A trois jours du deuxième tour des élections législatives on peut, aisément, prévoir lesquels ont perdu : l’esthétique, l’éthique et le bien commun. On peut, tout aussi aisément, affirmer que les braillards, les hypocrites, les manipulateurs et autres grossiers simplificateurs l’ont déjà emporté haut la main.
Certes, toute épreuve électorale comporte des risques évidents de dérapages, qu’ils soient verbaux, moraux ou commandés par un cynisme vulgarisateur, visible à l’œil nu. Des cas folkloriques mais marginaux, des Tartarins, des Peppone ou des Don Camillo, ont toujours existé, donnant à l’épreuve la petite touche exotique qui égaie les campagnes et auxquels on pardonne bouffonnerie, petitesses et grossièreté, justement parce que ils sont marginaux. Si les noms d’oiseaux fusent au loin, le sous préfet entame sa sieste tranquille et n’entend que leur gazouillis paisible.
Il ne faut donc pas en faire un fromage si le candidat camarguais de l’UMP braille haut et fort qu’il est le seul à avoir des couilles, de celles qui lui permettent de se désister au profit du candidat FN. La Camargue virile en conflit avec Arles la cultivée (entendez efféminée), c’est aussi vieux que le découpage électoral de la plus grande circonscription de France. Et puis c’est loin, c’est champêtre, malgré Tweeter.
Le tropisme grossier et mafieux de la côte d’Azur, qui fit éclore des hommes illustres comme Médecin ou Arreckx, des gangsters fameux et des gros bras tueurs de colleurs d’affiches (mais aussi d’opposants politiques si besoin était), est aussi une longue histoire locale. Elle est alimentée par l’épopée corse et celle du Milieu qui ne sont rien d’autre que la fusion entre affaires et « affaires », entre corruption virile et criminalité aux ordres. Ces enfants naturels du SAC, d’une UDF corrompue, du Milieu, toujours aussi prolixes en slogans nationalistes et localistes à la fois, proposent au reste de la France la fusion entre l’UMP et le FN qu’ils pratiquent, eux, depuis toujours, du moins dans les affaires et le partage oligopolistique du gâteau que constitue ce malheureux littoral. C’est toujours loin, pour la justice et ses représentants en particulier, mais bien plus près de Paris que l’on voudrait nous faire croire. Cette « vraie droite », cette « droite décomplexée » est avant tout une droite grossière, m’as-tu-vu, se mettant au diapason du dogme Berlusconien. Elle se définit comme une révolte des riches contre les habitudes larmoyantes de l’Etat de droit, comme un étendard moyenâgeux contre les ingérences de ce dernier. Nul part ailleurs le slogan « nous sommes chez-nous » n’est autant apprécié, le « nous » excluant non seulement les étrangers, mais le reste du pays tout entier.
De Montpellier à Marseille en passant par Fos, le socialisme local ne donne pas une image bien différente, embourbé qu’il est par la spéculation immobilière, la guerre des chefs, la gestion des déchets, la manne gazière et pétrolière et, last but not least, la prédation syndicalisée des ports autonomes. Eux aussi ils sont chez eux, patriotisme anti parisien mal placé signifiant : ne nous mêlez pas de nos affaires. Eux aussi ils ont fait le lit du FN quand ils ne l’ont pas, comme à Montpelier, largement instrumentalisé. Il est loin aussi ce panier de crabes, mais pas aussi loin que l’on essaie de nous faire croire.
Celui de la député-maire aixoise, personnification de la grossièreté stupide, a su détruire l’élégance d’une ville universitaire et lieu privilégié d’habitations coquettes des nantis marseillais, en une cité entourée de barres bétonnées pour riches dont le symbole de l’horreur architectural reste, et de loin, le Pasino (en d’autres termes le casino des Pachtoune). Cette horreur de maire n’a pas trouvé mieux pour contester l’élection du président de la République du fait qu’à ses yeux, il n’était pas suffisamment présentable. Elle aussi, ministre éphémère, a ses entrées à l’UMP parisien, qui ne trouve rien, ou presque, à dire à ses dérapages orduriers de langage. Comme si, l’élection faite, à chacun ses goûts.
Voici donc, très schématiquement les points forts d’appui sudiste du FN, ces points d’appui où la jonction entre la droite classique et ce dernier ne sont pas le résultat d’une compromission idéologique mais bien ceux d’une collaboration affairiste, si criarde que de Nice à Aix, de Toulon à Gardanne elle a, plus d’une fois, sombré dans la nasse des procès tombeurs de députés-maires et des scandales (corruption, abus de pouvoir, marchés et appels d’offres truqués, etc.). Voilà le vrai visage du patriotisme de cette droite sudiste qui pousse à une alliance nationale décomplexée avec le Front. C’est vrai, question complexes, il y a bien longtemps qu’elle n’en a plus. Mais elle n’est pas la seule. Les Nadine ou les Garraud ne cherchent qu’à sauver leur strapontin parlementaire, leur stratégie ne va pas plus loin que les éléments de langage hérités du sarkozysme. Le voudrait-ils, ils ne peuvent pas aller plus loin, tant chez eux la forme remplace le fond, faute d’intellect.
Mais les Copé, eux, ont fait le choix d’une « révolte des riches » au diapason non plus du « tropisme sudiste » mais de celui des sirènes d’une droite agressive et autoritaire qui, de la Hongrie aux Pays Bas cultive exclusions, peur de l’autre et inélégance pour protéger les intérêts bien compris de la finance, de ses nouveaux riches et d’un status quo perpétuant leurs privilèges. Ce choix intègre et instrumentalise forcement le FN, son discours, mais aussi ses casseroles sudistes. Et qu’on ne vienne pas nous ennuyer avec la pureté des gestes et des sentiments, seule la vulgarité des Rolex perdues compte.
Pour l’UMP, embrigader le discours de Marine ne coûte pas un copeck. Et ceux qui pensent qu’elle risque de perdre son âme, parlent d’une chose qui n’existe plus, depuis que le président sortant a fait de l’opportunisme la valeur essentielle de ce mouvement et de ses sensibilités un méli-mélo à usage interne. Par contre, cela risque de sauver quelques sièges, et surtout à s’harmoniser avec les droites environnantes dont la somme européenne est soi-disant combattue par le FN.
En France comme aux Pays Bas, en Hongrie comme en Suède, en Belgique comme en Roumanie, les droites extrêmes participent à un glissement extrémiste des droites de gouvernement sous le couvert de leur soi disant ostracisme et via l’emprunt opportuniste de leur discours. L’art et la manière d’être ce qu’on accuse les autres, afin que rien ne change.

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bonsoir l’auteur, bon en fait, vous confirmez ce que j’ai écrit sur la proximité (...)
15/06 02:09 - wessonVoter FN ou même UMP ??? vous voulez rire ! POURQUOI JE NE VOTERAI PAS DIMANCHE Bouder les (...)
14/06 18:41 - noodlesOn pourrait dire autant du PS , voila ou nous à conduit cette république représentative ou le (...)
14/06 13:30 - lowner
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