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Turquie dans l’Europe, arrêtez d’instrumentaliser la géographie !

La question de l’intégration de la Turquie à l’Union européenne revient fréquemment sur le devant de la scène. Certains arguments utilisés pèsent d’un poids réel, ainsi quand il s’agit d’aborder les droits de l’Homme, la liberté de la presse, la question du respect des minorités. D’autres par contre sont à ranger dans la catégorie des arguments de mauvaise foi. Il est en ainsi de l’utilisation de la géographie comme preuve de l’impossibilité d’intégrer la Turquie. Cet argument fréquemment employé par des hommes politiques de droite est à décrypter. Il vise à marquer les opinions publiques par un argument d’autorité, en dessinant un monde simpliste et rassurant. Il est indéniable que le débat sur ce sujet mérite de démasquer certaines impostures, afin d’aborder de manière plus rationnelle les questions de fond.

De manière récurrente la question de l’intégration de la Turquie revient sur le devant de la scène, tout particulièrement quand se profile une élection importante et qu’il s’agit sur la droite de l’échiquier politique de trouver un thème mobilisateur, propre aux visions manichéennes. L’élection européenne du dimanche 7 juin, se situe dans cette continuité. De nombreux arguments sont déployés, mais l’un attire tout particulièrement l’attention car il présente l’apparence de la rigueur scientifique : la Turquie ne pourrait prétendre intégrer l’Union européenne pour des raisons géographiques. N. Sarkozy avait indiqué : « Je ne crois pas que la Turquie appartienne à l’Europe, pour une raison simple, qu’elle est en Asie mineure », V. Giscard d’Estaing, de même : « La Turquie n’est pas un pays européen parce que sa capitale n’est pas en Europe », ce en quoi il devrait remercier M. Kemal d’avoir déplacé la capitale de Istanbul à Ankara en 1923. Même le plus nuancé A. Lamassoure était allé dans le même sens : « Le moins mauvais critère est la géographie. Le projet européen concerne toute l’Europe et rien que l’Europe  ». Ces sentences tombées, que répondre, puisque des arguments géographiques imparables plaident pour exclure la Turquie. Deux questions doivent cependant être posées : de quelles références géographiques se prévalent ces hommes politiques pour asseoir leurs analyses, et à quel type de géographie font-ils allusion ?

Il peut s’agir de la géographie physique et des ruptures nettes qu’elle impose, chaîne de montagne, mer, zone désertique. Dans ce domaine, si l’on excepte le Bosphore (d’une largeur de 550 à 3000 mètres) séparant les 4 % de la Turquie dite européenne des 96 % de la Turquie anatolienne, aucune rupture déterminante ne peut être invoquée. La géographie humaine montre quant à elle que des liens importants existent entre la Turquie et les pays de l’Union européenne, par la présence d’une importante population d’origine immigrée, en particulier en Allemagne. La géographie culturelle pourrait proposer des arguments, en particulier linguistiques. Le turc est une langue venue d’Asie centrale. Mais un tel critère inciterait à interroger la présence dans l’Union européenne de la Hongrie ou de la Finlande aux langues finno-ougriennes originaires de l’Est de l’Oural. Quant aux héritages laissés par l’Empire ottoman, ancêtre de la Turquie moderne, ils sont particulièrement nombreux en Europe balkanique (voir les populations islamisées de Bosnie, par exemple), mais aussi en Roumanie et Bulgarie et ce jusque dans la Hongrie plus septentrionale (anciennes mosquées, minarets, thermes,…). Tout ceci témoigne d’une géographie mouvante, des influences culturelles et des brassages de populations.

Afin de vérifier la bonne foi des hommes politiques qui refusent la Turquie pour des raisons géographiques, je propose un test simple : le test islandais. Depuis le déclenchement de la crise financière de 2008 et ses répercussions sur l’Islande, la question de la candidature de ce pays n’est plus taboue. Il est donc envisageable que d’ici peu, nous ayons à nous prononcer sur son adhésion. Que dire d’un pays placé sur deux plaques tectoniques, traversé par une dorsale médio-océanique émergée, situé au milieu de l’Atlantique nord et dont la capitale Reykjavik est à 2 300 kms de Paris ? À titre comparatif, la distance Paris - Istanbul n’est que de 2 250 kms.

Pour conclure, nous devons demander aux dirigeants politiques, de faire preuve de davantage de clairvoyance dans leur argumentation et de ne pas abuser de pseudo références scientifiques pour masquer les véritables raisons qui les conduisent à préférer la non-intégration de la Turquie. Ces arguments ne peuvent en aucun cas se limiter à des références prétendument géographiques. La géographie naïve à laquelle ils font allusion, est en l’occurrence, celle des petites cartes en plastique de notre enfance. Avec ses contours rassurants, elle évoque un monde stable. Or, l’Europe est une construction complexe renvoyant à un projet politique d’essence démocratique destiné à transcender les guerres fratricides et à peser sur les affaires du monde. Il ne s’agit ni d’un club des pays de tradition chrétienne, ni d’une simple zone de libre-échange. Que l’entrée possible de la Turquie inquiète par le poids démographique d’un pays équivalent à court terme à celui de l’Allemagne, cela est concevable, mais la réflexion doit surtout intégrer les convergences nombreuses entre la Turquie et les principes fondamentaux du projet européen. En cela, la Turquie n’a aucunement vocation à se trouver exclue de l’Union européenne.

par DESPONDS Didier mercredi 3 juin 2009 - 68 réactions
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  • Par Stéphane Bouleaux (xxx.xxx.xxx.178) 3 juin 2009 12:15

    La verité, c’est que la turquie (et son cortege de muslims) ont n’en veut pas !!!

    Et c’est très bien comme cela !

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 3 juin 2009 10:37
    Forest Ent

    Et Cuba, c’est près de la Martinique...

    Supposons la Turquie dans l’UE, quelle raison trouver à ce que l’Azerbaidjan n’y soit pas ? L’Arménie ? Ca peut s’arranger... On peut appliquer votre raisonnement par récurrence.

    La raison pour laquelle la Turquie ne doit pas entrer dans l’UE est que les européens n’en veulent pas, parce qu’ils ne se sentent aucune histoire, culture ni destin communs.

    L’UE a déjà beaucoup insulté les peuples européens. Il n’est pas sur qu’elle existe encore. Ce serait le bouillon de 11 heures.

  • Par Bois-Guisbert (xxx.xxx.xxx.17) 3 juin 2009 20:25

    Et r’v’là la Turquie ! A croire que le sujet est réactivé uniquement par des rédacteurs, turcophiles sans qu’on sache jamais pourquoi, - c’est très troublant -, aspirant à de bonnes performances en matière de réactions.

    Spécialiste des faux et mauvais prétextes, l’auteur du jour commence par émettre trois objections qui n’en sont que pour les intellectuels (de gauche) et les bénévoles frustrées des officines « progressistes » : les droits de l’Homme, la liberté de la presse, la question du respect des minorités.

    Ensuite de quoi, notre journaliste-citoyen s’attaque au seul argument géographique. Citations à l’appui, il démontre son importance d’abord, sa non-pertinence ensuite. En bonne logique, sa démonstration ne présente pas plus d’intérêt que l’argument lui-même.

    Un argument qui a été sculpté dans l’aubier de la plus ligneuse des langues de bois. !

    Si des électeurs sont un jour consultés à propos de l’adhésion de la Turquie, leur majorité ne se prononcera pas davantage sur les questions de droits de l’homme, de liberté de la presse, de respect des minorités, que de situation de la capitale, de localisation en Asie mineure ou de projet européen, mais sur l’entrée de soixante-dix millions de Turcs, dans l’Union européenne. Et sur rien d’autre !

    Il ne s’agit donc pas, fondamentalement de déterminer, si la Turquie est, ou n’est pas, en Europe, mais de savoir si les Turcs sont des Européens, ethniquement, culturellement, intellectuellement et mentalement ! Et de ce point de vue à facettes multiples, la réponse est définitivement et catégoriquement non.

    Ethniquement, les Turcs sont originaires d’Asie centrale et il semble qu’ils ne se soient que très peu métissés ensuite de leur conquête de l’Anatolie, à partir du IXe siècle. Si l’on en juge par les massacres de Grecs et d’Arméniens, ainsi que par la marginalisation des Kurdes, ils restent très attachés à l’homogénéité de leur peuple.

    Pour le reste, force est de constater que le peuple turc ne possède pas cette convergence de vertus et de qualités qui permet à tout un pays d’accomplir sa révolution industrielle, à savoir, l’inventivité, l’ingéniosité, l’esprit d’initiative et d’entreprise, l’application, l’assiduité…

    Et ils n’ont pas l’excuse, comme les pays de l’ancien Bloc de l’Est ou la Corée du Nord, d’avoir été pénalisés par un système politico-économique aberrant. Au contraire, la Turquie moderne a raté son « développement à l’européenne », alors que c’est à quoi tendait toute la politique volontariste de son fondateur, Mustafa Kemal.

    Par conséquent, si les Turcs étaient des Européens, on le saurait depuis soixante-dix ans au moins ! Aujourd’hui, la Turquie serait un pays industrialisé dont le PIB/hab. serait l’équivalent de celui de l’Italie ou de la France, c’est-à-dire de 5 à 6 fois plus élevé qu’il n’est actuellement ( 6’000 dollars US).

    On peut donc dire que la Turquie fait partie de cette centaine de pays, des cinq continents, qui sont pénalisés par la médiocrité de leurs ressources humaines. Et l’émigration n’en modifie pas sensiblement le niveau moyen. Au début de cette année, l’hebdomadaire « Der Spiegel » révélait qu’alors que 30 % des jeunes Allemands obtiennent leur bac, la proportion tombe à 14 % pour les jeunes Turcs de troisième génération.
     
    Nous voici très loin de considérations historico-géographiques plus ou moins superficielles, mais bien près de gens qu’ils s’agiraient d’intégrer dans une communauté européenne au sein de laquelle ils n’ont pas leur place. Parce qu’ils créeraient beaucoup plus de nouveaux problèmes qu’ils n’en solutionneraient d’anciens. Au mois de janvier, le « Spiegel » titrait son enquête sur le bilan de quarante ans de présence turque en Allemagne « Pour toujours étranger ».

    Et cela, c’est la meilleure des raisons de dire NON à l’entrée de la Turquie dans l’U.E. Nous ne compterons pas sur les invertébrés qui nous gouvernent pour la servir à l’opinion publique.


    * http://www.spiegel.de/spiegel/0,151...

  • Par Armog (xxx.xxx.xxx.236) 3 juin 2009 14:54

    La géographie n’est pas forcément le meilleur des arguments pour dire non à l’entrée de la Turquie en Europe.

    Les Européens ne veulent pas de la Turquie, un point c’est tout.
    Certes, pour certains, il s’agit d’un problème religieux (n’oublions pas que l’armée est garante de la laïcité du pays, mais comme vous le savez, un état de l’union européenne ne peut être militaire, ce qui fait qu’à la prochaine élection, la Turquie sera plus islamiste qu’aujourd’hui) - point de vue que je partage pleinement, ne désirant ni d’un état militaire, ni d’un état islamique.
    Pour d’autres , il s’agit d’un point stratégique pour les USA ( Obama est un grand défenseur de cette adhésion, pourquoi ?).
    Enfin un dernier point de vue, le niveau de vie étant bien plus bas en Turquie qu’ici, il y a aura encore plus de délocalisations etc etc ...

    Bref, pour faire simple, la Turquie n’a pas sa place en Europe.

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