Si vous voulez sortir vos esprits un instant des tréfonds de la situation économique mondiale, j’aimerais vous inviter à partager un voyage solitaire, encore possible aujourd’hui, vers les cimes de notre planète.
En mars de cette année, j’avais obtenu un congé assez long, sans aucune idée précise de ce que j’allais en faire. C’est en dernière minute que je me décidais pour l’Himalaya. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, à part des cailloux et de la neige, mais je voulais voir par moi-même cette mythique chaîne montagneuse. Pourquoi donc ne pas faire le tour du massif des Annapurna, supposé être l’un des plus beaux du monde ?
Comme je suis assez fainéant, je préfère compter sur ma chance plutôt que de me lancer de grands préparatifs souvent inutiles. Malgré la « peur de l’inconnu » qui me tordait parfois le ventre, ma préparation se limita à l’achat du Lonely Planet Nepal et d’un billet d’avion. De plus, je ne concevais pas de me lancer dans cette expédition autrement que seul.
Arrivé au Népal vers mi-mars, j’ai commencé par me poser à Pokhara (800 m). Ville lacustre entre jungle et montagne, assez touristique, mais très zen, un paradis pour les végétariens et les fans d’outdoor qui y trouvent à prix imbattables des expéditions en kayak, rafting, parapente, VTT ou cheval. Pour moi, ce fut repos et achat d’équipement. Pour la « préparation physique », je me contentais d’une traversée quotidienne du lac à la nage. Je n’avais pas envie de marcher avant d’y être obligé et cette balade amphibie me permettait de me retrouver côté jungle et d’écouter les sifflements puissants d’oiseaux invisibles sous de magnifiques arbres.
Fuyant l’ambiance hippie de mon hôtel qui commençait à me plaire dangereusement, je me mettais en route cinq jours plus tard pour Besi-Sahar (850 m), dernier village avant plus de route. Confortablement calé parmi les bagages sur le toit du vieux bus, profitant de la vue panoramique, du soleil et de mon iPod. A l’arrivée, le bus déposa quelques trekkeurs accompagnés de leur guide et leurs porteurs… ils avaient l’air de bien connaître leur affaire. Je les suivis de loin pour me mettre sur le bon chemin, avant de les dépasser définitivement.
Le soleil brille, la montagne est magnifique, le chemin est fiable, je suis heureux, ma « peur de l’inconnu » que j’éprouvais à Paris me semble ici ridicule. Seul sur un chemin ensoleillé, les notions de futur et passé finissent par se relativiser laissant parfois entrevoir le bonheur de l’instant présent. Je crois que c’est ce que cherchent tous les marcheurs solitaires.
Je passerai ma première nuit au bord d’une rivière, au fond de la vallée que suit le chemin. Par la suite, j’utiliserai souvent les refuges qui proposent de petites chambres à des prix dérisoires.
Pendant les dix jours suivants, transportant 17 kg d’équipement sur le dos, je suivrai le chemin bien connu des trekkeurs. Ce trek fait le tour du massif au départ de Besi-Sahar (850 m), passant par Jagat (1 400 m), Manang (3 540 m), culminant à la passe du Thorong-La (5 400 m) avant de redescendre vers Muktinath (3 800 m), Jomsom (2 700 m), Tatopani (1 190 m) pour finir vers Birethani (1 500 m) sur une distance d’à peu près
Depuis
On commence par traverser des rizières en terrasse et des vallées verdoyantes, ça monte doucement et le chemin passe par de nombreux villages.
Les chemins sont d’une importance vitale dans ces régions, il n’y a pas de routes donc pas de voitures, et tout est transporté à dos d’âne ou d’homme : les fameux sherpas, qui avancent avec d’énormes paquets posés sur leur dos, maintenus avec une sangle frontale. Curieux, je demandais un jour à un jeune sherpa, pas plus de 16 ans et
A mesure que le chemin monte et s’enfonce plus profond dans le massif, les rizières laissent place à des jungles tropicales où l’on croise parfois des singes, puis à des forêts. Dans ces conditions, on peut parfois perdre le chemin, mais quel sentiment de liberté indescriptible que de se retrouver perdu au crépuscule dans une forêt de pins millénaires au pied de montagnes colossales ! Je n’ai jamais été inquiet car le chemin balisé de chortens et de drapeau de prières multicolores n’est jamais loin.
L’Himalaya, c’est bien sûr de la haute montagne. A partir de 4 500 m, le froid devient un vrai danger la nuit, alors plus question de bivouaquer. De plus, les symptômes du mal des montagnes peuvent apparaître. C’était ma première fois et je suis monté trop vite. Sincèrement, ce n’est pas une expérience recommandable : mal de tête quasi permanent, déshydratation, perte d’appétit et de sommeil, essoufflement au moindre effort… dans ces conditions, suivre une piste dans la neige et le soleil pendant des heures peut se transformer en calvaire. C’est très dommage car à plus de 5 000 mètres les paysages sont grandioses, notamment au point culminant, la passe du Thorong-La à 5 400 m. Je vécus la descente vers Muktinath, pourtant très éprouvante, comme une libération.
Les derniers jours, je me retrouvais dans un paysage de steppes rappelant l’Asie centrale, puis je suivis le lit d’une large rivière asséchée au fond d’une vallée aride battue par des vents si puissants que j’entendais des petits cailloux percuter ma gamelle métallique accrochée à l’extérieur de mon sac. Puis de nouveau, des forêts de pins puis la jungle avant de me retrouver un peu hébété dans une station de bus pour retourner à Pokhara.
Les voyages sont pour moi sacrés et justifient certains sacrifices. Ils ouvrent l’esprit et sont le seul moyen de ralentir le passage du temps. Avoir pu faire cette balade à une époque où la zone était désertée des trekkeurs tout en bénéficiant d’une météo parfaite restera un de mes meilleurs souvenirs. Malheureusement, les chemins sont en perpétuels travaux d’élargissements, les véhicules motorisés entrent de plus en plus profondément dans le massif. Après dix jours de nature à peu près préservée, la vision d’animaux en cage et de camions de chantier est profondément déprimante.
A l’heure où partout dans le monde les dernières zones naturelles rétrécissent misérablement pour laisser place à des villes et des champs, la préservation de l’environnement est devenue une question de survie, mais également une question d’esthétique. Les humains peuvent déployer d’énormes efforts dépassant leurs considérations économiques pour préserver leurs patrimoines historiques ou artistiques, mais ils semblent oublier qu’aucune création artificielle ne pourra jamais égaler en splendeur ce que nous offre la nature.
La nature est la source mère de la beauté et par conséquent la seule à pouvoir nous procurer les sentiments esthétiques les plus forts dans une expérience relevant du mystique. Etre humain n’aura plus aucun sens lorsque la nature sauvage aura disparu.
PS : je ne saurais exprimer ma rage quant à la perte de mes 850 photos (carte XD grillée dans un cyber de Katmandou), mais pour avoir une bonne idée visuelle de ce voyage je vous renvoie sur l’excellent site de « Fred et Clo ».
http://213.186.37.38/randozone/simpleviewer/Fred-Clo-Nepal-2006/
Si vous voulez faire (presque) pareil :

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chez nous il y aussi des macons, des ouvriers viticoles, etc la plupart ont des problemes de (...)
28/10 11:34 - foufouilleils ont pris l’habitude c’est tout A mon avis, comme l’a dit actias, (...)
28/10 11:10 - Nobody knows mesuper interessant ! Je vous envie ! Merci pour votre article
28/10 10:36 - Super resistant de l’islamprecision pour le moinsseur je precise que je pratique un yoga base sur la respiration depuis (...)
27/10 18:05 - foufouilleUne bouffée d’air pur ???? dommage....... http://www.lemonde.fr/planete/artic...
27/10 17:37 - just_a_lifeet le porteur d’homme ca existe ?
27/10 17:34 - foufouille
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