A moins de cent jours de l’élection présidentielle la stratégie de l’UMP et du président, son chef d’orchestre, semble définie : il suffit qu’un candidat ouvre la bouche, aujourd’hui Hollande, hier Mélenchon, Joly ou Bayrou pour qu’une batterie de ministres - sous fifres les noient par des adjectifs qualificatifs des plus inadéquats aux plus orduriers, tandis que le Président, en écho, vante aux quatre coins de la France et du Monde « sa » bonne gouvernance, avec une autosuffisance et un aplomb qui n’ont de pareil que les contre - vérités qu’il assène. On l’entend donc aux Antilles dire « que lui » (suivez mon regard), tient ses promesses, n’a que du « concret » à proposer, qu’il « travaille » (entre deux voyages, on suppose), et qu’il « réformera » jusqu’au bout. Apparemment et désormais, quand il se rase, il ne pense pas à sa réélection mais à la réforme du jour, au déstockage de la semaine, à la provocation du mois, au mirage de l’année, comme si cette fameuse élection n’existe pas. En quelque sorte, le « bilan est dans la continuité », la « rupture est dans la négation du calendrier », bref, la « réalité est ailleurs ». Cette non - gouvernance, qui s’affirme comme étant « responsable » sape par elle-même la notion même du processus démocratique de la gouvernance, comme si les relais institutionnels (parlement, sénat, cour des comptes, conseil constitutionnel, commissions de lois, corps constitués, syndicats et organisations professionnelles, presse, etc., ) n’existent pas.
Car ce n’est pas un programme de candidat qu’il décline quotidiennement pendant ses déplacements de vœux, mais bien des mesures, des « réformes », de l’action, découlant de son statut présidentiel. En oubliant que tout ce qu’il raconte comme un fable rassurante et virile ne peuvent plus se réaliser durant ce quinquennat, qu’il en faut un autre, et qu’entre les deux il y a bien deux élections. La première le concerne directement, de l’autre dépend le sort de ses godillots. Mais le président, depuis ces hauteurs olympiennes, fait l’impasse sur le régime qu’il est sensé défendre, considère comme acquis l’improbable, comme une certitude l’irréel. Nous sommes bien, cliniquement parlant, devant une variante hystérique de la méthode Coué, un déni de réalité. Que les « réformes » proposées soient invalidées, retoquées, que « ses » lois traînent dans les arcanes institutionnelles, ne semble pas le préoccuper outre mesure. Le « dit » remplace le « fait » dans une mécanique bien rôdée, qui, bien huilée il y a (presque) cinq ans, n’est plus que ratés de moteur, fumée de son tuyau d’échappement. Cette logorrhée compulsive n’empêche pas ses troupes de tirer sur tout ce qui bouge avec des munitions portant les noms de ces propres carences : irréalisme, populisme, suivisme, obsolète, manque de visibilité (et de vision), etc.
Mais le plus ironique, le comble dans ces accusations reste « le manque de programme ». Pour un président qui a fait de la « réaction » (et de l’opportunisme) son cheval de bataille, qui a détricoté ces deux dernières années quasiment tout ce qu’il avait tricoté les deux premières de son mandat, un président prisonnier de l’éphémère, de l’événement, subissant la crise et ses propres décisions au quotidien et qui confond programme et mesures, vitesse et anticipation, vision et publicité, la dernière chose à faire, pour lui et ses troupes, c’est d’accuser les autres de manque de programme. Sauf si par programme ils insinuent la capitulation aux agences de notation, la fin de l’Etat de droit et du système social. Mais pour cela nul besoin d’être élu. Le pouvoir financier s’en charge seul, comme un grand. Raison de plus de ne pas jouer au naïf illuminé, à entrer dans le rang et, en guise de projet, de se définir, comme tous les autres, face à ce dernier. Mais cela reste un exercice impossible : le président l’a déjà fait, l’a promis et « oublié ». Il continue donc à « gouverner », à « dire » qu’il instaure une taxe Tobin, en attendant que celle-ci, comme tout le reste, soit renvoyée aux calandres grecs, c’est –à - dire à la réalité post - élections.

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23/01 21:33 - emphyrioà MK , Très bel article . Qu’ajouter ? J’ai l’impression que ce gouvernement (...)
23/01 18:47 - chanteclerLes réactions de cette racaille sont sidérantes : guaino : " je ne comprends pas que (...)
23/01 15:57 - BARTHIl y a des Présidents qui " font honte " au peuple qu’ils représentent (...)
23/01 15:44 - antonioEuh, j’ai un doute sur ce bout de phrase glissé en fin d’article ; " pour un (...)
23/01 15:26 - paul
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