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Un 2 - Décembre mou

Alphonse BaudinLe 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République, organisait un coup d’État contre la République qu’il était censé défendre et devenait l’empereur Napoléon III. Peu de temps auparavant, l’Assemblée avait refusé de modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un second mandat.

Un parallèle avec la situation actuelle semble pour le moins exagéré ; on remarquera cependant que plusieurs des premiers ralliés au Président Macron militent depuis des années pour la réhabilitation de Napoléon III. Ainsi Christian Estrosi qui avait été jusqu’à écrire « Je suis bonapartiste » sur la jaquette de son livre « le Roman de Napoléon III ».

Certes, Emmanuel Macron n’est pas responsable de tous les errements de quelques personnalités, errements que répercutait par exemple Bernard Accoyer, alors Président de l’Assemblée nationale [1], et dont s’accommodait alors d’ailleurs même « l’opposition socialiste ». Mais il est clair que le nouveau pouvoir qui vient de s’établir en France semble vouloir officialiser encore davantage le renforcement du pouvoir exécutif au détriment du législatif. Qu’il s’agisse des symboles comme l’idée d’un discours initial du Président devant le congrès à Versailles ou du gouvernement par ordonnances, des formes de moins en moins républicaines émergent petit à petit.

Cette dérive n’est évidemment pas le seul fait du nouveau Président. Les atteintes aux restes de la démocratie se développent depuis des années. Ce fut le coup d’État contre le vote émis par les Français au référendum de 2005. Ce furent les atteintes sourdes, mais continues contre le pouvoir parlementaire, caractérisées en particulier par les réformes Jospin inversant le calendrier électoral et rendant, de ce fait, l’Assemblée vassale du Président.

L’idée s’est peu à peu distillée que les parlementaires n’étaient que les commis de l’Élysée. Bien pis, les députés eux-mêmes, dans leur grande majorité, ont intériorisé cette thèse, considérant qu’il fallait se contenter d’obéir au gouvernement. Même les « frondes » sont demeurées dans des limites pudiques et toutes les oppositions s’accommodent des institutions qui les massacrent.

On arrive, de ce fait, à la fin d’un cycle. Un Président représentant environ 18 % des électeurs inscrits obtient une majorité sans précédent dans une assemblée élue par 38 % de ces électeurs. L’époque n’est plus aux coups d’État violents d’antan. Le système politique permet d’officialiser en douceur le même résultat, c’est-à-dire de conférer les pleins pouvoirs à un pouvoir très minoritaire.

Au-delà de toute critique, remarquons que les institutions de la 5ème République avaient été imaginées pour bâtir un pouvoir fort permettant d’affirmer la souveraineté.
Nous voguons vers un pouvoir utilisant une force légale pour un projet faible éloigné de toute souveraineté. Quant aux députés, censés représenter la souveraineté populaire, leur crédibilité se dégrade au fil d’années de renoncements. Quelle est leur image après des années d’abdication ? Peut-on penser que le peuple va se dresser pour les défendre, se lever pour soutenir ceux qui, maintes fois, ont trahi leurs engagements au profit de politiques de régression démocratique et sociale ?

Au lendemain du coup d’état du 2 décembre 1851, des députés tentant de manifester pour la République virent des ouvriers leur crier leur mépris en hurlant « Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour ! »

Il se trouva, cela étant, au cœur des manifestations, un député républicain de l’Ain, Alphonse Baudin, qui cria : « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ». Dans la minute qui suivit, il fut abattu par les fusils des soldats de Napoléon III. Quel est aujourd'hui le prix de la conscience républicaine ?

André Bellon

Article publié le 28 juin 2017 sur le site de l'ASSOCIATION POUR UNE CONSTITUANTE : www.pouruneconstituante.fr

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[1] Lors de l’hommage rendu à Philippe Seguin, Bernard Accoyer émit un plaidoyer en faveur de Napoléon III.


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3 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 3 juillet 12:22

    Ce qui est fascinant avec l’histoire, ce sont les conséquences de la décision criminelles de ceux qui étaient sensés défendre la République.

    A commencer par les hauts gradés militaires, car sans la complicité de l’état major, le bonhomme se serait effacé. Que ce soit les révolutions ou les coups d’état, c’est toujours l’armée qui décide du succès ou de l’échec.

    Les suites de ce coup d’état contre la nation française sont connues : La catastrophe de 1870, la Commune et la guerre civile, la grande guerre de 1914, bien traumatisante, la ruine de la France, le suicide de l’Europe, le fascisme et le nazisme, la guerre mondiale de 1939, la bombe atomique, la guerre froide, l’hégémonie anglo-saxonne, l’Empire US et le roi dollar, et tellement d’autres évènements plus ou moins tragiques.

    Est-ce que le monde serait différent, si Louis-Napoléon Bonaparte ou ceux qui en avait le devoir, avaient respecté les institutions ? Certainement !

    Ce n’est pas le seul exemple des conséquences catastrophiques de la trahison des élites.

    Tout acte entraîne des conséquences.


    • calach calach 3 juillet 16:40

      "Les suites de ce coup d’état contre la nation française sont connues : La catastrophe de 1870, la Commune et la guerre civile, la grande guerre de 1914, bien traumatisante, la ruine de la France, le suicide de l’Europe, le fascisme et le nazisme, la guerre mondiale de 1939, la bombe atomique, la guerre froide, l’hégémonie anglo-saxonne, l’Empire US et le roi dollar, et tellement d’autres évènements plus ou moins tragiques."

      Pourquoi pas aussi le réchauffement climatique, la perte des colonies françaises, la vague migratoire et l’échec et le décès de ma grand-mère !!!!!


      • Daniel Roux Daniel Roux 3 juillet 18:11

        @calach

         "Le jour où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications." Albert Camus - ( Lu sur le profil de Calach) .

        J’en étais où ? Ah oui !

        ....le réchauffement climatique, la vague migratoire et enfin, le décès de la grand-mère de Calach ( condoléances !)

        Non ! Pas la perte des colonies françaises ! Faut pas tout mélanger !

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