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Accueil du site > Tribune Libre > Sur la « déréalisation du monde »

Sur la « déréalisation du monde »

Je reprends ici une expression fournie par un lecteur attentif d’un de mes précédents articles sur l’engagement citoyen. Trouvant personnellement l’expression juste et intéressante, la vocation de cet article est donc de préciser ce que pourrait recouvrir une telle notion. Quelques références avant de commencer : Le lièvre de Patagonie, de Claude Lanzmann ; Archimondain Jolipunk, de Camille De Toledo (ce livre s’inspirant lui-même des œuvres d’Hakim Bey et de Deleuze-Guattari) ; Décoloniser l’imaginaire, de Serge Latouche (théoricien de la décroissance) ; Après la fin du monde, de Mickaël Foessel (reprise notamment des thèses de Kant puis des phénoménologues allemands) ; La gauche n’a plus le droit à l’erreur, de M. Rocard et P. Larrouturou ; Dictionnaire politique à l’usage des gouvernés, sous la direction de Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc. Mon propos se veut ainsi être une synthèse très libre de ma pensée et, notamment, de ces six lectures récentes ; rien ne saurait faire autorité : point de départ et certainement pas aboutissement péremptoire, il s’agit ici uniquement de fournir des pistes intellectuelles pour les lecteurs intéressés, et, éventuellement, d’ouvrir un débat trop peu présent à mon goût dans les espaces médiatiques traditionnels.

Le monde est-il en train de disparaître sous nos yeux ? A l’heure de la mondialisation des cultures, de la numérisation massive et instantanée de toute production humaine, du recul exponentiel de la biodiversité, de la finance toute-puissante, moins une histoire d’hommes désormais que de supercalculateurs, des menaces nucléaires civiles et militaires, comment définir aujourd’hui le fait humain ? Je laisse le soin aux anthropologues de répondre à cette question, et me contenterai ici de relever quelques phénomènes qui participent selon moi à l’appauvrissement de la vie humaine et au sentiment d’enfermement partagé par moi et certains de mes contemporains.

Dans mon esprit, un monde « déréalisé » serait un monde où aurait disparu, partiellement ou complètement, toute forme de « bon sens ». J’y vois là une tragédie de la condition humaine : mus par une curiosité et une inventivité à double-tranchant, l’on semblerait devoir multiplier les entreprises, sans toutefois réaliser vraiment la portée à moyen ou long terme de celles-ci. A l’arrivée, l’Homme finit par ne plus avoir prise sur rien, alors même qu’il évolue dans un monde refaçonné à son image. Cette thèse est désormais assez répandue, et la vieille notion grecque d’ « hybris » revient au goût du jour.

Quelques millénaires après l’invention du biface, voici donc pour rappel quelques grandes caractéristiques du monde dans lequel nous vivons désormais : une complexité géopolitique telle que chaque jour des massacres contre les peuples sont perpétrés sans que personne ne soit en mesure de réagir, des Etats vivant 2, 3 ou 4 fois au-dessus de leurs moyens, une bulle financière mondiale représentant 10 ou 100 fois la valeur des échanges économiques « réels », des ordinateurs qui décident, à la nanoseconde près, des valeurs des monnaies et des matières premières, et donc des terrains et terres arables, et donc de la vie des hommes qui vivent sur ces terres (je note sur ce point que les réactions de « désobéissance civile » commencent à se multiplier). Il s’agit d’une grande fuite en avant, dont beaucoup commencent à penser qu’elle ne peut nous conduire qu’à la catastrophe, financière certes, mais surtout économique et sociale, politique, avec peut-être un risque de troisième conflit mondial, et écologique. Le monde condamné à s’embraser donc pour avoir voulu tourner trop vite dans l’atmosphère, en oubliant la notion même du temps, dépossédé de son passé et confondant son présent avec un futur mythifié.

Avec une telle organisation, quel est le visage de nos sociétés ? Atomisation des individus, disparition des cultures traditionnelles au profit de l’hégémonie du modèle libéral américain, impuissance annoncée des institutions d’Etat, avènement de l’Homo Economicus. Des individus arrachés à leurs racines, parfois à leur insu, et qui, au travers du discours médiatico-culturel et publicitaire, se voient quotidiennement enjoints d’agir afin de ne pas périr. Etre se confond alors non seulement avec Avoir, mais avec Apparaître, quand le dictat de la communication et du réseau social se fait toujours plus prégnant. De son côté, le discours managérial continue de propager le message injonctif et normatif « créativité-performance-réussite ». Mais avec ce que l’on sait désormais objectivement du monde, comment croire encore à son image édulcorée et mensongère affichée massivement en 3 x 4m dans tous les espaces publicitaires de nos villes ? Le discours politique, enfin, est tout aussi fallacieux, dont l’objectif tacite participe d’une vision idéale et absurde d’une société soi-disant libérée de tout risque et de toute menace. Sommes-nous tous devenus aveugles, comme aiment à le rapporter les partisans des théories du complot ?

Sans être majoritaires, je crois au contraire qu’il existe de nombreuses personnes qui, sans forcément tout réaliser de ce qui est en jeu (j’en fais partie), récusent une telle conception de la vie et qui, dans leur volonté d’engagement, sont alors confrontées à des difficultés supplémentaires : la disparition par éclatement et virtualisation des centres de décisions politiques, économiques et financiers. Beaucoup se contentent alors d’un combat sur le mode de la revendication ; mais, si cela peut s’avérer légitime (et ce n’est pas forcément toujours le cas), l’engagement ne saurait de toute façon se limiter à réclamer des droits pour telle ou telle « catégorie » de la population (« catégories » d’ailleurs souvent fabriquées de toute-pièces par le discours officiel et au moins en partie réfutables : « les femmes », « les jeunes », les « gens de couleur », les « handicapés », etc.). De surcroit, le choix du combat à mener s’avère cornélien : l’adversaire est-il seulement la finance, comme on l’a entendu récemment de la bouche d’un futur président ? Ou bien serait-ce le combat écologique qui, de par son caractère d’urgence, devrait mobiliser toutes nos forces ? Pour le premier, la lutte semble plutôt hors d’atteinte du citoyen lambda, et davantage relever d’un devoir du politique de reprendre prise sur les transactions mondiales depuis trop longtemps dé-régularisées. Pour le second, de nombreuses organisations existent, et, les champs de bataille ne manquant pas, les actes de résistance sont quotidiens. Le problème, c’est que la question écologique est structurelle, et les combats éparses, s’ils sont nécessaires, risquent bien à terme d’être nettement insuffisants.

On voit que s’il s’agit de lutter contre un monde devenu absurde par bien des aspects, il s’agit au moins autant de lutter contre la représentation faussée qui nous est faite de ce monde, et que cette lutte nous concerne tous. L’expression « déréalisation du monde » participe pour moi de ces deux caractéristiques. Mais il serait irresponsable de ma part de présenter cela comme une fatalité, et je me dois de rapporter ici des entreprises qui existent déjà pour tenter d’y parer. Celles-ci sont de natures très différentes. Du point de vue théorique, les penseurs de la décroissance me semblent les plus importants pour imaginer une alternative aux mécanismes complexes dont j’ai présenté ici un bref aperçu, leur objectif n’étant pas de penser un monde plus juste au sein d’un monde moderne et mondialisé, mais au contraire de définir les bases nouvelles d’un monde post-moderne, dont le premier objectif serait de se réapproprier enfin à la fois notre environnement, et notre humaine condition. Un peu partout, et bien que très peu médiatisé, ce monde post-moderne est déjà en voie de réalisation, et dans ce domaine les entreprises les plus simples sont à encourager. Dans une toute autre approche, et de manière sans doute un peu inattendue, je me permets aussi de renvoyer à mon article « Regard politique sur les sciences » qui se donne pour objectif de montrer comment un regard neuf sur la science peut également participer de cette lutte contre l’absurdité de l’idéal positiviste néolibéral. Enfin, je pense qu’entre un monde déréalisé et une humanité jamais complètement perdue, il existe un espace qui ne saurait être un autre que celui de l’Art et de la littérature. Dans ce domaine, des entreprises bien connues ont existé pour tenter par exemple de lutter contre l’aliénation des individus et des sociétés par une langue trop pauvre et trop normée, je pense par exemple, en vrac, à l’esprit des poètes de la Pléiade, à Rimbaud, à Kafka, Elfriede Jelinek, Kerouac, au Nouveau Roman français, etc. (il y a sans doute là un sujet d’intérêt, bien que n’ayant personnellement pas les connaissances suffisantes pour le traiter). Au XXIe siècle, son pouvoir me semble moins évident, tant parce que les auteurs peinent à garder une véritable indépendance (le pouvoir de « récupération » de la « méga-machine » est véritablement impressionnant) que parce qu’il y a de moins en moins de lecteurs vraiment concernés dans la société d’aujourd’hui (combien de sujets purement littéraires ou artistiques dans le débat public actuel ? Littéralement aucun, il me semble). Et si les artistes autonomes existent encore, il semble que ce ne peut être désormais que dans l’ombre (le parcours du chanteur et poète Dick Annegarn est à cet égard aussi édifiant qu’exemplaire).

Théoriciens, artistes autonomes, simples citoyens : il faut donc ici saluer tous ceux qui, à leur manière, tentent de lutter chaque jour contre la déréalisation du monde. Je termine alors sur cet appel : s’il le souhaite vraiment, chacun peut à son tour faire partie de cette informelle communauté...


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17 réactions à cet article    


  • Hermes Hermes 19 avril 2013 14:56

    Bonjour,

    OUI, soyons réellement, et le monde sera réellement. La reconquête de l’espace intérieur, de tout le corps physique - pas seulement l’intellect - cette reconquête est corrélée à la redécouverte du monde. Alors on se sait avec.... la con-science est un gout de la vie plus qu’une idée !

    Bon WE smiley


    • Claus D. 19 avril 2013 18:26

      Bonjour,

      Merci pour votre réaction favorable, il est toujours heureux d’avoir la confirmation que des gens ont con-science des « phénomènes » que j’évoque dans l’article.

      Bon we à vous aussi


    • Claus D. 19 avril 2013 18:36

      Sans me prononcer sur le contenu en lui-même du travail réalisé par Matthius, rédacteur sur ce site et que je viens de découvrir, il fait sens pour moi de saluer en commentaire de mon propre article la démarche de cet auteur. A sa manière, il fait partie de ces gens de l’ombre que j’évoque et lutte lui aussi pour une réppropriation de la réalité, en misant sur la compréhension générale de l’histoire de notre pays. Par ailleurs, il semble opter pour une démarche holistique dont j’ai déjà fait l’éloge lors d’une autre publication. Cela est suffisament rare pour le souligner donc.


      • Claus D. 28 avril 2013 12:32

        Puisqu’il s’agit aussi de trouver des moyens d’action collectifs, voici quelques liens vers des sites d’organisations non-politiques intéressantes. Toutes proposent des démarches globales destinées à reprendre prise sur nos propres vies, et à tenter de laisser une planète viable à nos enfants. Un défi incroyable donc :

        www.colibris-lemouvement.org

        www.negawatt.org/

        http://change-the-course.org/what-should-the-course-be,content/

        http://www.fondation-nicolas-hulot.org

        http://www.roosevelt2012.fr/

        http://www.citoyens-resistants.fr/

         

         


      • Claus D. 13 juin 2013 17:00

        Je rajoute une référence qui commence sans doute à être connue :
        www.france.attac.org


      • Darkhaiker Darkhaiker 19 avril 2013 19:26

        Nous sommes atomisés et tétanisés depuis les idées de mai 68, dans des luttes sectorielles (...) tournantes et détournantes. Nous tournons en rond, déroutés de Tout, aux deux sens : propre de l’action, et figuré, des valeurs essentielles sur lesquelles la vraie vie est censée se baser. Nous sommes en déroute, infiniment plus qu’en fausse route. Ou alors, disons, fausse couche, non, avortement.

        Mais c’est le contraire du tout-tout-de-suite qui fera que le monde changera, plutôt que nous ne le changerons. La vie n’a pas de « secteur », la société n’est pas une secte, le monde n’est pas une version à mettre à jour.

        Non pas que 68 ait été une imposture, mais il l’est devenu, pour les deux camps qui s’affrontent. Il n’a jamais rien eu à voir ni avec le pouvoir établi ni avec la contre-culture qui le sape (binôme infernal), dans un nihilisme de plus en plus pur. 68 est venu d’ailleurs et de plus loin, avant d’être dévoyé. Il était une réunion spontanée inattendue, une sorte de révélation, une promesse que nous n’avons pas tenue, alors qu’il fallait tenir, simplement, sans jeter le bébé, ni rien du tout avec.

        Mais 68 est devenu n’importe quoi d’abord, et puis le pire, enfin. Normal, en ce monde, ce qui vaut est volé.
        Mieux aurait valu rien. Mais maintenant nous le savons et nous le faisons, ce qui est toujours réduit à un rien, comme il y tant de gens de rien, qui sont tellement essentiels, tellement tout. C’est le contraire : sans eux...ne vaut.

        Éviter l’égoïsme générationnel du pouvoir intellectuel, la première et dernière corruption. Personne n’est créateur de rien. Les vrais artistes le savent et le disent, mais on ne croit pas dans l’art : on s’en sert, comme du reste, comme de la confiance de l’autre, surtout quand il est jeune et fragile, vrai, sacrifié d’avance (on n’en a jamais fini des sacrifices humains). Tout est si utile !

        Les racines souterraines de 68 ne sont ni politiques ni culturelles, elles sont liée au vide laissé par la faillite d’un système d’imposture globale tombant en ruine, qui n’a jamais rien eu de démocratique, et la faillite de valeurs traditionnelles qui ne permettaient pourtant pas encore ni l’égoïsme ni la déshumanisation.

        Oui, c’était un interdit. Mais on a fini par...l’interdire, sous prétexte qu’il n’était pas parfait, et qu’il fallait de la perfection pour être heureux, une perfection de produit humain industriel, lisse, froide et tranchante, kafkaïenne, divine (Ô Marquis...).

        Les racines de 68 n’ont jamais été culturelles pour la bonne raison que 68 était au départ, dans ses racines sociales profondes, une révolte contre le monde moderne, depuis au moins la premier séisme liquidateur de la Grande Guerre.

        Mais comme cette révolte était une révolte contre le matérialisme, elle fut vite déracinée et remplacée par les théories modernes du progrès et de leurs basses justifications, avec notamment leurs principes de plaisir et leurs soi-disant droits (« nous irons tous au paradis »). « Champagne pour tout le monde !... » Gauche caviar pour tous.

        Or le matérialisme est ce qui transforme spontanément la richesse en misère, comme dans les contes de fées, pour les marchands de rêves. Tout ça est tellement humain, trop humain, à la nausée (sentiment de retour vicieux de basse animalité). Personne n’a vraiment pu résister, ni même identifier la subtile et fatale décompensation programmée. Ou personne n’a voulu refuser une occasion pareille !

        68 fut d’abord une révolte contre l’absurde condition de l’homme dit moderne. Bernanos, Camus et beaucoup d’autres y avaient beaucoup travaillé. Mais on nous l’a vite fait oublier. Devenue un impitoyable intégrisme modernisateur, qui fait aujourd’hui l’une de ses plus belles tables rases, avec sa soit-disant crise mondiale, affamant la planète, comme furent savamment affamés certains français, avant la Grande Révolution, pour bien faire comprendre ce qu’est le bonheur normal, une fois pour toutes.

        Les terreurs économiques et écologiques sont du côté « problématique » de l’action, et le « malaise dans la civilisation » vient d’une perte de toutes les valeurs éprouvées, donc éternelles, qui avaient permis de construire des civilisations de « bon sens ».

        La situation objective de perte des valeurs, de « conscience malheureuse » de cette guerre catégorielle de tous contre tous, est l’objectif même des forces qui ont entrepris la destruction (dé construction en novelang) du « vieux monde ». Démoralisation, dévitalisation, corruption de ses forces vives (la jeunesse du vieux monde).

        Nous savons tous, au fond de nous, qu’il n’y a pas plus de vieux monde que d’homme nouveau, que cette utopie est un crime contre l’humanité et contre le monde lui-même, qu’il s’agisse de nihilismes culturels ou de dominations matérielles, oeuvrant de concert, derrière les dissonances de façade du marteau et de l’enclume.

        A ce niveau, il n’y a pas même complot, il y a sabotage pur, bestial systématique (images de ces « révolutionnaires » éternels saccageant les oeuvres d’art et la mémoire de « l’autre », l’ennemi, comme on peut ravager une femme) et psychologique (la perversion, ce raccourci automatique de la barbarie) de tout ce qui fait barrière à un transhumanisme prétendant liquider le vieil humanisme des vraies valeurs, et tout d’abord le traditionnel, cette horreur obscure et absolue (philosophie éternelle, telle que définie par Aldous Huxley).

        Tout matérialisme est au moins autant inhumain que le furent ces prétendues religions de « fonctionnaires de Dieu ». Dans un combat pour la liberté (celle de ne pas faire ce qu’on ne veut pas faire), le dualisme est toujours son allié le plus (auto)destructeur (morales, dialectiques, doubles contraintes, bipolarisations et binairismes, catégories de couples, et toute ingénierie cléricale d’un matérialisme (rationaliste) moderne, minant les piliers du monde comme tout enracinement humain.

        Il n’y a pas d’issue en ce sens. Pas d’issue dans les théories du négatif ou de tout genre. Fausse route. Nous sommes fourvoyés. Le retour à l’essentiel n’est évidemment pas un retour à l’essentialisme, puisque le matérialisme est la dernière incarnation de celui-ci (mais qui la verra encore demain, si on ne s’en occupe pas maintenant ?).

        L’important est le retour au Tout, qui n’est pas totalitaire (les vieilles totalités, de droite et de gauche), mais qui se définit négativement : tout ce qu’on ne peut absolument pas enlever ou réduire, c’est à dire rien. Pour un vrai sens commun (ou « common sens » orwellien), il faut tout « conserver », mais dans une visée neuve ou retrouvée, toujours réévaluée, comme à chaque printemps générationnel humain.
         
        Comment a t-on pu un jour se laisser aller à croire qu’on pouvait toucher à l’intégrité du monde, la maîtriser ? La posséder. J’ai honte à et de Descartes.
         
        Pas seulement par le repoussoir de « l’intégrisme » (toujours le même sale dilemme, la dualité qui neutralise et vicie et soupçonne l’atmosphère entière, Ô Saint Barthélémy !). L’intégrité n’est pas la partie d’un tout, ni toute la partie, elle est un tout, qui n’est rien s’il n’est pas identique à lui-même (il est des animaux qui refusent la domesticité romaine byzantine).

        L’une des racines du mal est un certain anti-humanisme fondé sur un égoïsme religieusement scientifique (la science puritaine d’une drôle de Croisade), en ce sens qu’il se présente comme un nouvel humanisme, un humanisme supérieur (comme il y aurait des hommes supérieurs), un humanisme « augmenté » (comme nos gains hédonistes, et nos profits de futurs seigneurs de l’humain), un transhumanisme, en un mot. Voilà le grand rêve qui nous tue et tue toute Nature, depuis toujours (rebaptisée environnement en novlang, alors qu’elle est le coeur du monde).

        Le mal est l’aversion et l’inversion des valeurs.

        La question écologique, structurelle ? Oui, mais autant que toutes les autres, c’est pourquoi il n’y a pas de « question ». Il n’y a que les réponses têtues des faits, naturels et humains, surnaturels et surhumains (plus-qu’humain).

        L’écologie n’est pas un socialisme, elle est un humanisme (pas sartrien, s’il vous plait) et même un surhumanisme : tout est lié et surlié (chaînes, champs, interfaces, corrélations, circulations, échanges...). L’écologie n’est que le nouveau nom du monde, de l’ancien monde, cru scientifiquement éliminé en théorie (donc la modernité trans- ou post-machin un le retour masqué du pire religieux). Mais les mots ne sont que des mots : si le dit-trans ou -post est bon, on prend. Cependant, il n’y a malheureusement aucune chance.

        L’écologie n’est que le retour au monde, à la réalité, le retour du monde, comme le retour du sens, l’éternel retour...Mais nous acceptons qu’elle soit une nouveauté pour un monde qui a cru pouvoir se passer de Nature. Pour ceux, comme nous tous, qui ont subi ce mensonge dès le plus jeune âge.

        « Lutter contre la représentation faussée du monde ». Oui. Le monde n’est pas une représentation, il est, c’est un existant, une intégrité propre. Sa connaissance réelle aboutit à la fin de la naturelle de sa représentation, devant sa présentation, son hexis, pourrait-on dire avec un peu d’humour, puisqu’en principe, c’est l’humain civilisé qui se « présente » dans son bon savoir être orthonormé.

        La réalité du monde est la réponse, la réponse est dans cette réalité seulement. Réalité immaîtrisable, mais aimable, au sens d’amour et d’amitié. Apprendre à aimer, à respecter (d’abord l’ennemi), non à haïr ou mépriser, là est le secret, le vieux secret, du Taoïsme, de l’Odyssée, d’un Christ ou d’un Martin Luther King (…).

        Abandon de l’idéologie de la croissance, oui. Par la maîtrise de soi . Libérer les sciences de toute idéologie, oui. A condition de retrouver les sagesses, pas une nouvelle sainteté d’imposture en perfection humaine.

        Le monde de l’Art, oui, non bourgeois, l’art éternel, non « représenté », un art brut ou très raffiné, seul vrai lien libre avec le monde et ses propres oeuvres... Libérer l’Art, oui, le rendre aux gens. Un art de vivre fonctionnel, « rythmant la vie » (Rimbaud), utilitarisé ni militarisé, pour tous, mais pour s’élever, se dépasser, pas s’abaisser, pas régresser ( puisque le progrès est la vertu de ce qui est, par rapport à sa disparition prochaine).

        A ce sujet il faut bien voir et savoir que l’art n’est pas plus l’expression du monde que de l’humanité, contrairement aux idées reçues, ce qui fait que l’art s’est toujours fait seul, en dehors de toute « volonté ». Mais, interdits de liberté de nous-mêmes, nous ne pouvons plus le comprendre : nous croyons plus aux diplômes qu’à la plus élémentaire vérité de création anonyme.

        Pas d’art sans ombre : il est notre part d’ombre, positive ou pas. L’ombre étant ce qui est toujours menacé d’être nié, depuis l’enfance de l’Art.

        Contre la déréalisation du monde, et de l’autre côté du miroir, il y a cet impondérable et imprenable enracinement des gens, un Notre-Dame-des Landes à l’intérieur des gens, dès qu’il ne cherchent plus de distinction, mais se révèlent, révèlent les communautés de la vie. Oui. Dans la mesure de l’indiscernable. Donc cet impondérable n’est pas contre, il est derrière, en arrière-plan des déréalisations programmées. Attendant le retour du vrai monde. Le retour du réel éternel.


        • Claus D. 20 avril 2013 20:23

          Voir remerciement collectif plus bas


        • volt volt 19 avril 2013 20:11

          je ne suis pas sûr que vous ayez réussi à donner réponse à votre titre parce qu’il ne me semble pas que cela soit possible sans tout une définition de la réalité, du réel, etc. - on est parti pour quelques années.

          vous n’êtes pas sans savoir que les famines sont millénaires, qu’avant l’Occident, les guerres ont toujours été saisonnières, encouragées, continues, que tout cela, même mis en spectacle, a toujours été là. 
          c’est en tout cas l’impression que donnent certaines vidéos en ligne qui chaque année prédisent là fin : que 2012 fut bizarre, que 2013 déjà est pleine d’événements étranges - merci, on connait... doit-on leur répondre.
          votre usage du mot « catastrophe » semble juste oublier qu’il suppose la « strophe », et que si cette dernière est donnée, d’autres sont possibles...
          quant à situer « le mal », n’hésitez pas à opter pour les « consciences », ce monde est donné comme tel parce qu’ainsi voulu et représenté, ce n’est donc aucunement la moindre menace physique qui en viendrait à bout.
          il faut faire désormais l’hypothèse du plus difficile : que la vie elle-même aurait un destin technique.
          que toute cette instrumentation soit va se hisser au point de devenir encore plus dominante, soit en tous cas demeure comme extensions diverses.
          quel destin est en vue ? soit la poursuite de l’actuel jusqu’à son aboutissement : c’est-à-dire la grande ville avec la grande poubelle infinie autour (on y est déjà plus ou moins) ; soit l’atomisation avec surgissements divers de totalitarismes colorés (en cours également) - cela dit au vu du « progrès » des techniques en regard de la régression des individualités...

          enfin, le plus important pour vous : votre vision de la littérature suppose qu’il y aurait des sujets « purement littéraires », c’est ici la source même de la déréalisation que vous survolez ; la littérature tient le plus grand pouvoir, tout le réel y gravite, tout le secret est là, porte de sortie, parachute, raybans et crème solaire, tout y est !.. lisez heidegger sur les poètes, ou encore cette petite phrase dans ses essais sur la technique où il chuchote qu’une littérature programmée serait la conséquence directe du contrôle des naissances... mais chut, c’est l’autre versant, il suffit d’un vrai roman.

          • Darkhaiker Darkhaiker 20 avril 2013 09:30

            Volt, vous dites vrai quand il pointe le fait que le littéraire pur est la source même de la déréalisation. Et que pour situer le mal on peut opter sans hésitation sur les consciences. Raison de considérer que tout est dans la représentation, y compris de considérer ce constat comme une représentation.

            L’erreur serait donc de travailler une image, ce que nous ne faisons plus que faire, croyant avoir tout fait, comme d’autres, tout aussi impuissants, font des loi. Il y a image quand on décide qu’une image vit à notre place, il y a réel quand une image nous ramène à notre place, par analogie naturelle.

            Si l’image est fabriquée, nous sommes instrumentés, elle n’est plus prise de conscience, elle est une prise de notre conscience, prise de possession, aliénation, colonisation de l’esprit.
            L’image est le contraire de quelque chose à quoi on doit se conformer : si elle est vraie, elle est libre, n’impose rien à personne, et disparaît vite, sans rien demander en retour. Elle est une figure de l’intelligence et de la liberté. Ceux dont le métier est de créer des images sont des imposteurs.

            Une image vraie se crée toute seule, sans l’aide de personne, et surtout pas d’on ne sait quel inconscient ou refoulement. Les enfants le savent mieux que personne mais ne peuvent pas en parler, ce qui fait que souvent il sont vrais. Ils n’ont pas encore été éclatés en sujet-objet pensant, avec un qui regarde en soi et l’autre qui est regardé.

            Une image vraie n’est aucunement un miroir. Elle est un signe du monde à notre esprit et inversement. Il faut donc déprogrammer notre imaginaire, neutraliser nos conditionnements perceptifs dans une attitude de neutralité, comme quand on écoute quelqu’un intensément. On ne pense pas une image, elle nous fait penser. C’est pourquoi il faut être en accord avec elle.

            On ne peut pas subir une image, on l’accepte ou on la refuse sereinement, sans la combattre ni chercher à la nier ou à la propagander. Elle est une relation au monde, un signe de sens, de corrélation, qu’on est libre ou capable de suivre ou non. La première liberté est par rapport aux images. Et d’abord de savoir ce qu’est une image. Une image d’horreur ne fait pas de nous des monstres, une sorte de fantasme ne fait pas le passage à l’acte.

            Ce qui incite à répondre à une image qui sollicite n’est rien d’autre qu’un accord secret (inconscient) préalable : si vous dites, par exemple République, il y a un réflexe pavlovien, mais rien ne nous oblige à y céder plus que devant la première sollicitation sexuelle de la part d’une personne inconnue, sous prétextes que nous sommes citoyens d’une démocratie du bonheur obligatoire.

            L’image qui vise à compenser une misère est toujours un piège. Le but d’une représentation est de pallier à une absence, pas d’y répondre : la photo d’une personne aimée ne suffit pas, elle confirme, elle n’est qu’un repère. Elle n’est pas un outil ou un but en soi pour le désir (…).

            Si l’image est purement imaginaire, elle n’est plus qu’un leurre, un simulacre dangereux, destiné à faire prendre des désirs pour des réalités, quand elle ne peuvent en être le reflet. Elles ne sont que des reflets du désir, qui désire le désir du désir...On connaît le principe du plaisir : toujours plus, par tous les moyens, sans fin. Sans but, sans sens, sans réalité.

            Nous savons tous quelles sont les images qui nous « gouvernent ».
            Il n’y a pas de risque : ce ne sont que des signes. Rien ne nous oblige à les suivre, ni même à les voir : elles ne sont que des séries télé industrielles de la conscience. Bien sûr, nous sommes la « cible ». Mais ne saurions-nous pas nous défendre ?

            Je me souviens de ces salles de ciné Art et Essai de années 70 et 80 où la salle entière éclatait de rire devant l’imbécillité des pubs proposées : il y avait une communion incroyable de lucidité. Nous étions encore maîtres de nous face à la propagande. Depuis, les pubeux se sont rapproché de nous, ils nous tiennent par la main et par bien autre chose.

            Pourquoi et comment nous sommes-nous laissés approcher ? Pour quel avantages, quels profits, quels vautrements, quels compromis ? Qui nous influence et nous demande de ? Avec qui avons-nous « négocié » ce que nous sommes devenus ? Quelles raisons inavouables ont fait que ? Que respectons nous encore de nous-mêmes et du monde ?

            Ne vivons nous donc plus que par la procuration d’un produit d’art industriel interdit-autorisé sur paiement : image de nous même dans un monde totalement contrôlé, « représenté » ? Qu’est-ce que la vraie littérature ?

            Pour moi la réponse est très simple : comme pour les personnes qu’on aime, il faut faire très attention à la désacralisation des sentiments. Autant qu’aux sentiments sous influence. Un sentiment qui n’est ni spontané ni libre est une tragédie grecque de boulevard. Personnellement je n’ai jamais trouvé la dignité humaine risible ni applaudissable.

            Quand on aime le vrai spectacle, on n’aime plus la société : on sait très bien que ça n’a rien à voir. La vie n’est pas un spectacle, le spectacle est ce qui n’est pas la vie. Il est une catharsis, une distance, pas le contraire. Tous les tyrans le savent qui ne prisent guère les non-propagandes. Combien de temps encore accepterons- nous d’être les sales tyrans de nous-mêmes ?

            La déréalisation, c’est comme la désintoxication, ça commence maintenant : pour « réaliser » il faut au moins y croire. Pour y croire aucune image suffit : la liberté n’est ni une image, ni un désir, ni un raisonnement ni une volonté de, ni un acte, ni un principe. Donc laissons agir ce qui « reste » de fait. Réaliser c’est retourner au monde et à soi, c’est une sagesse qui n’a rien de nouveau.


          • volt volt 20 avril 2013 11:29

            c’est drôle que vous parliez d’image.

            je ne crois pas par contre à l’image en soi, même côté enfant, c’est toujours une gestalt pour une conscience qui la reçoit ou surtout la construit...

            mais parlant littérature, je mettrais plus l’accent sur le fait que le pouvoir évocateur du mot est ici supérieur, il suscite des images - l’inverse étant moins évident.
            on pourrait référencer ici longuement, genre : deleuze, ou surtout sartre, pas mal, ou encore freud - qu’est-ce que le mythe de la « représentation insocnsciente » ? où donc se trouve-t-elle si elle est pas consciente ? etc.

            ailleurs, je parlais de l’argent comme représentation de la volonté, c’est pensable économiquement, théologiquement, philosophiquement, etc. 
            un homme s’est trouvé pile sur ce carrefour, dès le tout début de sa carrière, nietzsche, ce fut sa chance, il rédigeait « la naissance de la tragédie » au croisement entre le principe dionysiaque, qui est encore une dynamique énergétique, et le principe apollinien, qui est plus lié et qui tire les cordages de la représentation - de déliaison à liaison donc, la construction de l’image ou même du mot, tout est là...

            freud, sans le savoir, va plus loin là-dessus : il conditionne la présence psychique de l’image à sa remémoration nécessaire, et définit cette dernière comme tributaire de la notion de « frayage » qu’il reprend à exner dans l’esquisse : pour lui ce qui va faire la « trace mnésique » conditionnant toute image, c’est qu’un faisceau neuronal va être « frayé », c’est-à-dire ouvert et retraversé plus d’une fois ; or cette histoire de frayage est surtout lisible en négatif donc, comme on défriche, une image représentée est ainsi d’abord quelque chose comme le paradoxe (au niveau inscription) d’une « dé-(re)présentation », comme si toute image était d’abord en creux dans le cerveau...

            sur la « déréalisation du monde », il me semble que si l’Oeuvre se poursuit (je veux dire ce qui est déjà par exemple lisible comme génocide culturel actif sur des restants de demeurés de France par BFM antre autre), il suffira que les androïdes qui surgiront (déjà annoncés avec application) dans nos portables, il suffira donc qu’y soient réunies (dans ces androïdes) les conditions du savoir mentir, du savoir rire, branchés sur une mimétique du plaisir et du déplaisir corporel, pour qu’en moins d’une décennie, l’homme descende dans le singe (avec ou sans « non mais allo quoi »), c’est alors... après la guerre contre la musqiue, qui succèdera à celle contre la parole, que les effets corporels des textes les plus anciens se feront ressentir dans les corps collectifs des singes conservés à des fins musuelles, avant de se révéler comme incontournables dans tout langage-machine imaginable. 
            vers la fin du 24e siècle les ravages seront terribles, lorsque par exemple les androïdes auront constaté que le génocide des derniers singes est inutile au regard du centrage langagier et programmatique de cet ouragan ; seul l’auto-débranchement final de la Centrale sur le réseau des planètes supra-singières, rendra enfin les homoncules restants à leur loisir. 
            plus doués en sifflottements divers qu’autre chose, deux ou trois bougies s’allumeront ça et là, avant que soudain quelqu’un n’entonne « j’ai du bon tabac... » au seuil de la grande promenade dans les ruines, vers 2388.
            hélas ce sera aussi l’heure ou plus aucun australopithèque n’aura la moindre idée de ce que c’est que l’électricité par exemple.

            bref BFM, je me méfie pas mal.

          • Claus D. 20 avril 2013 20:24

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          • philouie 19 avril 2013 20:59

            en cadeau.
            quelques vers de Manset,
            c’est tiré de « Langage Oublié »

            Dans les jardins de XXIème siècle
            Où les enfants clonés jouent sous les arbres
            Le chagrin, la gaieté, ont la couleur du marbre
            Et rien n’est plus de ce qui fut aimé
            Et rien n’est plus de ce qui fut aimé
            Souvenez-vous de ces longues gorgées
            De cette eau pure le ciel était gorgé

            Dans les jardins du XXIème siècle
            Où les enfants clonés jouent en rêvant
            A ce que furent la chair, les larmes et le sang
            Quand rien n’est plus ce qu’il était avant
            Quand rien n’est plus ce qu’il était avant

            Souvenez-vous de ces chansons anciennes
            Ne reste plus que le filet de vent
            Qui fait tourner là-bas les éoliennes
            Dont les longs doigts s’étendent sur la plaine
            Souviens-toi que je t’aime
            Rappelle-toi les mots
            Je sais qu’il faut se détourner de toute chose humaine


            • Darkhaiker Darkhaiker 20 avril 2013 08:18

              Dans les jardins de XXIème siècle
              Où les enfants clonés jouent sous les arbres
              Le chagrin, la gaieté, ont la couleur du marbre
              Et rien n’est plus de ce qui fut aimé
              Et rien n’est plus de ce qui fut aimé
              Souvenez-vous de ces longues gorgées
              De cette eau pure le ciel était gorgé
              Dans les jardins du XXIème siècle
              Où les enfants clonés jouent en rêvant
              A ce que furent la chair, les larmes et le sang
              Quand rien n’est plus ce qu’il était avant
              Quand rien n’est plus ce qu’il était avant
              Souvenez-vous de ces chansons anciennes
              Ne reste plus que le filet de vent
              Qui fait tourner là-bas les éoliennes
              Dont les longs doigts s’étendent sur la plaine
              Souviens-toi que je t’aime
              Rappelle-toi les mots
              Je sais qu’il faut se détourner de toute chose humaine

              Remarquable de citer le grand Manset. Hommage à philouie.

              Manset fait partie des poètes de 68 et il incarne parfaitement la part d’ombre tragique et merveilleuse d’une poésie qui aide à tenir la position, par delà le mal et au milieu les ruines du temps, avec cette exigence déchirante de lumière et de simplicité, d’innocence essentielle contre la Machine.

              Manset est un grand général qui se bat seul depuis trop longtemps. Il est temps de le rejoindre au combat du désert et du détachement. Il est temps de mourir avec lui à nos vies d’avant, et de regarder la lumière du monde en face, de retrouver nos regards d’enfance, l’enfant bernanosien que nous fûmes, d’affronter son regard de diamant, une dernière fois avant la bataille.

              Les temps de la confiance reviennent, ceux des chansons anciennes, des longues gorgées de ciel, et de tout ce qui fut aimé. Les temps de l’éternel retour sont revenus. Ils sont là, avec leurs troupes invisibles dans l’ombre de nous-même, pour éclairer encore une fois la beauté du monde. Nous franchirons l’humain par l’humanité la plus absolue, révélée encore une fois. Nous sommes prêts. Nous attendons le signal, tous attendent en silence, convergent et se lèvent, encore et encore. Savent ce qu’ils ont à faire et à ne plus faire. A dire et ne pas dire.

              Un monde est prêt, devant qui nous sommes en respect absolu d’agir conformément, fidèlement. Nous sommes la mémoire d’un peuple, qui comme le sang, ne s’efface pas. Aucune Machine ne tuera son esprit, il s’éparpillera plus haut que la bombe, nous sommes sa Chanson Eternelle, plus haute que toutes les Babel.

              Nous sommes l’armée de l’ombre, l’armée du Verbe.
              C’est un beau jour pour mourir avec le Général Manset, l’Epée de Lumière à la main. Merci du rappel, philouie.


            • Claus D. 20 avril 2013 20:24

              Voir remerciement collectif plus bas


            • Claus D. 20 avril 2013 20:25

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            • Claus D. 20 avril 2013 19:35

              Merci à tous, Darkhaiker, volt, philouie, Musima, pour vos commentaires et leur richesse (que l’on ne saurait compter si l’on ne veut être indigents)

              En vous lisant tous, et en faisant le parallèle avec le mythe de Sisyphe que je finis de relire, je me demande si l’on ne pourrait pas imaginer étendre la conception de l’homme absurde à notre destin collectif. C’est-à-dire : épuiser tout ce qu’offre la vie, mais à plusieurs. Vos échanges illustrent peut-être cela. Dans ce combat, la beauté est évidente, du moins pour moi : il me suffit de vous lire. Mais si la mort individuelle est inélucatable, que penser de l’extinction de l’espèce humaine ? Doit-on aussi s’y résigner, même en artiste ? Je m’interroge ici, sans doute de manière un peu vulgaire, sur l’efficacité, l’efficience de la démarche. Car si, peut-être, tout le monde retrouvait un être-au-monde naturel, non-vicié, cela suffirait-il à stopper les émissions de gaz à effets de serre, la destruction des habitats naturels, etc. ? Mais l’extinction de l’espèce n’est sans doute pas quelque-chose à craindre en soi ; l’inquiétude vient de la manière dont cela pourrait se produire, se produit déjà pour beaucoup.

              Je pense aussi à une jeune malaisienne avec qui j’ai pu récemment discuter ; d’obédiance bouddhiste, elle ne s’en prononçait pas moins en faveur du progrès néolibéral, et ce même en ayant conscience que son propre pays, pourtant longtemps préservé, y perdait son âme, et son indépendance. Le défaut du bouddhisme selon elle : trop de contemplation et pas assez d’actions. En revanche, elle sait y trouver si besoin un baume pour ses plaies, lorsqu’elle est trop stressée par exemple. A mon scepticisme, elle répond cette fois par l’image du verre d’eau à moitié plein ou à moitié vide. Très cartésienne, pour une bouddhiste...

              Finalement, j’évoque simplement le risque de pouvoir toujours, à titre individuel, trouver des arrangements avec soi-même : c’était son cas à elle (e je ne l’en blâme pas, ce serait me poser en donneur de leçon éhonté), pas à vous tous ils me semble. Reste donc cette question : quelles modalités d’actions, individuellement, collectivement ?


              • Darkhaiker Darkhaiker 22 avril 2013 16:07

                La question de l’action est essentielle en ce sens qu’elle n’a aucune importance en tant que telle : elle est essentielle en tant qu’attention permanente portée au monde, quand une action précise n’est qu’un point sur la ligne de perspective.

                Sans accord spontané sur des principes, inutile de la poser ou alors l’utilité est de passer par ce constat. Nous n’avons pas à décider de ce qui est essentiel ou pas ou alors c’est que nous sommes perdus. Que nous avons perdu le sens du monde.

                Poser la question de l’action c’est poser celui des valeurs communes donc de la société. La société n’est pas une prison : si nous ne sommes pas d’accord spontanément sur des valeurs communes parce qu’universelles alors il n’y a qu’un champ de bataille et sa réglementation carcérale. S’il n’y a pas d’accord spontané, il n’y a rien à dire ensemble, ni à faire.

                Le libre accord est absolument nécessaire. Il est le seul nécessaire puisqu’il est la seule liberté. Les valeurs ne sont pas universelles parce que nous l’aurions décidé d’un commun accord. Elles sont universelles comme la Nature et par leur nature incontestable, ou alors nous sommes dans le nihilisme, s’il n’y pas accord sur ce fait.

                On peut contester la Nature et introduire le désaccord infini, l’arbitraire et la déconstruction du monde. Je n’ai aucun accord à avoir avec des principes de déconstruction ou de négation du monde ou de l’humain. Ceci pour moi n’est pas « non négociable », c’est intangible, au spirituel comme au laïque. Une sortie du sens naturel des chose est la racine de l’absurde, aboutissant à la sortie du bon sens ou du sens commun.

                Une sortie du sens commun n’a pas de sens commun, elle n’est plus partageable ni viable, elle ne peut être acceptée ou reconnue : elle n’implique pas d’exclusion formelle, mais une non inclusion naturelle, une mort naturelle de la relation. La relation ne peut renaître qu’a partir d’un retour à la raison commune. Il y a non-reconnaissance en humanité naturelle et commune et attente en position de non-agir. C’est quand on n’a absolument pas ou plus envie : la relation est morte. Le mouvement, le ressort naturel a été cassé.

                Donc je retiens l’intangibilité d’un accord de base sur un sens commun spontané et indiscutable comme condition de tout ou de rien. Elle est la perspective de base, la vision, le regard, le but et le moyen, l’action et la méditation, et plus encore leur unité formelle et de fond ou d’arrière-plan.

                Parmi les accord de base sur les valeurs commune, la première est l’humanité. On ne peut trouver d’accord commun sur une atteinte aux valeurs d’humanité. On ne peut inclure dans cet accord aucune inhumanité que ce soit. L’humanité est une valeur intangible. La question de l’humanité de l’inhumanité ne peut pas se poser : toute humanité étrangère à elle-même est inacceptable dans le principe pour un accord de base.

                Après l’humanité vient l’organisation spontanée ou plutôt les liens culturels libres : Quels liens nous unissent ? Liens d’égoïsme collectif ou liens d’entraide. Chacun doit répondre à ce genre de question avant d’envisager un acte commun et son enregistrement dans une mémoire. De vrais liens culturels ne peuvent être contre nature ou contre la Nature. S’ils ne sont pas fondés autant en nature qu’en culture, il ne peut y avoir d’accord sur ces liens, et donc aucune action ne peut être envisagée sans une définition positive et amie de la Nature.

                Doit-on penser pour les autres ? Et donc agir pour les autres ? Il ne peut y avoir d’un côté des gens qui pensent et de l’autre des gens qui suivent. Tout principe intellectuel prétendant agir en ce sens ne peut faire l’objet d’un accord, qui ne peut être que le pendant du principe d’humanité.

                La seule action possible est une action de déconstruction du dualisme et de ses conditionnements de base, qui fondent un monothéisme de valeurs dégradées, arbitrairement constitué par la raison instrumentale soumise à un principe de réalité surimposé de force, dont la seule rationalité est cette imposition d’un rapport de domination intellectuelle et culturelle. Il y a donc nécessité d’un polythéisme de valeurs authentiques en corrélation libre, dans un respect commun issu de la valeur positive de chaque valeur en soi. La loi des équivalences n’étant qu’une approche, non un principe intangible, pas plus que celle des différences. Par contre, la déconstruction des dualisme est une valeur intangible pour un accord minimum. L’objectif à terme étant la réalisation d’un humanisme transcendantal post-religieux (ou son retour pré- ).

                Basiquement, si la question de l’action est posée, c’est que cette question vient d’une position menacée. Une position menacée n’est pas libre. N’étant pas libre elle ne peut être réellement vraie : elle évoluera vers son un nouveau point d’équilibre. La vérité d’une position en question ou faussée ou changeante n’est plus ni crédible ni effective en elle-même.

                Cette question de positionnement n’est donc qu’une forme provisoire de vérité amenant à un accord provisoire sur les principes de réalité intangible. Si la réalité peut être mise en question elle n’est pas une réalité mais une caricature ou une réalité dégradée (descente dans l’échelle des valeurs). La question réellement posée est la nature profonde ce cette réalité en question, qui, quelle qu’elle soit, ne peut pas plus être niée que la Nature elle-même, ce qui serait source absolue de désaccord. Il doit donc y avoir accord de base sur le constat de cette réalité.

                Cet accord concerne la question du réel et de l’inexistant et de leur inversion permanente dans un monde instrumentalisé à l’extrême. Corrélativement, si une réalité vécue ne peut que provoquer un accord, même si elle peut se séparer en part réelle et part irréelle, elle ne le peut au point de créer un dualisme qui enfreindrait l’accord d’humanité de base et tous les autres liens.

                De ceci, dans la pratique, découle le fait nécessaire d’un accord de base à partir des principes de réalité pour approcher des recherche de vérité en accord avec ces principes. De fait un accord minimum est nécessaire sur un principe de vérité inviolable et incorruptible, sinon aucune action commune cohérente n’est possible. Ce qui implique aussi que le mensonge ne peut être qu’absolument exclu, non comme principe moral ou d’action ou de crédibilité mais comme critère de réalité d’une vérité qui ne peut tourner ou retourner à l’absurde, aller contre le sens commun et supérieur de son principe même. Si la progression de la vérité peut être détournée ou annulé, son principe n’est pas défendable : aucun accord n’est possible. Il n’y a pas là de revendication d’infaillibilité mais un accord d’intention minimum non discutable : il vaut mieux pour tout le monde que ceux qui ne croient pas ou plus à la vérité suivent leur propre chemin de négativité, sans infester celui des autres en le dualisant. Pourtant le principe de vérité ne peut que respecter celui d’un polythéisme des valeurs découvertes, sans hégémonie particulière ni égalisation théorique ou morale.
                 
                Pour résumer, la question est : dans quel monde vivons-nous ? La raison de et la réponse à la question donne le sens de notre démarche ou attitude ou position. Sans accord sur un constat, comment agir ? En la matière il n’y a pas de réponse ferme, compte tenu de la nature du monde et de l’apparence qu’il prend dans son évolution, mais il y a un sens, une tendance confirmée dans le rapport entre les deux niveaux (réalité et ruse) sur lequel un accord doit porter. Si il y a analyse, elle est convergente ou alors il y a désaccord de base sur le constat. Une synthèse divergente est possible mais elle ne peut que rejoindre l’accord sur des valeurs polythéistes : la divergence est naturelle et transcendante, matérielle, provisoire, et finalement irréelle. Non une pluralité intégrée réelle en monothéisme.

                Enfin, concernant l’action, il doit y avoir accord sur le fait que la plus haute forme d’action est le non-agir, puisqu’il revient à faire confiance au monde naturel pour résoudre des contradictions apparentes et équilibrer naturellement ses dérives. Puisque l’action est le moment précis où ce non-agir va sortir de sa réserve pour se transformer en action solidaire. L’action du non-agir est celle qui ne nie pas la phase négative (apparemment ou chronologiquement) du monde, ce qui aurait la prétention d’un maîtrise des processus de la nature alors que cette maîtrise ne peut venir que d’un accord de base avec les forces et processus de cette Nature.

                Toute action étant, d’un autre côté, limitée, il ne peut y avoir qu’accord sur le fait que l’action est non-action réelle, qu’elle n’est qu’une phase réactionnelle provisoire amenée à se dépasser (et non pas se nier), sinon elle ne serait plus qu’une illusion de plus. Elle n’est donc qu’une forme provisoire convergente, comme toutes les autres, dans un monde en voie de réunification ou de repolarisation.

                De plus et de ce fait, l’action ne confère aucune identité particulière puisqu’elle coule de source d’un accord ou d’un désaccord (positif), elle ne peut avoir d’autre intérêt qu’une intégration naturelle dans une destination commune, dont nous aimons retourner l’image en forme d’identité à défendre sur un plan personnel, dès que nous sentons planer la menace d’un désaccord impossible, alors qu’il ne peut être combattu que sur le plan d’un accord de base sur un sens commun. La menace de désaccord divise et appauvrit, c’est pourquoi ni accord ni désaccord ne peuvent être considérés sur un plan strictement personnel, y compris sous la menace d’une division de notre propre personne. Pourtant l’accord n’est pas collectif, celui d’une collection, d’une agrégation de personnes, il est commun ou pas, à la racine du principe ou de l’action, dans un sens commun ou partagé du monde. L’accord action ou non-action n’est pas l’arbitraire d’un groupe privilégié. Il est universel sur un plan humain, donc il n’est pas un universel particulier.

                L’action ne dépend pas de nous, mais nous lui sommes indispensable. Et elle nous est indispensable. Pourtant comme l’oeuvre de l’artiste, elle lui échappe, elle n’est pas sa propriété, elle est sa création. Les vertus de l’action dépendent d’un certain nombre d’éléments, qui engagent ou dégagent, et qui enracinent une lignée ou une ligne. Pourtant elle n’est pas une position de tranchée, prise ou perdue : nous ne sommes pas les poilus d’un idéal surplombant, voués au sacrifice absurde ou transfigurant.

                S’il y a prise de position, c’est celle d’un vérité à défendre, en n’imposant ou en ne proposant rien ou n’opposant rien, puisque cette vérité est en action, en acte. L’interprétation, comme la représentation n’est pas la chose. Il est vital de faire ce que l’on fait (« age quod agis »), non comme un mode d’existence extérieur mais comme un mode intérieur, non dépendant des conséquences. Tout calcul est l’introduction d’une dualité, alors que la responsabilité est une réponse claire et nette. Ainsi on ne dirige pas, on accompagne un monde, sans être nécessaire à son existence, pourtant enracinée en nous.

                L’action n’explique rien ni ne change rien : elle est une nécessité, un retour à l’essentiel comme valeur supérieure ou ordinaire, une fonction de source et de ressource. Elle est le changement lui-même, elle ne change pas le sens du monde, elle l’exprime dans un devenir, une forme, une image, un instant, un être, un mouvement ou un événement. Sans plus, mais pas moins.

                Quels sont les éléments qui devront être retenus ?
                Des valeurs ( : ;) des moyens ( : ;) des fins ( : ;).
                Ils se définissent mutuellement, et la question concrète de l’action ramène à l’ordre et au pouvoir censé préserver cet ordre.
                Nous savons qu’un ordre vrai se passe de pouvoir et que l’inverse est impossible. Le pouvoir étant souvent le premier désordre et la première corruption, s’il peut paraître parfois essentiel, il n’est qu’un accompagnement aléatoire du monde, devenu vestige ou expression encore haute, pour un temps.
                Sans ordre transcendant, il n’y a pas plus de pouvoir que de liberté. Mais ce qui est sûr c’est qu’il n’y a pas d’ordre sans accord profond, non pas négocié entre deux forces ou formes, mais unifié, retrouvé ou inventé, souhaité et attendu, là où il s’absente et s’exile.

                Aucun ordre ne se fait par une négation, aucune négation n’est ordonnée. L’ordre est non-violent tout en étant supérieur. Il n’est pas une ligne médiane : il réunit pourtant le plus haut et le plus bas par une vertu particulière et rare, pourtant « démocratique ». Il est une liberté propre, une « grandeur libre » disait Giono.

                Le désordre survient quand les vraies valeurs du monde ne sont plus respectées, donc tout ce qui va dans ce sens va dans le sens d’une action juste, que nul ne peut imposer ou même s’imposer.

                Nous savons qu’Internet est l’un des moyens absolu du futur, dans la mesure où ce moyen restera libre et ouvert au monde, et pas seulement à lui-même comme une tautologie de plus. Internet est la possibilité donnée d’un ordre sans pouvoir, qui ne peut être un chaos excentré du monde : même l’océan a son ordre. Il ne tient qu’à nous de le préserver dans son intégrité et sa spontanéité, dans une virtualité non déréalisée, comme une sorte de semence cosmique supérieure.

                Nos enfants ne sont pas nos clones, ils nous prolongent et bouclent la boucle, la spirale.

                La beauté et la jeunesse qu’ils vont redéployer par la flèche fugace de leur intelligence est aussi neuve qu’était la nôtre, leur action aussi pure dans l’intention, l’innocence de leurs gestes et espoirs. Leurs révoltes et leurs épuisements sont une source qui aide à tenir la position, à aimer, à se battre et continuer le chemin, quand ils savent déjà (beaucoup plus tôt que nous , vraiment) que le chemin matériel n’est pas le bon, que ce monde tel qu’il apparaît est un leurre, un piège pour la liberté, une négation de ce qui est vraiment essentiel.

                La lignée n’a rien à voir avec la famille, ni avec la race ou le sexe ou la religion ou la raison : elle est une perspective qui ne doit pas être brisée, elle est la trajectoire d’une flèche humaine. Mais nous sommes la ligne décrite, nous ne la maîtrisons pas. Cette action n’apparaît qu’après coup, en arrière-plan d’expérience, comme il y a un présent entre deux axes inverses. Mais il n’y a pas d’angoisse : l’angoisse n’est qu’une certitude renversée, elle est sa perte ou son abandon forcé.

                Tracer une ligne en accord avec le monde et ne considérer que son prolongement naturel, le reconnaître et le soutenir partout où il apparaît, dans un sentiment ou un acte de confiance animal. Je pense ici à la façon qu’avait Giono le grec de parler du monde : comme d’un compagnon aussi sensuel que subtil, dionysiaque qu’apollinien, mais libre, essentiellement secret et évident à la fois. Le monde est un dieu caché, avec son mystère puissant et incontournable, ses cycles, ses saisons, ses guerres et ses paix, sa violence et sa sérénité, l’ombre et la lumière. Cette unité échappe à la pensée.

                Je pense aussi au Tao qui cache aux fous et aux imprudents, aux pouvoirs et aux illusions le fait que chaque chose finit naturellement par s’inverser et que la vérité n’est ni dans l’une ni dans l’autre, ni dans l’action ni dans la méditation, ni dans l’éternité fixée ni dans le devenir accéléré, et que la pensée n’est jusque que dans la mesure où elle suit son mouvement naturel en respectant les cycles du monde, son perpétuel renouvellement.

                Ainsi je crois que transformer une décadence en renaissance est l’action la plus juste, la plus grande, la plus partagée, la plus nécessaire et la plus belle. Relever ce qui tombe c’est abattre l’absurde. Transformer les destructeurs en constructeurs malgré eux est le plus rude coup qui peut leur être porté. Le plus rude et horrible travail (Rimbaud). Transformer l’ennemi et l’absurde qu’il manie en alternative pure, c’est s’écarter de ses pièges, déjouer ses prévisions, démissionner et déserter de sa guerre de tranchées empoisonnée.

                C’est aller, passer au delà, positivement, déserter le plaisir du mal de jouir pour retrouver une joie sans limite, sensuelle jusqu’à la transcendance et la mort.

                Déjouer la prévision rend tout stratagème caduc, nul et non avenu. Tout système matériel est fragmentable par un seul effet papillon. La visée est essentielle : dans l’espace de son empire, la moindre déviation de trajectoire est mortelle pour son vaisseau, son véhicule, son armada, son économie, sa maîtrise. L’impact du grain de sable à 25 000 km/h est fatale. Un seul Christ ou Gandhi et la fragmentation est définitive pour des décennies : la reconstruction du mal prendra des siècles ou ne se fera pas.

                L’autre côté de l’impact est la possibilité de surgissement du neuf, de l’imprévu, de l’imprévisible, du renversement naturel, instabilisable, inendiguable. Mais il n’y a pas d’accompagnent des évènements du monde sans pureté d’esprit, sans détachement, comme il n’y en a pas sans engagement ferme, entier, confiant : c’est une dynamique subtile de l’intelligence qui n’est pas compatible avec des certitudes mécaniques, et encore moins dialectiques. Toute stratégie est un leurre, mais toute infidélité est une erreur : on ne peut sortir de la ligne du monde sans risque de crash.

                Voilà ce que je peux dire de mieux avant de me taire.

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