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Accueil du site > Tribune Libre > Trois mesures pour… éradiquer le déclin de la presse écrite (...)

Trois mesures pour… éradiquer le déclin de la presse écrite (#2)

Au début des années 2000, l’expansion des journaux gratuits s’accompagne de cris d’orfraie et de prévisions apocalyptiques. Les patrons et cadres de la presse écrite craignent de voir leur audience s’effriter et, par ricochet, leurs recettes publicitaires fondre comme neige au soleil. À l’inverse, les défenseurs des gratuits ne manquent pas de mettre l’accent sur le profil de leur lectorat : essentiellement des jeunes citadins actifs et mobiles, soit des personnes qui demeureraient largement étrangères aux quotidiens et périodiques traditionnels. Le message sous-jacent ne saurait faire l’ombre d’un doute : gratuits et payants, en aucun cas concurrents, se révèleraient au contraire complémentaires. Une coexistence paisible au service de l’information.

À peine l’épisode des « gratuits » digéré par un secteur en crise que le Web fait une entrée fracassante sur la scène médiatique. Abondance de contenus, multiplicité des supports, hybridation, démocratisation du prix de l’information, la Toile met la presse écrite sur la sellette et bouleverse son mode de consommation. De quoi engager une vaste réflexion sur une profession désormais en lente perdition. Mais le grand remue-méninges qui aurait alors dû s’amorcer ne verra jamais le jour. Pourtant, les évolutions induites par le délitement du lectorat et les contraintes de l’instantanéité, auxquels il faut encore ajouter les mutations d’un secteur publicitaire en plein ressac, auraient en toute logique dû ouvrir la voie à une refonte intégrale des prestations, ainsi qu’à la révision des modèles économiques attenants. Que faire alors pour éradiquer le déclin de ces titres de presse devenus structurellement déficitaires, et néanmoins incapables de se réinventer ?

1) Renouer avec l’investigation. La pauvreté relative des papiers publiés ces dernières années renvoie dos à dos, ou presque, les dépêches d’agences et les articles (re)travaillés par les rédactions. Il est parfois difficile, en effet, de déceler une quelconque valeur ajoutée alors même que les principaux titres de la presse écrite – tant belge que française – compriment drastiquement leurs effectifs et cherchent à tout prix à rogner sur leurs frais de fonctionnement. Les publications doivent se serrer la ceinture et n’hésitent plus, au besoin, à sacrifier la qualité des contenus sur l’autel d’une comptabilité désormais toute-puissante. Ce faisant, elles scient la branche sur laquelle un secteur tout entier est assis et se contentent souvent de naviguer à vue en eaux troubles. Combien, aujourd’hui, d’entretiens exclusivement téléphoniques afin de limiter perte de temps et frais de déplacement ? Combien de journalistes de desk, ces rédacteurs ne quittant leur bureau qu’au terme de la journée, pour un enquêteur sur le terrain ? Enfin, comment renouer avec l’investigation quand les budgets alloués aux salariés intégrés sont largement amputés et que les pigistes, pour contrer la déflation du feuillet, se voient contraints d’accélérer encore et encore leur rythme de travail ? Ces mêmes journalistes indépendants en sont d’ailleurs souvent réduits à implorer leur hiérarchie pour de vulgaires défraiements et se trouvent considérablement précarisés, ce qui ne favorise assurément pas l’enquête de longue haleine. Par souci de concision, nous n’évoquerons même pas le sort réservé aux correspondants locaux, ces petites mains mésestimées au statut à géométrie variable. Pour se réinventer et reconquérir le lectorat, la presse écrite, dans son ensemble, doit stopper l’hémorragie – le simple traitement d’une matière brute fournie par les grandes agences – et revenir aux fondamentaux, à savoir l’investigation et l’exploitation de tous ces sujets porteurs aujourd’hui injustement négligés.

2) Mettre fin à l’instantanéité. Déjà malmenée par les journaux d’information abondamment diffusés par la radio et la télévision, la presse écrite doit en outre désormais composer avec le Web et sa réactivité quasi instantanée. Cette rivalité purement chronométrique entraîne une course effrénée à la publication, qui se réalise largement aux dépens des quotidiens, poussés à se fourvoyer, c’est-à-dire à bâcler leur travail, pour suivre la cadence infernale imprimée par les autres médias. Le verdict est sans appel : le secteur se tire une nouvelle fois une balle dans le pied, son empressement à « sortir l’info » rebutant encore un peu plus des lecteurs qui, à qualité comparable, décident en toute logique de se tourner massivement vers le moins onéreux, à savoir la Toile. Disons-le sans détour : patrons de journaux, directeurs de publication et rédacteurs en chef se doivent de repenser les contenus et de mettre fin tant à l’instantanéité de l’information qu’au raccourcissement perpétuel des papiers. Car, si beaucoup ont tendance à l’oublier, il reste que, pour se vendre, un titre doit pouvoir se prévaloir d’une réelle valeur ajoutée, dont la traduction effective suppose le dépassement du simple stade factuel, un croisement accru des sources et une mise en perspective pertinente des faits relatés.

3) Revoir le modèle économique. Au sein des rédactions, la crise n’a échappé à personne. Les annonceurs revoient leurs investissements à la baisse, ce qui tend à fragiliser des éditeurs fortement tributaires des revenus qu’ils parviennent à tirer de la publicité. À titre d’exemple, rappelons que les grands quotidiens de Belgique francophone, à l’instar du Soir ou de La Libre, enregistrent jusqu’à 50 % de leurs recettes par la seule vente des espaces promotionnels. Mieux, dans les périodes fastes, des titres comme L’Express ou Le Nouvel Observateur montent à des ratios de l’ordre de 80 % ! Une dépendance qui rend d’autant plus indispensable la révision complète du modèle économique de la presse écrite, alors même que s’effondrent les investissements publicitaires. À cela, il convient encore d’ajouter le virage historique amorcé dans la consommation des contenus, appelant tous les responsables à revoir leurs services en y intégrant le numérique, qu’il faut sans tarder rendre rentable. Alors que d’aucuns rêvent publiquement de s’en remettre à unaggiornamento refondateur, tant la composition des remèdes adéquats que leur posologie demeurent encore largement inconnues. Il est pourtant grand temps d’organiser de vrais états généraux de la presse écrite afin de dégager des solutions applicables dans les plus brefs délais. Le redressement du secteur passera forcément par la définition d’un justeprix propre à chaque titre – le journalisme professionnel se paie ! –, par la refonte du volet publicitaire, par l’ajustement des formats et maquettes ou encore par un développement approprié du numérique – actuellement, c’est tout juste si la publicité sur le Web génère des queues de cerises. Qu’on se le dise : si un titre peut renaître de ses cendres par son contenu, sa commercialisation et ses finances devront montrer patte blanche pour espérer pérenniser l’activité.

 

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8 réactions à cet article    


  • Spartacus Spartacus 12 mai 2015 09:02

    Sauf que le 3 eme point est une mauvaise analyse.


    La presse ne vit pas de la publicité mais de la subvention.
    La presse devrait vivre de ses lecteurs, mais quand on gagne plus avec la subvention, elle préfère faire le pied de grue aux conférences de ceux qui donnent les subventions. 

    Entre pondre un article de qualité qui donne envie à 200 000 personnes l’envie de le payer et de l’autre obtenir une subvention d’un fonctionnaire qui ramène le même revenu, le choix est assez logique.

    • Robert GIL Robert GIL 13 mai 2015 15:12

      @Spartacus
      si on arrete toute les subventions comment vont vivre les entreprises française ?
      .
      voir : BUDGET DE L’ÉTAT : 280 milliards d’euros . CADEAUX AUX ENTREPRISES : 230 milliards d’euros !
      .
      quand a ton delire perpetuel sur les fonctionnaires, voici de quoi t’instruire , enfin c’est une façon de parler ...
      .
      voir : C’EST QUOI UN FONCTIONNAIRE ?


    • Gieller Gieller 12 mai 2015 09:11

      4ème point : Redevenir indépendante
      - Des pouvoir en place (arrêt des subventions)
      - Des grands groupes et de leurs intérêts propres

      Sans ce point là les trois points abordés dans l’article ne sauveront rien du tout...


      • Ben Schott 12 mai 2015 09:25

        Bla-bla de commercial.
         
        S’il y a déclin de la presse écrite, c’est surtout parce qu’elle ne fait plus son boulot. Le citoyen-contribuable en a marre de soutenir à bout de bras avec ses impôts ces organes de propagande qui lui expliquent à longueur de temps qu’il est le mauvais élève de l’Europe et qu’il vit au-dessus de ses moyens ; et sur ce dernier point, le citoyen-contribuable leur donne raison et commence à faire des économies : il n’achète plus la presse écrite.


        • Scual 12 mai 2015 12:05

          Mais il FAUT éradiquer la Presse écrite !

          C’est n’importe quoi en 2015 de continuer à transmettre les infos avec tout cet encre sur du bois d’arbre. IL faut passer à internet au lieu de couper nos forets pour rien.

          Le modèle économique il faut le changer car celui basé sur le contrôle du canal de diffusion sur la base de la rareté est obsolète. On va enfin pouvoir réfléchir à l’information sur la base de sa vraie nature immatérielle, et ça vaut aussi pour la culture et le savoir d’ailleurs.


          • mmbbb 12 mai 2015 19:56

            Le Monde a baisse de qualite il y a quatre ans je l’ai lu a l’etape en montagne Une page entiere sur DSK qiui n’apportait aucune information alors que tout le monde connaissait les agissements de DSK dans le microscome parisien Un page sur le CERN a propos du LHC un clic sur Internet vous en apprend plus avec des articles et des liens detailles Quand a la ligne éditoriale de ce journal elle est marquee Liberation idem L’express ressort a frequence constante un dossier sur les franc macon fonctionaires etc Le Point racole avec des articles people La presse ecrite est devenu chere est ininteressante . Que les patrons de presse commencent deja a s interroger sur ce declin Les journalistes ne font plus leurs jobs ou rarement les articles d’investigation sont rares et ils semblent trop dependant du pouvoir


            • Alex Alex 12 mai 2015 19:59

              4e point : insérer des photos-montages sympas.
              Imaginez une photo de Christiane Taubira dont seule la tête serait conservée et le corps remplacé par celui-ci : succès assuré !


              • Bergegoviers Bergegoviers 13 mai 2015 02:22

                Vos propositions sont inutiles puisque le pouvoir a depuis longtemps choisi de subventionner cette presse au lieu de la soumettre aux lois du marché qui la forceraient à travailler sérieusement et dans l’intérêt de ses lecteurs.

                Votre seul espoir est d’élire un nouveau Gouvernement qui abolira toute propagande et se contentera de servir son peuple.
                Un tel Gouvernement n’a, à ma connaissance, jamais existé.

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