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Tunisie : le cruel jeu de mots du « Canard Enchaîné » sur le gouvernement français

Le Canard Enchaîné n’a pas son pareil pour stigmatiser un événement par la majesté d’un jeu de mots qui fait mouche et date.

Quelques perles historiques fameuses
 
- On garde ainsi en mémoire sa dénonciation du pape Paul VI en juillet 1968 qui condamnait la contraception : « Le pape n’a rien compris au préservatif : la preuve ? Il le met à l’index !  »
 
- Sa célébration de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, n’était pas moins réjouissante : « Incroyable ! Franco passe l’arme à gauche !  ».
 
- Le 28 janvier 1987, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur qui niait farouchement avoir fait délivrer un vrai faux-passeport à un individu pour le soustraire aux recherches judiciaires dans « l’affaire du Carrefour du développement » avait été appelé avec déférence « l’homme qui dément comme il respire ».
 
- Plus récemment, l’hebdomadaire avait rendu hommage à l’auteur de l’attentat à la chaussure contre l’ex-président Georges W. Bush, en Irak, le 14 décembre 2009, en ces termes : « Attentat à la chaussure en Irak : à bas Bush ! » (1)
 
Ben Ali et alibi, c’est kif-kif
 
Le jeu de mots dont Le Canard Enchaîné vient de saluer la chute du tyran tunisien, s’inscrit dans la même veine de la même verve : « Tunisie : Sarko, Alliot-Marie, Mitterrand n’ont rien vu venir : ils n’ont aucun Ben Alibi !  »
 
Rien n’est parfois plus sérieux qu’un jeu de mots. L’économie de moyens qu’il mobilise ne donne que plus d’éclat aux idées les plus éloignées qu’il fait s’entrechoquer. Le Canard Enchaîné réédite avec le patronyme de Ben Ali le même exploit qu’il avait réalisé avec celui de Bush.
 
Le prénom arabe « Ali  » est proche d’un mot français tiré du latin « alibi » dont use un accusé pour se disculper en prétendant qu’il était « ailleurs » et non sur les lieux du crime commis. « Ali » a même tout l’air d’être le commencement du mot « alibi ». De là à croire – Mektoub ! – que ce nom prédestinait l’individu à la fonction, il n’y a qu’un pas que le jeu de mots franchit allègrement. L’hebdomadaire s’empare donc de cette quasi-équation de sons désignant des objets très éloignés et la fait passer pour une équation de sens : « Ben Ali » et « alibi », c’est kif-kif !
 
Le soutien français à Ben Ali stigmatisé par le jeu de mots
 
Les excellentes relations que le gouvernement français entretenait avec le dictateur tunisien, se retrouvent du coup inscrites dans une partie du patronyme de ce dernier. Son soutien sans faille à Ben Ali a, en effet, été justifié par la fonction de rempart contre l’Islamisme qui lui était reconnue. Ce rôle prêté à Ben Ali était donc « un alibi » qui permettait de fermer les yeux sur le régime autoritaire qu’il imposait à la Tunisie et le système de corruption clanique qu’il avait institué.
 
Mais le jeu de mots du Canard Enchaîné stigmatise aussi l’aveuglement du gouvernement français qu’a révélé la fuite de Ben Ali. Sa complaisance envers lui s’est doublée d’une ignorance des forces de résistance souterraines qui étaient pourtant à l’œuvre au sein du peuple tunisien : le gouvernement français ne peut plus alléguer cette fois le moindre « Ben-Alibi » pour justifier son indifférence : il s'est enfui comme un voleur ! Mieux, par ses exactions et la mise en coupe réglée du pays, la dictature de Ben Ali n’a-t-elle pas fait le lit de l’Islamisme ? Si c’est ce que l’avenir réserve, le gouvernement français n’aura plus décidément « aucun bon alibi ». 
 
On se demande à quoi sert un personnel diplomatique entretenu à grands frais. Les Américains, eux du moins, n’ont pas été pris de court : on sait depuis les révélations de Wikileaks que l’ambassade américaine était très sévère envers le gouvernement Ben Ali qu’elle traitait de « mafia ».
 
Telle est la performance du jeu de mots ! En provoquant par les sons ou les sens propres et figurés une collision entre deux idées apparemment les plus éloignées qui soient, il en fait jaillir d’autres dont la pertinence inattendue provoque le sourire. C’est ce qui le rend redoutable. Il arrache l’adhésion des lecteurs en « mettant les rieurs de son côté » même si, comme aujourd’hui, on rit plutôt jaune. Paul Villach
 
(1) Paul Villach, « Ces chaussures lancées à la figure de Bush : un beau jeu de mots du Canard en hommage », AgoraVox, 22 décembre 2009
par Paul Villach samedi 22 janvier 2011 - 51 réactions
yahoo
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  • Par Yvance77 (xxx.xxx.xxx.51) 22 janvier 2011 10:39
    Yvance77

    Salut,

    Gloire à ce journal qui sans publicité aucune tord le coup à tous les markerteurs, financiers, rédacteurs... qui ne comprennent toujours pas un tel succès ne se démentant pas, et qui va atteindre bientôt ses 1OO ans de parution.

    A titre personnel, la "une" qui m’avait fait le plus rire concerne un certain Jacqou le Croquant aka Chirac.
    En pleine affaire Mery, (et ces fameuses valises bourrées de biftons livrées à la mairie de Paris) et après la réveillon de la Saint Sylvestre, le coin-coin avait sorti son premier numéro de l’an et fameux (pour moi) :

    " 2001- L’Odyssée des espèces "

    J’avais trouvé cela fort et, c’est resté gravé en mémoire.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.215) 22 janvier 2011 11:24
    Fergus

    @ Geneste.

    Paul Villach ne prédit pas l’arrivée de l’islamisme en Tunisie mais souligne que ce sont bel et bien les dictatures, et non la démocratie, qui sont les meilleurs atouts pour les barbus, récupérateurs du mécontement des peuples musulmans opprimés et spoliés.

    Cela ne veut bien évidemment pas dire que c’est ce qui se passera en Tunisie. Bien au contraire, si tout le monde joue le jeu de la démocratie en marche, c’est le peuple qui triomphera et qui, dès lors, n’aura pas besoin d’avoir de se recroqueviller dans les mosquées et de se laisser convaincre par les discours exaltés d’imams manipulateurs.

  • Par docdory (xxx.xxx.xxx.151) 22 janvier 2011 11:47
    docdory

    Cher Paul Villach

    Pour Michèle Alliot-Marie, la recherche d’un "Ben-Alibi" va être singulièrement compliquée par ce que révélait hier soir BFM TV : une grande quantité de " matériel de maintien de l’ordre " à destination de la Tunisie a en effet été bloquée à Roissy !
    De là à supposer que " l’aide au maintien de l’ordre " , scandaleusement proposée à Ben Ali par Michèle Alliot Marie dans son intervention à l’Assemblée nationale, avait commencé à recevoir un début de concrétisation ( avec une célérité inaccoutumée évoquant une priorité gouvernementale) il n’y a qu’un pas que nous serons nombreux à ne pas hésiter à franchir !
    Je suis impatient de connaître la réaction de Michèle Alliot-Marie à cette information ...
  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.215) 22 janvier 2011 11:34
    Fergus

    Bonjour, Paul.

    Comme je l’’écrivais hier dans un autre commentaire, la diplomatie française et la DGSE ont, contrairement à leurs homologues américaines, été d’une nullité crasse dans la compréhension de la Révolution tunisienne, à l’image de l’arrogant Guéant, censé être le grand spécialiste du dossier, et d’un bout à l’autre complètement à côté de la plaque. Résultat : notre pays a été ridiculisé dans cette affaire à tous les niveaux, Sarkozy et Alliot-Marie en tête. Voilà sans doute à quoi l’on aboutit lorsque les collaborateurs sont tétanisés par l’exécutif !

    Pour ce qui est du Canard Enchaîné, dont je suis un fidèle lecteur depuis des décennies, c’est un journal indispensable, et sa disparition serait à coup sûr le signe de graves atteintes portées à la liberté d’expression dans notre pays. Longue vie au volatile !

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