• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Tous ces bobards dans les journaux, pendant la guerre de 14-18 : un cas (...)

Tous ces bobards dans les journaux, pendant la guerre de 14-18 : un cas d’école

Le 90ème anniversaire de l’armistice de 1918 a montré que cette guerre ne cesse pas de hanter la mémoire collective, en particulier par ses atrocités longtemps occultées. Le Président de la République a ainsi évoqué le 11 novembre dernier avec justesse dans son discours à la Nécropole nationale de Douaumont ces hommes fusillés « pour l’exemple », « dont on avait trop exigé, qu’on avait trop exposés, que parfois des fautes de commandement avaient envoyés au massacre et qui un jour n’ont plus eu la force de se battre. »

Une autre aspect de cette guerre mérite aussi d’être gardé en mémoire pour le présent comme pour l’avenir : c’est la mobilisation des journaux soumis à la censure avec leurs colonnes blanches, sous prétexte d’accroître les ressources morales des citoyens du pays en guerre. On l’a nommée « le bourrage de crâne ». On reste médusé. Comment, en effet, les journaux ont-ils pu diffuser si massivement des informations aussi invraisemblables sans craindre de perdre toute crédibilité ?

I- Une diffusion massive de leurres invraisemblables

C’est à longueur de colonnes qu’ils répandent les informations les plus absurdes.

1- Des bobards énormes.

- Ces bobards ont trait aux armes. Plus elles sont perfectionnées, moins elles causent de morts et de blessés ! (Le Temps, 4/8/1914). Celles de l’ennemi, en tout cas, ne sont pas dangereuses ; c’est de la camelotte ! (L’Intransigeant, 17/8/1914) : les obus (shrapnels) éclatent en pluie de fer inoffensive ! Les blessures par balles ne sont pas dangereuses ! Les gaz asphyxiants, eux, ne sont pas bien méchants ! (Le Matin de Paris, 27/4/1915). En somme, les balles allemandes ne tuent pas ! En revanche, les armes françaises sont, elles, efficaces : la baïonnette est même une arme « poétique », « chevaleresque » même, « d’une sûreté chirurgicale » !... (L’Echo de Paris, 10/7/1915 - L’Intransigeant, 15/12/1914).

- Les hommes, eux, sont répartis en deux camps évidemment.
* L’ennemi allemand est taré : il est maladroit dans ses tirs (L’Intransigeant, 17/8/1914) ; c’est un barbare qui coupe les mains des enfants et attache les prêtres au battant des cloches ou transforme les cadavres en savon (The Sunday Chronicle - Corriere della Serra - Le Matin de Paris, fin août 1914 ) ; c’est même un lâche qu’il faut injurier pour l’obliger à combattre (L’écho de Paris, 15/8/1914).
* Rien à voir évidemment avec le soldat français qui, lui, au contraire, est héroïque : il se dispute avec ses camarades pour monter au front (Le Matin de Paris, 15/11/1914) ; il supporte les blessures avec gaieté, fierté et courage (L’Intransigeant, 17/8/1914) ; le sens du devoir l’empêche de ressentir la douleur, telle l’ordonnance qui vit sa main tranchée par un éclat d’obus et alla la ramasser encore toute crispée sur le message qu’il apportait au général, avant de s’évanouir (L’Intransigeant, 3/9/1916) ; la guerre lui paraît, en tout cas, moins redoutable que le baccalauréat (Le Petit Journal, 11/7/1915 ) ; il se demande même ce qu’il pourra bien faire quand la guerre sera finie (Le Petit Parisien, 22/5/1915) ; blessé, le soldat souhaite écourter sa convalescence pour repartir au front le plus tôt possible (Le Petit Journal, 5/5/1916).

2- La création d’une hallucination collective
Ce sont là, on en conviendra, des bobards invraisemblables pour un esprit rationnel, contribuant à l’instauration d’une hallucination collective. La relation de cause à effet n’est plus perçue ; l’évidence est niée.

- L’innocuité des armes est proportionnelle à leur perfectionnement ; obus, balles et gaz, armes redoutables, sont présentés comme inoffensifs ; la baïonnette est célébrée, avec fétichisme, comme une personne impatiente de tuer l’ennemi.

- Le jugement sur les hommes est, quant à lui, d’une partialité outrancière selon une distribution manichéenne des rôles caricaturale : l’ennemi allemand est nul ; le soldat français est héroïque. Les faits rapportés sont même contradictoires : l’ennemi est maladroit et ses armes inefficaces, mais il y a pourtant des morts et des blessés français en grand nombre ; l’ennemi est nul, mais le soldat français est héroïque : or « à vaincre sans péril, (ne) triomphe (-t-on pas) sans gloire » ? 

II- Un faisceau de réflexes stimulés favorisant la réceptivité aux bobards

Comment les journaux ont-ils pu massivement diffuser de tels bobards sans craindre de perdre tout crédit ? On propose une hypothèse : les lecteurs prenaient ces bobards pour des informations fiables, compte tenu de leur cadre de référence qui les rendait insensibles aux relations de cause à effet, aux contradictions et à la partialité des jugements. Le « bourreur » implique un « bourré » qui consent à ce qu’on lui « bourre » le crâne. Et quelle responsabilité en revient à l’Ecole d’alors ? À quoi donc a servi l’instituteur qu’il est d’usage de couvrir d’éloges et de célébrer comme « le hussard noir de la République » ?

1- Le cadre de référence des lecteurs a été formé avant la guerre par l’inculcation des réflexes du patriotisme et du nationalisme
a- Un patriotisme blessé
Depuis 1871, un patriotisme blessé de défense est inculqué au citoyen français qui doit se préparer à la revanche contre la Prusse/Allemagne pour récupérer les provinces perdues, l’Alsace et la Lorraine. A l’école primaire, on apprend à lire dans le livre de Bruno, « Le tour de France par deux enfants », qui mène les écoliers de province en province jusqu’à se heurter « à la ligne bleue des Vosges » au-delà de laquelle vivent sous la botte allemande les chères provinces perdues...

b- Un nationalisme vengeur 
 Ce patriotisme de défense s’accompagne d’un nationalisme vengeur : celui-ci célèbre l’excellence de la nation française ; et simultanément est enseignée la haine du « boche » barbare qui occupe indûment une partie du territoire national.

2- Pendant la guerre, trois réflexes principaux sont activement stimulés :
a- Le premier réflexe est « la transe de la forteresse assiégée » qui fait taire toutes les querelles et les critiques face au danger commun. A la déclaration de guerre en août 1914, le pays est tétanisé par le réflexe du patriotisme : c’est "l’Union sacrée" de quasiment toutes les familles d’opinion autour du gouvernement.

b- Un second réflexe de soumission aveugle à l’autorité conduit les citoyens à croire l’information que livre par le canal des journaux le gouvernement en charge du salut du pays.

c- Un troisième réflexe est la soumission de l’individu à la pression exercée par le groupe qui rend difficile toute velléité d’indépendance d’esprit et de doute méthodique, avec la crainte, en se distinguant, de passer pour un traître. Dans le danger, l’individu est contraint de s’intégrer davantage au groupe, pour les informations, les conduites à tenir, l’alimentation, etc.

3- Ces trois réflexes sont, en outre, associés à trois autres qui paralysent toute exigence de rationalité.
a- L’un est évidemment le réflexe inné de la peur.

b- L’autre est le réflexe socioculturel conditionné de compassion et d’assistance à personne en danger. Ce réflexe est stimulé par la division du pays en deux : l’arrière et le front, qui implique une distribution manichéenne des rôles :

- au front se trouvent ceux qui exposent leur vie, les courageux , les meilleurs, les héros ;

- à l’arrière s’abritent les autres, qui contribuent à l’effort de guerre, mais ne peuvent rivaliser avec les héros ; ils sont parfois même suspectés d’être des “tire-au-flanc” ou des profiteurs.

c- Le dernier réflexe est le réflexe de culpabilité.

- Cette distribution manichéenne des rôles favorise une prise de parti favorable pour ceux du front, les héros, et défavorable pour ceux de l’arrière, qui connaissent, bon gré, mal gré, un sentiment de culpabilité, avivé par des affiches (Cf. « Moi, je verse mon sang. Et vous ? Versez votre or ! » ).

- L’inconfort du réflexe de culpabilisation peut alors être soulagé de trois manières :
* L’héroïsation à volonté des soldats en est une : elle ne souffre évidemment aucune discussion.
* L’assistance humanitaire en est une autre, par l’envoi de dons en argent ou en nature (les colis, les parrainages) aux soldats du front.
* La troisième manière n’est pas moins efficace : c’est une possible grande réceptivité à des informations minimisant les dangers encourus par les soldats du front : moins le danger est grand, moins grand est le sentiment de culpabilisation envers les soldats. Paradoxalement, les soldats du front, eux-mêmes, lors des permissions ou à leur retour, contribuent par pudeur ou fanfaronnade, à minimiser les risques encourus, allant ainsi au-devant de l’attente des récepteurs culpabilisés dont la peur et la culpabilisation peuvent décroître.

On peut penser – du moins est-ce une hypothèse plausible - que sous l’empire de ces réflexes conjugués, le citoyen est devenu sourd et aveugle à toute rationalité : les bobards les plus invraisemblables pouvaient lui être servis à volonté par des journaux que censuraient les dirigeants politiques et militaires. Ceux-ci avaient ainsi les coudées franches pour agir à leur guise.

Qu’en serait-il aujourd’hui ? Qui oserait affirmer qu’avec 90 ans d’Ecole publique laïque supplémentaires, le niveau culturel atteint par la moyenne des Français les met à l’abri de pareilles aventures hallucinatoires ?

Paul Villach


Moyenne des avis sur cet article :  4.53/5   (51 votes)




Réagissez à l'article

46 réactions à cet article    


  • FIAT LUX 18 novembre 2008 11:34

    Les moyens d’information, de communication étaient limités, réservés à une "élite" et gérés par ceux-qui-savent...les autres suivaient !
    C’est avec le recul, l’ouverture des archives que l’on apprend, bien aprés, bien des choses...
    Aujourd’hui tout va plus vite...dans un sens comme dans l’autre !


    • François M. 18 novembre 2008 15:38

      Tout va plus vite ay niveau de la technologie, mais les gens devant les écrans n’allument pas nécessairement plus rapidement. Prenez cet exemple de faux ennemis qu’on agite à la figure du peuple : Bin Laden. Nos médias ne sont guère mieux que dans le temps pour nous rapporter les informations qui comptent.

      Mission impossible : attraper le défunt Bin Laden

    • Philou017 Philou017 18 novembre 2008 19:37

      Fiat Lux :"Les moyens d’information, de communication étaient limités, réservés à une "élite" et gérés par ceux-qui-savent...les autres suivaient !"

      En fait, il regnait le même désinformation qu’aujourd’hui. Beaucoup de journaux racontaient des bobards. Il était plus facile de manipuler les gens car l’information circulait peu.

      Aujourd’hui, il y a beaucoup d’information qui circule , mais souvent tronquée, orientée, partiale, conformiste. Les nouveaux médias (radio, télé) sont de formidables machines à désinformer, aux mains dy systeme financier, et plus généralement des élites.

      Disons qu’aujourd’hui, les gros bobards sont un peu plus diificiles à faire passer. mais les techniques de désinformation sont plus subtiles.


    • mcm 18 novembre 2008 11:40

      Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute.
      Ces bobbards valent bien une victoire sans doute.


      • morice morice 18 novembre 2008 11:44

         J’ai entendu dire les "boches" durant toute mon enfance, et jamais les allemands, ça venait de là aussi.


        • Je suis Fantomas 18 novembre 2008 17:08

          Je vois d’ou vient ton racisme envers les allemands.


        • Fergus fergus 18 novembre 2008 11:47

          Merci pour cet intéressant et salutaire article qui rappelle que la manipulation des populations par les politiques et les médias a été totale et s’est exercée sans vergogne. On comprend mieux pourquoi tant de pauvres bougres issus des classes populaires ouvrières et surtout paysannes sont partis au combat la fleur au fusil !

          Petite réflexion incidente, et sans rapport direct avec le thème abordé : l’opposition des héroïques combattants français aux lâches ou aux piètres soldats ennemis a longtemps été (jusqu’aux années 50) une constante dans notre pays, à l’inverse de l’approche britannique, valorisant l’ennemi pour mieux souligner le courage de ses propres combattants. La finesse et l’intelligence n’ont pas toujours été de notre côté !   


          • Emile Red Emile Red 19 novembre 2008 09:48

            " l’inverse de l’approche britannique, valorisant l’ennemi "

            Etes vous si sûr ?
            La différence était surtout qu’en UK on manipulait plus les soldats et moins la foule, mais les sermons militaro-religieux britanniques sont des modèles qui allaient de la chambrée à l’office du dimanche avec harangue du curé sur le statut animal du germain...
            Je n’ai jamais vu un texte valoriser l’ennemi alors qu’il y en eu quelques uns en France même de la part d’officiers au front.


          • Fergus fergus 19 novembre 2008 11:10

            Je faisais notamment allusion à la filmographie.


          • iomej 18 novembre 2008 12:34

            Rien de nouveau sous le soleil. Pour envoyer des hommes au casse-pipe (jeunes si possible), plus la ficelle est grosse, mieux c’est. Dernier exemple en date : la guerre d’Irak .


            • Cher paul VILLACH,
              Je feuilletais hier après-midi un dictionnaire de la grande guerre publié dans la collection "bouquins" et je suis tombé par hasard sur "Le Canard enchaîné" fondé ...en 1915 par Mr Maréchal. L’article qui s’y trouve était intéressant et évoquait, entre autres, les motivations des fondateurs qui souhaitaient lutter avec leurs pauvres armes contre le bourrage de crâne..s et les bobards en tous genres.


              • spartacus1 spartacus1 18 novembre 2008 13:40

                Effectivement, le canard estné pour combattre le bourrage de crâne.
                Plus de 93 ans après, il continue le même combat contre le bourrage de crâne actuel. heureusement que le carnard existe pour savoir un peu mieux ce qui se passe vraiment en France. Et ce n’est pas vraiment réjouissant.


              • Internaute Internaute 18 novembre 2008 12:47

                Je partage bien votre point de vue. Le coup de l’allemand qui fait du savon avec les cadavres nous a été resservi aprés la deuxième guerre mondiale.

                Il est dommage que vous n’ayez pas remonté les fils de vos sources et essayé de découvrir qui possédait la presse à cette époque et quels sont les intérêts si puissants qu’ils ont réussi à convaincre les populations françaises et allemandes d’échanger leur or contre leur sang. Car vous posez bien l’équation mais ne donnez pas sa solution.

                Où est parti cet or ? J’ai encore un reçu de ma grand-mère officialisant son petit don en or à l’Etat français. A qui le crime épouvantable qu’est la première guerre mondiale a-t-il profité ? C’est là que devraiit s’exercer le devoir de mémoire. C’est bien de voir les effets mais comprendre les causes est encore plus formatteur.


                • Gilles Gilles 18 novembre 2008 14:42

                  @ Internaute

                  Tes potes nazis ont effectivement fait du savon avec de la graisse humaine. Des échantillons ont même été présenté à Nuremberg

                  "La raison pour laquelle aucun historien n’a jamais prétendu que les Allemands aient utisé de façon industrielle des corps humains afin de fabriquer du savon est aussi contenue dans ces mêmes témoignages. Ils démontrent que l’« Institut » fut établi au cours de l’année 1944 par un scientifique nazi de Danzig, le Dr Spanner qui a inventé la méthode pour y parvenir, et a convaincu des autorités berlinoises apparemment enthousiastes (nous ne savons pas de qui il s’agissait exactement) de soutenir ses expériences."

                  marrant ces vélléïtés de toujours devoir défendre l’innomable chez certains.... surement des adeptes de ce que j’ai pu trouver sur ce site révisioniste particulièrement immonde :

                  Les Juifs ont exigé que l’or des dents juives soit retourné à leurs familles. Mais que faire de tous les Juifs qui ont été transformés en savon et abat-jour ? Pourquoi les Juifs n’ont-ils pas exigé que les Allemands renvoient ces articles ? Les Juifs s’inquiètent-ils seulement des articles d’une valeur financière élevée ? :

                  L’holocauste devrait être considéré comme une supercherie jusqu’à ce que les Juifs démontrent le contraire. Le fardeau de la preuve leur incombe à eux, ni à vous ni à moi. Ne soyez pas dupes !


                • Internaute Internaute 18 novembre 2008 17:11

                  Vous êtes fatiguant à la longue.

                  Je vous invite à lire un site hautement révisionniste (selon vous) puisqu’il s’agit de Wikipédia.

                  http://fr.wikipedia.org/wiki/Production_exp%C3%A9rimentale_de_savon_humain_dans_l’Allemagne_nazie

                  qui di texto :

                  « Les experts actuels de la Shoah considèrent le « mythe du savon juif » comme une des légendes noires de la Seconde Guerre mondiale, et non comme un reflet de la réalité d’une production de masse d’un tel savon en Allemagne à l’époque[7]. Ce point de vue est soutenu par plusieurs historiens juifs réputés : Walter Laqueur[8], Gitta Sereny[9], et Deborah Lipstadt[10], ainsi que le professeur Yehuda Bauer de l’Université hébraïque de Jérusalem et Samuel Krakowski, directeur des archives de Yad Vashem[11],[12],[13]. »


                • Gilles Gilles 18 novembre 2008 17:34

                  Ok à voir...totu est possible, même la désinformation smiley

                  Juste que je n’ai vu aucun article sérieux parlant de la production de masse, mais d’expérimentation par une sorte de Mengele


                • FIAT LUX 18 novembre 2008 13:11

                   Le coup de l’allemand qui fait du savon avec les cadavres nous a été resservi aprés la deuxième guerre mondiale.

                  INTERNAUTE...Yehuda Bauer sur le savon humain

                  "Les négationnistes sont à l’affut, prêts à relever la moindre erreur que nous puissions commettre par inadvertance ; nous ne saurions leur faciliter leur "travail".


                  • LE CHAT LE CHAT 18 novembre 2008 13:24

                    on voit ce qu’a donné le bourrage de crânes néocon dans la tête des américains ! et ces allemands dans qui étaient conditionnés à être la race des seigneurs .

                    c’est la propagande la plus facile , celle qui consiste à dénigrer l’autre !


                    • LE CHAT LE CHAT 18 novembre 2008 13:28

                      on retrouve tous ces eléments dans la politique guérirre de G.W.Bush

                      L’axe du mal , ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous , l’union sacrée démocrate républicains ( sauf Obama) pour aller en découdre avec Saddam etc etc


                    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 18 novembre 2008 13:28

                      " Comment, en effet, les journaux ont-ils pu diffuser si massivement des informations aussi invraisemblables sans craindre de perdre toute crédibilité ? " avez vous écrit dans votre excellent document. très beau travail. Internet a signé la fin de ce système. Je suis un jour tombé dans un grenier sur une formidable perle. Une collection de cent cartes postales du front. Je me réjouissais à l’idée d’apprendre des quantités de faits datés et de sentiments vifs de soldats aux premières loges des combats...Que Nenni ! Absolument toutes n’étaient que des copié/collé de la première..texto !

                      Bien à vous, Paul.


                      • sacado 18 novembre 2008 13:34

                        Intéressant. Mais il est dommage que vous ne mettiez pas de citation, voire d’extrait des articles en question. Ç’eût pu être intéressant de voir comment ces choses-là étaient formulées...

                        Sinon, c’est toujours d’actualité : cf. les "frappes chirurgicales" et autres...


                        • Paul Villach Paul Villach 18 novembre 2008 14:33

                          @ Sacado

                          Mon article aurait été trop long si j’avais transcrit les citations. Voici celles que j’aurais pu glisser.

                          LE TEMPS (4/08/1914)
                          " On croit généralement qu’il résultera ce qu’on a coutume d’appeler "des pertes effroyables" en hommes. Aussi faut-il redresser les idées à ce sujet à l’aide des statistiques établies après les dernières grandes guerres. Elles démontrent, en deux mots, que plus les armes se perfectionnent, plus le nombre des morts et des blessés diminuent."

                          L’INTRANSIGEANT (17/08/1914)
                          " Camelotte allemande .- Nos soldats ont pris l’habitude des balles allemandes et des shrapnels (obus remplis de balles qu’ils projettent en éclatant)... Les shrapnels, en effet, éclatent mollement en l’air, et tombent en pluie de fer inoffensive ou s’enfoncent dans la terre sans éclater. De plus, le tir est mal réglé...
                          Quant aux blessures causées par les balles, elles ne sont pas dangereuses... Les balles traversent les chairs de part en part sans faire aucune déchirure. De sorte que les grands trains de blessés
                          (sont) remplis de jeunes garçons atteints par des balles et qui, pourtant, rient avec une reconfortante bonne humeur."

                          LE MATIN DE PARIS (27/04/1915)
                          "Il ne faudrait pas s’alarmer outre mesure de l’effet des bombes asphyxiantes. Qu’on se rassure, ce n’est pas bien méchant... Elles resteront inoffensives... Si on fait le total de leurs victimes et qu’on les compare aux autres, on n’y prêtera même pas attention."

                          L’ECHO DE PARIS (10/07/1915)
                          A propos de la baïonnette qu’on nomme "Rosalie" :
                          "Avec l’arme blanche, nous retrouvons la poésie... des luttes épiques et chevaleresques."

                          L’INTRANSIGEANT (15/12/1914)
                          " Elle est tellement nationale et française, cette baïonnette, qu’au début même de notre enfance... elle s’impose par un attrait mystérieux... Quand nous gâchons gravement la blancheur du papier, quel est presque toujours l’objet qu’entreprend de figurer notre dessin naïf ? Une baïonnette. [...] Ainsi mise au canon, elle n’attend plus que la voix du chef pour foncer... Elle frémit déjà d’impatience et de désir, de soif et de gourmandise. Elle arrive sur le tas, elle plonge à fond dans le tambour des poitrines, dans la peau d’âne qu’elle crève ainsi qu’une outre humaine... Elle est jeune, elle est belle, elle est ivre, elle est folle et calme cependant, jamais irrésolue, ni distraite ni égarée... Et d’une sûreté scientifique, chirurgicale, atteignant en plein l’adversaire sans même égratigner dans la cohue le camarade voisin. Henri LAVEDAN, de l’Académie française."

                          L’ECHO DE PARIS (15/08/1914)
                          rapportant les confidences d’un blessé :
                          "Mais dites bien que les Allemands sont des lâches et que la difficulté est seulement de les approcher. Dans la rencontre où j’ai été atteint, nous avions été obligés de les injurier pour les obliger à se battre."

                          LE MATIN DE PARIS (15/11/1914)
                          " Quand il s’agit d’aller dans les tranchées relever les camarades dont le tour est venu de se reposer, on se bat presque pour y courir."

                          L’INTRANSIGEANT (03/09/1916)
                          Parlant d’un sous-lieutenant :
                          "Il dut porter un pli au général commandant la division [...] Le logis du grand chef était repéré, les obus avaient même déchiré sa tente. Le général vit un jeune sous-lieutenant s’arrêter devant lui, à deux pas, les talons joints, le bras droit ouvert, une lettre à la main.  [...] Un éclat de marmite (obus) vient sectionner la main de l’officier au ras du poignet et la lancer au loin à vingt mètres  [...] Et voici ce qui arriva et qui devrait être inscrit en lettres d’or sur du fer : le sous-lieutenant baissa son bras mutilé, marcha vers sa main, mit son pied dessus pour en retirer la lettre - car les doigts s’y étaient crispés - se redressa, revint vers le général, du même pas, avec la même attitude militaire, et s’arrêta, le corps tout d’une pièce, les talons joints, pour lui remettre le pli - mais cette fois-ci avec la main gauche. Alors seulement, il s’aperçut qu’il souffrait et se trouva mal."

                          LE PETIT JOURNAL (11/07/1915)
                          recueillant les confidences d’un héros :
                          "(il) avoue qu’il avait eu plus peur en passant son bachot que lorsqu’il s’élança à la conquête du Vieil Armand (sommet des Vosges) "

                          LE PETIT PARISIEN (22/05/1915)
                          " A part cinq minutes par mois, le danger est très minime, même dans les situations critiques. Je ne sais comment je me passerai de cette vie quand la guerre sera finie." (Lettre d’un soldat)

                          - LE PETIT JOURNAL (05/05/1916)
                          Un lieutenant blessé tient ces propos :
                          " - Un mois avant de revenir me battre avec mes braves, ce sera long.
                          Et le médecin militaire lui répond :

                          Eh bien, mon petit, nous tâcherons d’abréger la convalescence. "

                          -  L’INTRANSIGEANT (13/08/1914)
                          Un soldat écrit à son père :
                          "Nous sommes nourris comme des pachas."

                          - LE PETIT PARISIEN (15/03/1915)
                          "On gâte trop nos soldats. Il faut modérer les envois (de colis)."
                          Paul Villach


                        • sacado 18 novembre 2008 16:29

                          Merci Paul ! C’est particulièrement succulent... J’aime beaucoup le passage su les baïllonnettes. On y retrouve d’ailleurs le coup de la précision "chirurgicale" dont je parlais plus heut smiley


                        • cogno1 18 novembre 2008 13:49

                          Oui, toujours d’actualité, et il ne faut pas croire, toujours aussi gros.
                          On va juste chercher l’ennemi un peu plus loin, on connait trop bien l’Allemand aujourd’hui pour gober ça, mais si on prends des peuples plus "exotiques", aucun soucis.
                          Ca date de Rome cette propagande, l’étranger, le barbare, sacrifiateur d’enfant, etc, etc, rien na changé, c’est un des seuls apports de Rome à l’Humanité : un propagande redoutable, tellement que nous en subissons encore les effets de nos jours.

                          Et j’ajoute qu’il se trouve ici nombre de colporteurs de ces bobards modernes, les même qui doivent penser que les bobards de 14-18 sont inconcevables...


                          • titi 18 novembre 2008 18:29

                            Pas d’accord.

                            "On va juste chercher l’ennemi un peu plus loin, on connait trop bien l’Allemand aujourd’hui pour gober ça, mais si on prends des peuples plus "exotiques", aucun soucis. "
                            L’allemand a également pas mal changé depuis. Il a perdu l’habitude de ravager nos contrées 2 fois par siècle.
                            Si la population "gobait" les accusations sur le comportement des allemands, c’est aussi parce qu’elle avait en mémoire les actes des Bavarois à Bazeilles ou le sort de prisonniers de Sedan.


                          • Patisab 18 novembre 2008 13:52

                            Bonjour,

                            Article très intéressant, certes. Cependant, je m’interroge sur les élans que certains qualifieraient "d’anti-français". Serions-nous à ce point masochistes que nous n’aimions rien moins que nous faire mal ?

                            Bref, je souhaitais juste faire remarquer que la propagande n’était pas l’apanage des français. Les autres belligérants n’étaient pas mal non plus dans leur genre. Aussi, ce riche exposé aurait-il mérité une mise en parallèle avec ce qui se faisait, par exemple, en Allemagne.

                            Très cordialement.


                            • Paul Villach Paul Villach 18 novembre 2008 14:36

                              @ Parisab

                              Je suis d’accord avec vous, mais je ne dispose pas de la documentation nécessaire. Paul Villach


                            • Gilles Gilles 18 novembre 2008 14:47

                              Ces situations sorties du texte de l’auteur, me semblent familières......

                              •  L’innocuité des armes est proportionnelle à leur perfectionnement ;

                              • Le jugement sur les hommes est, quant à lui, d’une partialité outrancière selon une distribution manichéenne des rôles caricaturale :

                              • a- Le premier réflexe est « la transe de la forteresse assiégée » qui fait taire toutes les querelles et les critiques face au danger commun.

                              • b- Un second réflexe de soumission aveugle à l’autorité conduit les citoyens à croire l’information que livre par le canal des journaux le gouvernement en charge du salut du pays.
                              J’ai du les ehtendre un paquet de fois en suivant l’actualité internationale.

                              Et le plus rigolo, c’est que l’on est encore dupe. Qui n’a pas crû, au moins un peu, que les armes "modernes" à guidage laser promettaient une guerre plus propre ?
                              Quant au reste, c’est l’illustration de notre quotidien politique...

                              • Alex 18 novembre 2008 16:31

                                N’oublions pas aussi qu’au début du 20eme siècle on enseignait aux enfants français que le boche urinait par les pieds et autres joyeusetés. Par la suite et dans le cadre de la réconciliation franco-allemande les deux états s’engageaient à retirer toutes les phrases anti-française/anti-allemande des manuels scolaires.


                                • CAMBRONNE CAMBRONNE 18 novembre 2008 16:41

                                  BONJOUR PAUL

                                  Excellent article : Vous décrivez bien le phénomène et vous analysez pourquoi ça marche ou ça marchait .

                                  Un petit commentaire de ma part dont la famille a connu dans le nord les deux occupations allemandes de 14/18 et de 39/44 .

                                  Les Allemands se sont très mal comporté dés leur arrivée en belgique , détruisant des villes , fusillant à tour de bras . J’ai des témoignages écrits de plusieurs membres de ma famille . Ces massacres allemands sont des faits à partir desquels la propagande a pu trouver un bon terrain en plus des causes exactes et plus anciennes que vous expliquez fort bien . Entre autre le bourrage de cranes des hussards de la république .

                                  Les Allemands ont fait crever de faim les populations , ils allaient déterrer les patates dans les jardins . ils avaent mis en place des "maitres de cultures" allemands dans les fermes dont les hommes étaient partis .
                                  Les soldats et les civils originaires du nord et qui étaient passé de l’autre côté des lignes entretenaient la propagande en la nourissant de faits réels .

                                  Point important à souligner : La guerre se passait sur notre sol et au milieu des populations françaises des départements du nord et de l’est . La guerre s’est terminé alors que les Allemands n’avaient pas encore regagné leurs frontières .


                                  Heureusement dans nos pays ce genre de propagande a besoin d’être affiné . On ment autant mais avec un peu plus d’astuce surtout quand le pays est en guerre . Voir les journaux de 40 , d(indo ou d’algérie ..

                                  Dans la plupart des pays émergeants la propagande est pure et dure . Ne parlons pas des pays encore immergés comme l’algérie où la propagande se fait sans aucune gène .

                                  Salut et fraternité .


                                  • Emile Red Emile Red 19 novembre 2008 10:06

                                    Cambronne : " dans nos pays .... "

                                    La propagande par voie de presse est encore non seulement bien suivie par la presse mais souvent précédée par ses journalistes, souvenez vous de la diabolisation de la France lors du début de la guerre d’Irak et ce n’était pas en Algérie ou chez les Papous mais bien aux USA.
                                    Idem chez nous avec Outreau ou en Italie avec l’attentat de la gare de Bologne...


                                  • ZEN ZEN 18 novembre 2008 16:59

                                    Bonjour Paul
                                    Intéressante analyse

                                    Lavisse , " l’instituteur national" n’a pas peu participé à la préparation psychologique des esprits ...

                                    Lui qui préconisait aux institeurs d’enseigner l’histoire "même enveloppée de légendes"


                                    • ZEN ZEN 18 novembre 2008 17:01

                                      "instituteurs", pardon


                                    • Zygomar 18 novembre 2008 18:05

                                      "Une autre aspect de cette guerre mérite aussi d’être gardé en mémoire pour le présent comme pour l’avenir : c’est la mobilisation des journaux soumis à la censure avec leurs colonnes blanches, sous prétexte d’accroître les ressources morales des citoyens du pays en guerre. On l’a nommée « le bourrage de crâne ». On reste médusé. Comment, en effet, les journaux ont-ils pu diffuser si massivement des informations aussi invraisemblables sans craindre de perdre toute crédibilité ?"


                                      Pour être complet et à titre d’information, il serait fort intéressant que vous livriez au même exercice mais sur ce qui se passait de ce point de vue en même temps en Allemagne....


                                      • titi 18 novembre 2008 18:40

                                        Pour ce qui est de l’Allemagne, ils ont été les victimes de la plus grandes intoxication du genre.
                                        En effet pour la plupart des allemands de 1918, l’allemagne n’a tout simplement pas perdu la guerre...
                                        fr.wikipedia.org/wiki/Dolchsto%C3%9Flegende


                                      • finael finael 18 novembre 2008 18:39

                                        Très bon rappel de ce que fut le "bourrage de crânes" à l’arrière.

                                         N’oublions pas non plus les "bouteillons" qui eux circulaient dans les tranchées (bouteillons car ils étaient en général répandus par les hommes de corvée de ravitaillement), rumeurs de paix, "cette fois ce sera facile", "Guillaume est mort", etc... etc... auxquels les soldats ne croyaient pas vraiment mais qui les réconfortait un tout petit peu.

                                         Il existe, bien qu’il soit devenu très rare, un très bon ouvrage des années 20-30 : "Histoire de la guerre" de Jean Galtier Boissière (l’un des fondateurs du "Canard Enchainé").

                                         Il raconte, entre maints autres exemples, comment les bobards prenaient de l’ampleur d’édition en édition, je me souviens d’un exemple :


                                        - "Les allemands ont pris Liège"

                                        - "Les allemands ont forcé les prêtres à faire sonner les cloches lors de la prise de Liège"

                                        - ...
                                         "Les allemands ont attachés les prêtres comme battants vivants pour faire sonner les cloches lors de la prise de Liège"


                                        • moebius 18 novembre 2008 21:52

                                          les masses étaient consentantes en 14 elle l’étaient encore en 18 sinon a quoi aurait servi le "sacrifice" de ceux qui étaient morts. A mon sens personne n’était véritablement dupe du bourrage de crane de la propagande on ne l’est pas plus de la publicité ou de certaine annonce émanant du gouvernement. Le nationalisme c’est a dire la communion par la haine de l’autre devait être le sentiment dominant et c’est elle qui a permit de supporter la boue des tranchés ensuite à l’armistice cette haine sociale se démobilise et ce sont les organisations politiques qui l’ instrumentalisent en profitant de la solidarité né dans la boue dans ce qui peut être considéré comme une guerre civile et puis ...ensuite c’est pas le bourrage de crane ou l’absence de discernement qui est la cause de la violence et ça n’est pas non plus la raison qui nous épargnera la violence. La violence n’est pas le contraire de la raison mais c’est la raison qui l’oriente et lui donne un sens


                                          • moebius 18 novembre 2008 21:55

                                            quand je parle de violence je parle de violence collective


                                          • Emile Red Emile Red 19 novembre 2008 10:17

                                            " ... personne n’était véritablement dupe ... "

                                            Bien sûr que si, un exemple de la naïveté populaire, moins vieux et tout aussi aberrant que tout le monde connait  :
                                            La protection des populations en cas de bombardement nucléaire aux USA dans les années 50, comment se cacher sous les tables, dans les placards ou derrière un mur maçonné.

                                            La population dans sa majorité croit tout ce que les "experts" racontent quand elle est ignorante dans un domaine ( Tchernobyl... ).


                                          • Paul Villach Paul Villach 19 novembre 2008 10:59

                                            @ Moebius

                                            Il me semble que vous minimiser le pouvoir de l’information. Ou alors on ne comprend pas cette obsession du pouvoir à vouloir la contrôler.
                                            1- On n’est pas dupe de la publicité, dites-vous. Elle n’aurait donc aucune influence ? Les annonceurs sont-ils à ce point stupides pour jeter tant d’argent par les fenêtres ?
                                            2- Vous partez de l’idée que "le bon sens" reste inébranlables dans les têtes populaires. Toute l’Histoire montre qu’elle le perdent facilement : il suffit de bien s’y prendre et de savoir stimuler les réflexes appropriés ! Paul Villach

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès