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Accueil du site > Tribune Libre > Un autre regard sur la colonisation

Un autre regard sur la colonisation

Les grands consensus d’opinion dépourvus de toute voix opposante provoquent immanquablement en moi une réaction de scepticisme et m’incitent à me faire l’avocat du diable. Ainsi la clameur contre les prétendus « bienfaits » de la colonisation m’a poussé à essayer de m’informer là-dessus. Partant d’une ignorance à peu près complète, j’ai passé des heures de recherche sur internet pour voir si la colonisation n’apporta, malgré la prédominance de méfaits, quand même quelques bienfaits.

Mais, pour commencer, il faut préciser de quoi on parle, parce que la colonisation n’était pas un phénomène homogène. Elle n’était pas la même dans les colonies françaises, anglaises, espagnoles, portugaises, hollandaises, italiennes, allemandes et arabes. On parle donc ici de la colonisation française, mais ici aussi il y avait des différences entre l’Algérie, le Gabon, le Tchad, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie, etc. De plus, entre le début des colonisations au XIXe siècle et la fin de celles-ci vers 1960, les attitudes avaient évolué. Déjà, après la Première Guerre mondiale, les attitudes avaient changé. La mise en place d’une politique d’éducation et de santé est devenue un des objectifs mis en avant par les pays colonisateurs. Comment alors condamner globalement et catégoriquement « la » colonisation ? Surtout faut-il remettre les méfaits des colonisateurs dans le contexte de la mentalité de l’époque. Ce que nous condamnons unanimement, aujourd’hui, ne semblait pas toujours condamnable alors. Les explorateurs de l’intérieur de l’Afrique étaient des apprentis anthropologues qui ont contribué de façon décisive à la définition intellectuelle du racisme scientifique par leurs descriptions des populations indigènes, précisant la largeur du nez, les cheveux crépus, etc., et décrivant aussi le niveau de vie rudimentaire. Dans la logique tantôt chrétienne tantôt progressiste des Européens du XIXe siècle, il apparut vite évident que l’homme blanc, parvenu à un haut degré de civilisation, devait faire bénéficier ces populations des bienfaits de cette civilisation. Les Eglises ajoutaient qu’il importait avant tout de sauver les âmes de ces peuples en les christianisant, puisque au XIXe siècle il semblait évident que l’animisme et le fétichisme des peuples africains n’étaient que des superstitions. Ainsi, la colonisation supposait une action civilisatrice à la fois sur le pays et sur le peuple. C’est la domination d’une civilisation avancée sur des peuplades vivant selon des traditions ancestrales. Si cette vision des choses nous scandalise aujourd’hui ce n’est pas seulement parce que nous avons plus de respect pour les peuples « primitifs », mais aussi moins de respect envers notre propre civilisation. Nous avons même une tendance à idéaliser les cultures primitives au détriment des hautes cultures européennes, une attitude incompréhensible au XIXe siècle.

Mais si, à l’époque, il y avait un but civilisateur qui semblait à leurs yeux noble, ce but fut vite oublié, remplacé par la répression et l’exploitation. En 1887 et jusqu’à 1946, le gouvernement français imposa le régime de l’indigénat, qui était un recueil de mesures discrétionnaires destinées à faire régner le « bon ordre colonial », celui-ci basé sur l’inégalité : les Noirs étaient privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits. Travaux forcés, injustices, brutalités, meurtres étaient choses courantes. Ce n’était qu’à partir de 1946 que des droits étaient peu à peu accordés aux Noirs. Les pays colonisés étaient assujettis à la métropole économiquement et politiquement : économiquement par la vente exclusive des matières premières à la métropole et l’achat exclusif des produits manufacturés métropolitains. Mais au moins les colonisateurs ont-ils supprimé vers le milieu du XIXe siècle l’esclavage, très répandu dans les pays islamisés avant la colonisation française. Malheureusement, cette suppression par la loi n’a jamais pu être complètement obtenue.

De nos jours, le poids de l’histoire coloniale dans l’historiographie des anciennes puissances coloniales a peu à peu évolué d’une tentative de légitimation idéologique de la « mission civilisatrice » de l’Europe vers une analyse culpabilisante des crimes infligés aux colonisés. Cette évolution attribue aux indigènes colonisés un statut de victimes reconnues. L’histoire coloniale est ainsi devenue l’histoire des colonisés, les colons en étant bannis et refoulés vers un ghetto moral. Mais ces colons, qui étaient-ils ? Des aventuriers ? Des paysans ? Des ingénieurs ? Des fonctionnaires ? Avaient-ils tous la même attitude envers les indigènes ou est-ce que certains étaient plus humanistes, plus respectueux des Noirs ? Tous des salauds ou faut-il nuancer ? Après 1946, les colons étaient certainement très différents de ceux du XIXe siècle. Karen Blixen, l’auteur de la célèbre autobiographie Une ferme en Afrique serait un exemple d’un colon « éclairé » qui respectait sincèrement les Noirs. Dans quelle mesure était-elle une exception ? Combien de Karen Blixen y avait-il en Afrique noire ?

Face à l’affligeant poids des méfaits des colonisations, il est politiquement incorrect d’évoquer d’hypothétiques bienfaits, mais, à mes risques et périls, j’oserai en mentionner quelques-uns bien documentés :

Les infrastructures étaient construites principalement pour les colons eux-mêmes, mais il est permis de supposer que les indigènes en ont aussi tiré quelques avantages. Surtout, comme Jacques Marseille précise, à la fin de la colonisation vers 1960, toutes les infrastructures ont été laissées aux Noirs.

Jacques Marseille (professeur à la Sorbonne, directeur de l’Institut économique et sociale) :

A la fin de la colonisation en 1960, la France avait bâti en Afrique 2 000 dispensaires en état de fonctionnement, 600 maternités et 40 hôpitaux. De plus, la France avait construit 18 000 kilomètres de voies ferrées, 215 000 kilomètres de pistes principales utilisables en toutes saisons, plus de 50 000 kilomètres de routes bitumées. Elle laissait également 63 ports équipés et 196 aérodromes.

Sur le plan de l’éducation dans les colonies, des efforts ont été accomplis par la métropole et on comptait deux millions d’enfants scolarisés en Afrique noire - 16 000 écoles primaires et 350 établissements secondaires, collèges, lycées, fonctionnaient. La France a porté également ses efforts vers la formation puisque 96 % des instituteurs étaient Africains au moment de l’indépendance. Les 4 % restant sont représentés par 28 000 enseignants français, soit un huitième du corps professoral national.

Au niveau de la santé, de nombreuses maladies ont été éradiquées, et la mortalité infantile a fortement diminué dans toute l’Afrique noire colonisée. Déjà, dans les années 20, le Dr Eugène Jamot avait largement contribué à éradiquer la maladie du sommeil.

Contrairement aux idées reçues, les colonies africaines n’ont pas rapporté d’argent à la métropole. Certes, certaines compagnies se sont enrichies et des particuliers ont fait fortune grâce à la colonisation, mais, dans le bilan final, elle a ruiné à la fois la Maison France et surtout le continent africain. Les investissements dans les infrastructures et les subventions aux productions agricoles ont coûté plus cher que ce que les colonies ont rapporté à la métropole.

(Réf. : Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce, 2004.)

La lutte contre les fléaux sanitaires d’Afrique, le paludisme, lèpre, peste et tétanos, est un des bienfaits de la colonisation le plus évident, mais un autre bienfait non négligeable est l’apport de la culture française comme deuxième culture. Affirmer que l’assimilation d’une deuxième culture supprime la culture d’origine n’est qu’un absurde préjugé, parce que la culture que l’on acquiert pendant la jeunesse est indélébile. Sans la culture française, c’est-à-dire surtout la langue, les Africains qui écrivent des articles pour Agoravox condamnant la colonisation n’auraient pas les moyens de le faire.

Et la situation actuelle dans les anciennes colonies ? Le produit brut (PIB) par habitant est inférieur à celui de 1960. La responsabilité des régimes locaux incompétents ou corrompus est incontestable. Les Etats dilapident les richesses naturelles, contribuant à la désertification et à la déforestation. Ils sont incapables de progrès, et restent d’éternels assistés. L’ethnie paraît de plus en plus revendiquée comme communauté politique.

L’Afrique est une des seules régions du monde à négliger ses paysans, alors que, même dans plusieurs pays d’Amérique latine, le revenu des paysans est protégé et subventionné et la terre prend de la valeur. En Afrique, la terre ne vaut rien, ce qui génère la désertification et l’urbanisation galopante. La crispation sur les traditions et l’absence de changement des mentalités et des comportements rendent la crise de développement insurmontable à court terme. Il suffit de lire des reportages comme celui de Corinne Hofmann, La Masaï blanche, pour se rendre compte du niveau de vie et de la mentalité dans les villages africains. Dire que notre civilisation n’a rien à apporter aux peuples africains n’est qu’une idéologie nihiliste anti-occidentale et en même temps une vision idéaliste de la vie dans la grandiose nature de l’Afrique. Malgré le développement de l’éducation, la croyance dans la sorcellerie reste très vivante, symptomatique des résistances au changement et à la modernité.

Il serait intéressant de spéculer sur le développement économique et politique des pays colonisés s’ils n’avaient jamais subi la colonisation. L’exemple de l’Ethiopie suggère que ces pays ne seraient guère mieux lotis aujourd’hui. En effet, l’Ethiopie n’a jamais été colonisée, mais son développement aujourd’hui n’est pas mieux qu’ailleurs en Afrique.

Si mes recherches ont confirmé mes doutes quant à l’objectivité de la pensée unique concernant la colonisation, je ne cherchais nullement à la justifier, mais seulement à mieux la connaître et à la comprendre. Je cherchais des faits et non pas des jugements. Je laisse ceux-ci aux historiens, seuls à avoir les connaissances et la compétence de faire un jugement là-dessus.

Suggestions de lecture :

Jacques Boisson - L’Histoire du Tchad

Blaise Ngando - La France au Cameroun

Jean-Noël Loucou - Histoire de la Côte-d’Ivoire

Nicolas Metegue N’Nah - L’Histoire du Gabon


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226 réactions à cet article    


  • Bretzel man 21 mars 2008 13:30

    votre article est poltiquement incorect. Il faudra encore 25 ans pour que l’on puisse dire ce que vous dites sans être taxé de facsiste. Bon courage

     


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 24 mars 2008 16:40

       La colonisation ? Une abomination.... Il faudrait la refaire autrement. 

       

      Pierre JC Allard


    • Nobody knows me Nobody knows me 25 mars 2008 10:17

      Oui mais QUELLE éducation ? Celle du colonisateur, inculquant ses valeurs, sa morale, son histoire, en niant la culture du colonisé ?

      Je tiens à rajouter le concept même de "propriété" qu’on a inculqué de ci de là. Auparavant, les éleveurs pouvaient circuler et faire paitre leur bétail partout en échange de légumes ou autre biens.


    • ASINUS 21 mars 2008 14:05

      heu je suis pas redacteur comme lerma

       

       

      mais je le trouve bien et mesuré cet article


      • snoopy86 21 mars 2008 14:09

        chuuut !!!

        Dîtes-pas trop fort que l’article est excellent, Morice arriverait aussitôt....

        Bravo à l’auteur quand-même...


        • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:24

          D’une image d’Epinal à une autre...

          L’article n’est pas "excellent", Snoopy, il est unilatéral et pèche par omission , avec des confusions : il n’a jamais été question, du moins pour les anthropologues et ethnologues, d’idéaliser les dites "populations primitives" (notion qu’il conviendrait d’interroger à la lumière ,par exemple, de ,la riche mais refoulée histoire de l’Afrique, avant la colonisation blanche...)

          En regard de J.Marseille, il conviendrait de lire Marc Ferro sur ce sujet :

          http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1075


          • snoopy86 21 mars 2008 14:32

            @ Zen

            Ferro me semble tout aussi contestable que Marseille peut l’être pour toi...

            Tu as ton unilatéralité, moi ma mienne...

             


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:32

            Remettre les choses en perspective :

            "Depuis l’origine de la colonisation, les économistes se disputent sur le point de savoir si l’aventure est « rentable ». Et de nombreux théoriciens libéraux en ont, sur ce point, contesté le bien-fondé. « Le revenu que le gouvernement tire des colonies est une ressource nulle pour l’Etat [...] si l’on compte ce qu’il en coûte chaque année pour la défense et l’administration des colonies, même pendant la paix », estimait Turgot, l’économiste de Louis XVI en 1776. Aujourd’hui, les travaux de l’excellent historien Jacques Marseille semblent abonder dans ce sens : la France métropolitaine aurait plus investi dans les colonies qu’elle n’en a retiré de revenus. Voilà qui va à l’encontre des idées reçues. Mais cette approche demeure parcellaire. Le calcul de rentabilité financière ne prend pas en compte l’aspect social et humain de la colonisation. Les colons étaient souvent des relégués (après 1851 par Napoléon III), des réfugiés (Alsaciens ou Lorrains après 1871), des indésirables qui avaient tout perdu et s’en allaient refaire leur vie. Comment comptabiliser ce que la colonisation leur a apporté ?

            Quant aux colonisés, c’est avec Nehru qu’on évalue les avantages que la colonisation leur a apportés : « Un des traits les plus remarquables de cette domination est que les plus grands maux qu’elle a infligés présentent extérieurement l’apparence de bienfaits du Ciel : ils étaient nécessaires et nous avons une grande gratitude envers l’Angleterre de nous les avoir apportés. Mais nous ne devons pas oublier que leur premier objet fut le renforcement de l’impérialisme britannique sur notre sol en permettant le resserrement de l’étreinte administrative et la conquête de nouveaux marchés pour les produits de l’industrie anglaise. »

            Ce jugement vaut aussi bien pour l’Indochine ou l’Afrique du Nord... En Algérie, Ferhat Abbas dressait le bilan de façon plus sarcastique : « Que m’importe qu’on mette de l’électricité dans la maison si cette maison n’est pas à moi. » L’ambiguïté de l’oeuvre coloniale est là : les colonisés ont sans doute un peu profité, surtout après l’indépendance, des infrastructures léguées par les colonisateurs. Mais ces réalisations ne leur étaient pas destinées...." (extrait du site ci-dessus)


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:36

            @ Snoop

            "Tu as ton unilatéralité, moi ma mienne."

            Tout étant dans tout, les choses étant ce qu’elles sont...(?).

            Ce n’est pas mon unilatéralité. C’est une point de vue dûment et longuement confronté aux textes...


          • snoopy86 21 mars 2008 14:37

            @ Zen

            Pour la colonisation française souviens-toi quand-même qu’elle a été encouragée par la gauche "humaniste et civilisatrice" de l’époque contre l’avis de la droite qui voulait privilégier la revanche contre l’Allemagne.

            Cette époque est terminée, mais qu’on arrête de nous culpabiliser...


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:40

            Un autre exemple à méditer :

            Qu’allions-nous faire en Indochine ?

            http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2041


          • snoopy86 21 mars 2008 14:40

            C’est malgré tout l’unilatéralité d’un clan contre celle d’un autre...

            Je n’ai pas honte de ce qu’a fait Liautey ni de tout ce qu’on construit les colons dans des pays où souvent on ne connaissait même pas la roue...


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:42

            Il n’est pas question de repentance, dont je rejette le principe, il est question d’histoire , de faits...


          • snoopy86 21 mars 2008 14:45

            Les faits, c’est aussi constater que les nations colonisatrices ont créé toutes les infrastructures dans des pays qui en étaient totalement dépourvus... 


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:49

            @ Snoop

            Pour qui d’abord ces infrastructures ? Michelin en Indochine avait un besoin urgent de voies de communication modernes...

            "En Algérie, Ferhat Abbas dressait le bilan de façon plus sarcastique : « Que m’importe qu’on mette de l’électricité dans la maison si cette maison n’est pas à moi. » L’ambiguïté de l’oeuvre coloniale est là : les colonisés ont sans doute un peu profité, surtout après l’indépendance, des infrastructures léguées par les colonisateurs. Mais ces réalisations ne leur étaient pas destinées...."


          • snoopy86 21 mars 2008 14:49

            C’est aussi constater que toutes les élites de ces pays, qui plus tard revendiqueront l’indépendance, ont été formées par les enseignants laïcs ou religieux des puissances colonisatrices...

             


          • ZEN ZEN 21 mars 2008 14:52

            @ Snoop

            "Ferro me semble tout aussi contestable que Marseille peut l’être pour toi.."

            Je n’ai pas dit cela...J’ai dit :"en regard"... ! Nuances............


          • snoopy86 21 mars 2008 14:56

            @ Zen

            Michelin avait besoin de routes , de voies ferrées et de ports pour envoyer sa récolte en Europe, la France les a construit.

            Aujourd’hui la maison est à eux et ils sont bien contents de l’avoir...

            Ferhat Abbas a fait ses études au Lycée public de Philippeville et à la fac de pharmacie d’Alger.

            Nous aurions tout aussi bien pu, comme l’a d’ailleurs fait la Légion à Sidi-Bel-Abbés restituer ces terres dans l’état où nous les avions trouvées


          • Gazi BORAT 21 mars 2008 15:37

            @ SNOOPY

            Ce n’est pas faux qu’une certaine gauche sociale démocrate était pour la colonisation, ainsi que d’autres courants plus utopistes, comme les Saint Simoniens qui s’impliquèrent beaucoup dans les débuts de la colonisation de l’Algérie.

            Tandis que la droite était obsédée par la "ligne bleue des vosges", s’échangeaient à l’Assemblée des phrases telles que :

            "Coloniser, c’est perdre un fils pour gagner un valet.."

            On retrouve cet aspect "gauche colonialiste" dans un certain discours, fréquent au PS, paternaliste et quelque peu condescendant sur les actuels descendants des populations colonisées.. et qui fait qu’un mouvement comme SOS Racisme, n’a jamais connu dans les banlieues le succès escompté au départ et n’y a jamais, pas plus que sa version de droite "Ni Putes Ni Soumises" réellement pris racine.

            gAZi bORAt


          • snoopy86 21 mars 2008 15:49

            @ Philippe

            Ma "générosité humaniste" est d’autant plus limitée que ce terme est souvent trés usurpé. Je ne conteste nullement que la France ait avant tout défendu ses intérêts ce qui me semble on ne peut plus logique.

            Mais quelle que soit la motivation qui a conduit à la construction de ces infrastructures, je me borne à constater qu’elles ont été bâties.

            Je doute fort par ailleurs que ce soit l’esprit de lucre qui ait poussé à construire en Afrique 2000 dispensaires, 600 maternités et 40 hopitaux, 16000 écoles et 350 collèges et lycées.

            Zen a placé plus tôt un lien vers article traitant de Marc Ferro, historien de gauche, complice des égorgeurs du FLN ( pure provoc), qui n’en déclarait pas moins : " A l’époque coloniale, les instituteurs, les professeurs, les médecins ont accompli une oeuvre dont ils n’ont pas à rougir. Ils entretenaient de bonnes relations avec la population"


          • Bretzel man 21 mars 2008 15:51

            Si l’afrique noire avait eu la chance d’être colonisé par Rome, elle ne serait pas en train de crever la dalle.

            Si césar avait conquis la germanie et la perse comme il s’apprétait à le faire, nous n’aurions pas eu 2 guerre mondiales.

            Mais nous aurions eu autre chose, un autre monde.

            Tout ca c’est le passé. Arrêtons de le regarder et occupons nous de l’avenir.

            Que direz-vous à vos enfants dans 50 ans lorsqu’ils voud demanderons ce que vous avez fait pour lui ?

            "Fiston, je me suis surtout occupé de savoir si 60 ans avant ma naissance, on avait eu raison d’aller en Algérie".

            "Krespio" vous dira votre fils... (va voudra dire "abruti" en 2060)


          • Gazi BORAT 21 mars 2008 15:57

            @ Bretzel Man

            Rome, au contraire d’Athènes n’était pas raciste... et des ressortissants des nations colonisées arrivèrent aux plus hautes fonctions de l’Empire..

            gAZi bORAt


          • snoopy86 21 mars 2008 15:57

            @ Gazi

            " Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie"

            Hitler ? Pétain ?

            Non, Léon Blum à l’Assemblée Nationale le 9 Juillet 1925

            J’en ai aussi une ou deux gratinées de Jules Ferry 


          • Bretzel man 21 mars 2008 16:30

            "Rome, au contraire d’Athènes n’était pas raciste... et des ressortissants des nations colonisées arrivèrent aux plus hautes fonctions de l’Empire.."

            On ne va pas troller. S’il est certain que le racisme sur la couleur de la peau n’existait pas à Rome, le nationalisme en revanche était extrèmement sévère. Je vous rappelle que les latins on fait la guerre à Rome... pour avoir le droit d’être citoyen Romain....

            Un peu comme si les algériens nous faisaient la guerre pour devenir Français...

            Il faudra attendre le temps de Sénèque pour voir le Sénat s’ouvrir aux autres peuples, et cela s’est fait avec bcp de critiques (voir Pline le Jeune) par ex.

            Mais bon, dans l’absolu, on s’en branle.


          • Gazi BORAT 21 mars 2008 16:38

            @ SNOOPY

            En citant Philippe Lyautey, vous évoquez une figure honorable au milieu d’autres moins fréquentables : j’éviterai donc de vous rappeler le sinistre Bugeaud et ses enfumades qui relèvent de la barbarie.

            Il y eut ainsi après la période des boucheries de la Conquète un corps d’officiers, souvent carthographes, géologues, ethnologues, dans une structure appelées les "Bureaux Arabes" et qui furent particulièrement respectueux de la culture locale dont ils parlaient souvent plusieurs dialectes..

            Cette courte période, qui ressemble à celle de la "Frontier" aux Etats Unis et qui vit à l’époque une forme de coopération et de dialogue fructueux entre les cultures fut - hélas ! - très courte.. C’est plutôt là que je figerais l’image d’Epinal de rapports harmonieux entre Français et Algériens..

            gAZi bORAt


          • snoopy86 21 mars 2008 16:43

            @ Gazi

            Liautey et Bugeaud, c’est comme les bienfaits et les méfaits...

            mais " le bon général Bugeaud" était trés populaire à son époque

            Ne jugeons pas le passé avec les yeux du présent...

             


          • snoopy86 21 mars 2008 16:46

            J’ai mentionné plus bas les officiers-SAS , c’est un peu la même chose que ceux que vous citez


          • Gazi BORAT 21 mars 2008 18:00

            @ SNOOPY

            Bugeaud était effectivement populaire... parmi ses troupes.

            Mais au fait, qu’en est-il de la perception des "bienfaits" chez les principaux intéressés, à savoir les colonisés ?

            Si l’on pense à l’Algérie, la mémoire est encore douloureuse, par le fait aussi que ce conflit fut particulièrement "passionnel" par le fait que ce pays était colonie de peuplement et qu’y règnat, au sein pourtant de départements français, un régime d’apartheid séparant la population entre d’une part "Français" (métropolitains, juifs locaux, bénéficiaires du "décret Crémieux, Espagnols et Italiens dont les enfants reçurent, dès la fin du XIX° siècle, la nationalité française dès la naissance) et "Musulmans", relevant du "Code de l’Indigénat", ce qui contribua à créer un fossé qui s’agrandit encore avec la naissance du nationalisme algérien et qu’ensuite les partisans de "l’intégration" (dont fit partie un jeune Jean Marie Le Pen) arrivèrent trop tard pour combler la brêche.

            L’Algérie reste encore "un passé qui ne passe pas" et dont il ne pourra être traité serienement que dans une génération..

            Parlons plutôt de l’ex-Indochine..

            Curieusement, malgré une lutte de décolonisation qui fut particulièrement rude, malgré la répression féroce d’un nationalisme local précoce (n’oublions pas le bagne de Poulo Condor, sans équivalent en Algérie), le souvenir de la présence française y est plus positivement perçu.

            La France reste là-bas le pays de l’Emancipation et de la "Commune de Paris". Il est vrai que l’éloignement de la métropole a joué en ce sens.

            La quasi-totalité des leaders vietminhs firent un séjour à Paris, y travaillèrent et en rapportèrent souvent l’idée sympathique et quelque peu naïve à leur retour que les "Français de France" n’étaient pas le même que ceux qui résidaient dans la colonie.

            Il est vrai que ce racisme qui sévissait chez les fonctionnaires coloniaux des années vingt et trente, ils ne le ressentirent pas dans la "ville-lumière".

            Certains professaient un certain culte de la Culture Française, comme le futur Maréchal Giap pour Napoléon, que regretta sans doute cuisamment le futur CEFEO..

            Le photographe Raymond Depardon raconte, dans un ouvrage relatant son retour au Vietnam, sa rencontre, au coeur du pays, avec une statue du scientifique pasteurien Alexandre Yersin, portant en dédicace :

            "LE PEUPLE VIETNAMIEN RECONNAISSANT".

            Image d’Epinal, là aussi ? Peut-être.. Mais il est encore des historiens pour penser qu’un accord était possible entre Ho Chi Minh et Leclerc avant la disparition de ce dernier, en raison d’une estime véritable entre les deux hommes..

            gAZi bORAt


          • snoopy86 21 mars 2008 18:23

            @ Gazi

            tout à fait exact..

            Comme je le dis plus bas, ce n’est pas le moindre paradoxe que nombre de colons aient été aussi des proscrits de la Commune...


          • snoopy86 21 mars 2008 18:51

            Mon cher Philippe

            Comme si les entreprises en France ( coloniale ou métropolitaine ) ne contribuaient pas à l’impôt. Comme si les vilains colons en avaient été dispensés...

            Au passage vous reprenez les arguments de la droite de la fin du 19éme contre la gauche colonisatrice..

            Je ne saurais donc vous en vouloir...


          • ernesto 21 mars 2008 19:01

            Mais s’il n’y avait pas d’élites africaines lors de la colonisation, c’est quand même à cause de l’esclavage qui a privé ce continent de plusieurs générations vives.


          • dalat-1945 21 mars 2008 20:02

            @ Gazi Borat ;

            Pour une fois je suis assez d’accord avec vous.

            Sur Yersin dont presque toutes les villes du Vietnam ont une rue et dont la tombe à Nhatrang est entrenue et visitée tous les jours. Il existe aussi un musée Yersin à Nhatrang.

            Sur la relation Leclerc - Ho Chi Minh aussi ;

            Sur Giap aussi qui a encore rencontré il n’y a pas longtemps le Général Bigeard,

            Ma famille était très liée à Yersin. Elle a développé la ville de Dalat avec lui (sur les Hauts Plateaux).Ils sont enterrés dans la crypte de la Cathédrale de Dalat.

            Et je suis né là bas. Mon frère était à l’école avec le fils de Bao Dai à Dalat, etc.

            A plus tard, je n’ai plus le temps.

            Merci.


          • dalat-1945 21 mars 2008 21:56

            @ Ernesto,

            Non, je ne pense pas.


          • armand armand 21 mars 2008 22:52

            Snoopy,

             

            Juste une remarque : dire qu’on a le devoir de faire progresser les races inférieures (propos inacceptable de nos jours) ne veut absolument pas dire qu’on veut réduire en esclavage voire exterminer lesdites races.


          • snoopy86 22 mars 2008 00:48

            Armand

            Je connais ta passion pour Léon Blum...

            Sur cette citation, je suis d’accord avec toi et lui...


          • Gazi BORAT 22 mars 2008 16:07

            @ dalat-1945

            J’ai lu aussi, par hasard, que Bernard Plossu, par ailleurs excellent photographe français, était né à Dalat.. en 1945 !

            gAZi bORAt


          • Serpico Serpico 22 mars 2008 19:08

            snoopy86 : "Aujourd’hui la maison est à eux et ils sont bien contents de l’avoir..."

             

            ****************

             

            Contents de l’avoir arrachée au colonisateur.

             

            C’est bien malgré lui que le colonisateur a abandonné ces infrastructures. Pas par bonté d’âme.

             

            Les sournois de colonisés : ils ont attendu que la France termine le boulot pour lutter pour leur indépendance.


          • Serpico Serpico 22 mars 2008 19:21

            A l’auteur

             

            Parler des "bienfaits" de la colonisation est d’une indécence totale.

             

            Toutes les statistiques que vous exhiberez ne serviront à rien.

             

            Quelle que soit l’oeuvre française, on ne peut humainement et moralement accoler les mots "bienfait" et "colonisation".

             

            C’est une escroquerie. C’est l’agresseur qui veut se justifier en toute mauvaise foi et avec l’insistance lourde du salaud.

             

            C’est simple : on a commencé par vouloir coloniser. Il n’est nul besoin d’évoquer un quelconque bienfait quand on parle d’une agression, une spoliation, une annexion, une occupation.

             

            Si vous mettez un innocent en prison, essayez de lui prouver que la belle tapisserie sur les murs est un bienfait, que la télé que vous lui mettez dans la cellule est un bienfait de l’emprisonnement, que la discipline qu’il apprend est un bienfait....

             

            La colonisation est un crime et les crimes n’ont aucun bienfait.

             


          • dalat-1945 24 mars 2008 19:52

            @ Serpico,

            Oui bien sûr, vous avez raison, seul le Communisme a pu apporter le progrès et le bonheur dans tous les pays où il est passé : URSS, CUBA, CAMBODGE, CHINE, Corée du Nord et d’ autres...

            Vous n’êtes sans doute jamais sorti de l’Hexagone pour raconter des âneries dans vos commentaires.

            En ce qui concernr le Vietnam, que je connais très bien , je vous conseille d’aller là bas suffisamment longtemps, pour interroger les dirigeants en place (95% communistes) et le peuple (80% non communiste) dans la rue. Ce sont eux qui vont faire découvrir les bienfaits de la Colonisation/Protectorat français !

            Et puis en plus, il y a ce que vous pourrez voir et ressenrtir par vous-même dans le pays ! Bien moins cons que vous, les dirigeants communistes vietnamienss, très différents de Boutéflika ! Allez donc discuter avec le Général Giap, c’est encore possible et il a toute sa tête, il vous dira lui-même ce qu’il considère comme "positif" dans l’action de la France en Indochine.

            Seulement, vous n’avez pas de couilles au cul, vous n’irez jamais voir Giap, des fois qu’il vous fasse changer d’avis ?

            Pauvre con.


          • Serpico Serpico 25 mars 2008 09:05

            dalat :

             

            Qui vous parle de communisme ?

             

            En plus vous me traitez de con.

             

            Giap a aussi dit : "Le colonialisme est un mauvais élève".

             

            Il a parfaitement raison. En ce qui vous concerne, le mal est incurable : sans argument valable, vous vous lancez dans un délire sur le communisme alors que dans tous mes propos (sur tout Agoravox et pas seulement ici), je n’ai jamais dit quoi que ce soit sur le communisme.

             

            Que les gens soient communistes, bouddhistes, musulmans ou athées, c’est leur choix. Ce n’est pas à l’occident de dire si c’est mal ou non.

             

            Il est très très mal placé pour ça.

             

            Pour le reste, allez vous faire soigner. Se faire traiter de con par un attardé est quand même délicieux.

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