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Sur le devoir de Mémoire et la reconnaissance du génocide : j’accuse...

« Ces valeurs que vous défendez, elles prennent leur sens face à ce mur qui rappelle les noms de ceux qu’on a exterminés au nom de la haine et d’une idéologie de mort ». Simone Veil, Marseille le 9 septembre 2005.



Chers ami(e)s,

Nous sommes aujourd’hui le mardi 13 janvier 2009. Il y a quasiment aujourd’hui 111 ans jours pour jours, Emile Zola publiait son célèbre article « j’accuse » dans le journal L’Aurore. Une lettre ouverte au Président de la République d’alors, Emile Faure, véritable réquisitoire dénonçant l’injustice dont fut la cible le colonel Albert Dreyfus emprisonné à tord pour des prétendues raisons d’espionnages aux forts relents d’antisémitisme primaires.
Condamnant par la même les généraux de l’armée s’étant rendus coupables de cette affaire qui fut si grave qu’elle divisa profondément la France en deux pendant 12 ans de 1894 à 1906. En mémoire au courage et au sens de la justice d’Emile Zola ; dans le souci de combattre l’antisémitisme dont fut victime Albert Dreyfus il y a 111 ans et qui sévit encore ; et surtout pour ne pas oublier que les idées nauséabondes peuvent, si on n’ y prend garde, mener aux pires catastrophes ; j’avais donc choisi de dédier mon article à une cause juste afin de briser un tabou. Mon premier choix, guidé par l’actualité brûlante, s’était porté sur les israéliens pacifistes qui refusent courageusement de se porter complices des crimes perpétrés par l’Etat d’ Israël dans la bande de Gaza, et dont personne ou trop peu ne parlent. En mettant en lumière la vermine se cachant derrière les élans de solidarité au peuple palestinien pour hurler au grand jour leur haine du juif. Néanmoins, mon ami l’écrivain Mohamed Sifaoui, ayant fait cela bien mieux que moi il y a quelques jours dans un de ses articles publiés sur son blog - j’entends en ce qui concerne de dénoncer l’antisémitisme qui gangrène les pseudos pro palestiniens – j’avais donc choisi alors de dédier l’article à un copain écolo. François Mandil. Qui parce qu’il a eu le courage de faire ce qu’on appelle de la désobéissance civile est allé faucher un champs d’OGM à la suite duquel on lui a demandé de faire un prélèvement ADN, auquel malgré les lourdes peines encourues il a refusé de se soumettre, passe au tribunal aujourd’hui même. Je voulais dénoncer cette politique que je jugerais pour le moins « baroque » et qui consiste, c’est le comble, à tracer et à stigmatiser les êtres humains libres plutôt que le maïs qui les empoisonne. Ceci quand ils ont justement décidé de ne pas vouloir s’empoisonner avec ce même maïs. Mais deux individus ultra nationalistes arméniens étant venus récemment me chatouiller les orteils sur Internet – la patience étant une vertu dont je me sens cruellement orphelin – j’ai donc finalement décidé de dédier cet article à tous les arméniens et tous les turcs justes, pacifistes, désireux d’un véritable dialogue turco arménien. Et qui déboucherait sur la réouverture de la frontière arméno turque, et le début de liens culturels et économiques entre les peuples afin d’instaurer dans la région une paix durable. La cause étant, il me semble, assez noble je suis sûr que François ne m’en voudra pas de vous parler de lui un autre jour. D’autre part, son procès ayant lieu aujourd’hui même, je pense qu’il est mieux d’attendre le résultat de l’audience pour faire un article avec tous les éléments en main. Ainsi, il ne pourra en être que meilleur.

Vous connaissez chèr(e)s amies le goût de ma plume assassine pour l’anticonformisme. Je suis de ces idiots comme les catégorise Lao Tseu, qui lorsqu’un individu se réclamant d’une prétendue légitime sagesse, pointe la lune du doigt, se met à regarder non la lune ni le doigt mais celui-là même qui la pointe du doigt. Tout simplement parce qu’avant de stigmatiser quiconque en le pointant du doigt, il faut déjà savoir se regarder par trois fois dans la glace. Et cela même si la personne qui pointe du doigt n’a aucune intention consciente ou inconsciente de stigmatiser de quelque façon que ce soit le sujet pointé du doigt. C’est comme cela. Pointer quelqu’un du doigt est malpoli et l’idée même me donne de l’urticaire tant elle réveille au plus profond de mes chairs le douloureux souvenir d’une époque où je m’étais promis qu’une fois devenu adulte, je ne laisserais plus personne me pointer du doigt pour ma différence. Ni moi, ni personne d’autre. Bien plus d’ailleurs qu’à ma propre histoire qui n’est au fond qu’un infinitésimal débris de reflet lumineux, cela me renvoie même par-delà mon enfance, au miroir de l’Histoire commune de l’Humanité. Tant il est vrai que la stigmatisation, les préjugés, font le terreau de toutes les idéologies liberticides et meurtrières qui ont divisé et torturé l’humanité depuis que le monde est monde. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai choisi ce sujet délicat de vous parler du devoir de Mémoire et de la Reconnaissance. Délicat parce que le sujet fait appel au fond de nos entrailles aux aversions les plus primaires, aux sentiments les plus exacerbés. Délicat parce que l’incompréhension, les nuances de jugements, peuvent très vite déboucher vers une animosité sans bornes de la part de vos interlocuteurs. C’est pourquoi d’ailleurs je choisi de bien dissocier le devoir de Mémoire de la Reconnaissance.

Le devoir de Mémoire, est de l’ordre du privé, de l’intime. Il consiste à, pour soi, se documenter le plus possible afin de ne jamais oublier le génocide. A ne pas oublier les souffrances subies par un peuple. A toujours veiller à ce que reste vive la flamme de la Mémoire des disparus de la shoah. Que ne sombre pas dans l’ombre pour l’éternité ces hommes, ces femmes et ces enfants Arméniens, Circassiens, Tatars de Crimée, Tutsis, Amérindiens, qu’un jour la folie humaine a sacrifiés à l’autel de ses charniers féroces, de ses Brasiers carnassiers. Mais le devoir de Mémoire ne consiste pas simplement à se souvenir des disparus. Il incombe, et c’est là sa part la plus importante, à réfléchir, à analyser, pourquoi, comment un jour, l’idée insoutenable d’une volonté affichée d’extermination jusqu’au dernier pour la simple raison d’appartenance à un groupe « ethnique » ou religieux, a-t-elle pu se produire ? Oui, pourquoi ? Comment ? De quelle façon ? Suite à quoi ? Dans quel but ?

C’était, je me souviens très exactement, il y a de cela 4 ans, lors de la commémoration des 60 ans de la shoah. Dans une émission diffusée sur la seule chaîne culturelle publique de France. Je regardais à l’écran cette grande dame qu’est Simone Veil, qui après avoir survécu aux camps et répété des centaines de milliers de fois partout dans la rue et les écoles, dans les médias et à chaque occasion « plus jamais ça », faisait plus d’un demi-siècle après le douloureux constat de la montée des idées qui lui avait arraché autrefois sa famille et sa jeunesse. C’est comme si à ce moment là mon cœur s’était rempli d’un seul coup d’une eau noire, boueuse et glacée. Tellement je ressentais l’impuissance, la tristesse et la détresse de cette femme devant ce qu’elle considérait comme étant l’échec des êtres éclairés contre les forces obscures de la Mort. J’avais terriblement mal à l’autre comme dirait Ferré. Si mal... Voilà pourquoi se poser ces questions, pourquoi analyser les causes idéologiques qui mènent au génocide n’est pas essentiel pour l’accomplissement du devoir de Mémoire, mais capitale. Capitale car il permet d’éviter tout le long du long chemin les multiples pièges de la conscience. Le risque étant de tomber et se complaire dans un schéma de pensée douloureuse dont le seul moyen d’en sortir ne serait plus que de cultiver la haine pour l’ « autre » tout désigné, afin de pour un temps, ne plus avoir mal. Capitale car ce serait passer complètement à côté de la Reconnaissance.

Après le devoir de Mémoire vient donc la Reconnaissance. C’est bien pour cela d’ailleurs que je les ai mis dans cet ordre, et non l’inverse. Car la Reconnaissance c’est autre chose. La Reconnaissance doit être l’étape ultime du devoir de Mémoire. Un peu comme je conçois, sur un autre plan bien sûr, l’amour physique comme étant l’étape ultime à l’amour philosophique. Son aboutissement en quelque sorte. La cerise sur le gâteau pourrait-on presque dire. Parce que la Reconnaissance, c’est justement cela, le devoir de Mémoire sublimé. L’idée que si les centaines de milliers, les millions de disparus d’un génocide aient pu au moins servir à quelque chose, alors que ce soit pour la cause la plus noble, la plus humaniste qui puisse exister : l’installation d’une paix et d’une fraternité entre les peuples qui autrefois se massacraient dans les conditions les plus épouvantables puisse durer sur terre jusqu’à la fin des Temps. L’idée que malgré tout, l’insoutenable puisse se métamorphoser en quelque chose de positif. Un renversement total de la donne. La victoire de la lumière qui se propage et fait grand jour dans la nuit brune. Le triomphe, à jamais, de la Vie sur la Mort. Un idéal qui, parce qu’il est le plus noble qui soit au monde, doit surpasser les idées de nations, de peuples, de cultures, de croyances ; pulvérise littéralement, et j’insiste, l’idée qu’un individu aie à se disculper publiquement en fonction de ces mêmes critères ; pour ne plus devenir qu’Amour 24 carats ; et ne plus exiger rien d’autre comme unique condition à la Reconnaissance, que l’installation de la paix et de la fraternité basée sur la Mémoire. La Mémoire des personnes tombées au nom d’un idéal discriminatoire qui quel qu’il soit, s’il réapparaît, sous n’importe quelle forme que ce soit, devra être le seul stigmatisé. Comme Simone Veil dans son vibrant discours à l’inauguration du mur des noms en septembre 2005 à Marseille le déclarait si brillamment, je la cite : « surtout, protestons ensemble, croyants et incroyants, juifs, chrétiens, musulmans ou adeptes de toute autre confession, protestons chaque fois que quelqu’un est stigmatisé et agressé pour ce qu’il est et pour ce qu’il croit ! C’est nous tous qui devons nous sentir solidaires, c’est ce que nous avons de plus cher, notre liberté de conscience, notre liberté d’expression, qui sont mises en danger par de tels actes. Et c’est unis que nous devons faire face à toutes ces forces de haine et d’intolérance, d’où quelles viennent ». La Reconnaissance, c’est l’acte d’amour de libérer l’être humain en emprisonnant à jamais les idées qui l’aliènent et le plongent vers la perte de sa dignité et vers la Mort. C’est là l’hommage ultime qui puisse être rendu à ceux d’hier qui furent sacrifiés à l’horreur des mâchoires de l’Histoire. A ce titre, la Reconnaissance qui doit être faite par un Etat ne doit pas avoir pour but de culpabiliser son peuple pour les meurtres commis autrefois par d’autres qui aujourd’hui nourrissent la terre grasse et les asticots sous les feuilles mortes. Comme je l’expliquais dans mon article dont le titre était délibérément au second degré, « Türklerden özürdiliyorum, je m’excuse auprès des Turcs ». La Reconnaissance qui doit être faite par un Etat, par tout l’ensemble des Etats de la planète, est celle de reconnaître le fait que la stigmatisation et la discrimination doivent être proscrites et condamnées le plus durement qui soit. En souvenir non d’un peuple génocidé parce qu’il l’a été autrefois sur les terres de cet Etat, mais de tous les peuples génocidés. Là est la seule Reconnaissance qui soit, qui aie toujours été, et qui sera à jamais possible, à l’ensemble des crimes commis par l’être humain contre lui-même. Le reste n’est que mensonges. Mensonges aux autres et surtout à soi-même. Le reste lorsque la Reconnaissance devient un violent rapport de force n’est que falsification, tromperie, lâcheté et pure infamie.

C’est pourquoi aujourd’hui je veux me lever et dénoncer l’ignominie faite au peuple Turc par une poignée de fanatiques arméniens et autres gens peu scrupuleux bien organisés : une stigmatisation ad nauseam qui vise à l’aliéner, et l’isoler chaque jour un peu plus d’avantage. Comme autrefois Zola lorsqu’il déclarait : « Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis ». Non que je nie l’existence du génocide arménien. Bien au contraire ! Cela fait partie de mon devoir de Mémoire et ma volonté de Reconnaissance du génocide de dénoncer l’infamie, et cela d’où qu’elle vienne. Que ce soit du côté de l’extrême droite turque ou de son homologue arménienne. Et tout comme je ne laisserais personne me faire croire que le génocide n’a jamais existé, je ne supporterais pas plus que le combat pour la Reconnaissance au génocide soit une condition à quelque revendication que se soit, ou pire, puisse devenir l’étendard d’un racisme anti-turc primaire et à peine voilé. C’est pourquoi, tournesol au canon, j’ouvre le tir :

J’accuse, l’extrême droite turque pour commencer, d’être les dignes successeurs des génocidaires de 1915 pour continuer à nourrir en eux l’idéologie de la Haine et de la Mort ; ainsi que de paradoxalement être parmi les premiers en Anatolie à prendre vraiment conscience que le génocide en fût vraiment un, pour avoir entendu à plusieurs reprises de leurs part des propos tels que « mon grand père aurait dû finir le boulot » et continuer à nier le génocide. Ce dans ce cas précis, oui, est faire preuve d’une véritable volonté de négationnisme.

J’accuse, les ultranationalistes arméniens du parti Daschnack de se dissimuler dans un partis prétendument de gauche mais qui ne réussit pas à faire illusion, notamment auprès de politicologues arméniens comme Gaidz Minassian, auteur d’un livre sur le terrorisme arménien et ses liens avec le Dashnack ; je les accuse de prendre prétexte à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 pour diffuser une haine anti-turque dont ils ne se cachent plus et de s’y complaire ; je les accuse de commémorer chaque année les terroristes « martyrs » de Lisbonne et d’Orly de l’ASALA ayant fait des victimes innocentes autant chez les diplomates turcs que chez les civils français, turcs et nombre d’autres nationalités confondues ; je les accuse d’éliminer politiquement par la terreur leurs adversaires, quand ce n’est pas physiquement, comme en Palestine le Hamas se charge d’épurer le pays du Fatah dans l’espoir de pouvoir un jour rayer de la carte l’Etat d’Israël ;

J’accuse les partis français, européens et américains de gauche comme de droite, de se servir du drame arménien qui déchire depuis 1915 deux peuples ayant autrefois vécus en frères pendant des siècles sur la même terre d’Anatolie, afin de donner dans le communautarisme le plus nauséabond à de basses fins électoralistes ;

J’accuse, les politiques de ces mêmes partis, à titre personnel, et pour les mêmes raisons, de dissimuler leur médiocrité grasse, leur manque totale d’idées nouvelles, leur incapacité totale à faire face aux nouveaux défis de ce début de millénaire et à pouvoir réscussiter la confiance de l’électorat, derrière ce communautarisme infâme, anti-républicain, infantilisant et raciste ; j’accuse leur bêtise, leur manque totale d’intégrité, leur veulerie, leur égocentrisme sans bornes ;

J’accuse, certaines pseudo « élites » turques, arméniennes, et européennes à avoir compris la « poule aux œufs d’or » que pouvait être le sujet et d’écrire dessus plus par carriérisme que par véritable volonté de réconciliation entre les deux peuples, comme on tond la laine sur le dos d’un mouton jusqu’à son dernier poil ;

J’accuse, les gouvernements successifs des Etats respectifs de ces pays, ainsi que leurs appareils judiciaires, de veiller à ce que soit entretenu le floue afin de diviser les peuples pour mieux régner ;

J’accuse, tout ce beau monde, cette vermine lâche, écoeurante, criminelle, loin de lutter contre les idéologies génocidaires, mais bien au contraire, de nourrir les nationalismes qui les font naître ; je les accuse par conséquent, tous à plusieurs niveaux, d’être responsables des replis identitaires, de l’augmentation du racisme, ainsi que de la mort en Turquie du journaliste Hrant Dink qu’ont pleuré toutes mes sœurs et frères démocrates et humanistes de Turquie et d’ailleurs ; je dénonce ici leurs stratagèmes de division, en remplissant le crâne du peuple par de la rancœur et de la haine, à lui faire oublier sa condition de plus en plus précaire afin qu’il oublie qu’il travaille de plus en plus, et a de moins en moins de temps pour réfléchir à comment lutter pour récupérer ses Droits les plus élémentaires qui se mettent à fondre comme neige au soleil ; j’accuse ainsi ce tas de pourritures infâmes, ces raclures nauséabondes et sans nom, de mépriser le plus magistralement du monde les peuples dont ils se sont autoproclamés les uniques défenseurs par un subterfuge qui n’a d’égal que leurs fourberies, et de se contre balancer encore plus littéralement des victimes du génocide ; je les accuse de n’être intéressé par nul autre chose que d’aliéner ces peuples afin de les dépouiller comme de vulgaires charognards jusqu’au dernier lambeau de chair, jusqu’à la dernière goutte de sang ; Ainsi comme l’eut dit le poète Tevfik Fikret mort en 1915 dans l’un de ses plus célèbres poèmes : « mangez messieurs, mangez ! Mangez jusqu’à ce que vous en creviez ! » ; Je les accuse au fond du crime le plus odieux qui puisse être commis contre l’Humanité, celui de la jeter dans l’Enfer des haines fratricides en lui volant son âme ;

Ceci dans en souvenir d’Albert Dreyfus, de Hrant Dink, d’Anne Franck, et de tant d’autres…

Sur ce je souhaiterais terminer par ses temps obscures en souhaitant une paix sur terre aux gens de bonne volonté. Ceux-là auront toujours quelque soit leur croyance ou leur culture d’origine, de façon inaliénable, l’expression de mon plus profond respect et de ma plus brûlante et fraternelle solidarité.

Aurélien Roulland
par Aurélien Roulland (son site) vendredi 23 janvier 2009 - 7 réactions
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