complet de recul : il ne fait qu'admirer benoîtement Hughes, comme il vient de le faire de façon tout aussi désastreuse dans Hoover de Clint Eastwood. En interview, il avouera facilement se penchant sinon cet atavisme : à la question "voyez-vous, par exemple, une quelconque similitude entre Hoover et Jay Gatsby ou Howard Hughes, que vous avez incarné dans The Aviator ?" Il répondra de façon candide : "ce sont des hommes uniques et très différents, mais qui ont en commun cette obsession implacable de la réussite et du succès. J'aime ce genre de personnage, car je suis moi-même quelqu'un d'ambitieux" assène-t-il avec aplomb. À quoi se réduit la compréhension d'un personnage ou plutôt son incompréhension totale : Di Caprio se révèle avoir un petit pois dans la tête, il était donc fort mal placé pour incarner un génie, fut-ce t-il aussi torturé (sans oublier sa taille : Hughes faisait 1,94 m (6' 4"), Caprio fait 1,80 m. Torturé mais lisse. Pas une seule scène de drogue, ce que même les critiques tombés en pamoison a avaient relevé : "le film ne montre jamais son addiction pour la drogue, ce qui paraît un peu étrange puisque la plupart des biopics prospèrent sur ce genre de choses - il n'est apparemment sorti de ce problème et il est mort en toxicomane" note Tent Film Critic. Un critique tellement enthousiaste qu'il s'en va lire dans la foulée tout ce qu'il peut trouver sur... Lindbergh, ce qui me semble extrêmement révélateur (il aurait pu citer Amelia Erhart bon sang !).
Non pas un ou plusieurs oublis un peu plus loin mais une façon inexacte de rapporter les choses : "Dans une scène pivot, Hughes est invité à la maison des "sang bleus" dans le Connecticut, celle des parents libéraux d'Hepburn. Lors d'un dîner là-bas, ils apparaissent aussi répugnants que la marionnette de Sean Penn dans le film "Team America." Parlant crû à Hughes, ils balancent slogan après slogan sur les pauvres opprimés. Avant de les quitter en colère, il leur dit qu'ils ne peuvent rien connaître de l'argent parce qu'ils sont nés dedans. Lui, à l'inverse, aurait apparemment travaillé pour chaque centime qu'il avait jamais empoché. En réalité, comme Howard Hughes était un héritier de la fortune de son père, cette confrontation ne sonne pas du tout vrai". On ne peut avoir vécu avec une cuillère dans la bouche, avoir viré des professionnels de ces studios et avoir usé et abusé de starlettes sans le sou pour tenter de faire croire que l'on se situe du côté du petit peuple ! La faute selon l'auteur au scénariste, jugé calamiteux : "Dans l'ensemble, le dialogue entre Hughes et de la famille Hepburn est une occasion perdue. Un scénariste plus doué aurait tiré un contraste plus nuancé, mais puisque le travail passé de Logan inclut "The Gladiator" et "Le Dernier Samouraï", de tels espoirs serait déplacés. Finalement, la romance entre les deux personnages ne nous emporte pas, parce que nous ne savons pas vraiment qui est Hughes. Logan a convenu de peindre une figure assez opaque, qui n'est seulement vivante et démonstrative que lorsqu"elle est derrière le manche d'un avion." La simplification abusive habituelle d'Hollywood, habitué à parler à des crétins comme spectateurs. Pitoyable cinéma !
C'est en effet oublier les graves travers de la vie de Hughes, et ses relations tumultueuses et tordues avec le monde politique, ajoute l'analyste :"C'est une construction absurde puisque la montée de Howard Hughes à devenir l'homme le plus riche du monde en 1966 a été marquée tout au long de sa vie par exactement le même genre de trafic d'influence. Il a été initié l'ultime qui prodiguait des contributions de campagne énormes à Richard Nixon en échange de faveurs pour ses diverses sociétés. Pas étonnant que les fabricants de "The Aviator" aient décidé de mettre fin à leur histoire dans les années 1940. La vérité sur sa carrière plus tard, c'est qu'Howard Hughes était devenu beaucoup trop gênant" (pour eux, laisse entendre l'auteur). Oublié aussi, ses liens avec la CIA : on voit à un moment des employés de la CIA le surveiller, en regardant dans ses poubelles, mais il n'y a rien sur ses contacts à lui avec la CIA. Or ils ont commencé tôt, bien avant la période des casinos dans les années 60 !
Autre point très bien analysé dans cette critique : le fait que l'idée du Spruce Goose ne provient pas de Hughes, mais bien d'Henry John Kaiser (ici en photo avec le président Roosevelt) : "Ce que le film ne parvient pas à établir, c'est que l'idée de l'Hercules (en laissant de côté sa viabilité ultime) venait du constructeur de navires Henry Kaiser, plutôt que de Hughes. En 1942, Kaiser a été consternés de voir que des centaines de navires étaient coulés dans l'Atlantique par les sous-marins allemands. Dans l'été de cette année, il est venu avec une solution. Une flotte de bateaux volants géants pourraient garantir le transport en sécurité des hommes et des matériels vers l'Europe. Longtemps avant que Hughes soit entré en scène, les journaux ont salué les perspectives d'hydravions de Kaiser. Le Philadelphia Inquirer parle de « cargos volants - Le navire du futur survolera l'océan, si la Nation accepte la proposition de Henry Kaiser ».
Lorsque Kaiser a approché Hughes, en août 1942 avec l'idée, il a découvert le jeune homme déjà fragile et épuisé. Hughes a dit à Kaiser, « Je suis très fatigué. Je n'ai pas pu dormir ... D'ailleurs, vous êtes fou." Après une paire de jours, Kaiser a réussi à amadouer Hughes à accepter sa proposition. Peut-être que Scorsese devrait faire un film sur la place de Henry J. Kaiser. La confiance de Kaiser dans Howard Hughes était déplacée. En 1942, Hughes Aircraft était certes un peu plus qu''une boutique pour amener un ou l'autre des chevaux de bataille de son président à maturité, mais elle n'était pas prête à faire face à la pression de types d'autres sociétés - en particulier pendant la guerre.
Elle employait seulement quelques centaines de personnes et était gérée par les copains de Howard Hughes. Neil S. McCarthy, qui était en charge de l'entreprise, était un avocat d'Hollywood, passionné de courses de chevaux, qui avait représenté Hughes dans ses relations passées dans l'industrie cinématographique. Il ne savait rien sur l'aviation. Il n'est pas étonnant que le Hercules ne vola deux ans après la guerre était finie, avec des hommes comme celui-ci comme responsable. Hughes lui-même était n'était pas venu souvent voir l'appareil, préférant passer son temps à Las Vegas avec des danseuses."
L'auteur a complètement raison sur ce point ; dans le film, il est bien montré que Hughes est l'inventeur du projet de super-hydravion, alors que c'est bien de Kaiser que venait l'idée et la demande. Un Kaiser plus introduit que Hughes auprès de Roosevelt, même si on possède une photo de Hughes serrant la main du président, mais c'est lors de la remise de son Collier Trophy pour son tour du monde. A noter que l'idée du cargo volant provenait aussi de la mode des hydravions géants qui avaient fait les couvertures de tous les magazines des années 30, Kaiser l'ayant récupérée pour en faire des cargos. L'exmplaire de septembre 1942 de Popular Mechanics montre en effet un hexamoteur assez proche de celui dessiné par Babberger, l'aérodynamicien d'Howard Hughes, décrit dans le détail dans le livre de Charles Barton ("Howard Hughes and his Flying Boat") .

Autre oubli flagrant : on montre un Hughes acharné à suivre de près les courbes gacieuses de ses appareils, mais on fait l'impasse sur ses penchants pour le design en général. Après ses deux hydravions Sykorsky S-38 et S-43, et son record de vitesse, Hughes s'était intéressé à un autre avion, plus grand, le Boeing SA307-B * (numéroté d'usine "1997"). mais qu'il regretta d'avoir acheté assez vite. "Mission accomplie, Hughes a jeté son dévolu sur le plus avancé Boeing 307 Stratoliner, qui accouplait les ailes et la queue d'un bombardier B-17 au fuselage du premier avion de ligne pressurisé du monde. Il était fait pour les longs parcours mais à longle temps que l'avion soit prêt pour une tentative de tour du monde, le monde avait été plongé dans la guerre". Hughes abandonna donc l'idée d'un record de plus, mais revint sur une idée de design : "à la fin des années 1940, Hughes avait embauché le designer industriel Raymond Loewy pour embellir les Stratoliners avec un intérieur luxueux, il avait proposé à bord un bar, une cuisine, une salle d'eau, des dortoirs, et d'autres commodités. " L'investissement fut lourd : 1/4 de million de dollars.
L'actrice Rita Hayworth l'avait aidé dans la conception de l'intérieur. Hughes avait fait couper trois fenêtres derrière le bar, pour qu'elle puisse regarder le "Penthouse Flying" voler. Le recours à Loewy, à l'époque, n'allait pas de soi. Hughes faisait dessiner beaucoup de choses qui l'entouraient : son bureau vendu aux enchères récemment est là pour le démontrer "Mais Hughes n'aimait toujours pas l'avion, alors il l'a vendu à pétrolier texan McCarthy Glenn, un riche ostentatoire, qui servira d'inspiration pour Rink Jett dans le roman Géant, d'Edna Ferber. McCarthy n'a jamais payé Hughes, et le Stratoliner devenu un "Penthouse volant » et n'avait volé qur 500 heures au moment où il a été gravement endommagé par l'ouragan Cleo à Fort Lauderdale, en 1964. Cinq ans après l'avion a été sauvé de la ferraille par des pilotes de Fort Lauderdale et l' agent immobilier Ken Londres,qui l'a acheté pour 69 $ et préservé la ajeure partie du fuselage y compris le cockpit en transformant en... péniche.
En 1981, Dave Drimmer lui a racheté, même si la provenance de Howard Hughes semblait douteuse. « Je voulais le bateau parce qu'il était génial et pas cher, et si c'était l'avion d'Howard Hughes, eh bien, ça aurait été drôlement cool !" a-t-il dit. En 1994, tout en rétablissant le cockpit, il a trouvé la plaque d'origine de Boeing et ses données. Drimmer loue maintenant le bateau pour des balades charter". L'histoire du palace volant devenu péniche (c'était bien le palace flottant de Hughes qu'avait trouvé Drimmer, immatriculé 1997), encore une histoire oubliée d'Aviator (le bureau indiqué est ci-dessous à droite).
Notre critique précisant fort justement juste après que les affaires suivantes s'étaient alméiorées : "Hughes Aircraft s'est finalement mué en une puissance véritable en fournissant la haute technologie des communications et de missiles à l'Air Force dans les années 1950. A l'époque, l'entreprise a été sous la direction de gens beaucoup plus qualifiés. Hughes avait évidemment appris de ses erreurs". Ce qui cloche le plus, c'est l'absence totale d'éléments sur les penchants politiques de Hughes. Si Scorcese et Di Capriio y avaient fait attention, ils se seraient aperçus de quel capitalisme sauvage et de quelle exploitation humaine (les starlettes étaient du bétail) se chauffait Howard Hughes : "Dans le début des années 1950, Hughes avait été impliqué dans l'industrie cinématographique une fois de plus. En tant que chef de la RKO, il tournait de purs navets, comme ses travaux antérieurs. Pourtant, malgré la qualité inférieure des films comme 1943 "The Outlaw", il semblerait à première vue être fortement partisan de la liberté artistique. Une scène clé dans "The Aviators" dépeint Hughes debout aux censeurs sur son droit de montrer un décolleté de Jane Russell dans ce film oubliable. Malheureusement, Hughes ne croyait pas que les gens de gauche devraient bénéficier des mêmes types de libertés. En 1951, tout comme la chasse aux sorcières a entraîné tout le monde, Hughes a attiré Paul Jarrico qui a été embauché pour écrire le scénario de "L'histoire de Las Vegas", un film RKO. Jarrico a été cité à comparaître par HUAC à témoigner sur la subversion communiste à Hollywood. Bill Gay, l'un des nombreux mormons embauché par Hughes pour s'occuper de ses affaires, a déclaré : "Il estimait que le communisme contre la libre entreprise était une question aussi importante à notre époque. C'était l'un des problèmes dans sa vie qu'il prenait le plus à cœur. " (Ceci est cité dans Barlett et Steele.)"

Et ce travers-là est allé très loin chez cet anticommuniste maladif (ici à gauche en photo avec deux membres de l'American Legion) : "Jarrico ne lui suffisant pas, Hughes s'est attaqué à Charlie Chaplin. En 1953, la RKO avait décidé qu'elle serait pour l'interdiction de "Limelight" après que l'HUAC et l'American Legion aient mis la pression sur les salles de cinéma. Dans le cas de la RKO, c'était comme essayer de briser une porte grande ouverte".
Hughes avait fait pire que McCarthy : là-dessus, pas un mot de Scorcese-DiCaprio. "Peu de temps après son triomphe à assurer une audience plus restreinte pour le premier film de Chaplin en 5 ans, Hughes et d'autres opposants aux "rouges" se sont ligués contre le "Sel de la Terre », un film sur les grévistes Nouveau-Mexique fait par Jarrico, Herbert J. Biberman et d'autres "blacklistés" . Dans une lettre au Représentant Donald Jackson, Hughes lui-même solidarisé avec l'interdiction du film et a suggéré une check-list pour le nettoyage des films subversifs à l'avenir :
-« [À] empêcher ce film d'être terminé et répartis sur tout le monde comme un produit représentant des États-Unis, alors que l'industrie doit faire ce qui suit... :
-« Soyez attentif à la situation.
-« Enquêter soigneusement sur chaque candidat pour l'utilisation de services ou d'équipement.
-« A Refuser d'aider Biberman et Jarrico dans la fabrication de cette image.
-"Soyez sur vos gardes contre le travail présentées par des sociétés fictives ou des tiers.
-« Appel au Congrès et au Département d'Etat à agir immédiatement pour empêcher l'exportation de ce film au Mexique ou ailleurs."

"Il est singulièrement décevant de constater que des gens comme Martin Scorsese servent à commémorer un tel ennemi de la liberté au nom de la liberté", conclut fort justement l'auteur Louis Proyect : on ne peut parler de défenseur de liberté ce partisan du pire capitalisme qui soit ; celui sans aucun garde-fou. Surtout si le patron est complètement givré ! En 1952, Chaplin, accusé de "communisme" devient interdit de séjour aux Etats-Unis : de lui-même, profondément écœuré d'être accusé "d'activités anti-américaines", il ira s'installer en Suisse et ne remettra les pieds dans le pays que 20 ans après, une fois son génie reconnu : il y recevra le triomphe qui lui était (largement) dû. Celui qui l'avait persécuté s'appelait... Edgar J.Hoover. Il décrira ainsi son départ forcé : "Après la fin de la dernière guerre mondiale, j'ai été l'objet de mensonges et de propagande par de puissants groupes réactionnaires qui, par leur influence et àvec l'aide de la presse à leur botte, ont créé un climat malsain dans lequel l'esprit libéral des individus pouvait être montré du doigt et persécuté. Dans ces conditions, j'ai trouvé qu'il était pratiquement impossible de continuer mon travail cinématographique, et j'ai donc quitté les États-Unis. " Parmi le groupe le plus violent, celui d'Howard Hughes. Le réalisateur aux multiples chef-d'œuvres absolus du cinéma, prié de s'expatrier par l'un des plus mauvais. Jusu'où vont se nicher les ravages de l'idéologie (**).
L'Express légende ainsi la photo de McCarthy en tête de ce chapitre : "la paranoïa à l'oeuvre, semble se dire, la tête dans une main, l'un des spectateurs de cette conférence du sénateur anticommuniste du Wisconsin. Il voit des rouges partout, les débusque et ruine leur réputation. La « chasse aux sorcières » commence par un discours à Wheeling, en Virginie-Occidentale, puis frappe un ambassadeur à l'ONU, un sinologue réputé, le général Marshall et 214 personnalités de Hollywood, dont Charlie Chaplin, qui quitte le pays. Perdu par ses excès, McCarthy mourra d'une cirrhose en 1957". McCarthy, Nixon et Hughes, c'était en fait la même folie.

Le "bon" film reste donc à faire sur la vie d'Howard Hughes. Le 12 févier 2011, on apprenait qu'un autre allait s'y lancer. "Christopher Nolan envisagerait de réaliser un biopic de Howard Hughes, une fois que The Dark Knight Rises serait terminé (le troisième volet du "nouveau Batman), affirment certains initiés de l'industrie cinématographique. Vulture affirme que le réalisateur vise à le faire en 2012 à partir d'une une adaptation de la vie de Hughes selon la biographie de Michael Drosnin Citizen Hughes : The Power, The Money And The Madness Nolan a commencé à l'origine le développement de son projet avant son travail sur les épisodes de Batman, mais il l' a abandonné pour faire place au drame de Martin Scorsese The Aviator 200 également basé sur la vie de l'entrepreneur excentrique. Des sources affirment que le film de Nolan aura un ton différent du gagnant aux Oscars, se concentrant plutôt sur les décennies excentriques de Hughes, plutôt ses tics et ses tocs qui lui ont pourri la vie. Nolan est dit être prêt, en espérant que les différences créatives, couplées à une proposition de date de sortie pour 2014 - une décennie après celle d'Aviator - permettra d'éviter toute confusion inutiles entre les deux films. On ne sait pas si des studios sont intéressés à donner un feu vert au projet." Inception a pour acteur principal... Leonardo Di Caprio. Espérons qu'il n'y réapparaisse pas.
Les sociétés d'Howard Hughes, dont celle qui avait tenté de faire la pellicule couleur. Au moment où je rédigeais cet article, le site Wired comparait leur sort à Kodak, en l'apellant le "Howard Hughes de la photographie". Longtemps au firmament, Kodak peut être avant tout retenu comme celui qui avait véritablement démocratisé la photographie, comme plus tard aussi Polaroid l'avait fait avec le développement instantané. Le capitalisme forcené à balayé tout ça : lorsque le premier appareil numérique, le Sony Mavica, sorti en août 1981, qui enregistrait sur une... disquette est sorti, je me souviens très bien du courrier des lecteurs dans Icônes : "ça ne remplacera jamais mon Nikon." Il est vrai qu'à une définition de seulement 570 x 490 pixels, ce n'était pas comparable (enfin ça a mis.... 20 ans). Mais on se doutait dans quel sens ça irait. La démocratisation du numérique a facilement balayé le critique. De son vivant, Howard Hughes aura au moins eu la chance de ne pas assister au démantèlement de son empire. L'auteur de l'article va plus loin, ne donnant pas beaucoup de chances d'existence au.. cinéma, sur lequel Hughes avait tant misé : "Oui. J'aime le cinéma, mais il est difficile de le voir comme étant plus que jamais un produit de niche. Cela nous rappelle la musique sur vinyle : c'est sûr, ça ne va pas disparaître, mais ce ne sera plus jamais plus d'une seule étroite colonne le sur tableur du comptable". Le capitalisme sauvage lamine tout, poussé par l'application de plus en plus rapide de découvertes industrielles, comme il a laminé la vie d'Howard Hughes, qui n'a toujours cherché qu'à vendre davantage et non pas à chercher seulement. "The Aviator : Unregulated Capitalism Glorified", est le titre plutôt bien choisi de cette excellente critique de ce film particulièrement raté. Et pour tout vous avouer, c'est lui qui m'a décidé à me lancer dans cette longue dénonciation des ravages du capitalisme, dont Howard Hughes n'est qu'un représentant : il n'acceptait aucun contrôle de l'Etat, voulait produire ce qui lui passait par la tête, et se fichait comme une guigne de ses employés. Son Spruce Goose aurait été aujourd'hui fabriqué en moins de trois mois en Chine par une armée d'enfants sous-payés.
(*) le 28 mars 2008, catastrophe : le dernier exemplaire volant, le Boeing 307 Stratoliner, N19903, le premier avion de ligne entièrement pressurisé, restauré pendant des années (de 1994 à 2001) plonge dans l'Elliot Bay près de Seattle, en raison d'une mauvaise lecture des jauges de kérosène. L'appareil sera sauvé et à nouveau restoré, le 13 juin 2003, mais il n'a plus volé depuis. Il avait débuté sa carrière chez Pan American Airlines le 22 mars 1940 à Brownsville, au Texas. En 1953 ; il était devenu l'avion personnel de Papa Doc" Duvalier. Howard Hughes avait acheté à TWA deux exemplaires de Stratoliners qui avaient été modifiés pour battre un record de tour du monde , sou le nom de SB-307B. L'arrivée de la guerre mettra fin au projet. Un film rare datant du 10 juillet 1939, donc avant son introduction à la Pan Am, montre Howard Hughes essayer le prototype à Seattle. L'appareil repêché est aujourd'hui au Steven F. Udvar-Hazy Center près du Washington Dulles International Airport. C'est le seul restant aujourd'hui.
(**) C'est à se demander en effet quand on retrouve ce texte infâme écrit par un Guy Debord jeune, alors membre de L'internationale Lettriste attaquant de façon incroyable Charlie Chaplin... à se demander si la jeunesse peut être une excuse, là...

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jeune retraité de l'Education Nationale (PEGC) et du privé très (très) actif.
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