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Scénario catastrophe pour décembre 2012 dans une France qui s’ennuie

Certains prévoient la fin du ou d’un monde, précisément le 21/12/12. D’autres scénarios plus plausibles sont envisageables. J’ai déjà évoqué une année où rien ne se passe mais rien n’interdit de formuler une hypothèse assez sombre. Dans le premier cas, l’agence de notation logée dans mon cerveau accorde un triple A au monde, que je viens de réviser en double A, en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz. Dans le second cas, je travaille avec une hypothèse triple B. Autrement dit, perspectives sombres, voire catastrophiques avec un triple C, mais je n’ose pas envisager un dépôt de bilan du monde. De l’Europe, pourquoi pas. Des observateurs n’hésitant pas à lâcher avec désinvolture cette hypothèse d’un effondrement de la zone euro. Nous n’en sommes pas là. Quel peut être l’intérêt du catastrophisme ? Eh bien lorsqu’il se présente comme éclairé, il permet d’anticiper les secousses de l’avenir et de prévenir d’éventuelles situations menant aux pire. C’est cette idée qu’a développée le philosophe Jean-Pierre Dupuy. L’opinion pense à des événements climatiques, des attentats, mais on peut aussi envisager des catastrophes systémiques plus généralisées et complexes. En envisageant la fin de l’euro pour 2011, Jacques Attali a-t-il servi un morceau de catastrophisme éclairé ? Quoi qu’il en soit, les dirigeants ont pris quelques engagements lors d’un sommet récent et la BCE a prêté 500 milliards aux banques. La zone euro est en perspective stable a déclaré récemment le ministre allemand de l’économie. Tout devrait bien se passer sauf si on prend en compte des paramètres supplémentaires.

Les scénarios économiques sont rarement fiables et le passé récent nous l’a prouvé. C’est à se demander si cette science est aussi fiable que l’astrologie. Sur une dizaine de prédictions, il y en aura toujours une ou deux qui collent, ce qui nous persuadera de l’efficacité de la méthode. Je vais quand même me lancer en prenant en considération le phénomène humain. Les événements imprévisibles de l’Histoire sont souvent causés par des passions et des explosions sociales dont les ressorts sont masqués avant qu’ils ne se détendent, créant dans les sociétés modernes des déferlements systémiques. Je ne raterai pas l’occasion d’évoquer cet éditorial devenu aussi presque aussi célèbre et emblématique que l’appel du 18 juin. Le 15 mars 1968, Pierre Viansson-Ponté titrait dans le Monde, la France s’ennuie ! Pas de chômage à cette époque, une croissance sereine, pas de déficit mais il bien connu que lorsque les jeunes s’ennuient, ils vont des bêtises, comme Daniel Cohn-Bendit et ses acolytes qui ce 21 mars 1968 n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’aller « embêter » les filles dans un dortoir à Nanterre. Du coup les flics sont allés déloger le « péril jeune » et le lendemain fut fondé le mouvement du 22 mars. Vous connaissez la suite. La France allait être réveillée de son ennui.

Le 26 décembre 2011, Jacques Rosselin titre dans la Tribune : l’Europe s’ennuie ! L’économie mondiale semble faire des ronds et la perspective politique en 2012 sera pour la France de choisir entre la rigueur façon Sarkozy et la rigueur façon Hollande. J’ai bien aimé ce billet facétieux qui aurait pu être écrit dans le Monde ou Libération s’il y avait encore des éditorialistes dans ces deux journaux devenus, eux aussi, assez ennuyeux. Rosselin conclut de manière sibylline son billet en imaginant une élection en 2012 jouée comme un printemps français à la mode russe, faisant allusion à cette France qui lorsqu’elle s’ennuie, s’offre un soubresaut salutaire. Que cette évocation est subtilement amenée. On l’aura deviné, Rosselin pense à mai 68 mais il impensable d’évoquer ces événements dans un journal sérieux comme la Tribune, alors, un printemps russe fera l’affaire.

Examinons maintenant si un mai 68 français et même européen est plausible ? C’est une question de ressort. Il y a quarante ans, la jeunesse mondiale contestait et s’émancipait. Il y avait une aspiration à vivre, inventer, et chez les travailleurs, une attente liée aux braises du syndicalisme et de la lutte des classes encore chaudes. Il a suffit de quelques étincelles et la France s’est embrasée. En 2011, c’est plutôt l’impression d’un ressort cassé qui transparaît. La société n’a plus la pêche. Les jeunes n’ont pas confiance en l’avenir et la plupart tentent la débrouille quand le sort des études ou de l’origine sociale ne leur a pas été favorable. Les travailleurs ont peur du chômage et les vieux ont peur pour leur épargne. Dans un tel contexte, ce n’est pas l’explosion mais la dépression qui gagne la France et l’Europe. Un collapse. Une dépression de l’humeur mais qui peut aussi signifier dépression économique. Car la confiance, elle sert de liant social mais aussi elle participe à ce que Keynes appelait « l’esprit animal » et le « piège de la liquidité » pour désigner des facteurs échappant à la rationalité et pourtant d’une influence notable, positive ou négative, dans le climat des affaires. 

Rien de tel qu’un cas d’école pour illustrer ce piège de la liquidité et ce climat de confiance en berne. Le groupe Petroplus a besoin d’une ligne de crédit de 700 millions d’euros pour acheter du brut et poursuivre son activité de raffinage. Mais les banques rechignent à prêter. Pourtant, cette activité semble solide et cette situation échappe à la compréhension rationnelle puisque les banques européennes ont reçu 500 milliards d’argent frais à un pour cent de la BCE. La situation de Petroplus et du crédit est complètement absurde. Les banques laissent actuellement en dépôt au jour le jour plus de 400 milliards d’euros que la BCE rémunèrent à 0.25 %. On ne comprend pas pourquoi les banques préfèrent laisser pourrir leur argent au lieu de proposer une ligne de crédit à Petroplus qui pourrait leur rapporter bien plus que les 0.25 %. C’était justement l’objectif de cette manip de la BCE que d’offrir des liquidités en masse pour que le crédit ne soit pas asséché. Pourquoi cette situation ? Est-ce un manque de confiance, une anticipation de la surcapacité de raffinage, une stratégie des marchés pour liquider ce site ou alors une bureaucratie interdisant à de nouvelles banques d’entrer dans la participation financière ? Une chose est certaine, le monde de la finance nous ment et peut-être se ment aussi à lui-même. Il est assez curieux qu’une société comme Petroplus en arrive à être notée triple C par les agences. L’autre versant de cette crise des liquidités, c’est que les investissements se portent sur des placements censés être plus sûrs, comme le sont les obligations d’Etat. L’« effet 500 milliards » de la BCE a permis à l’Italie de lever des obligations à un taux correct. Mais en règle générale, le cas Petroplus illustre le manque de confiance et surtout, de solidarité dans les affaires financières. On ne découvre rien de neuf. L’économie au 21ème siècle ressemble plus à une affaire de jungle qu’à un club de gentlemen des affaires. Et les Etats ne sont pas en reste. Ils jouent la solidarité européenne mais louvoient pour préserver leurs intérêts nationaux. 

Et les citoyens ? Eh bien la confiance, on ne sait pas exactement comment elle se porte. Il faudrait lire dans les âmes. Les dons aux associations sont trompeurs. Et l’opinion se laisse facilement gagner à la désignation du bouc émissaire. Le voisin qui reste à la maison devient suspect. Les bénéficiaires du Rsa passent pour des profiteurs menant une vie de pacha en bouffant l’argent public alors que ceux qui se lèvent tôt mènent une vie d’enfer. C’est incroyable ce que la propagande idéologique possède comme impact sur les esprits. Mais c’est un autre débat sur les possédés (lire Ellul). Pour l’instant, l’époque semble être marquée par un manque de confiance. Une sorte de déprime du psychisme et si on voulait tracer une comparaison avec mai 68, alors on verrait une configuration inversée des énergies psychiques d’investissement collectif. Au lieu d’une explosion on aurait un collapse, un effondrement. Une dépression généralisée. Et une confiance qui disparaît. Les Français n’ont plus confiance, ni en eux, ni en la politique, ni en la finance, ni dans le progrès. Il semblent attendre les nouveaux gadgets servis par la technologie. Les accros du progrès voient le salut dans la robotique. Les allumés de la singularité rêvent d’un gouvernement mondial et numérique. Les Français attendent aussi des contes que le cinéma leur offre pour oublier leur situation dans la société. Pour preuve, le succès d’intouchables qui n’est pas sans rappeler celui d’Amélie Poulain, lui aussi à une époque de doute, précédant le vote du 21 avril 2002. 

Il se dit que bon nombre de seniors préfèrent claquer tout leur fric pour jouir tant que l’âge est propice, quitte à ne rien laisser à leurs enfants. C’est un signe de notre époque. La confiance, c’est de penser qu’on peut compter sur les proches ou l’Etat. Quand l’égoïsme arrive, on compte moins et c’est chacun pour soi. La confiance se perd. La plupart des politiques songent à leur réélection et les cadres de l’Etat à leur promotion. J’ai sondé un peu l’ambiance avec ma suggestion de traité de RCC monéthique européen. Au vu des réactions, j’en suis arrivé à la conclusion que les gens préfèrent assumer le risque d’une société s’effondrant plutôt que de la sécuriser en aidant les couches sociales les plus basses. Cette éventualité leur brise le cœur. Voilà donc un ensemble de signes et signaux dévoilant une perte de confiance qui peut conduire la plupart à épargner alors que les investissements sont bloqués, que les financiers tentent de sauver leurs liquidités et que la rigueur accentue le phénomène de récession. 2012 pourrait voir la France stagner, le chômage croître de 300 000 et au final un plan de réduction drastique où tout est envisageable, y compris la baisse du salaire des fonctionnaires. Et des coupes franches dans la plupart des dépenses sociales. La France risquant aussi de perdre son triple A. Le budget est voté à la fin de l’automne et si un mois risque d’être chaud, ce sera celui de décembre, comme lors des grèves de 1995. Une fois passé l’état de grâce qui n’aura même pas lieu après mai 2012, quel que soit le président élu.

La première chose à retenir, c’est que l’avenir se joue pour une part importante sur le psychisme et la confiance. Ce n’est pas tant l’économie que la psychopolitique qui sera déterminante. Si mouvement social il y a, ce sera plus une révolte du genre printemps arabe qu’une insurrection nationale portée par un souffle nouveau comme en mai 68 où, même si les étudiants avaient peu en commun avec les travailleurs, les Français espéraient décrocher un morceau de lune. En 2012, il n’y a rien à décrocher ni à espérer, même les vieilles lunes ont disparu du ciel des idées. Les gouvernants cherchent des solutions productivistes alors qu’il n’y en a pas. La France ne peut plus s’enrichir globalement. La convergence économique plus ou moins poussée par une finance gouvernée par l’école de Vienne mais contrebalancée par les politiques keynésiennes fera que la désindustrialisation est inéluctable. Cette situation risque de durer une ou deux décennies. En Europe, ce sera comme le Japon de 1990-2010 et peut-être pire parce que le pays du soleil levant à su jouer naguère sur le dynamisme des pays asiatiques. La situation n’est pas pour autant désespérée. Il y a suffisamment de richesses pour permettre à tous de vivre correctement. Il faut pour cela apprendre à vivre avec moins de superflu et plus de partage. L’économie est sure. Ce qui l’est moins, c’est le psychisme humain, la dépression, l’égoïsme, le narcissisme, la cupidité, la perte de confiance. Ce n’est pas l’économie qui fera s’effondrer la société mais l’inverse, une société en perte de confiance, de solidarité, de valeurs, qui fera s’effondrer l’économie. 2012 est donc une année critique, avec un risque d’effondrement social et une opportunité pour une nouvelle prise de conscience sur l’impasse du tout matérialisme qui semble se dessiner au sein de la jeunesse. Il y a une nouvelle société à inventer. Et elle sera différente de celle issue de mai 68.

L’autre jour, un peu avant 18 heures, je circulais à vélo sur les rails du tramway, remontant en flânant le cours de la Libération. En face de moi, un paysage féerique, un ciel d’un bleu profond, avec un dégradé du sombre au clair et un fondu avec l’horizon d’un orange flamboyant. Dans le bleu du ciel, l’étoile du berger, un croissant de lune et quelques traînées d’avions colorées en orange. On aurait dit un tableau de Kandinsky superposée à une scène de ville peinte par Van Gogh avec les guirlandes de Noël formant une harmonie avec ce coucher de soleil incandescent et la nuit transfigurée. J’avais l’impression d’entrer dans une carte postale divine, dans un autre monde. J’oubliais tout et mon regard se fondait dans le paysage devenu subitement surnaturel. Finalement, il y a des manières de voir et des choses savoureuses, accessibles sans qu’on ait à sortir sa carte de crédit et de plus, imposant qu’on n’ait pas les yeux rivés sur son smart phone à attendre les tweets de Nadine Morano. Changer de regard, c’est déjà commencer à inventer un autre monde. Passez de bonnes fêtes !




par Bernard Dugué (son site) jeudi 29 décembre 2011 - 21 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par TOUSENSEMBLE retraité FRONT DE GAUCHE EX DP sante social (---.---.---.222) 29 décembre 2011 17:52
    TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE


    nous aurons tout simplement une REVOLUTION VU L’ETAT DE CORRUPTION DE NOTRE

     SYSTEME POLITIQUE...DES MAGOUILLES DES BANKSTERS..DES AVOCATS ET HOMMES D’

     AFFAIRES........

  • Par JL1 (---.---.---.183) 29 décembre 2011 18:12
    JL

    « les dirigeants ont pris quelques engagements lors d’un sommet récent et la BCE a prêté 500 milliards aux banques. La zone euro est en perspective stable a déclaré récemment le ministre allemand de l’économie. Tout devrait bien se passer sauf si on prend en compte des paramètres supplémentaires. »

    Ce ministre allemand est-il un partisan de la politique de l’autruche ?

    Plaisanterie mise à part, tout le monde a discuté gravement de la règle d’or, mais personne n’a remarqué que ce serait encore mieux d’interdire aux États d’emprunter à des taux d’usure !

    Évidemment ! D’une part, parce que ce serait une mesure salutaire pour l’État, mais une mesure contrariante pour les prêteurs, les malheureux ! En somme, après avoir fait marcher la machine à endetter les États, ils veulent mettre un holà, de peur de tuer les poules aux œufs d’or. D’ailleurs, ces endettement chroniques, est-ce que ça n’est pas une sorte d’ouverture de capital ? Les dettes c’est fait pour être remboursées, pas le capital, ni les dettes chroniques.

    Dette, planche à billet et inflation :

    Dans l’Ancien système - on peut dire l’Ancien système comme on dit l’Ancien régime -, quand l’État disposait de la planche à billets, chaque fois qu’on y avait recours, cela se traduisait par une dévaluation de fait qui provoquait inévitablement une inflation, au grand dam des riches et des banquiers.

    Hier, l’État s’enrichissait d’une main et les acteurs économiques s’appauvrissaient de l’autre, mais les riches plus que les pauvres, les créanciers plus que leurs débiteurs : en somme, ce système réduisait les inégalités. La planche à billets était une flat-tax sur la fortune.

    Le système actuel a été inventé par et pour les riches avec pour objet de pallier ces ’inconvénients’ et de mettre les riches à l’abri de l’inflation.

    Aujourd’hui, l’acte fondateur de la dévaluation n’est plus une injection par l’État, de monnaie dans l’économie, mais les prêts octroyés par les banques aux acteurs économiques, de la monnaie ainsi créée.

    Les banques sont de fait en situation de prélever en amont de l’inflation, une marge confortablement supérieure à ce qu’elles perdront en aval. Elles peuvent prendre d’une main davantage que ce qu’elles craignent de perdre de l’autre. Ainsi, le recours à la planche à billet n’est plus un danger pour les riches mais une aubaine pour les banques, lesquelles à l’instar des bandits à l’octroi des grandes villes, sont en position de prélever leur dime à tous ceux qui en franchissent le seuil.

    Autrement dit, la création de monnaie, à l’inverse de réduire les inégalités est devenue un facteur d’accroissement desdites inégalités : pile les prêteurs (c.à.d les riches gagnent) ; face l’État (c’est-à-dire ceux dont le seul bien est l’État), perd !

    Et l’on comprend mieux pourquoi les États y regardent à deux fois avant d’y recourir : non pas par souci des pauvres, mais de peur de perdre les élections pour cause de grogne populaire.

  • Par cathy30 (---.---.---.168) 30 décembre 2011 00:43
    cathy30

    BD
    vous avez remarqué que la situation de Petroplus est absurde, vous faîtes bien, attention envolé du prix et rareté de l’essence pour bientôt, cela fait partie du plan.

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