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Strasbourg : l’incroyable impunité des casseurs

Samedi soir, après la manifestation monstre anti-OTAN qui a eu lieu à Strasbourg, la victoire est totale pour Sarkozy et ses alliés de circonstance, les casseurs, présents en masse. La manifestation prévue n’avait aucune chance de pouvoir se dérouler. 

Il faut reconnaître ses défaites et c’en était une samedi pour le Mouvement pacifiste, inaudible tant la journée s’est déroulée dans un désordre indescriptible. Pas une seule fois le cortège n’a pu se former. Pas une seule fois le programme prévu par les organisateurs n’a pu se dérouler. Pas une seule fois au cours de la journée le cortège n’a eu l’occasion de se constituer, chaque débandade devant une charge policière en suivant une autre... Une heure avant le départ du cortège, celui-ci était déjà coupé en deux et les casseurs affrontaient déjà (durement) les policiers. Un peu plus tard, le concert s’interrompait à cause d’un envoi de gaz lacrymogènes particulièrement vigoureux à proximité ; mais les casseurs, présents partout, attaquèrent pendant l’échappée des camions de CRS progressant en sens inverse, provoquant une nouvelle riposte policière et une débandade dans la débandade... À 13 heure, heure de départ théorique, le cortège n’existait pas, une partie des gens cherchant les leurs, l’autre partie observant la mise à sac et parfois à feu du mobilier urbain et de bâtiments (hôtel, pharmacie, poste de douane, câbles du tramway, etc.). Parfois, une banderole suivie d’une poignée de militants marchait en suivant l’itinéraire prévu, dans le bon sens, mais c’était somme toute rare et très insolite. Devant un décor de guerre, je vois un couple de militants assis : la femme pleure. L’après-midi ne fut qu’une succession d’échappées devant les charges policières, le cortège déplaçant avec lui les casseurs qui n’arrêtaient une action que pour en démarrer une autre et qui n’ont pas laissé une minute de répit aux policiers et aux manifestants de toute la journée. Des casseurs visiblement préparés, organisés et déterminés, quasiment professionnels. 

À 16 heure, dégoûté, je quitte le cortège en me demandant ce que je fais là, « quitter » étant un bien grand mot car la souricière était hermétiquement close. Je désapprouve la violence ; je n’ai pas le pouvoir d’y mettre fin mais j’ai par contre celui de ne pas m’en infliger le spectacle. De mon petit refuge qui se révélera plus tard bien fragile, je vois l’hôtel Ibis brûler jusqu’au toit et le cortège passer dans un sens ou dans l’autre, parfois dans la précipitation, tandis que le canon à gaz lacrymogène tonne.

L’action des casseurs servant les intérêts du pouvoir, il était compréhensible que la police n’essaye pas de l’arrêter, ou si peu, mais les forces « de l’ordre » n’en ont dès lors plus que le nom... La police s’appliqua par contre à réprimer indistinctement les manifestants : selon des témoignages directs et indirects recueillis sur place, canon à eau, flash-ball et tazer furent utilisés contre des manifestants non-violents, parfois les mains en l’air (sic). Il est vrai que les casseurs étant vêtus de noir et ayant leur visage dissimulé, il n’était pas facile de les reconnaître... 

Je m’attendais à des casseurs avant, après ou à côté du défilé mais certainement pas dedans. Le concept est formidable car d’une part cela justifie de brimer les manifestants dans leur ensemble, et d’autre part parce que les militants n’ont aucune parade. Lorsque la personne à côté de vous tombe d’un coup de tazer, vous courez ! Toute discipline vole en éclat. Les militants n’ont pas la vocation ni les moyens de se substituer à la police dans sa mission de maintien de l’ordre, surtout face à des casseurs aussi nombreux. L’absence de tentative pour arrêter les casseurs suggère qu’il y avait un ordre de laisser dégénérer, et non une mauvaise organisation policière. D’ailleurs, les forces « de l’ordre » étaient invisibles, sauf les barrages de CRS bien sûr. Si Sarkozy estime qu’un manifestant est un sous-citoyen qui ne mérite pas d’être protégé (ni la banlieue défavorisée de Strasbourg), une nouvelle ère de brutalité s’ouvre pour les opposants politiques et le Mouvement pacifiste doit s’y adapter, par exemple en privilégiant d’autres formes d’action comme les forums et les conférences. Sa participation à une journée comme celle de samedi a peu de chances d’éclairer le public sur les enjeux liés à l’OTAN et de gagner son soutien. Il y avait peu de place à Strasbourg pour la rencontre, le débat et l’échange, les manifestants n’étant que du bétail promené ici et là à coups de gaz lacrymogène.

Le nombre des interpellations samedi, 25 selon le chiffre qui circulait samedi soir, est dérisoire et conforme à la quasi absence d’initiative policière observée sur le terrain. La déclaration de Nicolas Sarkozy selon laquelle il souhaite que « les casseurs soient punis avec la plus extrême sévérité » est rien moins que l’exact opposé de ses actes.

Yves Ducourneau, le dimanche 5 avril 2009

 

PS : C’est devenu un jeu : sur toutes mes photos il y a des cagoules noires, y compris lorsque je ne cherchais pas en particulier à les photographier. Vous aussi, jouez à les compter dans l’image ci-dessus !




par yvesduc (son site) lundi 6 avril 2009 - 197 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par jaja (---.---.---.132) 6 avril 2009 11:01
    jaja

    Revenant de Strasbourg je peux affirmer que les manifestants sont tombés dans un traquenard et une provocation policière. J’étais avec mes deux filles dans le cortège du NPA lorsque les CRS ont tiré au flasball sur notre groupe qui défilait normalement blessant plusieurs personnes dont une de mes filles touchée à la jambe...

    Les blessés ont été hissés sur le camion-plateau du NPA. Nous étions alors coincés de toutes parts et il était impossible de s’éloigner de la pluie de lacrymogènes qui nous tombait dessus. Devant des affrontements CRS- Black blocs, derrière les CRS qui avançaient en tirant des gaz et au flashball...

    Pendant un moment il y a eu un mouvement de foule qui aurait pu être extrêmement dangereux, des gens paniqués refluant vers l’arrière pour fuir les lacrymos alors que les derniers avançaient pour fuir les gaz tirés de l’arrière...

    Contrairement à ce que dit l’auteur ce n’est pas un nombre d’arrestations dérisoires mais plusieurs centaines dont beaucoup n’avaient rien à voir avec les affrontements. De même pour le nombre de blessés dont beaucoup ont été soignés sur place par des médecins militants puis transportés au Village sans avoir été comptés par les autorités. C’est le cas pour ma fille...

    Il faut aussi noter dans la manif la présence de nombreux jeunes de Strasbourg et la solidarité des habitants qui nous passaient de l’eau par les fenêtres, hélas bien rares de ces quartiers industriels désertiques. De tout cela les médias à la botte ne parlent pas mais qui ça peut sincèrement étonner ?

    Il faut aussi savoir que la zone était si bien cadenassée par les flics qu’une bonne partie des manifestants n’ont pu joindre la manif, bloqués sur l’autre rive dont une partie du SO du NPA....

  • Par hand87 (---.---.---.11) 6 avril 2009 11:02

    J’étais étudiant en 1986 à Paris VI lors des manifestations contre la loi Devaquet.
    Je me souviens avoir vu de mes propres yeux des jeunes gens ,le cheveu ras, avec des matraques cachées sous les blousons, discutants avec des officiers CRS juste devant l’entrée du parvis de Jussieu.

    Peu de temps après on les retrouvait toutes matraques dehors à affronter les étudiants.

    Autres temps, mêmes moeurs ....

    Les casseurs et appariteurs ont toujours hélas fait partie des tactiques employées par les forces de désordre !

  • Par John Lloyds (---.---.---.92) 6 avril 2009 10:52
    John Lloyds

    "l’incroyable impunité des casseurs"

    Pourquoi tenir à ce que les casseurs soient punis ? N’est-ce pas une violence contre une violence, on pourrait même dire une violence contre une provocation ?

    Pour mémoire, on pourrait faire un petit historique de l’histoire :

    • Je m’appelle Sarko, et je vous emmerde
    • Je m’aligne sur les états-unis et je vous emmerde
    • Je vais vous coller mon sommet de l’Otan sous les yeux et je vous emmerde
    • Je vais bloquer la ville avec les forces de l’ordre que vous financez avec vos impôts et je vous emmerde
  • Par COLRE (---.---.---.3) 6 avril 2009 10:57
    COLRE

    L’absence de tentative pour arrêter les casseurs suggère qu’il y avait un ordre de laisser dégénérer, et non une mauvaise organisation policière.

    C’est clair comme le jour !!! quand on sait comment les forces dites de l’ordre, en fait les forces du désordre, réussissent à tuer dans l’oeuf toute manifestation (voire les brutalités policières envers les étudiants et enseignants depuis 2 mois !), il est ÉVIDENT qu’il y avait non seulement un ordre, mais une infiltration et une participation

    Depuis les années 70, on connaît…

     

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