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Trois scénarios pour l’Etat grec et la zone euro

La crise à laquelle sont confrontés les gouvernements de la zone euro est très grave. Explorons trois scénarios possibles pour le futur de la zone euro et les Etats en difficultés financières.

La crise à laquelle sont confrontés les gouvernements de la zone euro est très grave. La situation de la Grèce sur le court comme le moyen terme est quasiment désespérée. La réalité des chiffres montre qu’aucune solution indolore n’est envisageable pour l’instant. Rien que pour tenter de résoudre la crise grecque, on parle maintenant d’un besoin de 140 milliards d’euros sur trois ans.

L’impasse

Afin d’empêcher l’Etat grec de faire défaut, les conditions suivantes doivent être remplies simultanément dans les prochains jours :
- Le gouvernement grec doit présenter un plan d’austérité à la fois drastique (réduire le nombre de fonctionnaires, diminuer de 15% le salaire minimum par exemple) et crédible (avoir l’appui de la société grecque ou ne pas donner l’impression qu’il reculera devant la contestation des mouvements syndicaux). L’attitude actuelle du gouvernement grec qui est en train de finaliser un nouveau plan d’austérité présenté au pays le 29 avril , des syndicats et de la population en général démontrent que cette condition a peut-être des chances de se réaliser dans la douleur.
- Les membres de la zone euro doivent se mettre d’accord sur un plan de sauvetage de 100 milliards d’euros pour l’année 2010, disponible immédiatement, avec l’accord-éclair des parlements nationaux. Nous en sommes loin mais cela reste possible et nous verrons si Angela Merkel trahit ses électeurs en prenant une décision économiquement raisonnable - comme elle a l’habitude de le faire - le 10 mai 2010, au lendemain des élections allemandes.
- Le FMI doit avoir des garanties claires du gouvernement grec (sous la forme de propositions détaillées de réformes drastiques) et de la zone euro (sous la forme d’un appui financier sans faille à l’Etat grec) pour pouvoir espérer coordonner le processus.

A l’exception de la deuxième, il est possible qu’aucune des conditions ci-dessus ne se réalise, sans parler de réalisation simultanée. Les plans de sauvetage esquissés actuellement arrivent trop tard, sont trop petits et personne ne fait confiance au gouvernement grec pour réformer sérieusement l’Etat.

Sans compter qu’il faut croire en la capacité du FMI a réussir à imposer des réformes en Grèce et à gérer la crise au mieux – ce qui est un acte de foi si l’on considère la façon dont les récentes crises en Asie, en Russie et en Amérique du Sud ont été gérées.

Un défaut de l’Etat grec est probable à court et moyen terme et quasi-certain à long terme. Dans le passé, d’autres pays ont réussi à gérer un endettement public excessif mais jamais avec des taux d’intérêt aussi élevés et jamais sans dévaluer leur monnaie. Et il est impossible pour la Grèce de dévaluer sans faire défaut car sa dette publique est en euros.

Les crises budgétaires nationales se transforment en crise bancaire européenne. Celles-ci (les banques commerciales françaises, suisses, allemandes, et en particulier la Société Générale, Fortis et Dexia) sont très exposées aux dettes grecques et seront « sauvées » par les Etats nationaux en cas de faillite.

La crise va donc perdurer, s’étendre et s’intensifier. Le rééchelonnement de la dette grecque apparait donc de plus en plus comme une option détestable mais difficilement évitable. Derrière la Grèce se profilent déjà les crises potentielles et dévastatrices de l’Irlande, du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne. Quand le gouvernement allemand acceptera d’aider l’Etat grec, il ne pourra pas faire de même pour les autres Etats en difficultés.

Trois scénarios possibles

Trois scénarios sont possibles.

A. Bluff et miracle – Comme ils l’ont fait jusqu’à présent, les gouvernements des Etats membres de la zone euro organisent beaucoup de conférences et font des déclarations solennelles en compagnie du G20 et du FMI. Les investisseurs croient soudainement que tout va bien, les taux d’intérêt se stabilisent, les Etats ne font pas défaut et des mesures sont prises à posteriori pour éviter une rechute immédiate.

B. La BCE fait tourner la planche à billets - D’une manière ou d’une autre, la BCE peut obtenir la permission de racheter les bons du Trésor des Etats en difficultés. C’est la solution « planche à billets », la BCE donnant des euros frais en échange de bons du trésor qui ne valent (presque) plus rien. Certains économistes pensent que l’Etat allemand est peu susceptible d’accepter cette option. Cela peut permettre à ces Etats de ne pas faire défaut mais cela provoquera une hausse importante de l’inflation au sein de la zone euro. Avec l’inflation vient un appauvrissement des européens les moins riches et un enrichissement des fonctionnaires et para-fonctionnaires et salariés des entreprises corporatistes les plus proches des Etats (banques commerciales, services financiers, énergie, grandes industries, BTP, agriculteurs…) aux dépens des PMEs qui représentent 90% du secteur privé en France.

C. La situation d’autres Etats européens se détériore – Les Etats italien et espagnol ont de moins en moins la confiance des investisseurs. Dans le cas espagnol, les investisseurs constatent que ce pays doit faire face à un taux de chômage de 20%, une dette publique très importantes, un déficit budgétaire de 11,2% (13,6% pour l’Etat grec) et ils considèrent qu’un taux d’intérêt de 5% est trop faible par rapport au risque qu’ils prennent. La situation est plus ou moins la même en Italie. Donc, au fur et à mesure que les investisseurs potentiels deviennent plus prudents, les taux d’intérêts des bons du trésor de ces deux Etats augmentent, ce qui conduit à une fragilisation des systèmes banquiers nationaux, à une contraction du crédit et à une fuite des capitaux. Les investisseurs – des banques commerciales et des fonds de pension qui gèrent l’épargne et les retraites de personnes réelles comme vous et moi – refusent d’acheter davantage de bons du Trésor. C’est ce qui s’est passé le mardi 27 avril 2010 quand les Etats espagnols et irlandais ont eu de très grandes difficultés à placer leurs bons à court terme – ce qui est très grave. Si cela survient pour plusieurs pays, ou pour un pays important, le problème ne pourra pas être résolu par Berlin ou la BCE seuls et la zone euro peut s’effondrer.

C.a. Détérioration et chaos – en cas d’effondrement, un changement de régime politique de certains pays européens n’est possible que s’il existe des mouvements politiques importants, très organisés, hiérarchisés, couvrant l’essentiel du territoire national, ayant pour objectif de réaliser un coup d’Etat, ayant la volonté et la capacité d’affronter l’Etat par la violence ou la menace de la violence. A part l’état-major des armées nationales et certains mouvements syndicaux dans certains pays européens, ces forces ne semblent pas exister.

C.b. Détérioration et solution libérale – Les solutions et réformes étatiques se font attendre, les gouvernements accusent les « spéculateurs », les « marchés financiers », l’ultralibéralisme anglo-saxon. Pendant ce temps, les Etats commencent à faire réellement défaut et ne parviennent plus à financer la totalité de leur Etat-Providence (système de santé, retraites, éducation et autres agences publiques) car les Etats ne pourront plus financer leurs déficits sur les marchés financiers. La population perd confiance dans l’Etat et se tourne vers les secteurs privés et associatifs pour gérer ce qui était auparavant géré par l’Etat.

C.c. Détérioration et solution étatiste internationale - Si le scénario C se réalise, il existe une porte de sortie mais, pour des raisons politiques, ni Berlin ni la BCE ne veulent en entendre parler. Il y a donc de grandes chances pour que cette solution soit choisie et définie en détails au dernier moment. Il s’agit du package habituel réservé aux Etats émergents en crise grave : dévaluation monétaire importante, restructuration des dettes publiques, changement des réglementations monétaires telles que nous les connaissons aujourd’hui, et aide massive en provenance des pays non-européens du G20 (représentés par le FMI ?) pour aider les gouvernements européens à faire accepter des plans d’austérité nationaux. Cette aide extérieure sera très importante. Si nous prenons comme hypothèse que pour restaurer la confiance, il faut racheter 3 ans des dettes publiques grecque, portugaise, espagnole et italienne, la somme peut atteindre de 800 à 1 000 milliards d’euros mais la chute de l’euro par rapport au dollar peut faire baisser ce chiffre. En échange de cette aide de très grande ampleur, le système européen est sommé de changer. D’une manière ou d’une autre, le pouvoir de décision glisse vers Bruxelles ou Francfort. Par exemple, c’est la BCE qui est chargée de vendre à un certain prix des bons du Trésor européen (ou assimilés) aux Etats nationaux. Au bout du compte, il y aura émergence d’une politique économique commune en Europe comportant non seulement la maîtrise de la politique monétaire, mais aussi et surtout une politique budgétaire, sinon commune, du moins étroitement concertée. En théorie, elle aura pour objectif d’interdire catégoriquement les déficits budgétaires successifs et la fuite en avant dans un endettement croissant. En pratique et à moyen et long terme, les pressions politiques des capitales européennes feront en sorte de rendre laxiste le nouveau système, les déficits budgétaires et la hausse de la dette publique seront tolérés.

Qu’ont en commun les deux scénarios les plus probables ?

Ce sont les scénarios B et Cc qui ont le plus de chances de se réaliser. Qu’ont-ils en commun ?

Dans les deux cas, la centralisation du pouvoir est apparente (apparente plus que réelle, puisque ce sont bien les gouvernements nationaux qui font pression sur la BCE) et la valeur de l’euro se dégrade.

Nous nous dirigeons donc vers une collectivisation européenne des risques des Etats nationaux via la formation d’un gouvernement économique européen, plusieurs décennies de croissance faible ou très faible (donc un ascenseur social bloqué), une lente descente dans le classement du niveau de vie par rapport aux autres pays, la formation et l’éclatement de bulles à cause de l’inflation, une accentuation de l’antilibéralisme, de l’anticapitalisme en Europe et la reformation d’une montagne de dettes publiques, au niveau européen cette fois.

par Alex Korbel (son site) samedi 1er mai 2010 - 181 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par bender (xxx.xxx.xxx.115) 1er mai 2010 15:27
    bender

    Il faut ABOLIR l’article 123 du traité de Lisbonne qui stipule que les états européens ne peuvent plus emprunter de l’argent directement à la BCE et qu’ils doivent le faire auprès de banques privées, ce qui leur coute beaucoup plus cher !!
    L’article 123 du traité de Lisbonne a été fait sur mesure par et pour les banquiers, s’apparente presque à un coup d’état financier et va contre l’intérêt d’absolument tous les peuples européens.
    IL EST TEMPS QUE CELA CESSE !!!
    La faute encore à ce cher Sarkozy qui, en ratifiant ce traité par voie parlementaire, est allé contre l’expression démocratique et souveraine du peuple français qui avait dit clairement NON au traité de Lisbonne...
    SARKOZY = TRAITRE !

  • Par surfnblue (xxx.xxx.xxx.151) 1er mai 2010 16:24
    surfnblue

    Exact !
    Les politiciens et les banquiers sont les deux faces d’une même mafia !
    L’article 123 est une iniquité !
    Rendre les banques intermédiaires obligatoires pour l’emprunt des États s’apparente à une escroquerie pure et simple !
    Les politiques, les eurocrates (ploutocrates ?) ont été complices des financiers depuis des années. Toute cette clique couche ensemble. C’est un vaste club échangiste depuis des années.
    La BCE prête à 1% aux banques qui reprètent aux États à 4% ou 5%. Comme les États remboursent la dette avec nos impôts, on peut conclure que les banques se sont greffées à nos impôts !
    Le pire, c’est que quand ca va bien et qu’elles sucent tranquillement, les bonus vont dans les poches des banksters et autres traders.
    Quand elles font des conneries et perdent au casino de la bourse, elles exigent des plans de relance par plus de dettes des États et moins d’intérêts de la BCE pour pouvoir sucer encore plus.
    Il faut supprimer les banques du circuit de l’endettement des États !
    Il faut éventuellement supprimer tous ceux qui s’opposeraient à un tel changement (révolution, insurrection, you name it)
    Il faut boycotter les banques (BNP, Credit Lyonnais, etc.) et éventuellement, tout retirer ou manifester massivement devant les succursales.
    Nous devons stopper les banques avant qu’elles ne nous bouffent !

  • Par sisyphe (xxx.xxx.xxx.133) 1er mai 2010 16:25
    sisyphe

    Par bender (xxx.xxx.xxx.115) 1er mai 15:27

    Il faut ABOLIR l’article 123 du traité de Lisbonne qui stipule que les états européens ne peuvent plus emprunter de l’argent directement à la BCE et qu’ils doivent le faire auprès de banques privées, ce qui leur coute beaucoup plus cher !!
    L’article 123 du traité de Lisbonne a été fait sur mesure par et pour les banquiers, s’apparente presque à un coup d’état financier et va contre l’intérêt d’absolument tous les peuples européens.
    IL EST TEMPS QUE CELA CESSE !!!
    La faute encore à ce cher Sarkozy qui, en ratifiant ce traité par voie parlementaire, est allé contre l’expression démocratique et souveraine du peuple français qui avait dit clairement NON au traité de Lisbonne...

    Evidemment !

    C’est LA SEULE SOLUTION qui permette de régler le problème à court, moyen et long terme.

    Mais les libéraux continuent à dénier absolument ce genre de solution (et pour cause, elle signerait la fin de la mise sous le joug de la planète par les banques et les puissances financières, ainsi que la privatisation du monde, depuis Friedman). 

    TOUS les peuples européens et mondiaux se retrouvent, du fait de ce système aberrant, inique, assassin, mafieux, dans une merde noire, mais les libéraux continuent à défendre les mafieux et les assassins, en envisageant toutes les solutions (forcément défavorables aux citoyens, par les "ordonnances" du style FMI ; coupes sombres dans les services, publics, privatisations, baisse des salaires, allongement de la durée du travail ; j’en passe et des pires), pourvu que les banques, elles, soient tranquilles, et continuent de se gaver sur le dos des citoyens tondus, lessivés, essorés, égorgés....

    Le rêve d’un libéral, c’est que même les gouvernements soient privatisés ; plus besoin de se laisser emmerder par des élus ; tout le pouvoir aux mafias, et de compte à rendre à personne...

    J’espère que les Grecs vont avoir le courage de se soulever, pour mettre un terme à cette honteuse exploitation qui prend le monde entier à la gorge, pour le bénéfice de bandits qui détiennent toutes les clefs.

    Soutien au peuple grec en lutte.

    REFORME MONETAIRE !!

  • Par stephanie (xxx.xxx.xxx.250) 1er mai 2010 14:53
    stephanie

    Il y a une dernière solution :
    La sortie de l’Europe.
    Reprendre notre indépendance et que la Banque Centrale puisse prêter à l’état à taux très faible.

    Les 12 impasses de l’UE :
    http://u-p-r.fr/?page_id=255

    La guerre économique :

    http://u-p-r.fr/?page_id=165

    Le minimum, c’est de savoir que cette possibilité existe depuis que le Traité de Lisbonne a été signé.

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