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Un futur rêvé

L’humanité est en train de prendre le large. Mais qui a encore assez de force pour le voir et le dire ?

Est-il possible, décemment, de crier « liberté, justice » d’un côté, et, de l’autre, de continuer à nous habiller de vêtements, à acheter des téléphones, tablettes, tout cela au prix de l’extraction irraisonnée et illégitime de matières premières, comme de violations du droit du travail, dans tous les pays du Sud, soi-disant eux aussi en phase de démocratisation ?

Et quel honneur avons-nous à nous rallier si facilement à un mouvement d’Etat somme toute très « artificiel » alors que, en temps ordinaire, nous n’aimons rien tant que lui cracher dessus, sans voir d’ailleurs à quel point effectivement nous sommes gouvernés par des criminels (que ce soit au niveau social, économique et industriel, culturel ou géopolitique) ?

Tout cela ne semble-t-il pas être une gigantesque manœuvre de « blanchiment », autant qu’un « chiffon rouge », permettant à tous une fois de plus de se laver la conscience à bons frais, sans jamais se poser les bonnes questions, c’est-à-dire celles qui dérangent et nous dérangent ?

Et qu’au bout du compte tout repartira comme avant, puisque nous sommes devenus incapables d’imaginer quoi que ce soit d’autre, et que la honte elle-même ne pourra même plus nous rattraper, tant le degré de « déni de réalité » sera devenu élevé ?

Parce que n’oublions pas que le statu quo est le pire des poisons pour l’âme humaine, qu’il tue la conscience dans l’œuf, qu’il tue la vie, l’énergie positive, qu’il tue toute possibilité d’avoir des rapports normaux et sains, avec des vrais sentiments non « construits » par le haut, par l’Etat, par les pubeux, par toute la propagande psychologique quotidienne dans laquelle nous baignons depuis des dizaines d’années.

Que sommes-nous devenus ? Qui sommes-nous ? Pourquoi nous laissons-nous pensés et déterminés par des gens dont nous ne cessons pourtant de crier qu’ils sont malhonnêtes ?

Nous sommes des complaisants, des castrés, des femmelettes. Persistons dans cette voie du bonheur égoïste et nous sommes assurés d’une malédiction à perpétuité, sans plus de possibilité d’évasion.

Tous les miroirs seront devenus déformants. L’accès à notre vrai moi sera définitivement empêché. L’inertie sera devenue trop grande et nous ne pourrons plus effectuer le moindre mouvement latéral en-dehors des rails psychologiques qui nous transforment tous en citoyens-producteurs-consommateurs de masse déracinés sans plus aucune notion d’humanité vraie et spontanée.

Socialement, nous ne pourrons plus que multiplier vainement sourires plus ou moins gênés, formules de politesse stériles, nous continuerons de nous fréquenter, d’organiser fêtes et soirées, de boire et manger, mais finalement avec de moins en moins d’entrain, de moins en moins d’envie, de moins en moins de vie.

Robots nous serons. Evoluant dans notre quotidien infesté de drones, écrans, et de tout un appareillage d’assistance et de surveillance en renouvellement constant, descendu tout droit des labos industriels-financiers qui nous gouvernent à notre insu. Plus personne pour penser. Trop tard, dirons-nous, on ne peut plus rien faire. Beaucoup d’intellectuels ont déjà proclamé cette démission. Cette soumission.

Et comme nous manquerons fatalement de nature, on nous la recréera, virtuellement ou en parcs artificiels, en zoos interactifs nouvelle génération, celui pour le plus grand bonheur des petits et des grands. Heureusement, les enfants sans doute ne poseront plus trop de questions. « C’est quoi un ours polaire ? »... « Heu, c’est un vieil animal disparu… »

Nous serons tous « branchés », « allumés ». La vie est là-bas maintenant, dans les micro-processeurs, les mémoires virtuelles, les fibres optiques qui nous relient tous, alors que nous ne sommes plus rien. Se débrancher, c’est se condamner à la mort sociale, c’est-à-dire à la mort tout court, alors que l’informatique ne doit et ne peut qu’être un outil.

Mais il n’y a déjà plus de place pour l’humain.

Place au post-humain !

Place à l’ère de la paix universelle, la paix du foutre, celle où, enfin, nos consciences se seront bonnement et définitivement tues, remplacées par le ronron des ordinateurs...

 

 

NOTE : slogan de Google = « Don’t be evil ». Certain que lui aussi soutient ouvertement Charlie contre les forces du Mal…

 

(Crédit Image : Ari Folman, « Le Congrès »)


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