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La campagne anti-française en Chine fait grand bruit. Les Chinois à Wuhan maculent le drapeau français de croix gammées, insultent Jeanne d’Arc et Napoléon tout en clamant "Free Corsica !" Dans cette lettre en forme de clin d’œil à nos amis chinois, comme dirait Bernard Kouchner, l’auteur entend abattre le mur de l’incompréhension et jeter un pont pour l’amitié retrouvée entre Français et Chinois.
Lettre ouverte à mes amis chinois.
« Jeanne d’Arc, prostituée ! Napoléon, pervers ! France, nazi ! Free Corsica. »
Libération. Dans la presse française, on ne voit que ça, ce cliché où, à Wu Han, vous vous livrâtes, mes amis chinois, à la diatribe anti-française. Et aux quatre coins de la Chine, vos manifestations furent « les premières dirigées spécifiquement contre la France depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1964 », à lire Le Parisien ce matin.
A Paris, sur notre place de la République, des milliers d’entre vous, ont, ce dernier week-end, protesté de la bonne foi de leur pays, désormais 4e puissance économique mondiale : « Oui, la Chine mérite les JO ». C’est vrai, je vous le concède. Et c’est vrai, encore : « Que les JO soient un pont pas un mur », comme il pouvait se lire sur vos beaux tee-shirts tout neufs.
Croyez bien que je suis heureux de vous voir manifester contre la France (mais pourquoi n’en faites-vous pas autant contre le Royaume-Uni et l’Allemagne qui vous boycottent la cérémonie d’ouverture des JO ?) qui, dit-on, serait le pays des droits de l’homme. Quelle idée ! Mais pour une fois que vous avez le droit de manifester, chers amis chinois, pourquoi ne pas en profiter ? Eussiez-vous clamé publiquement chez vous « Non aux JO, Oui aux droits de l’homme ! » que votre Chine bien-aimée vous eût condamné à trois ans et demi de privation de liberté pour « subversion » et jetés illico presto dans un cul-de-basse-fosse.
Voyez-vous, chers amis chinois, je voudrais lever un malentendu, les manifestations à Paris, lors du passage de la torche olympique de la honte, n’étaient pas anti-chinoises comme la presse a eu tôt fait de le crier abusivement sur les toits. Les protestations parisiennes avaient pour objet le respect des droits de l’homme tels que les canons de l’Organisation des Nations unies les définissent à l’attention de toute la communauté internationale. C’est certes très abstrait, mais ces droits ont une valeur universelle depuis la Déclaration de 1948 concoctée avec le concours du Français René Cassin. Et la Chine est présente aux Nations unies depuis ses tout premiers débuts à Washington DC en 1944. La Chine est donc au courant, je crois.
Par le passé, dans les années 1960, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté plusieurs résolutions successives pour reconnaître le droit à l’autodétermination du Tibet en vertu du principe sacro-saint qui veut que les peuples aient le droit à disposer d’eux-mêmes. Pourquoi la Chine n’en a-t-elle tenu aucun compte ?
En 1962, l’Algérie, partie intégrante du territoire de la France, obtenait son indépendance. Pourquoi pas le Tibet ? C’est la question, chers amis chinois, que nous nous posons, nous les descendants de la « prostituée » Jeanne d’Arc, sauf bien entendu Jean-Luc Mélenchon et autres maoïstes partisans de la famine du Grand Bond en avant des années 1950 comme du génocide culturel des années 1960 perpétré de triste mémoire tant au Tibet qu’en Chine par les Gardes rouges de Mao.
Aujourd’hui, le régime de Pékin est, depuis 1971, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU : est-il concevable que la Chine puisse en cette qualité continuer à faire fi du canon des droits dits humains et des résolutions de l’Assemblée générale onusienne ?
Vous faites, chers amis chinois, choqués de voir à Paris votre Jin Jing, athlète handicapée, quelque peu bousculée sur son fauteuil roulant, par un contestataire non identifié (peut-être bien un provocateur, allez savoir). Je comprends. Nous fûmes choqués, de notre côté, par votre police en bleu, omniprésente sauf pour protéger votre Jin Jing - comme c’est dommage, avouez-le -, et pourtant prompte à importuner notre David Douillet national qui ressorti de là tout traumatisé.
Sachez, chers amis chinois, que nous avons été aussi choqués de voir, ce même jour de torche de la honte, un cadreur d’une chaîne de télévision publique française interdit de filmer les manifestations sur intervention directe de votre police chinoise qui, à nos yeux peut-être débiles (aurions-nous besoin d’une bonne campagne de rééducation idéologique avec séjour organisé au goulag chinois ?), n’avait rien à faire sur notre territoire, libre et indépendant. Nous avons été choqués aussi de voir que notre police, aiguillonnée par la vôtre, tabassait un autre cadreur au point qu’il perdit connaissance.
Est-ce que nous vous en voulons pour autant, chers amis chinois ? Non. Car nous ne sommes pas anti-chinois. Nous voulons boycotter les JO, voire boycotter les produits chinois ? Cela n’est pas dirigé contre vous, mais contre le fait que vous ne disposez pas des mêmes droits et libertés dont nous disposons, liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté de manifestation (sauf contre la France, comme il se doit, n’est-ce pas ?), liberté syndicale, droit de grève, etc. Et nous voulons, chers amis chinois, que vous ayez désormais plein accès à tous ces droits et libertés dont nous jouissons. N’est-ce point aimable de notre part ?
Maintenant, chers amis chinois, nous vous reconnaissons le droit patriotique de boycotter nos magasins Carrefour chez vous, vous êtes bienvenus : les employés, les produits et les clients sont Chinois ! Nous, à part des Frères Tang à Paris 13e, mais nos amis proviennent de l’ancienne Indochine française, nous n’avons pas encore de grande surface chinoise à boycotter !
Nous, nous sommes pour la liberté et l’indépendance du Tibet ; vous, vous êtes, juste retour des choses, pour la liberté et l’indépendance de la Corse. C’est parfait ! Nous avons dès lors matière à échanger. Ne dressons point de murs, jetons des ponts.
En 754, Charlemagne, roi des Lombards, cède la Corse au pape. En 1077, Grégoire VII confie l’administration de l’île de Beauté à l’évêque de Pise. En 1284, la Corse devient la propriété de Gênes. En 1730, la Corse déclare une première fois son indépendance. En 1735, une seconde fois. En 1768, Gênes cède la Corse à la France. 1789, l’Assemblée nationale décrète que « la Corse fait partie de l’Empire français ». 1858 : en Corse, la langue officielle devient le français. En 1942, la Corse, durant l’Occupation allemande, est rattachée à l’Italie. Et, le 8 octobre 1943, le général de Gaulle à Ajaccio proclame « la Corse, premier morceau libéré de la France ».
En tout et pour tout, la Corse a été indépendante de 1735 et 1769. Et, avec vous, chers amis chinois, je clame : « Vive la Corse indépendante ! » Je vous invite à venir avec moi brandir bien haut le drapeau de l’île de Beauté sur les Champs-Elysées parisiens. Venez nombreux, mille voire dix mille, avec pancartes et mégaphones réclamer l’indépendance de la Corse, traiter Jeanne d’Arc de prostituée, Napoléon de pervers. Pétain ayant serré la main à Hitler, vous pourrez traiter la France de nazie. Profitez-en pour maculer le drapeau français de croix gammées sous les fenêtres de Jean-Marie Le Pen en lui remémorant les exploits de tortionnaire en Algérie française que lui prêtent ses détracteurs.
Imaginez maintenant un Tibétain ou un Chinois, comme votre valeureux Wei Jingsheng, invitant un petit Français à brandir le drapeau tibétain sur la place Tien An Men à Pékin. Aurions-nous seulement le temps de crier « Vive le Tibet libre et indépendant ? » Et à quelles sanctions le Tibétain ou le Chinois s’exposeraient-ils ? Wei Jingsheng, contestataire devant Teng Xiao-ping de la « suzeraineté » de la Chine sur le Tibet, a passé dix-huit ans dans les geôles de sa « mère-patrie ». Ah, oui, quelle amère patrie !
En France, chers amis chinois, les Corses ont le droit de brandir la drapeau corse ; les Bretons, le drapeau breton ; les Basques, le drapeau basque. Chacun a le droit de militer (pacifiquement) pour l’indépendance de sa province ou de son île. Corses, Bretons et Basques, indépendantistes ou non, trouvent pleinement leur place dans l’administration de la France depuis de siècles. On a même vu, un petit Corse (pervers, dites-vous) devenir Empereur et réformer les institutions françaises tout en voulant mettre l’Europe à ses pieds.
Combien de Tibétains participent-ils à l’administration de la Chine en Chine, leur « mère-patrie » ? Et, tenez, combien de Chinois ont-ils jamais participé avant 1950 à l’administration de ce Tibet qui « appartient » à la Chine depuis quelque 700 ans, disent vos dirigeants ?
Venez voir le sort réservé à nos minorités nationales tant chez elles que dans le reste de la France, chers amis chinois, puis comparez librement avec le sort réservé aux Tibétains au Tibet et en Chine.
Peut-être consentirez-vous alors à nous accueillir à notre tour au Tibet et en Chine pour y constater par nous-mêmes la place qu’y occupent réellement nos amis Tibétains dont le grand défaut reste et restera de se considérer comme essentiellement Tibétains et pas du tout Chinois ! Pour l’heure, les portes du Toit du Monde restent fermées à nos yeux trop envieux de vérité.
Or, les portes de la Corse, de la Bretagne et du Pays basque vous sont, chez nous, grandes ouvertes. Bienvenue en France parmi ses minorités nationales, chers amis chinois.
Un dernier mot. Sur MSN LIVE, j’ai vu fleurir la campagne « LOVE CHINA » avec ses cœurs, tout gonflés d’un rouge si patriotique et suivis de la mention CHINA, qui précèdent les adresses des correspondants sur la messagerie en ligne. J’en ai vu 5, 10, 20, 30 s’afficher parmi mes correspondants chinois. Alors, j’ai modestement ajouté le mien avec les deux caractères 中国 (Chine, en chinois). J’ai reçu des messages de félicitations et de remerciements de mes amis chinois.
Vous voyez, chers amis chinois, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Français et Chinois, nous nous aimons bien.
Vous méritez bien évidemment ces jeux Olympiques que vous préparez avec tant de diligence, tout comme la Corse, fière et combattante face à l’envahissement des gens du continent, mérite son indépendance - à moins que l’Italie ou Rome n’en réclament la « propriété » estampillée au nom du pape, de Pise ou de Gênes, voire de l’occupation nazie...
Alors, chers amis chinois, braillons ensemble d’une même voix enjouée « Forza Corsica ! » et vive le Tibet libre et indépendant ! Ou, comme on dit en chinois : 西藏自由独立万岁!

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