Tout sur les secrets du service de presse, ces exemplaires dédicacés que reçoivent les journalistes de la presse littéraire...
Voilà à quoi ressemble mon humble chez-moi. 700 romans qui s’empilent. De quoi s’agit-il ? De ce que vous lirez à la rentrée, mes enfants. Sauf que les miens sont dédicacés.
Alors que je reçois les romans d’une façon blasée des mains hâtives et suintantes du coursier, et que je lis la dédicace en question, j’imagine toujours l’auteur devant sa montagne de livres, son stylo entre ses doigts fébriles, et le mal de dos atroce qui s’annonce. Pas drôle, un service de presse. Que faut-il mettre à Eric Neuhoff (Figaro Madame), snob comme ce n’est pas permis, à Busnel (Lire, Express) qui a un ego de la taille de la tour Eiffel, à Olivia de Lamberterie (Elle), à qui on écrirait volontiers quelque chose de sexe tellement elle est bonne jolie, Fabrice Gaignault (Marie-Claire), si élégant, si dandy, à Patrick Besson (Marianne), plus fielleux et drôle tu meurs, à Fred Beig, qui n’en fera rien, à Poivre, qui lui, au moins envoie un petit mot gentil à chaque auteur de chaque livre qu’il reçoit (mais comment fait-il, diantre ?), à FOG (Le Point), à Ruquier, à Ardisson, qui ne liront jamais le livre (leurs assistants sont payés pour ça...).
Alors faut-il vraiment se faire chier à pondre ces dédicaces ? Je réponds : oui. Moi, je suis toujours sensible à une belle dédicace. (Pas au "Pour Dorian Gray, très cordialement", qui me gonfle d’avance.) Mais je suis amusé, intrigué, par une phrase bien tournée, voire un peu gonflée, culotée. (Surtout venant d’une romancière.) J’aime bien qu’on me flatte un peu. C’est bête, un mec. Cela ne veut pas dire que je ferai un papier sur le livre. Mais cela veut dire que je lirai celui-là avant les autres.
Vous me demandez ce que je fais de tous ces romans ? Mais je les vends, bien sûr, comme tous mes collègues. Vous ne le saviez pas ? On en reçoit dix par jour, on rend nos gardiennes très malheureuses en leur infligeant des lumbago, et on ne va pas s’amuser à garder tout ça chez nous, surtout ceux qu’on trouve nuls. Eh oui, regardez bien, chez Gibert, vous trouverez foule de romans dédicacés à Dorian, Rastignac et Ripley. Vous êtes scandalisés par ce mercantilisme ? Mes pauvres chéris. Bienvenue dans le monde cruel de l’édition et ses bassesses. Je vous laisse, j’ai encore 512 romans à lire.
Dorian Gray

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