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SOS Etudiant en perdition

 4H00 du matin, le bip strident du radio réveil agresse Marie. Douche, café à l’arrache devant ces notes du dernier cours sur les principes fondateurs de la cinquième république et sa maxime gravée au fronton des mairies « Liberté, Egalité, Fraternité ». Une thèse à pondre, avant la fin du mois, sur ces trois mots et leurs significations réelles aujourd’hui. 

 A 08H00 interrogation écrite, ça va être chaud après la nuit passée avec ce type, comment qui s’appelait déjà ? Ah oui, Serge, chauffeur de taxi, 49 ans, marié et père de trois enfants dont une fille de son âge. Sympa le Serge, il a été correcte, il ne lui a pas demandé des trucs trop tordus comme certains malades et puis avec les 100€, elle va pouvoir remplir le frigo. Marie a eu 18 ans cette année, elle ne sais pas pourquoi mais, elle a l’impression d’en avoir un peu plus.

 Elle se prostitue depuis un an, afin de payer les études, le loyer de son placard à balaie, le transport et la bouffe. Elle a essayé des petits boulots mais ça ne couvrait pas ses frais et elle n’avait plus assez de temps pour réviser ses cours. Elle ne se plaint pas, c’est la seule alternative qu’elle a trouvé pour y arriver. Bien sur, elle n’a pas demandé l’aide de ses parents, ils sont déjà assez en galère comme ça. Le père travaillait dans l’usine de Gandrange avant d’être remercié et avant que l’autre charlot vienne y passer son voyage de noce. La Mère fait des ménages dans les bureaux d’une société de placements financiers.


 Ainsi tourne la machine, il parait que c’est normal, le système « D » qui ils disent, tout droit importé made in América, le modèle sociétale de notre cher président. Dernièrement son amie Agnès est tombée sur un taré qui l’a frappé. C’est vrai que parfois c’est limite. A la fac, une dizaine de ses collègues appliquent le même principe. Il est facile par Internet de trouver des clients. C’est fou le nombre de frustrés qui sont capable de payer pour s’envoyer en l’air avec ce qui pourrait être leur descendance. La société part en vrille et ses individus sont vraiment malades... Marie pense que se prostituer ce n'est qu’un viol consenti et rémunéré. Nécessité faisant loi, en mettant le doigt dans cet engrenage sordide, la situation a pris pour elle un côté risible, presque ludique, mais en même temps un grand mépris des hommes et de cette vie a grandit en elle. Puis petit à petit une déconstruction psychologique c’est mise en marche. Attention, Ce qui importe dans la ferveur de l'adolescence, ce n'est pas le sujet de l'émotion, mais l'émotion elle-même. Certains feront naufrage dans la vérité de cette réalité…

 

 Selon Sud Etudiant, un étudiant qui travaille a 40% de chances en moins d'obtenir son diplôme qu'un étudiant non salarié, ce qui expliquerait, selon le syndicat, que certains se tournent vers la "prostitution". En France, selon les chiffres de l'Observatoire de la Vie Etudiante (OVE), 40.000 étudiants se prostituent pour payer les frais liés à leurs études ! Un étudiant sur 57 ! Et ce chiffre est en dessous de la réalité, nombreux sont ceux et celles qui n'osent pas le déclarer...

 La politique néolibérale menée par les derniers gouvernements de droite comme de gauche ont appauvri une grande partie de la jeunesse. Toujours selon l'OVE, en France, 225.000 étudiants ont des difficultés à payer leurs études, 100.000 vivent sous le seuil de pauvreté et 45.000 d'entre eux vivent dans une situation d'extrême pauvreté. Vu la hausse énorme des loyers, le logement est la part du budget des étudiants qui a le plus augmenté. Pendant ce temps, le montant des bourses n'a, lui, pas bougé... L'accès réel aux études supérieures devient de plus en plus difficile.

 

 Mais croire que ce processus est limité à la France serait une erreur. Il ne reflète que la situation qui se développe dans toute l'Europe. Aucune donnée n'est disponible pour la Belgique, mais l'exploitation, par l'industrie du sexe, d'étudiants confrontés aux mêmes problèmes ne fait pas de doute. Une étude récente de l'université anglaise de Kingston illustre les liens entre augmentation des frais d'inscription et prostitution. De 1998 à aujourd'hui, le nombre d'étudiants forcés à recourir à l'industrie du sexe a doublé en Angleterre pendant que les droits d'inscription ont triplé (aujourd'hui 4.500 € par an en moyenne).

 Plusieurs personnalités issues du corps académique des universités francophones en Belgique, comme le recteur de l'UCL ou l'assistant de l'ancien recteur de l'ULB, ont déclaré récemment vouloir briser le plafond du minerval (aujourd'hui plafonné à 835 €). 

http://www.jeminforme.be/enseignement_superieur/minerval.html

 Ils préparent ainsi consciemment l'opinion à une hausse de celui-ci, pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros ! Selon l'UCL, les frais pour une année d'études sont de 9.278 € en moyenne, ce qui correspond à près de 200 services de ménages en petites culottes. Mais qu'à l'avenir un plus grand nombre d'étudiants soient littéralement poussés à se vendre si les minervals augmentent n'émeut guère les recteurs, les patrons et leurs politiciens. Les Etudiants de Gauche Actifs défendent l'idée d'un salaire étudiant suffisant afin que chacun puisse étudier. Cela mettrait fin au recours à des solutions individuelles extrêmes comme la prostitution. En Italie aussi le phénomène semble plutôt répandu. L'année dernière, on a découvert sur le campus de l'université de Calabre un groupe d'étudiantes Erasmus qui recevaient d'autres étudiants chez elles et couchaient avec eux moyennant finances. Mais il ne s'agit pas toujours de prostitution proprement dite…

 

 L’avenir est dans l’éducation parait-il, demain ce seront les enfants comme Marie qui dirigeront notre monde, enfin ce que l’on en aura laissé. Avec cette rancœur et ce mépris accumulés, je crains le pire, justice serait qu’ils nous le fassent payer.

 Rien qu'avec les 180 millions de l’avion présidentiel, combien de studios d'étudiants auraient pu être aménagés près des universités ? A 37.000 € la nuit au Majestic pour un G(vain), combien de bourses auraient pu être versées aux étudiants. Ce n’est pas une question de moyens et quelques soit la couleur ou les tendances politiques de chacun  réveillons nous ! Car nous parlons ici de nos enfants …

par Gabriel mercredi 30 novembre 2011 - 67 réactions
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  • Par Richard Schneider (xxx.xxx.xxx.240) 30 novembre 2011 17:16
    Richard Schneider

    En un article est résumée la condition de vie d’un grand nombre d’étudiants qui fréquentent - tant bien que mal - nos Université sous l’ère de notre Monarque Vénéré.

    De "mon temps", il y bien longtemps, la vie étudiante - à l’époque on disait plutôt estudiantine - n’était pas toujours facile. Mais elle était joyeuse, conviviale. Si on n’avait plus de pognon, on allait bouffer au rab au RU du coin : il y avait toujours un copain qui, à défaut d’un tikson, allait se resservir avec son plateau, qu’il vous passait ensuite ...
    Nous étions jeunes, fraternels, idéalistes, pleins d’énergie et d’optimisme. Avec quelques certifs ou un vague diplôme, quoiqu’il arrive, on trouvait du travail. Aujourd’hui, avec bac + ..., les jeunes font des stages (non ou très peu rémunérés), ou des interims même pas dans la branche qu’ils ont étudiée ...
    Nous vivons une "drôle d’époque", qui pourrait s’intituler : "La Grande Désillusion " des années 2000...
    L’Europe qu’on nous a vendue ? Rappelez-vous Maastricht :"Votez pour l’Europe Unie, vous aurez la paix, le bonheur et la prospérité  !" Qu’en est-il aujourd’hui ?
    Les étudiants, surtout depuis cinq-six ans, sauf les 1% dont parlent les "Indignés", galèrent, se replient sur eux-mêmes et n’attendent plus rien de l’avenir. Ils n’ont même plus la force de révolter ... Ça ne serait pas passé comme ça à "de mon temps". 
    Fergus l’a bien noté : nos politiques ont laissé se dégrader une situation économique et sociale, à un tel point que "nous", nous ne pouvions même pas imaginer, même pendant les soirs de grande déprime (après un échec à un examen par ex.).
    L’auteur a bien fait d’écrire ce papier, qui nous interpelle sur l’avenir de la jeunesse, chose probablement la plus précieuse d’une nation.
  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 1er décembre 2011 08:06
    Gabriel

    Merci beaucoup jak2pad de cette intervention qui en terme de clichés, comme vous le dénoncé si bien, est loin dans être exempt. Votre discours je l’ai déjà entendu (Les partis conservateurs et moralistes de droite en sont friands), le milieu éducatif et scolaire est peuplé de fainéants et de grévistes, blabla bla etc… Et vous savez quoi ? Les 40 000 étudiants qui se prostituent aujourd’hui en France le font par plaisir et pour devenir riche … Votre honnêteté confine à la bêtise. Merci mille de votre éclairage et de votre savoir vivre plein de certitudes. Ce sont des gens comme vous qui gouvernent ce pays aujourd’hui !

  • Par Viktor (xxx.xxx.xxx.97) 1er décembre 2011 00:11
    Viktor

    Toi, vu que tu poste des messages à la con du matin du soir sur AV, tu ne dois pas payer grand chose...

  • Par Harfang (xxx.xxx.xxx.249) 30 novembre 2011 15:21
    Harfang

    Votre article fait mouche Gabriel...
    Entendons-nous bien, je ne suis pas abolitionniste de la prostitution (j’ai déjà eu l’occasion de me prendre la tête avec Lorelei sur l’un de ses articles) car je pense que c’est irréaliste.
    Mais je suis farouchement opposé à la prostitution contrainte. Or pour moi, une prostitution étudiante rendue plus ou moins inévitable par le manque de moyens financiers a quelque chose de contrainte...

    Père de deux enfants, je m’inquiète de ce que sera leur avenir. S’il font le choix de se prostituer un jour (une fois majeurs), même s’il est évident que je désapprouverais ce choix, je ne pourrais les en empêcher. Mais je ferai tout mon possible pour qu’ils ne soient pas placés devant ce choix simplement parce qu’ils souhaitent faire des études et ne peuvent les financer.

    L’arrogance et le mépris de ceux qui font les choix éducatifs de demain ne cesse de provoquer ma tristesse et ma colère.

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