Woody Allen, à 76 ans, est-il à bout de souffle pour souffler sur les bougies de son gâteau ? Fait-il du tourisme ou du cinéma ? Combien de femmes a-t-il eues ? Sa vie fut-elle éclaboussée par un scandale sexuel ? Quels cinéastes préfère-t-il ? Aime-t-il son propre cinéma ? J'ai choisi de parodier le titre d'un de ses films les plus célèbres pour évoquer toutes ces questions et bien d'autres... Voici « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Woody Allen (sans jamais oser le demander : enfin presque !) »

Woody Allen est-il encore cinéaste ou fait-il du tourisme en Europe ? "Les deux, mon général !' Sa réponse à l'hebdomadaire "Le Nouvel Obs" est sans ambiguité : "Votre vision de Rome est très touristique…réponse : Oui, mais c’est ce que j’aime. Je suis un perpétuel touriste."
Voilà qui est dit. Woody Allen profite de ses films pour faire du tourisme. Son dernier opus se passe à Rome. Auparavant, c'était Paris : "Minuit à Paris" en 2011 avec notamment Carla Bruni. En 2007, il avait choisi l'Espagne pour tourner "Vicky Cristina Barcelona".
Quel regard jette-il sur ses propres films ?
En promotion à Los Angeles pour « To Rome with love », le réalisateur confie être déçu par tous ses films y compris « Annie Hall » et « Hannah et ses soeurs ». Il a confié qu'il n'avait « jamais été satisfait » et n'avait « jamais apprécié aucun de (ses) films », se comparant à un chef cuisinier dégoûté par les plats qu'il prépare. Sa décepton repose sur des frustrations. « Dans "Annie Hall", la relation entre moi et Diane Keaton n'était pas du tout ce qui m'intéressait. C'était une petite partie d'un projet plus grand. Et à la fin, j'ai dû réduire le film à cette relation », raconte-t-il. Quant à Hannah et ses soeurs, « c'était une énorme déception, car j'ai dû faire des compromis considérables par rapport à mon intention originale, afin d'assurer la survie du film ».
Pour "To Rome with Love", c'est différent. Il s'en explique : « Mon titre original était "Bob Decameron" mais personne ne savait ce qu'était le Décaméron, même en Italie (…). Personne ne comprenait la combinaison entre un mot de jazz et un titre de Boccace. Alors j'ai changé pour "Nero Fiddled" (premiers mots, en anglais, d'une expression décrivant l'empereur Néron jouant de la lyre pendant que Rome brûle) mais la moitié des pays du monde disaient "On ne comprend pas ce que ça veut dire, on ne connaît pas cette expression". Alors j'ai opté pour un titre générique comme "To Rome with Love" pour que tout le monde comprenne ».
Quels sont les rapports de Woody Allen avec les femmes ?
Dans "Annie Hall", le personnage joué par Allen a cette réplique révélatrice : "J'ai besoin d'amour, ma vie est vide. Mais comment pourais-je faire confiance à une femme capable d'aimer quelqu'un comme moi ?" On voit que les choses ne sont pas simples pour ce grand complexé. Pourtant, il n'a que très récemment cessé de jouer des rôles de séniors dont tombent amoureuses de très jeunes femmes. Dans son dernier film, il se résoud enfin à n'être plus le sémillant amant d'une héroïne qui pourrait être sa petite-fille. Il joue son père. Il était temps : Allen à 76 ans et il n'est pas Paul Newmann, les bornes de la crédibilité étaient depuis longtemps dépassées.
Dans sa vie réelle, Woody Allen tombe amoureux de ses actrices. La première actrice dont il partagea la vie fut Louise Lasser. C'était en 1966. Lasser dont il va se...lasser ! Le couple divorce après trois ans de vie commune. Louise Lasser avait alors tourné dans trois de ses films : « Bananas », « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) » et « Prends l'oseille et tire-toi ». Il eut par la suite une relation avec Diane Keaton pendant près de dix ans.
Les années 1980 sont marquées par la rencontre avec Mia Farrow, sa nouvelle égérie. Elle apparaît dans tous ses longs métrages de 1982 avec "Comédie érotique d'une nuit d'été à 1992" et "Maris et Femmes". Il partagera douze ans de sa vie avec Mia Farrow. La rupture intervient sur fond de scandale, la comédienne ayant découvert qu'il détenait des photos de sa fille adoptive Soon-Yi Previn entièrement dévêtue. Il se marie avec cette dernière en 1997.
Quelles sont les frustrations de Woody Allen ?
Woody Allen a souvent cherché à imiter ses maîtres sans y parvenir. Son film "Intérieurs" avait pour ambition de singer Ingmar Bergman, le maître des états d'âme. De fait, il y est parvenu. Mais on a dit alors de lui "le clown se prend pour Bergman". Doit-il alors se confiner dans son rôle de cinéaste amuseur et se contenter, ici et là, de citer son maître par la bouche de son personnage pour ne réaliser que des scènes en forme de clin d'oeil ? Telle la scène du repas familial qui jaillit du passé dans "Crimes et délits " (1989) qui s'inspire des "Fraises sauvages" du cinéaste suédois.
Si on pousse plus loin, sur un plan psychanalytique, on peut se demander si Allen ne court pas après ses maîtres en ratant délibérément ses imitations pour ne pas les égaler et ainsi se complaindre dans son rôle de frustré. Tout comme son personnage rate souvent ses relations amoureuses pour lui permettre de retrouver sa solitude d'artiste et d'intello adorateur et geigneur.
Encore pourait-il montrer ses capacités à faire du cinéma comme il aime, s'il prenait le temps. Oui, mais voilà, il lui faut réaliser un film par an en moyenne.
Son autre référence, c'est Fritz Lang. Mais là, il n'a jamais pu approcher ce maître de l'expressionnisme et du suspense. Bien sûr, on peut citer "Ombres et brouillard" (1992) mais ce ne fut là qu'une improbable parodie amusante. Dans "La Rose pourpre du Caïre", il emprunte un procédé au Docteur Mabuse de Friz Lang en faisant sortir les acteurs de l'écran de cinéma. C'est surtout avec "Meurtre mystérieux à Manhattan" qu'il s'approche du maître allemand. Il déclare alors "L'homicide est un sujet passionnant parce qu'il permet d'explorer à fond la faiblesse humaine et le sentiment de culpabilité". Or, on sait que Lang était aussi fasciné par les meurtriers et voyait en chaque homme un assassin en puissance.
Il faut rappeler qu'à l'origine Woody Allen n'était autre qu'un créateur de gags et que ses premiers films se contentaient de mettre bout à bout des gags sans parvenir à tisser une intrigue, un vrai scénario. Avec le cinéma, ses gags sont devenus visuels. Là se situent aussi, outre le temps insuffisant consacré à la conception de ses films, les limites du cinéaste américain.
Au moins, le cinéaste réussit-il à faire partager ce qu'il aime : le jazz (Cole Porter souvent au générique ou cité. Allen est lui-même clarinettiste et le prénom qu’il s’est choisi vient du clarinettiste Woody Herman), l'art pictural, entre autres. Et la France...Woody Allen projette aussi sur le grand écran sa propre personnalité, soit de manière souvent éclatée ("Harry dans tous ses états" et "Zelig" mettent en scène les différentes identités de Woody Allen) ou par la création d'univers peuplé de parts de lui-même, quand ce n’est pas par ses doubles : John Cusack dans « Coups de feu sur Broadway », Jason Biggs dans « La Vie et tout le reste (anything else), Owen Wilson dans « Minuit à Paris »…

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