Le CPE restera dans les mémoires, bien qu’acronyme désignant un objet juridique inexistant, un mot-drapeau symbolisant à la fois un échec du gouvernement, une rétractation sémantiquement déguisée en remplacement, et le signe fort d’une incapacité collective, méthodologique et psychologique, à poser et à résoudre un problème crucial.
Comment faire marche arrière sans reculer, choir sans tomber, délaisser sans abandonner ?
Remarquons au passage que dans la réthorique primoministérielle, avoir voulu édicter deux ans d’incertitude est toujours déclaré comme la recherche d’un bon équilibre entre précarité et souplesse, et imposer par abus de droit législatif une solution sans avoir posé le problème aux partenaires impliqués demeure envisagé comme l’expression d’une attention chaleureuse mais hélas incomprise aux difficultés des salariés et surtout des sans-emploi.
Cette péripétie aura peut-être permis de lancer une réflexion méthodologique sur la construction concertée du changement. Espérons que la leçon porte, et imprègne les divers partenaires légitimement intéressés. Mais en la matière, les bonnes méthodes sont bien connues, nous en trouvons de milliers de descriptions dans la littérature managériale, pédagogique, philosophique : pourquoi les membres, a priori compétents, d’un gouvernement majoritairement élu ont-ils oublié de les mettre en oeuvre ?
Pour ce qui est de l’évolution psychologique, qui donnerait une âme aux méthodes de travail concertatives, ou a minima allégerait la double contrainte qui tenaille les acteurs des réformes (ça va certainement faire mal avant de faire probablement du bien, et je ne veux pas être celui qui fait mal pour qu’un bien en sorte, il va falloir ne pas abandonner en chemin, et je voudrais tant agir effectivement pour le plus grand bien du plus grand nombre), c’est peut-être affaire d’éducation. Ça va donc prendre du temps, et il est alors urgent de s’y mettre.
La substitution, à une mauvaise mesure curative, d’une extrapolation de mesures antérieurement connues comme uniquement palliatives ne résout en rien le problème essentiel : pourquoi l’emploi est-il une denrée rare ?
Je suggère deux utopies directrices à susurrer aux oreilles des représentants des travailleurs (le Medef est aussi un organe représentatif de travailleurs : il n’y a pas plus de patrons inactifs que de fonctionnaires paresseux ; les organisations de chômeurs aussi ont voix légitime au chapitre ; les ordres et structures de syndication des professions libérales de même) et à ceux du peuple (tiens, ce ne sont pas les mêmes ? comme c’est étrange...) :
-égalité fraternelle : le même contrat pour tous, quel que soit l’employeur, y compris les collectivités, car aujourd’hui certains sont tout de même irréversiblement moins mobiles et moins fragiles que d’autres.
Autrement dit, alignement des critères de validité et des dispositions générales des contrats de travail sur les caractéristiques des autres contrats civils. En particulier, extirpation du concept de durée indéterminée, qui est un monstre sémantique.
-égalité libertaire : parité des partenaires de ce contrat unique, car la dichotomie patron/employé n’a guère de sens dans une économie où l’écrasante majorité des entreprises compte officiellement entre zéro et dix employés (comme si le patron ne s’employait pas lui-même...).
Autrement dit, symétrisation accrue des obligations, dans la limite de ce qu’il faut introduire pour rétablir la parité entre les deux partenaires en termes de pouvoir mutuel effectif. Par exemple, la secrétaire d’un patron de petite entreprise qui donne sa démission sans justification, et s’en va sans coopérer à sa succession, lui crée un préjudice certain, que les pratiques actuelles ne prennent pas en compte.
Crédits :
Scénario
: Merci au gouvernement actuel pour son imagination politique et
verbale, et son sens dramaturgique développé, servi par une distribution
de premier plan.
Citation : Merci à Alphonse-Marie-Louis de Prat de Lamartine,
homme d’Etat, ministre des Affaires étrangères de la II République, et
poète lyrique néo-classique, Immortel depuis le 5 novembre 1829,
siégeant au fauteuil 7, et dont Gustave Flaubert disait (mais qu’en savait-il ?) : Il n’a jamais pissé que de l’eau claire.

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