La Semaine de la langue française et de la Francophonie offre l’occasion de se pencher sur un moyen d’améliorer sa connaissance linguistique, pour les natifs comme pour les non-natifs, mais aussi, en dehors de la Francophonie, sur le moyen d’amener à la découvrir par une voie qui facilite son accès : l’espéranto.
Déjà expérimenté avec succès pour diverses langues, dont le français, un enseignement préparatoire basé sur l’espéranto permet à l’élève d’avoir en très peu de temps une langue de référence qui facilite la compréhension de diverses structures linguistiques. Il est connu que la première langue étrangère est la plus difficile à apprendre. Or, comme la langue étrangère aujourd’hui la plus enseignée au monde conduit à un taux d’échec excessivement élevé, et ceci avec une dilapidation considérable de moyens et de temps, donc d’argent, les effets sont désastreux non seulement pour la langue maternelle, mais aussi pour l’apprentissage ultérieur d’autres langues.
L’espéranto a le double avantage d’être une langue conçue pour la communication entre des peuples de langues différentes - ce qui n’a jamais été le cas de quelque langue nationale ou ethnique que ce soit - et de mettre l’élève dans de bonnes dispositions d’esprit pour aborder l’apprentissage d’autres langues et pour découvrir les ressources de la sienne. Nous connaissons en effet des cas assez nombreux de grands polyglottes pour lesquels l’espéranto a été la première ou l’une des premières langues étrangères, par exemple Georges Kersaudy, ancien fonctionnaire international qui a été amené à parler, écrire et traduire en une cinquantaine de langues, dont l’espéranto. Il est l’auteur d’un ouvrage dans lequel il décrit 29 langues de l’Europe : Langues sans frontières (éd. Autrement). Ce fut aussi le cas de Maxime Rodinson, orientaliste de grand renom, qui en connaissait une trentaine, ou aussi de l’Estonien Paul Ariste qui avait une connaissance active de 26 langues, et passive d’une trentaine.
Trop souvent considéré, par méconnaissance, et surtout par manque d’information, comme un passe-temps pour des gens originaux, comme une marotte, comme une utopie réservée à des doux rêveurs déconnectés du monde réel, l’espéranto est de plus en plus perçu comme une issue à l’impasse de Babel. Les initiatives les plus audacieuses et les plus dynamiques apparaissent dans les pays qui auront une grande influence mondiale dans un avenir pas très lointain, tels que le Brésil : lancement de la Télévision internationale ITV, production de films sur DVD en espéranto ; la Chine : formation d’enseignants dans la province du Liaoning et enseignement officiel dans bon nombre d’universités de Chine : 19 contre aucune en France, non point par manque de professeurs, mais du fait que les ministres successifs de l’éducation nationale ignorent même qu’ils sont ignorants en la matière. Y en aura-t-il un pour racheter les autres ? Chacun de nous ne connaît-il pas l’excuse de celui qui veut noyer son chien ?
Pour le régime nazi, l’espéranto était "une langue de juifs et de communistes", pour le régime stalinien "une langue de sionistes et de cosmopolites"... Le grand humaniste Érasme disait : "Je suis un Gibelin pour les Guelfes et un Guelfe pour les Gibelins". Il a fallu que le professeur Umberto Eco étudie l’espéranto, pour la préparation d’un cours présenté en 1993 au Collège de France, pour qu’un avis autorisé soit enfin exprimé : “L’espéranto est une langue construite avec intelligence et qui a une histoire très belle“. Mais entre le Collège de France et la rue de Grenelle, pour qu’un avis débouche sur une action concrète, il faut “un certain temps“.
L’espéranto aura 119 ans dans quelques mois, ce qui est évidemment très peu par rapport à l’histoire de la plupart des langues. Il serait possible de dire à son propos, à la façon de Don Rodrigue dans Le Cid : "Je suis jeune, il est vrai, mais aux langues bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années."
J’ai été moi-même agréablement surpris, lors d’une réunion organisée à La Roche-sur-Yon par l’Association culturelle et artistique du Pays yonnais (ACALY), du bon accueil réservé à mon intervention, dont le texte peut être lu sous le titre “Quel parti la langue française peut-elle tirer de la défense et de l’illustration de l’espéranto ?->http://www.esperanto-sat.info/artic...]“
Il sera sans doute utile de revenir sur les aspects historiques qui ont conduit à sous-estimer l’espéranto, voire à le mésestimer.

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