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Société Anonyme - une société française sans identité ?

 Il y a quelques jours, en rangeant des papiers dans un grenier, j'ai trouvé un vieux prospectus de 1927 parlant d'un spectacle républicain racontant les hauts faits de grands personnages de l'Histoire de France dont la grande Mademoiselle, Vercingétorix, Louis XIII, Hoche et Marceau et d'autres. Ce spectacle n'était pas réservé à quelques privilégiés, quelques érudits spécialistes de l'histoire, tous ces personnages étaient connus des spectateurs, conscients de l'histoire de leur pays, de leur communauté. Bien sûr, cela ne les empêchait pas une seconde de savoir que tout n'avait pas été rose durant les siècles passés, qu'ils ne glorifiaient pas non plus.

image ci-contre prise ici

Mais il savaient d'où ils venaient, et il savaient qu'ils partageaient cette histoire ensemble quelle que soit leur origine...

J'ai lu également sur Internet, en commentaire d'un article de blog le texte d'une jeune personne présentant les siècles d'Ancien Régime comme une période pendant laquelle les paysans étaient une masse docile et informe abrutie par le Clergé et la Noblesse, réduits en esclavage, à manger n'importe quoi qui leur passaient sous la main. Ce genre d'opinions est très répandue, l'histoire de France commencerait en 1789, voire 1793, s'accomplissant en 1968 et après le 10 mai 1981.

Pourtant Marc Bloch rappelle par la citation suivante quelque chose d'important, dans « l'étrange défaite », en 1940 (en Folio, chez Gallimard) :

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France , ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

En passant, nous rappellerons également ce qu'il dit aux judéophobes avoués ou non et aux judéophiles irréfléchis qui brament à l'antisémitisme à tort et à travers (citation se trouvant aussi dans « l'étrange défaite » :

« Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n'en tire ni orgueil ni honte, étant, je l'espère, assez bon historien pour n'ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu'elle prétend s'appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite. »

Il est évident qu'on ne lit pas assez Marc Bloch, qui avertissait les français sur deux de leurs défauts profondément enfouis encore maintenant, le masochisme quant à leur histoire commune, l'esprit partisan irréfléchi.

image ci-dessous prise ici

Pei.JPGEn 2011, «  identitaire » est devenu une insulte immédiatement assimilable à « fasciste » ou « nazi », un synonyme de xénophobie ou de racisme. Bien que ce soit parfois exact, c'est la plupart du temps un amalgame un peu trop rapide. Les « identitaires » xénophobes ou ethno-différencialistes ont leur utilité, ce sont des alibis commodes, des "idiots utiles" pour tous ceux qui hurlent tout de suite au retour des z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°) dés que l'on évoque la France, le vieux pays, son histoire, son art de vivre, sa culture, qui n'est pas qu'une longue suite de massacres et de pillages ainsi qu'on le laisse entendre depuis quelques années.

Se réclamer d'une identité, de cet art de vivre est considéré comme une faute de goût, comme paternaliste, bourgeois, « franchouillard » (on note que quand le peuple vote comme on lui dit de faire, c'est « le peuple de 1789 et des Droits de l'Homme », tandis que lorsqu'il vote comme il l'entend, c'est un ramassis de ploucs franchouillards).

Les uns se présentent comme « citoyens du monde » (il s'agit surtout pour celui qui dit cela de se mettre en avant, de donner une bonne image de sa personne, c'est rarement sincère), il est de bon ton d'aimer tout le monde donc personne, de se percevoir comme habitant du «  village global » ou planétaire, les personnes parlant d'identité étant pointées du doigt comme forcément haineuses, de vanter les mérites de la mondialisation, économique ou politique, et ce que ce soit à droite ou à gauche.

Les totalitarismes, les idéologues dogmatiques, les fanatiques, les technocrates ou les théocrates aiment beaucoup les individus sans passé ni lignée, ni identité. Il est d'autant plus malléable et docile par là-même.

On le voit dans le passé en regardant « la Déchirure », par exemple, on le voit dans « La liste de Schindler », au Vietnam, au Cambodge, au Laos, après la chute de Saïgon comme en Allemagne nazie, il s'agissait de créer un « Homme nouveau », que l'on estimait libéré des chaînes du passé, tourné vers l'Avenir et le progrès perçu comme évidemment continu.

On voit bien dans le présent, un être humain sans identité, sans mémoire collective, sans identité, est un consommateur idéal, qui réfléchira le moins possible à la société actuelle et ne remettrait que très modérément en question les privilèges des plus riches, il n'a de toutes façons aucun point de comparaison, ne peut s'appuyer sur aucun exemple de grande figure héroïque.

C'est aussi une marionnette facile à manœuvrer pour ceux se réclamant d'une foi religieuse radicale et pure, alors qu'il ne s'agit que de justifier leur appétence au pouvoir absolu.

Là aussi, comme au sujet de l'Éducation, de l'enseignement des lettres en particulier, de la transmission de la culture, on perçoit une alliance objective entre libéraux et présumés libertaires, même si ceux-ci semblent a priori poursuivre des idéaux symétriquement opposés. On voit qu'en réalité, ceux-ci se rejoignent parfaitement. Les libéraux en sont parfaitement conscients, les supposés libertaires sombrent dans le piège par excès d'abstraction, de crédulité et d'utopie, et car ils oublient surtout la nature humaine.

par Amaury Watremez (son site) mardi 13 septembre 2011 - 28 réactions
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