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Sauver le capitalisme : s’en remettre à ses seins, plutôt qu’à Dieu (VII)

Radars, missiles, calculateurs, drones : aux alentours des années 60, le centre de recherches créé par Hughes s'est intéressé à beaucoup de choses. Son patron, lui, de plus en plus reclus, griffonnait toujours sur ses blocs jaunes, invariables en taille et en nombre de feuilles des projets, toujours plus de projets, de plus en plus... fous. Parmi ceux-ci, l'un d'entre eux retient aujourd'hui l'attention. Howard Hughes, qui a tâté des éléments radioactifs présents dans ses détecteurs miniers, ou lors de ses propositions de missiles, a été confronté à un problème particulier : celui de l'approche par l'être humain de composants actifs dangereux. Entre deux films, dont un consacré... à l'Air Force et à la Guerre Froide, il se met en tête de fabriquer... un robot, pour assumer les tâches difficiles citées. Devenant ainsi un pionnier de la robotique, ce que beaucoup ignorent encore aujourd'hui. Mais avant, il termine d'abord un film... qui lui aura pris huit ans, entre le premier tour de manivelle et le lancement commercial... Hughes est abonné aux films à la genèse douloureuse. Et aux navets, aussi.

Pour ce qui est des missiles, ce n'est pas lui en revanche qui a construit le premier engin nucléaire, mais Douglas, en liaison avec Thiokol, qui l'a proposé dès 1955, sous la forme d'un gros missile appelé MB-1 équipé d'une tête nucléaire de 1,25 kilotonnes : il aura fallu 10 ans pour réduire la taille de la bombe d'Hiroshima (ici en test à Los Alamos) à un cylindre de 44 cm de diamètre pour 2,95 m de long, proposé au départ pour être emporté par le F-89 Scorpion, le "gardien de l'Alaska", par où étaient censés arriver les bombardiers russes (dans un western, les méchants arrivent par le fond du défilé, chez les militaires US, le défilé ce situe au Nord du pays, obligatoirement). Les premiers tirs ont lieu en 1956, l'engin est alors appelé Genie et surnommé "Ding-Dong" par les pilotes (ce qui peut se traduire par grosse b....en argot *). Le tout premier a lieu lors de "l'Operation Plumbbob" le 19 juillet 1957 exactement, tiré par le capitaine Eric William Hutchison et son radariste Alfred C. Barbee à bord d'un F-89J volant au-dessus de Yucca Flats à 15 000 pieds (4 500 m) d'altitude. Au sol, le comité de réception attend sagement l'explosion, tout est prêt, le contrôleur radar également, les calculateurs aussi. Ce ne sera pas la seule à cette endroit, on le sait. L'hystérie nucléaire est alors à son comble aux USA depuis plusieurs années, pas un magazine qui ne parle d'attaque nucléaire ou de comment y survivre en construisant sous sa maison ou dans son jardin un abri.  Les écoles distribuant aux enfants des plaques de soldats, comme colifichets, contenant leur nom et leur groupe sanguin. L'hystérie dévore Hollywood avec une chasse aux sorcières ou s'illustre un jeune député qui s'appelle Richard Nixon et dont le zèle anticommuniste déployé aura tout pour plaire à Howard Hughes (on le voit ici examiner les films d'auteur à mettre à l'écart  !). Sur place, on en arrive à faire des films de propagande tels que "I Married a Communist", avec Robert Ryan et Laraine Day (La Raine Johnson, qui était née dans une famille de Mormons, chez qui elle restera fidèle). Elle avait signé en 1937 chez RKO, puis avait rejoint MGM.

Pendant ce temps, les starlettes de Hughes, (ou ici une prétendante à Miss Amérique) à la poitrine toujours aussi en pointe, étaient recrutées pour faire la publicité pour les nouveaux intercepteurs à réaction... comme le F-102, tout juste arrivé à George (Californie). Pour les spécialistes, ça aurait pu être Joi Lansing, qui balladera longtemps sa poitrine à Hollywood en effet. Une adepte des courants d'air, sorte de Marylin du pauvre. Elle s'appelait véritablement Joyce Wassmansdorff et était originaire de Salt Lake City. Elle jouera à vingt ans à peine le (petit) rôle de Susan Matthews dans FBI Girl (1951 ; "les filles du service secret" en France) et un rôle discret dans Singin' in the Rain (1952), puis fera de la télévision, et obtiendra des plus importants dans The Brave One (1956, avec comme scénariste Dalton Trumbo, interdit d'Hollywwod par les McCartystes), Hot Cars (1956) et So You Think the Grass Is Greener (1956) avant de faire des séries B comme "Hillbillys in a Haunted House (1967)", un vrai champ de navets à lui tout seul. Elle mourra,la pauvre,... d'un cancer du sein en 1972.

Et Raytheon, pendant ce temps, qui vantait tranquillement les mérites de ses radars militaires.. pour placer des téléviseurs chez les gens ! Tout est bon pour relier société militaire et société civile : c'est une nouvelle religion qui a envahi le pays. Tout le monde y croit, on dévaste des jardins pour construire un abri anti-nucléaire, des magazines tels que Popular Mechanics explique comment renforcer sa cave pour résister à une frappe nucléaire, etc. Cette peur restera vivace, preuve de l'imprégnation fondamentale et de fond que la propagande à créé : la CIA et Howard Hughes auront été diantrement efficaces : il y a fort peu, on montrait à la télévision un reportage sidérant sur un américain vendant toujours clefs en main des abris de ce type, avec de quoi se nourrir cinq années au minimum. Atterrant : plus de cinquante ans après certains y croient toujours, à l'invasion des rouges (voir à la fin "comment construire son abri, extrait de Mécanique Populaire N°189 de février 1962). Il en coûterait 1400 nouveaux francs de l'époque (environ 4 Solex 2200).

 

 

L'hystérie anticommuniste et de la peur de leur attaque envahit tout, et la manipulation des masses aussi. Dans un magazine, en 1954, au milieu de deux tondeuses à gazon et de la nouvelle Buick, un article signé d'un général qui vient expliquer qu'il vient de demander une rallonge à ses instances car en gros l'attaque russe est pour très bientôt. Il s'appelle Hoyt Sanford Vandenberg, c'est celui qui a posé en photo avec Eisenhower ou Patton car c'était un des grands responsables du Débarquement, mais il oublie de dire qu'il est en même temps le directeur en second de la CIA ! L'homme, très atypique, militaire plutôt voyant à une aura phénoménale (Marylin Monroe le citera parmi celui avec qui elle pourrait se retirer sur une île) la presse l'adore : il a déjà fait la une de Time et de Life. C'est un passionné de golf (comme Eisenhower) et de films de cow-boys, à qui une grande carrière et promise, mais un cancer de la prostate met fin prématurément à sa brillante carrière, il meurt prématurément. Sur l'article en cause, on n'a pas lésiné graphiquement sur le nombre de bombardiers russes, allant jusqu'à leur ajouter des moteurs en plus et des canons partout : la paranoïa est entretenue par des militaires, qui ainsi voient leurs budgets augmenter (même si Vandenberg voulait réduire les forces armées pour en faire une "one shot" forc, une force de réplique avant tout). A son décès, on nomme la base d'essais de missiles de Camp Cooke à Lompoc, en Californie en son nom.

Chez Hughes, toujours à la fois chercheur scientifique et réalisateur de films, ça donne à la fois des publicités pour ses missiles Falcon, longuement testés, d'un côté, et de l'autre un des ces nanars comme il semblait les affectionner : c'est "Jet Pilot", tout à la gloire de l'US Air Force, avec un cow-boy comme héros : John Wayne, devenu pilote de Sabre, qui en profite, sur l'affiche, pour enlever le pull de Janet Leigh et révèle... son soutien-gorge. Howard Hughes est définitivement obsédé... Hughes, qui refaisait son film Hells Angel, mais à réaction cette fois, avait réussi encore une fois à se montrer tel qu'il était : imbuvable avec les réalisateurs puisque le film avait pris quatre ans à être tourné et quatre à être monté : commencé en 1949, il était sorti en 1957 seulement, après avoir épuisé successivement Josef von Sternberg (qui sera crédité du film au final), pas moins, d'octobre 1949 à février 1950, puis Jules Furthman et Philip Cochran, assisté d' Ed Killy, et les effets spéciaux de Byron Haskin ainsi que Don Siegel pour certaines scènes, ou bien sûr Howard Hughes en personne, enfermé à l'avant d'un B-45 Tornado avec une caméra 35 mm. Un beau gâchis encore une fois, car entre le début et la fin du film une autre révolution technique est arrivée (pas de chance, encore une fois, pour Hughes !). Il s'agit du Cinémascope. Procédé appelé au départ Hypergonar par son inventeur (français !) Henri Chrétien en 1926, qui grâce à un jeu de lentilles déformante (une anamorphose) à la prise de vue et inverse à la projection étend en largeur le film. Or Henri Chrétien n'a cédé son brevet à la 20th Century Fox (concurrente directe de RKO) qu' en 1953, l'année où tous les rushs déjà de Jet Pilot ont été mis en caisse, après bien des difficultés. Cette fois, au moins, Hughes ne recommencera pas tout !

L'histoire du cinémascope en cachait une autre, démontrant que Hughes prenait souvent des décisions aberrantes. Dans le livre d'Harry Dulman, "Howard Hughes histoire d'une fortune", qui semble avoir été pillé par le scénariste d'Aviator (la scéne de crash du X-11 du film est décrite mot à mot), on y apprend qu'Howard Hughes, dans le domaine de la couleur avait aussi complètement raté le coche. Hughes avait racheté 51% des parts d'une minuscule firme en train de déposer son bilan. Howard se prenait alors pour Bernard (Tapie), avait-il confié sous le sceau du secret à son oncle. "Ruppert Hughes apprit plus tard, bien après que société eut déposé son bilan, qu'il s'agissait d'une petite firme spécialisée dans le tirage et le eveloppement des photographies en couleur. D'où On nom, la Multicolor. Hughes n'avait aucune intention de convertir son mour du cinéma dans l'image en sépia mais il avait appris, on ne sait comment, l'existence d'un revet anglais racheté par la Multicolor, du temps è sa splendeur. Il s'agissait de l'invention d'un certain Crespinel qui par une série de bains successifs prétendait colorer une pellicule en noir et balnc, mais la couleur obtenue étaitinstable et le brevet tomba dans l'oubli. Ayant acquis les droits d'exploitation de l'invention Crespinel en devenant majoritaire à la Multicolor, Howard Hughes se mit à la recherche chimistes spécialisés dans la photographie couleur et les trouva au California Institute of Technology, de Passadena, (...) Rowland V. Lee et William Worthington furent installés dans les grands ateliers de Romaine Street et Hughes leur donna plein pouvoir. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les deux ingénieurs obtinrent assez vite un résultat intéressant qui aurait pu révolutionner le cinéma quinze ans avant l'invention de la pellicule couleur, mais le procédé n'intéressait déjà plus Hughes." Toujours aussi hautain et méprisant, il leur avait ainsi expliqué ce qu'il pensait de leurs travaux : "Vous m'êtes sympathiques, messieurs. Je va" donc vous démontrer l'inutilité de votre travail-Et Hughes expliqua ses démarches auprès des distributeurs et des exploitants, leur réticence puis leur refus et conclut enfin sur « ces culs merdeux toujours décidés à améliorer la technique à condition de ne pas dépenser un cent ». Le coût du procédé n'était évidemment pas la raison de son abandon. (...) En liquidant la Multicolor, Howard Hughes ne faisait qu'entamer la très longue succession de ses inventions gâchées. Dans la découverte, seule l'intéressait la lente maturation, la création patiente, l'attente- L'objet une fois inventé ne le concernait plus. Posséder n'avait pour Howard Hughes aucune importance. Du moins pas encore". Le procédé soustractif de William T.Crespinel avait été déposé en 1929, c'est un parmi les 75 brevets déposés dans le genre. Hollywood choisira le procédé Technicolor, grâce à la caméra d'Herbert Kalmus fabriquéeen 1932, qui fabrique trois pellicules insolées au lieu d'une (la première étant sensible au rouge, l’autre au vert et le troisième au bleu). L'un des premiers films tournés avec la caméra de Kalmus fut... Blanche Neiget et les Sept Nains, de Walt Disney.

L'autre paradoxe absolu du film étant que le temps de le fabriquer, les avions montrés étaient devenus obsolètes ; on y voit quand même deux F-94C Starfire intercepter un B-36, déguisé en bombardier russe d'exercice. L'intrigue du film était nunuche, Vivian Leigh jouant l'espionne russe , "le lieutenant Anna Marladovna", venue se poser (en Lockheed T-33 peint en noir pour faire plus "Mig") sur une base américaine, en déserteuse d'oérette.   Au bout d'un quart d'heure, on a le droit à un strip-tease en règle, interrompu par un Wayne pudibond devant une poitrine correspondant aux critères d'Howard. Après une heure de film, elle perd sa jupe-pantalon en passant par la fenêtre, retenu par Wayne, en s'écriant "give me back my pants" (qui doit remplacer le "plus confortable" de Jean Harlow). Dans un sens, Hughes était vraiment désespérant ! Incorrigible, même, car dans le film réapparait aussi un accessoire connu : un pistolet, mais pas n'importe lequel. Dans une scène, en effet, Janet Leigh menace en effet et frappe même John Wayne avec... un Lüger : le même que celui de la scène finale de Hells Angel ! L'un des pistolets (allemand) personnel de Hughes. Le tout filmé sur des bases US, en l'occurrence celles d'Edwards et de Hamilton, en Californie, utilisées pour le tournage, la fausse base russe étant celle de George, située au nord-ouest de Victorville, en Californie également. 

Comme conseillers techniques, Hughes s'était offert le gratin de l'Air Force : Chuck Yeager (son X-1 y faisait offiice d'avion russe "parasite" !) et Charles Rayburn Cunningham. Deux ans après sa sortie, les avions qui figuraient dans le film étaient retirés du service. Si vous regardez-bien, à un moment (à 1h 33 du début, derrière Wayne et Leigh freine avec grand bruit un drôle d'avion (censé être russe) d'un noir bleuté muni d'une perche à l'avant : or c'est le prototype du F-89, le modèle XP-89, au nez plus proéminent.  Une rareté, car il n'en a existé que deux exemplaires, portant les numéros 46-678 et 46-679 et appelés XF-89 et YF-89. Comment Hughes a-t-il obtenu le droit de filmer pareil appareil est un mystére : fallait-il que Hughes ait gagné la confiance des militaires, peut-on constater. Ils datent de juin 1948, pour le premier exemplaire, et c'est le XF que l'on aperçoit, l'YF étant peint couleur aluminium... !malgré ses bizarretés, au final, un beau navet, que Hughes repassait souvent comme étant un de ces préférés, parait-il (encore un !). Surprise, c'est François Truffaut, qui l'avait en avait fait la critique dans son livre "Les films de ma vie"  : car comme tout le monde détestait les nanars de Hughes, évidemment, pour Truffaut, le réalisateur-tâcheron du cinéma (et les méfaits de la "Nouvelle Vague"), c'était obligatoirement un film génial ! On ne dira jamais assez tout le mal que Truffaut a fait au cinéma français... un Truffaut qui dira quand même un jour "qu'on se donne autant de mal pour faire un mauvais film qu'un bon", ce qui, chez Howard Hughes, prenait deux fois de temps que chez les autres, pour en faire... un mauvais.

Voici le dithyrambe grotesque du film signé Truffaut (traduit de l'anglais et non originale, pardonnez les imperfections) : "Ce qui fait de JetPilot un bon film malgré lui ? Les scènes entre Wayne et Leigh sont dirigés avec un art, une inventivité et une intelligence qui marquent chaque image. Et l'érotisme est aussi insidieux, subtil, efficace et raffiné qu'il est possible de l'être. Je n'oublierai jamais la scène où Wayne doit palper Leigh, qui est vêtu d'un costume de laine (...) avec des poches en biais à la poitrine et à l'abdomen, ou le moment où elle lance sa culotte par l'ouverture étroite de la porte, avec la pointe de son pied avancée (...) Nous savions déjà que c'étaient les femmes à qui Von Sternberg s'intéresserait, parce que, comme il y avait des avions pendant la moitié du film, il était en quelque sorte en mesure ainsi de l'« humaniser » avec son habileté époustouflante. Lorsque la machine pilotée par Janet Leigh apparaît dans le ciel, volant à côté de Wayne, et que nous entendons parler de leur amour à la radio, nous sommes dans le domaine de l'émotion pure, poétiquement exprimée. L'inventivité et la beauté des prises de vues reste au fond de la gorge. Pour être honnête, l'intention du film est de la propagande stupide, mais Sternberg la détourne constamment afin que les larmes viennent à nos yeux devant le visage d'une telle beauté, ou lorsque l'avion de l'homme et l'avion de la de la femme se cherchent l'un et l'autre, en trouvent un autre, volent l'un au dessus de l'autre, luttent, se calment, et finalement volent côte à côte. Les avions font l'amour". Truffaut avait trouvé un procédé imparable : il prenait le contrepied du bon sens, écrivait des conneries monstrueuses, étant certain de passer pour un "happy few" auprès de quelques uns. Un Fabrice Luchini d'avant l'heure, celui parlant de la plage en ne faisant que plaisir à son interviewer, ravi d'entendre de telles sottises à propos de tout et de rien, le premier "branché" en quelque sorte. Ridicule, certes, mais ça a marché longtemps chez Truffaut, au point de devenir une école cinématographique, qui a noyé pendant des années dans un discours idéologique confondant ses insuffisances criantes (vous connaissez un film de la nouvelle vague ou l'éclairagiste a fait son métier, et où les scènes s'enfilent autrement que par collage bout à bout ?). Le film est visible ici intégralement sur Google Video (1h48), pour ceux qui adorent les avions de l'époque, sans plus, tant l'intrigue est mollassonne (des internautes proposent mises biut à bout les seules séquences aériennes, qui reviennent à 17 minutes au total) : le script est d'une nullité affligeante. Janet Leigh qui jouera dans Psychose (et deviendra aussi la mère de Jamie Lee Curtis) joue comme un manche à balai, parle trop vite, prend son air boudeur tous les quatre scènes, minaude et hurle d'une voix stridente, caricature la femme hystérique, marche au palonnier, et Wayne joue comme d'habitude son rôle d'armoire normande impassible, qui fond comme glaçon au soleil devant la première venue (bon elle vient de loin, ok, il a des excuses) 'i'm a jet man, general, not a gigolo" lui fera-t-on même dire au milieu d'une scène ! A noter que Truffaut cite Jet Pilot et non le titre français plutôt obscur du film ("Les espions s'amusent"). Le meilleur du film étant, en dehors des superbes prises de vues (du Tornado),... la prise de son, qui rend fort bien le bruit des réacteurs (on est loin de la Nouvelle Vague, où le son aussi était réduit à de l'anecdotique.. ou remplacé par du Miles Davis). A revoir ce film désuet, on s'aperçoit que Hugnes n'adorait... que les avions et voler, tout simplement (et les seins des filles). En ce sens, levant la tête dès qu'il entendait un moteur, c'était resté un... gamin attardé, devenu adulte tourmenté. Un écorché vif.

 

Le film enfin sorti, Hughes pouvait s'intéresser à ce qui l'intéressait depuis quelques temps. Sur son carnet de notes, il avait dessiné une drôle de chose qu'il avait appelé Mobot. Un engin développé pour l'Atomic Energy Division de la Phillips Petroleum Company pour manipuler des produits irradiés ou toxiques. C'est un engin qui connaîtra différents versions, il est à chenilles au départ, muni de bras articulés et dirigé à distance par câbles, reliés à des écrans de contrôle (et à un pédalier, dans sa première version).  Un mix de bras articulés provenant des manipulations derrière la vitre dans les centrales nucléaires et un char d'assaut. Un monstre de plusieurs centaines de kilos, mû par moteurs et batteries électriques, dont Hughes a déjà dessiné des tas de variantes, dont une sous-marine, pour aller récupérer des missiles égarés ou réparer des pipe-lines. Voila qui fait diantrement penser à l'Operation Jennifer.

Une première version contient la colonne de montée d'un chariot élévateur, une seconde des bras montés sur cette colonne. Il est montré portant un compteur Geiger ou en train de manipuler des fioles corrosives. Dans cet engin, il y avait beaucoup de prémonition... Hughes était certes déjà fou, mais c'était aussi une folie créatrice ! On songe aux petits robots actuels de déminage, que l'équipe de Hughes avait déjà dessinés, allant jusqu'à proposer des variantes domestiques avec aspirateur ! Selon les habitudes de Hughes, ce sont des ... starlettes qui viendront bizarrement présenter l'appareil à la presse, se pomponnant devant leur miroir à maquillage ou se faisant remonter la fermeture-éclair par les pinces de l'appareil.  Etrange façon de promouvoir un appareil mécanique. Le magazine Sciences et et Avenir , en France, en octobre 1962, en fera sa "une" avec un "Mobot" en train de servir le café à une jeune femme. En France, on le découvrira en 1960 dans le numéro de mars de Mécanique Populaire, ayant en couverture la recherche au fond des océans, avec le Trieste. Hughes était un véritable visionnaire, et s'entourait de visionnaires. Créer est- il un acte fou ? 

Un fou, qui n'avait pas perçu lui-même l'intérêt de l'engin pour la recherche off-shore : le pétrolier texan était resté cette fois trop terre à terre. Même si ces ingénieurs avaient perçu l'intérêt, c'est une autre société, Shell, qui reprendra le concept en l'améliorant pour en faire le premier ROV ou robot sous-marin guidé, note le site de référence sur la question. "L'industrie pétrolière offshore a rapidement reconnu le potentiel du robot sous-marin. Le Mobot de Hughes Aircraft Company a été déplacé hors des laboratoires del'énergie atomique et a évolué en un outil offshore avec la Shell Oil Company.  A partir de 1960, Shell Oil Co. a pris les devants dans la transformation du Mobot de Hughes Aircraft dans ce qui allait devenir un jour connu sous le nom d'un ROV. Une série de brevets décrit l'évolution "un dispositif manipulateur commandé à distance pour effectuer des opérations sous l'eau à une position de montage au sommet d'un puits." Les brevets pris par Howard L. Shatto et d'autres de la Shell Oil Company en feront un des premiers leaders dans le développement offshore. L'inventeur sera récompensé au Pionniers Hall of Fame du Houston Offshore Energy Center en 2000. Le mot ROV (Remote Operated Vehicle) étant officiellement reconnu 22 ans après seulement, en 1984 par le Marine Technology Society's Remotely Operated Vehicle Committee.  Shatto était l'inventeur du positionnement fixe d'un navire, sans GPS (il n'existait pas encore) à partir d'un système ingénieux de turbines actionnées à partir des relevés des capteurs observant les mouvements d'un bateau à côté d'un flin descendu au fond. Son bateau Eureka avait révolutionné la technique du forage en mer en 1961 : ce que Hughes retiendra pour son Glomar Explorer. Voir en bas de cet article la page du numéro 214 de 1964 de Mécanique Populaire en parlant (et dans le numéro 267 de l’édition française de MP). La première plateforme de forage à positionnement fixe étant la Cuss 1(pour Continental, Union, Shell & Superior Oil Consortium). En 1966, pour aller chercher les bombes tombées à Palomares, la Navy déploiera un CURV (Cable-Controlled Underwater Recovery Vehicle), très voisin du premier jet de la Shell. Il servait jusque là à remonter les torpilles perdues. Son successeur, CURV IIIC, servira à sauver deux scientifiques coincés dans le bathyscaphe Pisces III à 1575 pieds de profondeur. 

 

"Hughes Aircraft Co. a construit le premier Mobot marine Shell Oil, en utilisant des caméras de télévision, un sonar et de navigation, des hélices pour la propulsion, et un câble ombilical de contrôle. Avec un bras mécanique, il pouvait serrer et désserrer les boulons, faire fonctionner les vannes et joindre des tuyaux ou des câbles. « C'était en résumé une clé à douille de natation », a déclaré un ingénieur de Shell, décrivant le robot sous-marin de 14 pieds et 7000 livres." Les débuts n'ont pas été faciles, l'engin s'emmêlant régulièrement dans ses propres câbles. "En raison de la nécessité de payer des plongeurs professionnels pour sauver les robots mobiles enchevêtrés, les premiers modèles ont plutôt été réputés comme étant "les meilleurs amis des plongeurs". Néanmoins, Shell a utilisé avec succès un Mobot sur une plateforme non productrice dans 250 pieds d'eau (76 m) au large des côtes de Santa Barbara, en Californie, en Octobre 1962. Au cours des 10 années qui allaient suivre, les robots mobiles travailleront sur 24 puits offshore - des exploitations à des profondeurs allant jusqu'à 1000 mètres et ce pendant des périodes prolongées." En 1969, le déploiement du ROV ne pourra pourtant empêcher la première grande castrophe pétrolière US survenue au même endroit, à Santa Barbara. La pire avant l'explosion du Golfe du Mexique de 2010 de Deep Horizon. L'explosion d'une tête de puits à 61 m seulement de profondeur provoquera de profonds dégâts. dans le secteur (lire aussi ceci)"Environ 300 000 litres de pétrole s’étaient alors déversés sur les plages californiennes après qu’une explosion fut survenue sur une plateforme pétrolière de la firme Union Oil." Hughes sera l'un des premiers à s'en émouvoir : bizarrement, il commence en effet à s'intéresser... à l'écologie. 

Un pétrolier texan devenant écolo, il n'a pas encore fini de nous surprendre. C'est le propre de la folie aussi, remarquez...

(*) son remplaçant prévu étant le "Big Q".... McNamara choisira le "Quetzalcoatl" comme nom à la place, et l'engin officiellement le ZAIM-68A. A bord, le radar du GAR-2A/B (AIM-4C/D) Falcon. Bizarrement, la charge était plus petite : 0,5 kilotonne contre 1,5 précédemment (on venait de découvrir une arme nucléaire tactique !). Il faisait 35 cm de diamètre pour 2,92 m de long et avait ses ailettes repliables et sera abandonné.

 

positionnement de navire :

abris anti-atomiques personnels :




par morice jeudi 19 janvier 2012 - 4 réactions
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