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Accueil du site > Tribune Libre > Sparadraps et bouts de ficelles

Sparadraps et bouts de ficelles

Il nous a été donné à lire beaucoup d'articles, des critiques, des mises en place d'actions, à propos du nouveau code du travail. Un remake sensé simplifier et faciliter les choses nous est proposé- c'est beaucoup dire puisque nous autres quidam ordinaires n'avons rien à en dire- pour enfin régler le problème du chômage. Au début, on ne prend pas de recul, on lit, on s'offusque, on se met en colère, on râle, puis on agit sans garantie de réussite. Puis à force, les critiques avisées, les commentaires circonstanciés se mettent en place, on peut se reculer un peu et voir le tableau.

Et que voit-on ? Rien que nous ignorions mais qui, au fil du temps, après moult délocalisations, moult combats dans une branche, un domaine ou un lieu particulier, sur fond d'écologie qui depuis plus de quarante ans nous fait comprendre que la croissance croissante sans cesse est un impossible, le tableau s'éclaircit, se précise plutôt car en réalité il s'assombrit, et relève désormais de l'art hyper-réaliste.

Le tableau est à plat, on a une vue d'ensemble ; pour le détailler, on part d'un côté ou d'un autre sans qu'il y ait vraiment de hiérarchie. On peut prendre ce code, en premier, puisque c'est le dernier-né.

Pourquoi garder un code ? Pourquoi ne pas avouer que nos politiques pourtant grassement payés ne veulent plus rien ? Pourquoi ne pas jeter l'éponge et avouer : démerdez-vous et que le plus malin gagne.

Sans doute leur restent-ils quelques lambeaux de scrupules, quelques réminiscences des combats âpres menés par nos aïeux ? Je n'y crois pas trop. Peut-être ont-ils encore un peu l'idée de faire croire qu'ils travaillent , se préoccupent de nous et réfléchissent ? C'est peu vraisemblable. La seule réponse qui reste à ne pas oser « lâcher » la jungle d'un coup, c'est la peur, la peur de nous. Un choc trop violent peut nous faire réagir, violemment en retour. Mais ils font tous comme ça les joueurs, il tentent d'abord timidement, gagnent, osent aller plus loin, perdent, mais s'accrochent et ainsi de suite. Non contents de ne plus faire de politique, nos drogués du jeu, ayant assuré un minimum leurs arrières- aucun d'entre eux ne se retrouvera sur le carreau- lancent des coups audacieux : l'addiction au pouvoir oblige, ils iront toujours plus loin jusqu'à trop. Y a-t-il un joueur qui une fois fortune

faite à coups de dés, s'arrête pour en jouir ? Y a-t-il un camé qui, sans aide, résiste à la dernière piquouse d'un produit nouveau et tellement plus épatant, quitte à en crever ?

Et puis, vu d'un autre angle : ce code qui n'en est plus, tellement il soutient l'équipe déjà gagnante, quel impact si négatif aurait-il dans un monde de croissance infinie, ou qu'on croirait encore telle ? Ne plus souder ici mais devoir le faire ailleurs, changer juste mes trajets, y perdre ici des copains mais m'en refaire ailleurs, ou bien changer de branche parce que justement j'ai envie d'autre chose et l'occasion m'est donnée de pouvoir me former, quel mal ? Partirait celui qui en a envie ou que cela ne dérange pas, resterait le plus sédentaire que tout changement turlupine. Ou bien mettre de côté pour partir en famille, tant que les enfants sont petits, faire un tour du monde, une balade, un changement d'horizons, puis savoir qu'en rentrant on retrouvera de quoi gagner sa vie.Cette « mobilité », cette « flexibilité » ne seraient plus à sens unique. Et surtout , pouvoir dire « non » au patron trop gourmand parce qu'à côté on peut aller et que les conditions et la paye sont meilleures. Mais aujourd'hui il s'agit donc de légiférer la restriction, il s'agit de faire semblant d'être juste ou efficace dans un monde qui exclut de plus en plus de gens.

Mais dans notre monde rétréci où la peur de n'avoir plus de quoi rend les gens prêts à tout, la nécessité d'un onguent, d'un leurre, ne se fait même plus sentir.

J'ai l'impression qu'on essaie de nous vendre le libéralisme comme l'opportunité d'aventure, la précarité comme une vigilance nécessaire à une vie vivante ; mais bien sûr ! empêchés de nous encroûter, nous n'en serions que plus heureux ! Mais on oublie de dire que cette aventure n'est pas partagée, pire, qu'elle n'existe quasi pour personne, chacun se flétrissant dans son rôle, son domaine de compétence mais qu'elle n'existe sûrement pas en tant que risque pour ceux qui la promeuvent ! Quand on risque on peut perdre mais inciter au risque sans rien risquer soi-même... comment dit-on ?

Il me paraît clair qu'on ne peut même plus raisonner en termes classiques, je veux dire accuser tel ou tel politique d'être sournois, arriviste, menteur ou traître, et de vouloir en changer. Je ne pense pas aux tous pourris non plus, mais bien aux tous aveugles, aux incompétents ou aux tous peureux. Changer ne change rien, et pourtant, cela fait déjà un petit moment ! Un petit moment que l'on devrait savoir que la situation modèle l'être et de de là, le reste est inconnu. Comment voulez-vous que celui qui est servi au moindre claquement de doigts puisse comprendre celui qui sert ?

Si l'on comprend qu'aller de l'avant comme auparavant est une impasse, il nous faut tout simplement inventer, ou subir.

Ce papelard sur le travail n'est pas seulement indigeste, il est répugnant, dégoûtant ! Parfaitement inutile puisqu'il pose une dérégulation totale, enfin si, utile à dire : vous n'avez droit à rien et vous n'avez plus aucun recours. C'est un cap de mijoter des lois de ce tonneau. Mais le thermomètre de la populace peut monter, il n'est pas cassé, et le sang bout. Et pourtant, qu'est-ce qui pouvait bien nous faire croire qu'on y échapperait puisque c'est le mode de fonctionnement de tous les pays qui se disent avancés ?

 

Si j'étais peintre je déverserais beaucoup de rouge beaucoup de jaune sur la fin de ce voyage

Car je crois bien que nous étions tous un peu fous

Et qu'un délire immense ensanglantait les faces énervées de mes compagnons de voyage

 

Est-ce le même voyage ? Nos guerres sourdes apparemment lointaines qui nous giclent aux cœurs à chaque tournant de page, notre espace rétréci, nos voisins rabougris des rêves échafaudés trop tard, et qui n'ont plus le savoir ancestral d'organiser les privations pour pouvoir vivre quand même, ensemble. Beaucoup d'argent encore s'affiche qui fiche un coup de blues à ceux qu'on évincent discrètement.

Le fond du tableau est gris comme un brouillard avec quelques volutes de ci de là qui font un semblant d'éclaircie, dans lesquelles les voyants sont au rouge comme pour en interdire le passage. On s'y rue s'y agace, on s'y perd. Beaucoup, encore rivés à leur nombril, n'arrivent pas à se voir sur le tableau ; comme restent encore quelques épargnes, quelques retraites, quelques salaires qui se partagent entre soi, et tiennent bien que courbé, chacun debout. Comme celui qui décroche un contrat même sommaire se sent l'élu des dieux, le commun, l'appartenance au groupe est un vieux souvenir. Nous ne sommes pas prêts pour la phase finale ; nous ne sommes pas près de l'empêcher.

Nous perdons notre énergie en de vaines remarques mais nous sommes tous dans l'addiction, le repli ou l'abandon. De cet abandon naissent parfois de belles initiatives, des luttes se mènent qui rarement sont gagnées, mais le lot du commun c'est d'être ballotté. Les nantis à fonction sont la risée des autres alors qu'ils crèvent de n'avoir plus le lieu de servir, les enfants, les malades, les vieux, les pauvres, les maltraités, les rejetés. Mais comme ils ont encore leur paye on les conspue d'envie. Ou bien on les confond avec d'autres qui paperassent à l'envi. C'est étonnant de voir, partout toujours l'argent vanté non plus seulement comme réussite d'une vie, mais comme gage de bonheur. Il ne sert à ceux-là qu'à supporter le mal vivre.

L'argent ne fait pas le bonheur mais aide bien à supporter le malheur, disait mon beau-père qui en était pourvu. Est-ce un but ? Est-ce un bien ?

Nous partons de mauvais pieds en restant dans la fange des valeurs dévoyées, nos rêves en sont tout étriqués. Et si nous gagnons de ne pouvoir jeter l'ouvrier par l'humeur gâtée d'un patron drogué aux gains, nous avons encore fort à faire avant de reconstruire un monde ensemble où gorgés d'énergie, dopés de rêves, exaltés de donner, heureux de recevoir, comblés de partager, l'ouvrage serait aisé. Trop peu ont connu cette plénitude pour vouloir la réédifier. La propagande hallucinante pour un bonheur intime ou du moins circonscrit aux proches, -alors que l'intimité s'affiche, se dénude, s'offre à qui n'en veut pas et que bien souvent la promiscuité est mal vécue-, jette cul par dessus tête toute harmonie. L'harmonie, on n'en a plus idée. On bosse et on se distrait ; on ne bosse plus et on se déglingue. Et cela a l'air d'être normal. Et cela m'étonne et m'effare.

Le loisir est une consommation, être guidé, suivre les chemins balisés dans un programme pré-mâché, rien à voir avec des balades en bande ou main dans la main, rien à voir avec la contemplation d'un paysage, rien à voir avec des repas festifs où la bière ou le vin font chanter. Et pourtant j'en connais, des hédonistes qui pagayent ou grimpent, volent ou plongent comme un retour émerveillé dans la matrice. Et puis de ces rêveurs qui créent leur monde, lent, loin des vicissitudes. Mais le gros des troupes loisirent pour oublier.

Il y a une déconnexion totale, l'acceptation d'une scission de l'être qui fait force de loi nouvelle : oui, on bosse, on subit, on donne, et puis il y a les fins de semaines, les congés pour décompresser. Pas besoin de vacances, de congés quand on fait ce qu'on aime avec passion, car le croire nécessaire est, déjà, une acceptation.

Mais je suis proche du centre, loin du périphérique, à côté de vos plaques dans un monde idyllique et pourtant très concret, enraciné, sensible, mais pas dénué d'utilité.

Il nous faut bien coder notre monde puisque nous l'avons laissé se faire avec tant de pressions, d'oppressions, de contraintes, mais faire croire qu'ainsi on crée un ordre, on égalise, quelle foutue prétention ! Les politiques n'en peuvent plus, ils veulent lâcher prise ; que les pollueurs polluent, que les catastrophes catastrophent, que les sparadraps pètent sur les tuyaux percés, que les bouts de ficelles soient rongées par des souris ou l'usure du temps, que les gens s'entre-tuent dans la rue, que les pluies inondent, que les tempêtent arrachent toitures et troncs, que les malades et les vieux crèvent, on n'en peut plus à la fin ; et que la majorité des travailleurs qui s'ingénient à mettre ces sparadraps, ces bouts de ficelles en finissent ; qu'ils s'en aillent tous ! Mais alors, avec les impôts de ceux qui restent pour les payer, oui, ils iront encore faire commerce au Moyen-Orient, leur table est délicieuse, et ils se fendront, encore, d'un petit discours de fin d'année.

Dans ce miroir tendu comme un tableau achevé, on ne s'y verra plus, horde bigarrée sans forme ni figure, et les cris de douleur interdits seront censurés.


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14 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 7 mars 12:12

    Dans un monde fini, il y a des limites à tout sauf à l’impudence de ceux qui sont au pouvoir par la grâce de nos votes.

    Il y a réellement un problème de légitimité. Ceux qui sont élus pour occuper des postes de responsabilités, le sont en fonction d’un programme et d’une philosophie. S’ils trahissent l’un ou/et l’autre, ils ne sont plus légitimes et doivent quitter le pouvoir.

    Là où rien ne va plus, c’est que ces hommes, une fois élus, considèrent qu’ils peuvent décider sans avoir de compte à rendre aux électeurs. Ils peuvent faire l’inverse de ce qu’ils avaient affirmer pour emporter nos suffrages sans recevoir aucune sanction.

    Théoriquement, l’Assemblée Nationale peut renverser le gouvernement mais dans ce cas, ils risquent de retourner devant les électeurs, ce qu’ils détestent le plus. Le 49.3 est donc un moyen sûr de forcer leur approbation sur les textes les plus scélérats. Cela s’appelle du chantage.

    L’arnaque est que c’est le Président qui gouverne en réalité et lui, personne ne peut le renverser. Il peut changer de premier ministre et dissoudre l’Assemblée d’un claquement de doigt et mener la politique la plus réactionnaire ou la plus belliqueuse sans que personne ne puisse s’y opposer.

    C’est inadmissible et dangereux surtout lorsque l’on tombe sur un fourbe, une fripouille, un toquard ou un fou dangereux.

    Il est grand temps de changer tout ça.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 mars 12:50

      @Daniel Roux
      C’est le monde à l’envers !
      Ceux qui sont élus ne décident pas, et ceux qui décident ne sont jamais élus.
      ( FMI, OCDE, BCE, Commission européenne).


      Vous voulez savoir ce que raconte Christine Lagarde, élue par personne ?
      « La France a besoin d’une vent de réformes, j’espère qu’il y aura des Lois Macron 2, Macron 3 etc »
      Vous avez votez pour l’élection de Mme Lagarde ?

    • alinea alinea 7 mars 14:10

      @Fifi Brind_acier
      Fifi !! Ils ont décidé de ne pas décider, ils ne plient pas sous la contrainte, ils y tiennent à leur place ! Ce sont de gentils relais ( valets) volontaires de la dictature que les leurs ont mise en place !
      Lordon dit, dans une vidéo que j’ai retrouvée sur Avox d’à côté, qu’il y a deux manières de sortir de l’Europe : par le bas, ou par le haut.
      Par le bas, chacun retourne chez soi et on avise pour les alliances futures ; par le haut si nous sommes assez nombreux pour vouloir changer de cap.
      Aujourd’hui ceux qui gouvernent trouvent ça très bien... Hollande qui dit à Obama : il faut faire vite pour le TAFTA ! entre autres !! Coupables et responsables, bien sûr !


    • alinea alinea 7 mars 14:19

      @Daniel Roux
      Un contrôle sur les élus, et la fin de la professionnalisation, c’est urgent ! Nous avons mis en place deux castes ; celle des capitalistes est à foutre en l’air, mais plus facile pour nous, celle des élus !
      Je suis de loin l’initiative du mouvement pour la 6ème républlique, mais je crois qu’il faudrait s’y coller !


    • Abou Antoun Abou Antoun 8 mars 10:40

      @Daniel Roux
      Il est grand temps de changer tout ça.
      Oui, grand temps. La Vème a été taillée sur mesure par de Gaulle, pour de Gaulle. La France était alors engluée dans une guerre coloniale après en avoir perdu une, et le régime des partis peinait à nous sortir de ce bourbier. L’arrivée du ’sauveur’ a donc été acceptée même par les communistes, ses ennemis ’officiels’. Bref il y avait un consensus pour un régime fort dirigé par un homme fort. Il s’agissait d’un régime autoritaire mais on ne peut pas parler de dictature.
      La donne a changé. La France gaullienne était encore une puissance économique, militaire, diplomatique. Le pays n’a cessé de décliner depuis, et il a abandonné sa souveraineté au fil des traités signés ici et là avec ou contre l’assentiment populaire.
      Rien dans La France d’aujourd’hui ne justifie un pouvoir personnel comme celui que détient le président élu. Sa gestion des affaires de l’État est une vraie caricature. Lancer le pays dans des guerres coloniales en Afrique sans aval du parlement, sans la moindre protestation dans la presse muselée, c’est grave. Ce n’est qu’un exemple.
      Est-ce le fait du hasard ou bien le résultat d’une loi, je ne sais mais les individus qui sortent des urnes pour enfiler le costume de président sont de plus en plus médiocres, le comble étant atteint avec Sarkozy et Hollande, mais en fait Chirac, moins caricatural, ne valait guère mieux.
      Il convient donc de revenir à un régime de type parlementaire en essayant de donner un réel pouvoir au gouvernement, qui doit être responsable devant le parlement. Le Président doit être un symbole et un recours mais il doit abandonner ses pouvoirs spéciaux (défense diplomatie).
      Il faut en outre en finir avec la politique traditionnelle, celle des ’carrières’ politiques. Il faut innover, trouver des solutions pour que les élus servent le pays et non s’en servent.
      Il est sans doute préférable de changer les choses par une constituante que par l’insurrection.


    • bakerstreet bakerstreet 7 mars 12:20
      Bonjour. 
      Bon article toujours brut de coffrage
      Le dessin c’est pas mal, mais avec la couleur, même si c’est plus difficile, c’est bien plus joli. Le tableau, c’est comme la vie, on peut le peindre avec les pinceaux, avec les doigts, et il y en a même qui vont ça au couteau. 
      On n’est pas obligé de suivre les recettes des écoles, de croire qu’on n’est pas doué, ou au contraire qu’on est doué. Au bout du compte, même si vous êtes content de vous, arrive le moment de la confrontation, où il faut l’accrocher au mur. Et alors les autres vous disent ce qu’ils en pensent ! Alors on rentre dans la fureur du monde et ses doutes. 
       Un peu comme un article qu’on fait aussi. Certains penchent la tête d’un coté puis de l’autre, et vous disent « c’est intéressant », ou « c’est pas mal du tout ». Au bout du compte, hors l’avis de ceux qu’on aime, qui nous connaissent, on sait que ça ne compte pas vraiment ; ah si l’avis des enfants est important, bien que parfois ils mentent un peu, contrairement à la légende « un enfant ne ment pas ». Et bien si les enfants adorent mentir, tout est jeu. Ils ont raison, ils sont dans l’instant. C’est notre grande faiblesse. il nous faut beaucoup d’effort pour retrouver cette magie du regard. Le monde est à nous si l’on parvient à nous débarrasser de quelques oripeaux. Ils ont la force en eux. Ce sont eux qui dansent sur les décombres. Toute notre vie nous la passons à courir après l’enfant disparu, à lui mendier un sourire, loin du tumulte des boursiers, mais ces gens maintenant ne crient même plus comme des poissonniers ! Le réel devient de plus en plus illisible, numérisé, et la force de nos contestations et de nos compétences et de nos regards critiques se dérobent. 
      Faire le vide en nous, respirer, marcher, voilà l’essentiel, la grande fortune est dans notre regard et notre respiration. 

      • alinea alinea 7 mars 14:13

        @bakerstreet
        Le tableau d’illustration est celui qu’avait fait Sonia Delaunay pour illustrer la Prose du Transsibérien !!

        (je reviens !!!)


      • alinea alinea 7 mars 16:51

        @bakerstreet
        Un enfant sait mentir, mais aussi, la vérité sort de sa bouche car il n’a pas encore acquis toutes les ficelles de l’hypocrisie !
        Faire le vide, oui, je suis adepte du Bouddha et j’ai eu des périodes mystiques dans ma vie ; seulement voilà, l’état du monde nous touche si on ne peut ou veut s’en protéger par des barrières bien artificielles.
        On peut se faire croire beaucoup de choses, mais si on ne le veut pas, attentif, sensible à l’air du temps, on ne peut plus, dans sa bulle, vivre son bonheur.
        Le monde m’a rattrapée, et dieu sait que j’en suis à côté ! Mon impuissance m’étrangle mais je n’ai pas le regret d’être une locomotive qui saurait entraîner derrière elle les bonnes volontés car rien de moi ne pourrait y souscrire.
        Mais si on pouvait ne pas se voiler la face, prendre cinq minutes pour faire le point et admettre l’inadmissible au point de savoir qu’il faut entrer dans la lutte. En sachant qu’il n’y a pas de lutte finale !
        l’enfant disparaît ? Pourquoi ?
        Je n’en sais rien, moi- enfant est si vivant, si présent, toujours.
        Vous m’aviez dit un jour que j’avais tous les âges, c’est peut-être que je n’aime pas jeter !!
         smiley


      • bakerstreet bakerstreet 7 mars 17:57

        @alinea
        Tout le monde en vieillissant devrait avoir les ages qu’ils ont eu avant, mais bien peu s’en rappellent ; c’est bien dommage, car c« est une des grâces qu’on gagne en vieillissant. Cela permet de se projeter dans les gens qu’on rencontre, de sourire comme quand on lit un beau poème en voyant un couple d’amoureux, de comprendre un tant soi peu la problématique d’autres, de relativiser leur montée d’hormones, et ce qu’ils appellent leur liberté. 

        Beaucoup ont tué depuis longtemps l’enfant qu’ils avaient en eux, normalement. Nous passons la majeure partie de notre vie pour accumuler des choses dans notre bac à jouets, réalisant un peu tard, qu’il faudra rendre tout cela avant de partir.
         »L’enfer c’est les autres«  ?...Assurément la possibilité d’exister sans briller et avoir besoin du regard des autres est structurante. Le contraire mène en enfer, dans la frustration permanente, bien qu’il faut être un tant soi peu grégaire, faire des efforts, comme une gymnastique. Mais enfin chacun fait avec son moi profond. Les flagorneurs resteront ce qu’ils sont. on les a repéré souvent déjà sur les bancs de l’école. Leur trajectoire ne nous surprendra pas , si jamais on va sur facebook, à la recherche du passé dans une opération un peu maléfique ressemblant au portrait d’oscar wide. Une chose que je n’ai jamais fait, déménageant, préférant garder le passé sous cloche, à la limite l’écrivant, le transfigurant. Le passé n’est jamais mort, il nous habite, autant l’enfant que nous étions qui s’agite en ces premiers jours de printemps, qui nous dit »remue toi un peu" ...Bientôt il disparaîtra se cachera, et nous laissera éberlué comme un percepteur orphelin devant une feuille d’impôt trafiquée, avant de renaître à la surface des choses....Au fond, il n’y a que des instants. 
        Et dedans comme des poupées gigognes, il y a les livres, les regards, la magie de l’animal que l’on caresse et qui nous renvoie ses vibrations tranquilles, les rayons de vélo qui brillent au soleil, et encore les pages pleines d’images, de vies pantelantes qui nous aspirent. Impossible de savoir au fond qui l’on est. Philipp K dick avait bien raison. 
        Bonne soirée à vous

      • fred.foyn Le p’tit Charles 7 mars 12:24

        +++++ Le « changement » à largement prouvé son inutilité, et démontré le contraire de ce qui était prévu, à savoir plus de bien être pour le peuple..Plus on avance plus nous descendons dans l’échelle sociale avec un amoncellement de lois sur le code du travail...qui aboutissent TOUTES à déréguler ce code qui avec le temps, est devenu l’auberge espagnole...Anne ma soeur Anne ne voit plus rien venir... !


        • Le chien qui danse 7 mars 12:40

          Bonjour, lu sur le club de Médiapart

          Entrepreneure, je m’oppose à la loi travail :

          L’attaque frontale contre le Code du Travail suscite aujourd’hui une réaction massive qui pourrait être enviée par les futurs déchus de nationalité, les actuels déchus du droit de vivre dignement après avoir fuit la misère et nous autres déchus des libertés individuelles, sacrifiées sur l’autel de la sécurité collective. C’est que nous avons vraiment touché le fond. Ou plutôt, la guerre qui ne disait pas son nom a enfin montré son vrai visage.

          D’un côté, les entrepreneurs courageux qui prennent des risques. De l’autre, le peuple salarié qui les brise dans leur élan par le simple fait de revendiquer timidement son existence.

          Voilà donc le gouvernement qui vole à mon secours. Merci, patron !

          Lorsque je me suis lancée dans la création de ma propre entreprise, j’ai parfois été félicitée pour mon courage. Pourtant, je ne suis jamais parvenue à comprendre à quel moment cette noble vertu entrait en jeu dans mon cas. Si la créativité qui pousse les uns à se lancer dans l’inconnu pour donner vie à une idée jugée belle ou séduisante n’est pas rare, nous autres créons nos sociétés pour nous arracher de l’emprise du monde du travail actuel, fortement hiérarchisé et rarement juste envers les employés et leurs différents horizons, un monde où la marge d’action personnelle se situe invariablement dans le tunnel étroit des décisions prises en haut. Ce choix est donc celui du moindre mal, rien de courageux en somme.

          Le courage d’un importateur-grossiste comme moi se résume à vendre sa marchandise aux clients en espérant que la conjoncture économique ne l’écrasera pas avant l’heure et, éventuellement, en faisant des entorses à sa conscience, car il sait qu’il participe à la destruction écologique de la planète et que, parfois, cette idée lui pèse vraiment.

          Le courage d’un agriculteur se résume à produire toujours plus de nourriture en déversant sa rage sur les administrations incapables de le protéger de la voracité des centrales d’achat. À l’exception, bien sûr, de quelques courageux pour qui l’idée de détruire le sol qui les nourrit est véritablement insupportable.

          Le courage d’un cordonnier ou d’un boulanger du coin se résume à réparer les chaussures de ses clients ou à leur vendre du pain, tout en sachant que les chaussures et le pain sont des besoins simplement éternels.

          Le courage des grandes entreprises industrielles, lui, s’exprime par la fuite délocalisatrice ou destructrice pure d’emplois et, par là même, du tissu social qui alimente la vitalité économique du pays et fait vivre l’importateur-grossiste, l’agriculteur, le cordonnier et le boulanger.

          L’entrepreneur n’est pas un Prométhée qui sacrifie son foie à l’Aigle du Caucase pour offrir à son pays des millions d’emplois. Il se veut maître de son destin, mais oublie parfois que ce destin est indissociable de celui des autres – acheteurs de ses lots, de ses produits agricoles, de son savoir de cordonnier ou de son pain – et que quand ce destin s’assombrit comme aujourd’hui, l’obscurité s’abat sur tous.

          On nous dit que l’entrepreneur est courageux, car il prend des risques. Or, le principal risque qu’il prend est celui de se retrouver dans le même bateau que les salariés et de devoir chercher un travail, alors qu’il cherchait la liberté. On nous rappelle qu’à tout moment, il peut perdre ce dans quoi il s’est tant investi. Les salariés de Goodyear qui ont donné des années de leur vie à une entreprise pour laquelle ils se sont battus jusqu’au dernier souffle ne disent pas autre chose.

          Le monde du travail dans l’économie néo-libérale s’apparente étrangement à celui instauré par l’Union soviétique au moment où elle a décidé de tourner le dos à l’émancipation marxiste. Comme en URSS, il est structuré de haut en bas. Comme en URSS, il broie l’initiative individuelle dans la machine managériale. Mais l’univers néo-libéral réussit un tour de passe-passe particulièrement pervers – là où l’URSS effaçait tant l’initiative que la responsabilité individuelles au profit d’un objectif collectif décidé au sommet, le capitalisme moderne refuse la pleine participation des salariés à la vie de leur entreprise tout en les accablant de la responsabilité la plus totale – celle d’être les seuls à payer pour les errements, volontaires ou pas, de leur direction. Là où l’Union soviétique n’exprimait sa violence répressive que dans la sphère idéologique – le pays interdisait purement et simplement le licenciement, mais pouvait éliminer physiquement l’individualité politique - la cruelle machine néolibérale, qui érige l’individualisme en vertu absolue, tue l’individu en tant que force productive pour en faire un soldat de la productivité au service du capital. Les jeunes d’aujourd’hui sont sommés à avoir envie de devenir milliardaires – il faut quand même des happy few - car, désormais, la seule fonction de l’humain est de nourrir les milliards de son propre sang. Voilà donc Prométhée-ouvrier, voleur du feu sacré qui, jour après jour, donne son foie à l’Aigle de la Finance. Parlons donc du courage…

          Le gouvernement et le Medef m’expliquent que si je ne parviens pas à embaucher, c’est parce que je ne pourrai licencier demain – tragédie à laquelle il faut répondre pas l’élimination méthodique de tout ce qui pourrait me freiner. Seulement, pour embaucher, il faut déjà que mon bolide accélère. Or, il est coincé dans un embouteillage général, le carburant vient à manquer et l’autoroute même se dégrade à vue d’œil. Car aujourd’hui, plutôt qu’investir dans les infrastructures durables au service de tous, on préfère donner la main au secteur financier, bien connu pour son sens de discernement l’incitant à gonfler des bulles de savon de dimension planétaire et pour son calme stoïque se traduisant par des paniques boursières à tout va, qui préfère investir dans la seule certitude actuelle – celle du démantèlement et des délocalisations. Take the money and run, un vrai projet de société. Ce n’est pas la peur des prud’hommes qui me freine, monsieur Gattaz. Ce qui me freine est votre chantage aux licenciements, car ma survie dépend de ceux qui pourraient céder à l’envie d’acheter mes produits une fois qu’ils ont payé leurs factures, leurs produits agricoles, leurs chaussures et leur pain.

          Faut-il, pour autant, protéger le Code du Travail actuel contre vents et marées ? J’avoue honnêtement que je ne le pense pas et ce, pour des raisons, pardonnez-moi cette prétention, philosophiques. Pour la petite patronne que je suis, notre Code du Travail cristallise une dichotomie qui ne me fait guère plaisir. Car ce terme qui me désigne me hérisse franchement le poil. Le Code du Travail me situe d’un côté de la barricade, le salariat de l’autre et les prud’hommes au milieu pour négocier la trêve quand la bataille a déjà fait trop de morts. 

          Si l’on veut apaiser et dynamiser l’esprit d’entreprise et encourager un maximum de citoyens à entreprendre, il est indispensable d’associer les salariés à la propriété de leurs structures productives, car c’est le seul moyen de garantir une adhésion à long terme à un projet collectif d’avenir, tant à l’échelle d’une entreprise qu’à celle du pays. Un véritable projet qui remplace le repli « protectionniste » visant uniquement à protéger l’actionnariat des grandes entreprises ou à permettre aux PME-PMI de survivre en dégraissant au maximum et en attendant que la tempête passe. Pour en finir avec les licenciements, économiques ou boursiers, il faut en finir avec nous, les patrons.

           


          • alinea alinea 7 mars 13:51

            @Le chien qui danse
            Superbe texte de cette femme entrepreneur ! sûrement pas cotée au CAC4O ! et qui finit en beauté, en faisant allusion aux coops, quelle forme qu’elles puissent prendre au commencement !
            Si créer son entreprise tient à une forme de caractère différente, à une opportunité, ce n’est sûrement pas assez admirable pour être récompensé par le droit de prendre et jeter, sans humanité !
            Cette mise en hiérarchie des travailleurs, tous nécessaires à l’entreprise est la première valeur à sortir de nos têtes ;sans pour cela adopter l’arrogance, dernier rempart de dignité pour certains, mais bien vivre le partage, du but, des moyens, des finalités.
            Merci


          • C'est Nabum C’est Nabum 25 mars 08:07

            Alinéa

            Comme le dit mon Poisson rouge, voila un article de fond !

            Je nage dans la félicité à la lecture de vos remarques toutes plus pertinentes les unes que les autres. Je rêve d’un amour impossible avec un colibri afin de changer radicalement le paradigme de cette société de l’absurde

            Merci


            • alinea alinea 25 mars 09:33


               smiley
              Oh, C’est Nabum, ma remarque d’hier n’était pas du tout en rapport à mes articles ou une demande quelconque !!
              Mais c’est gentil quand même !!
              Bonne journée

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