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Souvenir de Maurice Béjart

Maurice Béjart vient de mourir. Que lui doit la danse française ? Quelle a été sa contribution à son renouveau ?

Il y a eu trois Maurice Béjart : le danseur, le chorégraphe et ce qu’on pourrait appeler le communiquant. Le danseur s’était formé à l’école russe, auprès de Sergeiev à Londres, en 1950, après un passage dans la compagnie de Roland Petit. Il nous reste des films de Béjart danseur professionnel, qui montrent un danseur terriblement gracieux, hautement professionnel, de grande classe et d’une étonnante beauté, interprétant notamment Pierre et le loup.

Pourtant ce n’est pas ce Béjart qui passera à la postérité, mais le chorégraphe. Comme bien souvent, il réagira au vieillissement, qui condamne très précocement le danseur à la retraite, par un passage à la chorégraphie. Ce passage se produit en 1953, lorsqu’il crée La Compagnie de l’Etoile, qui danse ses propres compositions. Béjart chorégraphe connaîtra des hauts et des bas, et sa valeur a été inégale. Par certains côtés, il a parfois été le continuateur du néo-classicisme narratif de Lifar, même si son goût pour les avant-gardes des années 50 l’en distingue. C’est de cette époque que datent ses plus grandes réalisations, qui ont fait date : Le Marteau sans maître, de Pierre Boulez, est une très remarquable transposition d’une oeuvre sérielle. Le Concerto pour une porte et un soupir, de Pierre Henry, est également une grande réalisation qui réunit danse et musique concrète. Bien avant Cuningham, Béjart introduit l’aléatoire dans l’exécution chorégraphique. Surtout en 1957 il crée sa version du Sacre du printemps, qui fera oublier celle de Nijinsky. La chorégraphie du Sacre du printemps est aujourd’hui devenue une sorte de référence, presque inséparable de la musique. Il est devenu impossible de ne pas "voir" ce ballet lorsqu’on écoute Le Sacre, ni de comparer à la réalisation de Béjart toutes les nombreuses tentatives des chorégraphes (près d’une centaine) pour se mesurer à ce grand classique. Béjart, il est vrai, n’a pas toujours eu la main heureuse et il a parfois succombé à la tentation du didactisme et de la narration en matière de chorégraphie. On doit citer parmi ses grandes réalisations des années 60 Le Boléro, et La Messe pour le temps présent.

Mais il y a aussi un troisième Béjart qui est le communicant : il a réalisé une chose très importante qui a été de faire venir le grand public français à la danse contemporaine, qui fait de lui une sorte d’équivalent de Jean Vilar pour la danse. Il y a indiscutablement dans l’histoire de la danse française au XXe siècle un avant et un après Béjart. Avant lui, du temps de Serge Lifar, la danse était perçue comme un art aussi élitiste que l’opéra par exemple, réservé à une petite minorité. Il est le seul, de tous les chorégraphes, à avoir atteint un tel impact auprès du grand public, supérieur sans doute à celui de Roland Petit, certainement moins moderne et moins estimé. Il est vrai que Béjart a souffert de mauvaises relations avec les pouvoirs publics, qui l’ont amené à s’installer successivement à Bruxelles et à Lausanne.

Par ailleurs, à partir des années 70, la concurrence de Merce Cuningham et de la danse américaine en matière de modernité lui a fait perdre une partie de son prestige et de son public. Mais son action pour la popularisation de la danse contemporaine a été si importante qu’il n’est pas faux de dire que la danse française actuelle a une dette vitale vis-à-vis de lui, dette souvent indirecte, et parfois méconnue, parce qu’elle concerne moins l’écriture chorégraphique de Béjart que son action sur le grand public. Il n’y aucun doute là-dessus : si la France est une nation qui danse et qui aime la danse c’est pour une large part à lui qu’elle le doit.

par Jean-Paul vendredi 23 novembre 2007 - 14 réactions
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